Au parfum

Un pas de côté qui ne ressem­ble même pas à un cro­chet ; buste, hanch­es et jambes dis­so­ciés, une accéléra­tion foudroy­ante et au bout, l’essai ! Après qua­tre journées de Top 14, ils sont quelques uns, Nagusa, Rati­ni, Masile­vu et main­tenant Bobo, à mar­quer les imag­i­na­tions. D’où sor­tent-ils ? Qui sont-ils ? Pourquoi ont-ils autant de facil­ité à laiss­er leurs adver­saires les pieds plan­tés dans le ciment ?
Cette fois-ci, je vous ai suivi. Au lieu d’être inqui­et qu’un prési­dent de club, M. Mohed Altrad, du stade du même nom, se voit un jour (dans L’Equipe du mar­di 9 sep­tem­bre) et tout seul cham­pi­on de France en oubliant, lui le fin let­tré, que le moi est haïss­able, sans me détourn­er de leur sen­tier lumineux j’ai emprun­té la piste des nou­veaux attaquants du Top 14, ces chas­seurs d’essais qui éclairent le Cham­pi­onnat.
Same­di, à Brive, Ben­i­to Masile­vu a fein­té Toulouse d’un seul appui, arrê­tant trois défenseurs sur une sur­face équiv­a­lente à un mou­choir déplié. Jouis­sif pour celui qui, comme nous au milieu de l’orage, attend les éclairs. Plus loin, plus tard, Rati­ni effec­tua un déboulé face à La Rochelle et j’ai beau appréci­er pour les raisons que vous con­nais­sez ce Stade-là, on ne peut qu’applaudir cette course irré­sistible de la flèche grenobloise ponc­tuée de sub­tiles feintes de corps. Tout comme Bobo, ven­dre­di soir, face à Cas­tres.
Il y a très longtemps, j’ai lu – c’était oblig­a­toire au col­lège – une par­tie choisie des Pen­sées de Blaise Pas­cal. Le pre­mier, avant que je tombe dans Allais, Niet­zsche, Gui­t­ry, Renard, Cio­ran et Desprog­es, ce philosophe m’a fait appréci­er les apho­rismes pour leur sens ramassé, leur inten­sité, leur explo­siv­ité et ce qu’ils lais­sent ensuite dans notre esprit une fois lus. Mais ce n’est que récem­ment que je me suis aperçu que ses Pen­sées étaient écrites sur des liasses. Voilà donc bien le genre de lec­ture, adap­tée à leur moyens, que je con­seille vive­ment aux nou­veaux prési­dents.
On par­le beau­coup des All Blacks – y com­pris M. Altrad dans son inter­view – mais ceux qui ne coû­tent pas cher et rap­por­tent beau­coup, ce sont les Fid­jiens. Le Top 14, qui a du nez, a d’ailleurs recruté leur équipe nationale de rug­by à 7, entre autres Tale­bu­la, Nay­a­cale­vu, Nagusa, Rati­ni, Botia, et depuis peu Viriviri et Masile­vu, étoiles – filantes, bien enten­du – du cir­cuit à 7. En 2013, cette con­stel­la­tion occu­pait le troisième place mon­di­ale. En 2016, à Rio, tout porte à croire qu’elle sera médail­lée olympique.
Le mois dernier, en Chine, face au Kenya, l’Argentine, le Japon, les Fid­ji et les Etats-Unis, la France (moins de dix-huit ans) a décroché l’or à l’occasion des J.O. de la Jeunesse. Pre­mière appari­tion du rug­by dans le giron olympique depuis 1924, à sig­naler pour l’histoire. Avec, côté tri­col­ore, une sélec­tion de jeunes inter­na­tionaux à XV con­stru­ite à la hâte après le for­fait des Anglais, à charge pour Thier­ry Janeczek – ancien coach de France 7 qui reste le seul à avoir gag­né une étape du cir­cuit IRB, en 2005 – de don­ner à ces gamins qui ne con­nais­saient rien de ce jeu ovale les out­ils pour en saisir l’esprit.
« L’objectif de ces jeunes, c’est Rio. Même si ce sera dif­fi­cile, cer­tains d’entre eux peu­vent tout à fait, d’ici deux ans, être sélec­tion­nés pour les Jeux, » pré­cise Janeczek, venu pren­dre un café à lequipe.fr, la semaine dernière. A con­di­tion que la France se qual­i­fie, ce qui n’est pas acquis. Il lui faut ter­min­er dans les qua­tre pre­mières places du cir­cuit IRB. Dans le cas con­traire, en rat­tra­page, décrocher la seule place qual­i­fica­tive de la zone Europe. Gérard, com­men­ta­teur de ce blog, nous pré­cise : « Les séries mon­di­ales qui qual­i­fient qua­tre équipes auront lieu d’octobre 2014 à mai 2015 ‚et le tournoi qual­i­fi­catif européen est prévu l(à par­tir du) 1er août 2015. »
« Deux ans (pas tout à fait, donc, NDLR), c’est assez pour con­stru­ire une belle équipe de France, » souligne celui que ses amis surnom­ment « le Zèbre« , et qui a débuté à 7 en 1986 avec les Bar­bar­ians français (Fourniols, Cecil­lon, Cabannes, Rodriguez, Peuch­lestrade et Bonal) evant de clore cette par­en­thèse dorée en 1993 avec Dey­laud, Bernat-Salles, Bon­neval, Berty, Faugeron, et tou­jours Cabannes. Entraîneur nation­al de 1996 à 2011, l’ancien flanker Tar­bais a aujourd’hui pour mis­sion d’éveiller à cette dis­ci­pline les jeunes du pole France à Mar­cous­sis. On espère que la FFR va penser à lui pour apporter son savoir à l’équipe de France 7 en route vers Rio…
On peut imag­in­er qu’en 2016, des inter­na­tionaux du Top 14, comme Vin­cent Clerc ou Julien Malzieu, intè­greront France 7. « Pour com­pléter le groupe, c’est intéres­sant, recon­naît l’ancien inter­na­tion­al. Mais on ne peut pas aller au delà de deux ren­forts. Car il y a une équipe de France aguer­rie, avec des joueurs pros sous con­trat fédéral, qui se pré­pare depuis août 2010 à l’échéance olympique. Pour qu’un joueur venant du XV se spé­cialise à 7, il lui faut deux ans de pra­tique inten­sive. »
Les Fid­jiens, eux, effectuent le chemin inverse. Ils débu­tent par le 7 (Bolo Bolo en fut, au Stade Français, le pre­mier exem­ple, Nala­ga le plus per­cu­tant et Bobo le dernier en date, à Mar­cel-Deflan­dre) avant d’être remar­qués puis recrutés par les quinzistes. Avant eux, l’Australien David Campese puis le Néo-Zélandais Jon­ah Lomu furent exposés lors du tournoi à 7 de Hong-Kong afin de faire car­rière à XV. En 1985–95, la France fig­u­rait par­mi les nations qui comptent. Vingt ans plus tard, le con­stat est sans appel: les Bleus se bat­tent pour fig­ur­er dans la Plate, deux­ième divi­sion mon­di­ale.
Je suis un peu dur avec M. Altrad, j’en con­viens. L’interview qu’il a don­née com­porte quelques allu­sions au jeu et au « nous ». On y par­le gros sous, c’est enten­du, mar­ket­ing, bud­get, pro­duits dérivés, mais qu’attendre d’un homme d’affaires qui a fait du stade son jardin privé et englouti des mil­lions d’euros – les financiers par­lent en meu­ros – dans son rêve. Intêressé par le ren­de­ment, M. Altrad doit se réjouir d’avoir sous ses couleurs Nagusa mais surtout Viriviri, con­sid­éré aujourd’hui comme le meilleur fid­jien à 7. On attend avec impa­tience qu’il débute, celui-là, pour élec­tris­er le Top 14 des pro­prié­taires.

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