A plus d’un titre

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La sai­son ovale ferme ses portes sur un Bren­nus con­quis comme un Ever­est, à l’estomac. Sans flot­te­ment. Para­doxe, à l’épreuve du jeu ne restent que des mis­cel­lanées, visions d’une syn­thèse nationale. C’est fini, fort d’un suc­cès à effac­er, soleil rouge comme un trait d’esprit devenu esperan­to selon votre bon vœu à l’aller. Le «oui mais» aurait pu l’emporter sur le tas, mais il était un poil trop court.

Après cent cinquante arti­cles et vingt-cinq milles com­men­taires rédigés avec appétit, Côté Ouvert ferme ses portes sur le site de L’Equipe. A l’image du Rac­ing, remanié et claire­ment emmêlé par les mys­tères de l’échec à l’horizon au point de mar­quer une pause. Presque tous étaient con­tre, mal­gré Bhastag et Glad­i­a­tor. Il était le show et le ciment de la généra­tion Titi sur­bokée aux bons Boers – Tot siens, les ami(e)s, décoiffé(e)s au poteau par qua­tre nuances de bleu.

En l’absence de Sir John, l’élite se délite du nord au sud – top pas top – et ceux qui tombent comme ceux qui s’éloignent n’ont même pas peur de la sale attente parce que le big banc, à l’origine du maul, avait une faim record de ces vit­a­mines du bon­heur, autant dire une affaire de cachet – et de trois ! – pour la route. Ils sont du même club par chaos à la petite semelle lancée de justesse. Ca fait reset, comme la télé réal­ité. C’est per­mis, vingt ans après.

L’Aviva shake était un cœur de cible. Toulon, esprit com­man­do, est devenu cham­pi­on. Dix de France dans le détail, d’ailleurs, Jon­ny «play it again» Wilk­ing soignait les détails, et c’était cadeau. Mais s’il s’agit de faire trois pass­es, à la lim­ite, je vote Giteau, tou­jours placé dans l’axe du mieux, à points nom­més. Puis, par un glisse­ment, la sci­ence physique adopte hélas un joueur to lose…

Pour jouer la note bleue et le bal au cen­tre d’une passe à l’autre, mieux vaut faire ses gammes au vert, debout, en regar­dant plein nord sans appel­er SOS médecin. Le French Flair, c’est haut, c’est même au plus haut ; plus dur qu’une sim­ple ques­tion d’attitude. Ce cousu main, cette chan­son de geste, demande du doigté. Ce n’est pas de la sauce kiwi, même si les saveurs sont dans le buf­fet.

Pas de vos larmes, citoyens : le virage est relevé, certes, mais ce blog Goze tou­jours sans met­tre cap au pire, ni l’Europe en berne. Même s’il est par­fois sec à sept. Choix charnière fait pour dur­er ? On l’espère. Per­son­ne pour nous empêch­er d’aller vis­iter Vic en Béarn, d’ouvrir le nou­v­el agen­da bleu, de dessin­er au tableau noir «Remem­ber Auck­land» ou un trait d’esprit jusqu’à l’hallali, et pas tou­jours ensem­ble. Qu’importe l’arbitrage tout court, nous sommes une fil­ière de forts rêveurs

Pour le prix de l’essence, avec un malus, nous avons voy­agé à Twick­en­ham, repris Lon­don call­ing et Land of my Fathers, fon­cé vers Lille de la ten­ta­tion, d’un stade l’autre, même quand il affiche com­plet. N’oubliez pas, il y avait au tout début une tri­bune pour Max, ce poly­va­lent.

Côté Ouvert, c’est un trait d’esprit, l’esperanto à votre bon vœu. Pour les duel­listes, ce blog est un rocher à remon­ter : quelle his­toire ! Tout un roman… J’espère que celui-ci, ouvert donc depuis le 26 octo­bre 2012, a répon­du à vos souhaits. Il con­te­nait beau­coup de mots, de maux et d’émoi, en décalage, au par­fum. Cer­tains d’entre vous, qui ne sont pas mon­tés en marche le jour de la fête du bruit, lui ont mis neuf sur dix.

Dans la lumière de Juilet, il me faut revenir de l’autre côté. Vite, après le Frex­it un havre en zinc, même pour une heure, seul con­tre tous en trompe l’œil ! Je ne suis pas un mar­tyr : au plaisir de nous retrou­ver en petit comité sur le nou­veau Côté. L’âme bleue ouverte dans votre tenue de sor­tie, restez en quin­conce.

P.S. : en cadeau de départ, la pho­to du ter­rain de Loret­to, au sud d’Edimbourg, étab­lisse­ment sco­laire où fut dis­puté en 1855 le pre­mier match de rug­by avec les règles du hack­ing (croc-en-jambe) sous la direc­tion du directeur, M. Almond. Ce qui débouchera sur la rup­ture rug­by-foot­ball en 1863 et l’émergence des « nou­velles » règles (déjà !) en 1871.

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Tenue de sortie

Entre Barcelone et Tucuman, il faut croire qu’un fil, bleu, était ten­du, et plus que ténu. On a suff­isam­ment regret­té ici l’indigence du Top 14 et le manque de per­son­nal­ité de notre équipe nationale ces derniers temps, et même plus en amont, pour ne pas boud­er notre plaisir devant la per­for­mance du Rac­ing 92 et celle du XV de France. La sai­son ovale se ter­mine donc en apothéose, y com­pris du côté – ouvert – de Tokyo, alors qu’on aimerait qu’elle ne s’arrête pas en si beau et si bon chemin.
Un record de spec­ta­teurs pour une finale de Cham­pi­onnat, 99 124 au Camp Nou, dont cer­tains des Quin­conces, mais surtout un spec­ta­cle com­plet : sus­pense, drame, ten­sion, exploits, pas­sion. Et pour finir un beau cham­pi­on. Toulon s’est dél­ité en supéri­or­ité numérique, ce qui est assez incom­préhen­si­ble, et dénote l’absence de leader tac­tique. Le Rac­ing 92, dont on craig­nait qu’il ne prenne une veste mais qui au con­traire la por­ta avec classe en hom­mage au Show­biz, s’est sub­limé à qua­torze après la sor­tie de son demi de mêlée sur car­ton rouge. Ce qui nous ramène encore une fois à la notion d’équipe.
L’Irlande l’avait décroché dans les mêmes con­di­tions, au Cap, face aux Spring­boks ; le Rac­ing 92 l’a con­fir­mé devant Toulon à Barcelone : quand elles s’unissent, s’allient, se lient, ne for­ment qu’un en regar­dant et en pous­sant dans la même direc­tion le temps d’un pro­jet com­mun, les ressources des êtres sont insoupçon­nées. Ce qu’on appelle l’esprit d’équipe. Les Fran­ciliens l’avaient et quand leur cap­i­taine, Dim­itri Szarzews­ki, avouait à l’issue de la vic­toire in extrem­is devant Cler­mont à Rennes que ses coéquip­iers et lui s’aimaient, et que c’était là la clé de leur suc­cès, il fal­lait le croire.
Démon­stra­tion des All Blacks, certes, mais surtout des Anglais en Aus­tralie, trois tests à rien là encore. Des Anglais qui ont aus­si été sacrés cham­pi­ons du monde chez les moins de vingt ans, avec un phénomène d’ouvreur, Har­ry Mallinder, fils de Jim, coach des Saints de Northamp­ton : buteur pré­cis, ani­ma­teur embal­lant et allure de gold­en boy. Avec lui, le XV de la Rose est tran­quille pour la prochaine décen­nie. Nous, nous avons trou­vé Antoine Dupont, Alexan­dre Roumat et Dami­an Penaud.
Et surtout Bap­tiste Serin, là-bas à Tucuman, au pays des oranges et des pelous­es patatières. Mais pour rester avec les Anglais, leur Brex­it, qui coupe le pays de la Gra­cieuse en deux, donne déjà du relief au prochain Tournoi des Six Nations. L’Anglais, sa con­duite et sa mon­naie, inven­teur entre autres du jeu de rug­by, reste une énigme qu’il est agréable de ten­ter de résoudre à grandes rasades de bière tiède dans un pub à la moquette épaisse et aus­si col­lante que le bar en bois qu’il abrite.
Si l’Europe se trou­ve soudain dépe­u­plée de sa tribu la plus décalée, nos envies d’outre-Manche sont relancées. Twick­en­ham rede­vient une des­ti­na­tion exo­tique et je me revois encore dans le Tem­ple pour un Lions bri­tan­niques et Irlandais vs Bar­bar­ians bri­tan­niques (14–23) en 1977, forts des frères flankers, Jean-Pierre Rives et Jean-Claude Skrela, encad­rant Jean-Pierre Bas­ti­at, vilipendé dans ce même stade quelques mois plus tôt. Mon voisin cra­vaté Cam­bridge rece­lait dans son Bar­bour deux flasques rem­plies d’un douze ans d’âge quand son épouse ouvrait en tri­bune une valise garde-manger en osier, assi­ettes de porce­laine et gob­elets en argent, une heure avant le coup d’envoi. C’est ain­si que j’apprécie les Anglais.
PS : ceci est l’avant-dernier Côté Ouvert. Les blogs de L’Equipe vont fer­mer très prochaine­ment. Je vous dis à ven­dre­di, pour la der. Ce sera la 150ème. Un sym­bole, non ? Vous pou­vez con­tin­uer à échang­er ovale sur ma nou­velle adresse.

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En décalage

Toulon-Rac­ing à venir nous ramène en 1987. Le GPS dans le dos rem­place le noeud papil­lon rose autour du cou, mais le Rac­ing 92 a renoué, ven­dre­di dernier à Rennes, avec la folie du Show­biz. On par­lera longtemps, pour le plaisir parce qu’elle a con­den­sé toutes les émo­tions en cent min­utes, de cette demie face à Cler­mont. Le Top 14, auquel on reprochait de se déliter, est rede­venu d’élite par la magie d’une ren­con­tre débridée, décousue, indé­cise, spec­tac­u­laire, émou­vante.
Le Rac­ing 92 annon­cé aus­si fer­mé que ses entraîne­ments à huis clos a réc­on­cil­ié ten­sion et pas­sion, sus­pense et pres­sion, engage­ment et vista, tran­spi­ra­tion et inspi­ra­tion dans un petit écrin bre­ton baigné de lumière. Rien de ce qui était annon­cé ne s’est pro­duit, y com­pris côté météo. Pour ça le rug­by est grand. Jusqu’à voir les deux prési­dents épaule con­tre épaule, presque enlacés dans les derniers instants d’une pro­lon­ga­tion irres­pirable.
A Rennes, j’ai croisé Philippe Guil­lard prend de pro­jets et de lucid­ité, Mourad Boud­jel­lal qui m’a immé­di­ate­ment reproché une phrase de ce blog dont il est lecteur avant de se mon­tr­er affa­ble et agréable comme il sait l’être ; un ancien grand entraîneur toulon­nais devenu chroniqueur qui pre­nait le respon­s­able com du Rac­ing pour un serveur de crêpes devant le buf­fet média, et Abdel Benazzi soucieux d’expliquer en quoi Jake White n’était pas un fos­soyeur de tal­ents français.
Pas de traf­ic dans les rues de Rennes, trois min­utes chrono pour aller d’un point à un autre, dis­ons de mon hôtel situé à une poignée de kilo­mètres du stade sans un bou­chon, si ce n’est ceux des bouteilles de cidre offertes à la dégus­ta­tion. Ces demies très cer­voise avaient le par­fum de la phase finale anci­enne ver­sion, quand il fal­lait dicter ses comptes ren­dus et s’agglutiner dans une zone mixte exiguë. Bon­heur que de se planter devant Juan Imhoff, Dim­itri Szarzews­ki, Scott Sped­ding, Ful­gence Oue­drao­go, Guil­hem Guira­do, à la hau­teur de l’événement dans l’émotion qu’ils firent pass­er au coup de sif­flet final, les mots qu’ils choisirent.
La veille de chaque demie, les entraîneurs – c’est con­tractuel – se ren­dent en con­férence de presse. Lau­rent Tra­vers, Jake White et Bernard Laporte furent dis­erts, par­fois drôles, tou­jours décon­trac­tés. Seul Franck Aze­ma trans­mit son stress, pal­pa­ble. Ça ne veut peut-être rien dire. Ou alors ça veut tout dire, selon. Il fau­dra un jour que l’ASM Cler­mont se pose les bonnes ques­tions.
A celles que nous n’avons pas eu le temps de pos­er à Aze­ma après la défaite, cru­elle, de son équipe, il dégainait déjà ses répons­es ; elles visaient l’arbitrage comme sou­vent quand une équipe perd. Pas un mot sur les six points d’avance gâch­es en pro­lon­ga­tion, le dégage­ment foireux d’Aurélien Rougerie en fin de pro­lon­ga­tion, la touche pas trou­vée par Brock James et la passe aveu­gle de Ludovic Radosavl­je­vic. C’était sans doute trop sen­si­ble, trop gênant et oblig­erait à des remis­es en ques­tion qui ne sont pas au pro­gramme RH de Miche­lin.
Par­ti­c­ulière­ment stratégiques, ces demi-finales ! Atta­quer très vite l’espace balle en main après l’ouvreur, côté Rac­ing 92 ; détru­ire frontale­ment le men­tal héraultais en mul­ti­pli­ant les assauts quitte à ignor­er les décalages, côté Toulon. Volon­té offen­sive au Rac­ing, qui n’avait habitué per­son­ne à une telle débauche de pass­es dans ses pro­pres vingt-deux mètres ; volon­té d’érosion à Toulon, qui a retrou­vé l’héritage de Bakkies Botha et qu’on ne croy­ait pas aus­si solide­ment armé pour per­cuter ain­si.
Remar­quer aus­si le nom­bre impor­tant de plaquages au sol sans ruck der­rière afin de per­me­t­tre à la défense de con­tourn­er l’édifice sans être hors-jeu, ce qui per­mit en toute fin de pro­lon­ga­tion au Rac­ing­man Juan­dré Kruger d’intercepter libre­ment pour offrir le bal­lon d’essai et de suc­cès à Juan Imhoff, boosté par l’hommage qu’il voulait ren­dre au fils de son pre­mier entraîneur, décédé trop jeune ; ce même Kruger qui n’a rien trou­vé de mieux que de twit­ter son obstruc­tion sur Stret­tle. Déplacé.
Pen­dant que les demies de Top 14 réchauf­faient les cœurs à défaut de faire vibr­er les chœurs – peu de sup­por­t­eurs des qua­tre clubs à Rennes -, le XV de France des bizuths (sept nou­veaux capés au coup d’envoi, dix au final) affrontait à Tucuman des Pumas mod­elés cette année par le Super Rug­by. Et que croyez-vous qu’il arrivât ? Et bien les petits Bleus furent ent­hou­si­as­mant d’élans offen­sifs, jouant dans la défense, util­isant l’espace et le bal­lon comme rarement depuis au moins une décen­nie, dans le sil­lage de Serin, Gour­don, Poirot, Gou­jon, Picamoles, Ato­nio, Bon­fils et cap­i­taine Plis­son. Le score ? Pour une fois, on s’en souciera peu. Seul souci, la France se retrou­ve neu­vième au classe­ment mon­di­al.

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Fête du bruit

Ceux qui s’attendaient à vibr­er au son des trompettes, des cornes de brume, des cré­celles et des chants à l’entame de la phase finale en sont pour leur bil­let d’entrée. En fait, s’il y avait des tam­bours en tri­bune, les per­cus­sions étaient sur le ter­rain. Du coup, aucune appogia­ture. En frap­pant fort sur la ligne d’avantage, Rac­ing-Toulouse et Mont­pel­li­er-Cas­tres ont fini par taper sur les nerfs.
A Colombes, il faut savoir que la tri­bune de presse hérite d’un énorme haut-par­leur de fête foraine accroché à l’un des pylônes qui sou­tient la toi­ture et aveu­gle un petit bout de ter­rain. Mais il n’y avait pas besoin de trop se tor­dre le cou : nous étions du bon côté pour voir Fick­ou mar­quer, Dulin relancer, Roko­coko relay­er et Toto Tra­vers chang­er vite fait son pili­er rem­plaçant pour le tit­u­laire resté sur le banc à côté de lui pen­dant trois min­utes seule­ment.
Le rug­by pro est cynique. Il oblige un poupon de 22 ans, deux feuilles de match en comp­tant celle de same­di dernier, à simuler une blessure au mol­let pour laiss­er revenir celui qu’il était cen­sé rem­plac­er dans les dernières min­utes. Mais c’est dans ce choix d’urgence validé par le règle­ment que le Rac­ing n’a pas per­du dans l’ultime instant son bar­rage con­tre la brav­i­tude, repoussé qu’il fut devant sa ligne d’en-but par un Toulouse hors d’âge, Hari­nor­do­quy, Clerc et Fly­nn sor­tant défini­tive­ment du champ d’honneur dans la con­fu­sion la plus totale.
De con­fu­sion, il en fut ques­tion aus­si au stade des échafaudages. Cas­tres n’a pu organ­is­er son mika­do à l’Altrad Sta­di­um, et les mécanos de Mont­pel­li­er, qui adhérent au syn­di­cat des « Frères du Plessis and Co », ont boulon­né leurs bal­lons portés pour finir déchirés du mail­lot dans une alga­r­ade qui n’avait même pas le goût pur mâle d’une vraie générale, et finit par don­ner du Trop 14 une image fre­latée, et pour tout dire une impres­sion désagréable de pour­ri cup.
Aupar­a­vant, en début de semaine, des Bleuets trop sages s’étaient plan­tés dans les grandes largeurs face aux Pumi­tas dont Fabi­en Galth­ié – qui fut con­sul­tant à Buenos-Aires – me dis­ait qu’ils évolu­aient tous dans des clubs ama­teurs, quand nos espoirs tra­vail­lent depuis deux ans dans une usine à cham­pi­ons ; et on croit volon­tiers qu’ils s’y retrou­vent essorés, dans l’Essonne. Heureuse­ment, la chance sonne deux fois, et avec deux fils de, Dami­an Penaud et Alexan­dre Roumat, pour les débrid­er face au Japon, ils ont désor­mais l’espoir de mieux fig­ur­er dans ce Cham­pi­onnat du monde des moins de vingt ans.
Retour à Colombes, où Toulouse est tombé bal­lon en main. Ou alors c’est l’inverse. Qu’importe. Au coup de sif­flet final, pas de querelle : anciens et jeunes genoux à terre, larmes aux yeux, cœurs ser­rés. Pour tout un tas de raisons : ils avaient per­du après s’être égarés durant la sai­son, ils per­daient aus­si les meilleurs d’entre eux en s’inclinant au terme de ce match couperet. Leur peine tran­chait avec l’explosion de hurlements bal­ancés sans dis­cerne­ment ni retenue dans la sono, vol­ume à fond.
Alors qu’un court moment de silence aurait été de la plus sportive dig­nité, un speak­er de foire encour­ageait sans répit le pub­lic de Colombes, pas vrai­ment ama­teur de match en fan­fare, à « faire du bruit ». Car c’est bien de cela dont il s’agit en rug­by désor­mais : faire du bruit. Celui qui vacarme le plus fort a gag­né. Quoi, on ne sait pas, mais il a gag­né. On peut juste crain­dre, mais nous le saurons same­di soir à Rennes – au fait, qui d’entre vous sera au Roazhon Park ? – que les demies soit la fête du bruit à défaut de celle du jeu.
On espère juste que Cler­mont et Toulon ont prévu d’ouvrir pour oblig­er ain­si les out­siders, Rac­ing 92 et Mont­pel­li­er, à sor­tir de leurs gonds. Parce que pen­dant ce temps-là, alors que la France, affalée sur la grève, con­voque fis­sa les oubliés de la phase finale pour se compter quinze à Tucuman, les autres nations du Nord relèvent leur niveau. Huitième nation mon­di­ale, juste, mais alors tout juste devant l’Ecosse, il ne faudrait pas que la France perde tout en ce mois de juin : son rug­by, ses espoirs et son stand­ing. Parce que neu­vième, c’est la per­spec­tive d’être dans le troisième cha­peau en mai prochain, au moment du tirage au sort des poules du Mon­di­al 2019. Vous imag­inez d’ici le bruit que ça ferait.

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Montée en marche

Bay­onne retrou­ve le Top 14 après une seule sai­son d’exil, encore que la ProD2 soit mieux qu’une puni­tion. Décimé et cri­tiqué, l’Aviron est remon­té en jouant sur les ressorts de la sol­i­dar­ité et du plaisir au jeu tels que com­pressés par Vin­cent Etch­eto. Et ça me fait penser à une des nou­velles de Benoit Jean­tet* dans laque­lle il est ques­tion d’un entraîneur peu com­mun.
«Entraîn­er, c’est juste un autre moyen de ren­dre les joueurs heureux. Tout ce qui m’intéresse, ce n’est pas de faire de vous des meilleurs rug­by­men, dit-il, à un de ses joueurs. Non. Je veux juste essay­er de faire de vous de meilleurs hommes. A vous enseign­er que la source du bon­heur, c’est en vous qu’elle s’écoule. Pour ça, je suis prêt à don­ner beau­coup. Beau­coup de moi-même. Et toi, qu’es-tu prêt à nous don­ner ?» Avant de pos­er sur la table de mas­sage un mes­sage : «L’ascension du mont Ven­toux», de Pétrar­que.
Le mont Ven­toux est un trompe l’œil qui cul­mine à 1912 mètres au milieu de la plaine. Son dôme se découpe dans le ciel de Provence. Pen­dant vingt-deux kilo­mètres, les cyclistes pro­fes­sion­nels effectuent son ascen­sion en une heure. Les marcheurs, eux, met­tent une journée depuis Malaucène.
En 1336, Pétrar­que, trente-deux ans, se décide à gravir cette « masse abrupte, presque inac­ces­si­ble, de terre rocheuse» en choi­sis­sant un rac­cour­ci. « J’errais encore dans la val­lée, sans qu’aucune voie plus facile ne s’offrit à moi ; je n’avais fait qu’allonger ma route, et aug­menter en vain ma peine. En réal­ité, je refu­sais la fatigue de l’ascension. » En ten­tant l’escalade du mont Ven­toux, Pétrar­que se met à nu, étale ses imper­fec­tions : pré­ten­tion, entête­ment, paresse.
Cet ouvrage, lais­sé à des­sein sur une table de ves­ti­aire, nous indique com­ment gravir notre pro­pre som­met, com­ment nous hiss­er quand tout nous tire vers le bas en pente douce, à com­mencer par notre volon­té la plus com­mune, celle du moin­dre effort. Petrar­que mesure com­bi­en il est dif­fi­cile de rester sur le chemin le plus exigeant tant nous trou­vons tous de bonnes excus­es pour ne pas nous élever aus­si haut et aus­si vite que nous l’aurions souhaité.
Pétrar­que n’a jamais gravi le mont Ven­toux. Et cette let­tre à son con­fesseur, il l’a écrite dix-sept ans après avoir voy­agé, assis der­rière sa table. Alors pourquoi « L’ascension du mont Ven­toux ? » Pour vain­cre l’engourdissement. Pétrar­que écrit : «Vouloir ne suf­fit pas : tu dois désir­er pour réus­sir. » Le désir, c’est ce qu’a fait naître Vin­cent Etch­eto dans le ves­ti­aire de Jean-Dauger en juin dernier, au milieu d’un groupe de joueurs en perdi­tion, sans repères, sans cer­ti­tudes. Un an après, dans les pas de son grand-père et de son père, Roger, lui aus­si ouvreur et entraîneur, il a offert à Bay­onne une mon­tée.
Son père avait l’habitude de répéter à celui qui lui demandait com­ment instiller le virus de l’attaque : «On ne met pas en place un rug­by de mou­ve­ment avec des idées arrêtées. » A l’heure où com­mence la phase finale de Top 14, celle de ProD2, qui vient de se ter­min­er, nous a beau­coup don­né.
* Comme si le monde flot­tait, Benoit Jean­tet (édi­tions Salto)

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Flottement

Je ne sais pas si ça va mieux, mais pourquoi donc faudrait-il tomber en sin­istrose parce qu’on se réveille tard ? Thier­ry Dusautoir le glis­sait en con­férence de presse, la semaine dernière : nous n’avons sans pas ouvert les yeux assez tôt. De quoi voulait-il par­ler ? Des liens humains qui se dis­ten­dent au sein du rug­by pro­fes­sion­nel.
Et pour­tant, Pau, Toulouse, Mont­pel­li­er finale­ment, et Bay­onne ont salué comme il se doit ou comme ils le pou­vaient, la généra­tion 2000 qui prend sa retraite, la trentaine dépassée. Comme quoi c’est encore pos­si­ble, même avec beau­coup de mal­adress­es, n’est-ce pas Tim­o­ci Matanavou, n’est-ce pas François Trin-Duc ?
J’ai aimé la stand­ing ova­tion du pub­lic de Jean-Dauger pour la sor­tie de David Skrela, dimanche. Si je ne devais garder qu’une seule image ce serait celle-là. Tout l’esprit rug­by était dans ces applaud­isse­ments spon­tanés, rien de prémédité, d’arrangé, d’un peu­ple ovale à un de ses enfants qui n’est même pas basque. Dans un stade qui porte le nom du plus grand.
Quand nous avons choisi d’écrire « Rug­by au cen­tre » avec mon ami Jacques Riv­ière, nous sommes allés voir Jean Dauger. Avant tout autre trois-quarts cen­tre. C’était en 1983 et il flot­tait. Après plus d’une heure d’entretien au plus pro­fond de la philoso­phie ovale, Manech – Jean, en basque -, ain­si que l’appelaient ses amis du pays, nous accom­pa­gna, immense para­pluie ouvert, jusqu’à notre voiture et nous glis­sa un « Bonne quête » qui ne nous quitte pas depuis.
Il aurait aimé ce moment chargé de sym­bol­es, Manech… Dans l’espace anx­iogène qu’est devenu le rug­by pro, les mar­ques pro­fondes de respect, de recon­nais­sance naturelle, de partage et d’unisson méri­tent d’être soulignées et appré­ciées. Il y avait des pleurs, des larmes et des san­glots, le week-end dernier. C’est pour cela que le rug­by est grand. Surtout.
On regrette sou­vent ici que les vis­i­teurs de l’autre hémis­phère débar­quant en grand nom­bre fassent de l’ombre à nos jeunes pouss­es qui tar­dent à éclore. Alors quand je vois jouer San­ga et Chaume avec Cler­mont, Oz avec Greno­ble, Javaux et Chau­veau avec le Rac­ing, Daguin et Macalou avec le Stade Français, Saurs, Bou­vi­er et Miquel avec Agen, je me dis qu’il y a encore des généra­tions à décou­vrir, des car­rières à suiv­re.
Ce n’est pas une ques­tion d’âge, finale­ment, que de tiss­er des liens. J’ai reçu, grand plaisir, ce lun­di une let­tre de Michel Sit­jar, 73 ans et pas une ride à la rime. Il m’engage d’une écri­t­ure nette à écouter la Polon­aise Héroïque. « Cela m’enthousiasme, tous ces morceaux de musique dans lesquels on sent le génie exprimer mag­nifique­ment l’amour de son pays. » J’avoue en préfér­er une autre mais le con­tact est établi.
Qu’aurait donc bien pu écrire Antoine Blondin sur « l’absurdisme » – un néol­o­gisme made in Sit­jar – des rebonds topqua­torziens ? Cette « volon­té cru­elle », ajoute le poète de La Mag­istère, ce « brouil­lard effrayant et épais ». Blondin et Sit­jar échangeaient sou­vent, flot­tant dans les degrés. On ne passe pas par Golfech, c’est un fait, mais il est regret­table, ne serait-ce que pour écouter la mai­son aux oiseaux depuis cette berge de la Garonne.
Vous, je sais pas mais moi ça va mieux quand je lis de la poésie. Dernière­ment, j’ai reçu le dernier opus de Benoit Jean­tet (sou­venez-vous, il avait ren­con­tré ici même Charles Juli­et pour évo­quer le pays du long nuage blanc). Là, il s’est mis au vert et à la prosodie sur azer­ty. « Comme si le monde flot­tait ». Ain­si titré ce recueil de nou­velles ciselées et ovales. Aux édi­tions Salto. Adoucis­sant.

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Ceux qui s’éloignent

C’est un tome de l’histoire du rug­by français dont l’écriture se ter­mine à l’annonce des retraites d’Imanol Hari­nor­do­quy, de Clé­ment Poitre­naud et de Damien Traille. D’autres pages sont néan­moins à prévoir dans les semaines à venir, une fois la phase finale ter­minée. Ain­si va le rebond ovale : le sport est pra­tiqué par de jeunes gens dans la force de l’âge et nous, obser­va­teurs, fer­mons et ouvrons des chapitres.
Ces trois-là ne sont pas tout à fait nés à l’heure du rug­by pro­fes­sion­nel. Imanol gardera pré­cieuse­ment dans sa mémoire vive son pre­mier titre, obtenu avec ses copains de l’US Nafar­roa-Garazi. Clé­ment, un artiste, a aimé expos­er ses œuvres pho­tographiques sans fausse pudeur et avec finesse. Damien est revenu aux sources et va pour­suiv­re la fil­i­a­tion, le rug­by comme trait d’union.
Trois inter­na­tionaux aux per­son­nal­ités con­trastées, par­fois mal com­pris­es. Ils ne pleu­raient pas pour une mau­vaise note dans L’Equipe, n’ont jamais envoyé leur attaché de presse ou chargé de com ou agent négoci­er une inter­view, évo­quer un arti­cle qui n’aurait pas été écrit à leur avan­tage, annon­cer une opéra­tion mar­ket­ing. Leur accès était direct, sans fard. Il le restera.
Imanol – ça sig­ni­fie Emmanuel, en basque -, tout comme Clé­ment et Damien, auraient encore pu jouer une sai­son. Ils par­tent avec de bons sen­ti­ments à faire partager. Avec eux, ce sont les années 2000 qui s’estompent un peu. Il en est ain­si à chaque décen­nie. La vie est ain­si fête. Le rug­by, lui, gardera leur trace, celle de leurs exploits, de leurs déboires, de leurs peines et joies ; de leurs coups de gueule, surtout celui d’Imanol à l’issue du Mon­di­al 2011, l’année où la France pou­vait vrai­ment devenir cham­pi­onne du monde sur un seul match.
Ce qui les réu­nit ? L’émotion qu’ils trans­met­taient naturelle­ment. Ce que je garderai d’eux ? D’Imanol une séance d’interview en 2002 où il avait com­mandé un choco­lat à la brasserie d’Aguilera et sem­blait telle­ment stressé, ten­du, soucieux de ne pas répon­dre à côté. Je l’avais trou­vé touchant de sincérité. Il m’avait inter­rogé. « Qu’est-ce que vous me voulez ? ». Un an plus tôt, j’avais rédigé son pre­mier por­trait et appris de lui la tra­duc­tion de son prénom. J’ai eu plus de chance que Jacques Brunel et Abder Agueb, qui prirent un raf­fut pour la même ques­tion.
De Clé­ment la façon mag­nifique dont il a su rebondir, garder la tête haute, le buste droit et le regard clair, après sa mésaven­ture à Twick­en­ham, ce rebond de trop dans l’en-but face à Robert How­ley. De quoi finir là. Lui est repar­ti plus haut, mieux, fort. Une leçon. Comme celle que donne Damien. Févri­er 2007 à Agilera. Séance pho­to pour L’Equipe Mag. Damien, les coudes en sang, a plongé trente fois devant l’objectif sur un ter­rain gelé à la demande de Gérard Ranci­nan. Le cliché est mag­nifique. Damien a joué ouvreur, cen­tre et arrière en équipe de France sans état d’âme. Les trolls des réseaux soci­aux ont iro­nisé sur lui plus que sur tous les autres de ses coéquip­iers. Lui n’a jamais répliqué car c’est un vrai gen­til, un pas­sion­né de ce jeu, un coéquip­i­er mod­èle. Fils de (René, Oloron), il est désor­mais père de (Enzo, Biar­ritz). Bon sang…
Que nous dis­ent sur nous ces trois joueurs ? Qu’ont-ils semé sur et en dehors des ter­rains ? Quels lende­mains nous annonce leur retraite sportive ? Je n’ai pas de réponse, aujourd’hui, à ces ques­tions que je me pose. Que je vous pose. En fait, Imanol, Clé­ment et Damien, qui ont beau­coup et tout don­né, nous deman­dent après plus de dix ans de car­rière : qu’est-ce que le rug­by ? Qu’en avez-vous aimé ? Celui des Four ou des Six nations ? Celui qui est Super ou celui qui est Top ? L’Europe ou l’entropie ? Le ter­roir ou le tiroir-caisse ? Damien, Clé­ment et Imanol nous adressent donc une passe à la croisée du chemin.
Res­teront la sai­son prochaine Frédéric Micha­lak à Lyon et Vin­cent Clerc à Toulon. Relancés sur des ter­res d’exil. Ils veu­lent pro­longer leur vie de rug­by. Et les nôtres par rebond. Pour encore quelque temps. Le temps qui se rétréc­it en fin de sai­son. ne restent que six semaines. Elles mèneront sans répit ni repos jusqu’au final à Barcelone. Six semaines pour sacr­er le meilleur du rug­by français, comme un hom­mage – on l’espère – à ceux qui s’éloignent.
Post­face : mon ami Sébastien Boul­ly, depuis Cannes, me par­le de «Mer­ce­naire», réal­isé par Sacha Wolf. L’histoire à Fumel d’un joueur de Wal­lis et Futu­na. Très applau­di. Avec un prix à la clé – label Europa Ciné­ma – lors de la Quin­zaine des réal­isa­teurs. A voir donc.

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Aux bons Boers

Lyon est devenu en deux jours la cap­i­tale des goals et des Boks après avoir été celle des Gaules et des canuts. Les Sud-Africains de Mont­pel­li­er ont rem­porté un – petit – titre européen, avec seule­ment deux sélec­tionnables pour le XV de France dans leur lot, O’Connor et Oue­drao­go, pour trois Du Plessis ; et les Sara­cens avec eux aus­si leur Du Plessis, sont devenus – enfin – Cham­pi­ons d’Europe. L’Afrikaner à l’honneur, on craint de mesur­er l’impact des suc­cès Saraboks et Langue­bok sur les prochains recrute­ments hexag­o­naux.
Ironie mise à part, les Sara­cens rament depuis si longtemps de l’autre côté de la Manche qu’il était temps pour eux d’être inscrits dans le gotha. Leur vic­toire en Cham­pi­ons Cup est le fruit de la vision d’un mil­liar­daire lon­donien de l’immobilier, Nigel Wray, dont l’épiphanie ovale survint dès que le rug­by fut autorisé par l’International Board à sor­tir de sa gangue ama­teur, en aout 1995. Et la pre­mière idée du pre­mier prési­dent tir­roir-caisse de l’histoire du rug­by pro fut de recruter l’icône française des valeurs du ter­roir, l’Agenais Philippe Sel­la.
Jacky Loren­zetti et Mourad Boud­jel­lal n’ont pas le priv­ilège d’avoir enrôlé le meilleur ouvreur du monde pour essay­er d’emporter quelques titres : Wray loua dès 1996 les ser­vices du wal­la­by Michael Lynagh, qui était le Wilkin­son, voire le Carter, de son époque. Suivirent François Pien­aar, Abde­latif Benazzi, Thier­ry Lacroix, Thomas Cas­taignède et Alain Penaud sous le tar­bouche, ce fez rouge arabo-turc sym­bole d’un club à part, pre­mière équipe bar­bar­ian d’Europe dix ans avant le RC Toulon.
Tétanisés par l’enjeu, pri­ant Dan Carter – mais si, messie – de leur ouvrir d’un coup de pat­te for­cé­ment mag­ique les portes de l’histoire alors même que l’ancien All Black était à peine capa­ble de tenir sur ses deux jambes – mol­lets droit déchiré, genou en vrac du même côté – les coéquip­iers du revenant Szarzews­ki n’ont jamais été en posi­tion de l’emporter même lorsqu’ils n’étaient menés que de six points. Depuis deux saisons, le bal­lon porté est devenu la carte maîtresse des équipes à gros packs. Il est l’atout majeur du Rac­ing 92. Same­di, cette tac­tique a mon­tré ses lim­ites, et s’ils veu­lent de nou­veau par­ticiper à une finale, européenne l’année prochaine ou de Top 14 dans un mois et demi, il va fal­loir que les Fran­ciliens changent de tonal­ité, de mélodies et d’accompagnements.
Le Rac­ing 92 n’inscrira donc pas son nom sur le pal­marès européen aux côtés de Toulouse, Brive et Toulon. Pour l’instant, il reste avec les final­istes mal­heureux, Colomiers, Per­pig­nan, Biar­ritz, Cler­mont et le Stade Français. L’écart était trop impor­tant entre des Sara­cens maîtres de leur stratégie (sys­té­ma­tique­ment avancer au pied et à la main) et des Fran­ciliens écrasés par l’enjeu soudain trop gros pour eux mal­gré la présence d’internationaux d’importance (Szarzews­ki, Char­teris, Carter, Roko­coko) à plus de soix­ante sélec­tions. Une équipe n’est pas l’addition de ses com­posantes, elle est bien davan­tage. Ce «plus», le Rac­ing 92 ne l’avait pas.
Qu’entendre par «plus» ? Une vision stratégique com­mune adap­tée à l’adversaire et aux con­di­tions cli­ma­tiques. Le coach Tra­vers avait beau hurler depuis le bord de touche d’occuper le ter­rain, rien n’y fai­sait. Machenaud, Carter, Goosen et Dulin ne surent pas le faire au bon moment. Leurs rem­plaçants, Phillips et Talès, ne s’y essayèrent même pas. C’est ain­si que le Rac­ing fut dom­iné.
Restait à boni­fi­er quelques choix tac­tiques, comme les bal­lons portés. Mais la défense anglaise a été remar­quable de maîtrise tech­nique pour éclater la cara­pace des «tortues» fran­cili­ennes, ne pas se con­som­mer dans les rucks et impacter le por­teur du bal­lon sur la ligne d’avantage par un dou­ble plaquage. Rarement finale de Coupe d’Europe a été si peu indé­cise. Qu’importe, le Rac­ing, fait pour dur­er, y revien­dra. C’est inscrit. Les Sara­cens ont atten­du vingt ans pour par­venir à leurs fins. Les Fran­ciliens, relancés par Loren­zetti il y a dix ans déjà en choi­sis­sant l’option kiwi plutôt que boer, ne met­tront pas – on l’espère pour eux – autant de temps pour trôn­er au som­met de l’Europe.
Epi­logue. Mau­rice Prat s’en est allé, dimanche. Il m’avait reçu chez lui la pre­mière fois en 1984, pour m’expliquer le jeu à la Lour­daise. Nous rédi­gions «Rug­by au cen­tre», avec mon ami Jacques Riv­ière. Il m’avait surtout instru­it ce jour-là du sens de la passe, des principes du jeu sans bal­lon, de l’importance de la pré­ci­sion des gestes, tout en déplaçant ses fau­teuils en chêne pour fig­ur­er nos adver­saires. Quelques mois plus tard, j’entrais à L’Equipe et ses mots, ses expres­sions, ses regards, ne m’ont pas quit­té depuis. Nous nous sommes revus, certes, mais cette pre­mière ren­con­tre reste pour moi fon­da­trice.

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Frexit

Au moment où le Rac­ing 92 et Mont­pel­li­er s’apprêtent à vivre, mi-mai, leur pre­mière finale à Lyon, au stade des Lumières, les Fran­ciliens dans la Champion’s et les Héraultais en Chal­lenge, il est ques­tion par ailleurs de sor­tir de l’Europe. En effet, quit­ter ces com­péti­tions est l’une des idées forces du pro­gramme de Pierre Salvi­ac, can­di­dat à la prési­dence de la FFR face à Pierre Camou, Bernard Laporte et Alain Doucet (même si Lucien Simon sera nom­mé prochaine­ment et offi­cielle­ment tête de liste). Cette propo­si­tion de gou­ver­nance est rejetée par les deux-tiers des pas­sion­nés de rug­by, si j’en crois les inter­nautes de L’Equipe. N’empêche.
On peut com­pren­dre le Frex­it. Depuis qu’elle est désor­mais instal­lée en Suisse pour des raisons assez faciles à saisir – ce doit être la qual­ité de l’air -, la voici aus­si dev­enue très net­te­ment fran­co-anglaise, cette Coupe d’Europe. Il suf­fit pour s’en con­va­in­cre de regarder les oppo­si­tions sur le ter­rain des deux phas­es finales. D’ailleurs, elle n’a même plus «Europe» dans son appel­la­tion générique. Et même peu de saveur sportive, comme en témoignent les faibles afflu­ences des récentes demi-finales.
Sor­tir de l’Europe. Cette ques­tion ne se pose pas qu’en rug­by. Elle est dans l’air du temps. Ce qu’a saisi Pierre Salvi­ac puisqu’il pro­pose aus­si une «e‑administration» – comme pour nos impôts, qu’on le veuille ou non – et la réduc­tion du nom­bre de comités sur le mod­èle des régions admin­is­tra­tives voulue par nos gou­ver­nants. Salvi­ac prési­dent, sa volon­té sera de con­stru­ire un Tournoi des Six Nations en match­es aller et retour pour gon­fler les recettes et pay­er ain­si les inter­na­tionaux français à l’année. C’est appré­cia­ble et, franche­ment, ça se tient.
Réduire d’un côté les frais de fonc­tion­nement et de déplace­ment, et aus­si les comités ; met­tre en vente Mar­cous­sis pour faire revenir les bureaux de la FFR dans Paris. Sup­primer surtout la LNR pour la rem­plac­er par une Com­mis­sion fédérale du rug­by d’élite. Le rug­by va donc si mal que ça ? Réduire d’un côté et aug­menter de l’autre. Ain­si le nom­bre de match­es dans les Cham­pi­onnats de Fédérales et de Séries régionales afin de cou­vrir les frais de fonc­tion­nement des clubs. Aug­menter enfin et surtout le nom­bre de clubs dans l’Elite, et pas qu’un peu puisqu’il est ques­tion chez le Rochelais de mon­ter de 14 à 32, en deux zones : Ouest et Est.
Pierre Salvi­ac fait le pari du rug­by ama­teur au détri­ment du rug­by pro­fes­sion­nel. Cal­cul poli­tique. Il pense sans doute récolter plus de voix auprès des prési­dents de clubs de Fédérales et de Séries qu’avec ceux de Top 14 et ProD2. Au milieu de ce mael­strom, il y a cepen­dant une propo­si­tion que j’apprécie par­ti­c­ulière­ment : celle qui con­siste, quand ils ne jouent pas, à met­tre les inter­na­tionaux français sous con­trat fédéral à la dis­po­si­tion des délé­ga­tions régionales pour assis­ter les tech­ni­ciens des clubs ama­teurs. J’aimerais juste voir le vis­age des enfants de Tyrosse, de Soy­aux, de Lille, Vannes et Aube­nas quand ils appren­dront que Mer­moz, Machenaud, Plis­son, Jedrasi­ak ou Médard vont leur appren­dre la passe.
Pass­er, c’est bien le mot, du XV d’en France au rug­by d’enfance : voici cer­taine­ment la meilleure car la plus belle pub­lic­ité que ce jeu puisse s’offrir à l’heure où les Tri­col­ores, même sous la férule de Guy Novès, ont du mal à retrou­ver un pub­lic.
En atten­dant, Côté Ouvert va fer­mer pour quelques jours, le temps que je me ressource en famille et entre amis. Je le laisse pass­er vos bal­lons d’oxygène de mains en mains, expertes. En voilà les clefs : sachez rai­son et pas­sion garder en même temps, alpha et omega de ce blog. C’est notre chance que de béné­fici­er d’un espace de jeu et de «je». Enrichissons-le. Pour ma part, je vous retrou­verai début mai. D’ici là, restez liés.

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Sec à sept

Dix­ième. Voilà le classe­ment français en rug­by à 7. Loin d’un podi­um aux Jeux Olympiques de Rio. Loin de tout, d’ailleurs. Même si deux fois, cette sai­son, les Bleus ont accédé à la Cup, phase finale des lead­ers de poule, petit Graal men­su­el du cir­cuit mon­di­al. Mais pourquoi évo­quer le 7 ? Parce que Kenya !
Pour la pre­mière fois de son his­toire, cet avatar du rug­by, demi-équipe mais grand ter­rain, a vu une nation d’Afrique noire – hors Spring­boks – rem­porter un tournoi du Cham­pi­onnat du monde. 30–7, face aux Fid­jiens en finale, eux qui sont con­sid­érés comme les meilleurs joueurs du monde de la spé­cial­ité désor­mais olympique. Un choc, donc.
Demi-final­istes du Mon­di­al 2013 – c’était à Moscou, il faut l’écrire mais tout le monde s’en fout – ils ne sont pas arrivés là par hasard. En 2001, déjà, à Mar del Pla­ta, lors de la troisième Coupe du monde, les Kenyans avaient bat­tu la France. Cette année-là, Jon­ah Lomu soule­vait le trophée. J’y étais. Les Bleus, eux, n’y étaient pas : ils avaient été ridi­culisés par ces ath­lètes d’Afrique si frus­tres au rug­by mais jamais essou­flés…
Quinze ans plus tard, le Kenya se hisse sur un som­met quand nous, Français, restons tou­jours scotchés dans notre val­lée de larmes. Il est donc pos­si­ble de pro­gress­er, mais il faut croire que c’est plus facile à Nairo­bi (cf. pho­to) qu’à Mar­cous­sis. Ce qui doit quand même nous don­ner à réfléchir, non ? D’autant qu’au même moment était don­né le coup d’envoi du cham­pi­onnat pro­fes­sion­nel améri­cain. Coin­ci­dence trou­blante. car au train où avance le wag­on bleu, il ne nous restera bien bien­tôt plus grand chose à gag­n­er. Ni à XV, ni à 7.
7. Vous remar­querez le chiffre arabe plutôt que romain, parce que le VII, en fait, c’est réservé au XIII. Allez com­pren­dre les arcanes, vous… Mais c’est ain­si. Un nom ? Collins Injera. Le jeu ? Savoir quel club le recrutera ? Juste not­er qu’il est capa­ble de tir­er sans ciller un drop de quar­ante mètres après avoir inscrit deux essais de sprinteur. Mais pourquoi par­ler du 7 quand le XV, en France, a du mal à repren­dre son essor, et que tout le monde se penche sur le futur de l’équipe de France, Cel­lule Tech­nique et inter­nautes de ce site com­pris ?
Parce que vous allez voir, d’ici peu, surtout s’ils mon­tent sur le podi­um à Rio, débouler en Top 14 quelques-uns de ces Kenyans. Ils se placeront aux deux ailes de nos équipes mul­ti­cul­turelles d’élite, prochains tra­vailleurs immi­grés du rug­by français, après les piliers roumains et géorgiens, les deux­ième-lignes néo-zélandais, les troisième-lignes sud-africains, les demis de mêlée aus­traliens, les ouvreurs anglais, les cen­tres argentins et les ailiers fid­jiens.
Restera-t-il de la place pour nos Bleuets ? Pour un Dami­an Penaud com­bi­en de faux JIFF ? Alors par­lons de vos dix-sept propo­si­tions. Rien d’indécent à cela puisque c’est une réus­site. Il est ain­si et ici pos­si­ble de faire avancer le débat par la démoc­ra­tie qua­si-directe. Au rebond de cette ini­tia­tive, vous dire que j’ai rapi­de­ment reçu quelques appels télé­phoniques, mails et sms en prove­nance de têtes chercheuses LNR/FFR qui trou­vent cer­taines de vos idées inter­es­santes, ami(e)s de ce blog. Nous y revien­drons en fin de semaine sur le site de L’Equipe. D’ici là, ne restez pas sec à sept.

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