Jonny, d’ailleurs

Enfant, il s’entraînait à buter du pied droit, lui le gauch­er, en s’imaginant qu’il «per­me­t­tait à l’Angleterre de rem­porter la Coupe du monde d’un drop», selon ses pro­pres mots. Jon­ny n’a jamais tué l’enfant qui est en lui car son rêve est devenu réal­ité en 2003, face à l’Australie, à Sydney.Nous y étions.
En atten­dant, sa mère Philip­pa, qui le récupérait à l’heure de la soupe, la nuit tombée, sur le ter­rain qui joux­tait la mai­son famil­iale, ne se doutait pas que son cadet quit­terait la ban­lieue de Lon­dres pour rejoin­dre New­cas­tle, tout au nord, en suiv­ant son entraîneur de rug­by au lycée, l’international Steve Bates, con­trac­té pour coach­er les Fal­cons.
Il n’a pas encore 18 ans, Jon­ny Wilkin­son, quand il devient, sous le mail­lot noir et blanc, le pre­mier enfant du pro­fes­sion­nal­isme. Il ne dis­pu­ta que onze match­es durant la pre­mière sai­son, et fit ses class­es au cen­tre aux côtés de Rob Andrew, l’ex-ouvreur du XV d’Angleterre. Quelques mois plus tard, il deve­nait tit­u­laire en dix et débu­tait, comme rem­plaçant, avec la Rose.
Qui ne l’a pas vu tôt le matin arriv­er le pre­mier pour sa séance de jeu aux pieds ne sait rien de ses pen­chants mono­ma­ni­aques. Dégage­ments, chan­delles, drops et buts : seize ogives retombaient là où il le souhaitait, véri­ta­ble bal­let de bal­lons. Lui restait soli­taire. Per­son­ne n’osait l’importuner. Il butait, seul, d’un côté à l’autre du ter­rain, pen­dant une heure.
Puis il par­tic­i­pait à l’entraînement col­lec­tif du club avant de s’infliger une autre séance de jeu au pied, tou­jours seul, tan­dis que ses parte­naires, incré­d­ules, le regar­daient taper. Eux, ils étaient au chaud dans le club-house, le nez col­lé aux vit­res, et se demandaient comme ce type-là pou­vait faire pour align­er ain­si les séances dans la bru­ine.
S’il pleu­vait trop, Jon­ny louait un vaste hangar à quelques kilo­mètres de New­cas­tle pour s’entraîner à l’abri. Mais ce n’était pas assez. Il se rendait dans une salle de sports, dont il pri­vati­sait gen­ti­ment un des angles, pour effectuer sa mus­cu­la­tion spé­ci­fique à base de ren­force­ment des épaules – qui étaient dev­enues frag­iles à force de plaquages. Il pou­vait aus­si rejoin­dre son pré­para­teur physique per­son­nel pour tra­vailler avec des medecine balls et frap­per dans des sacs de sable.
Entre 1998 et 2008, quand il ne pen­sait pas, ne mangeait pas, ne vivait pas rug­by, Jon­ny Wilkin­son organ­i­sait son temps avec ses dif­férents spon­sors et ter­mi­nait la journée en défi­ant son frère ainé, Mark, au golf ou au ten­nis de table dans le garage d’une vil­la qu’ils partageaient. Ses rares moments de soli­tude sans balle ovale, il les occu­pait à grat­ter une gui­tare sur des accords de Red Hot Chili Pep­pers.
Après 2003, pour espér­er obtenir une inter­view, il fal­lait s’y pren­dre au min­i­mum trois mois à l’avance. Et encore, sans garantie de suc­cès. Je l’ai une fois expéri­men­té à mes dépens… Puis Jon­ny débar­qua à Toulon en 2009. Et s’ouvrit enfin. Un an plus tard, Toulon dis­putait une finale, celle du Chal­lenge européen, après dix-huit saisons de dis­ette. En 2012, deux finales (Chal­lenge et Top 14) ; en 2013, deux finales, mais une gag­née (H‑Cup) ; jusqu’au Graal, ce dou­blé H Cup-Top 14, jamais touché par aucun club.
La part de Jon­ny dans ce récent pal­marès ? On la mesur­era la sai­son prochaine, puisqu’il ne jouera plus. Qui peut le rem­plac­er ? Micha­lak, Giteau ? On annonce Dan Carter en 2015: il fal­lait au moins cela. Le roi est mort, mais crier vive le roi est un peu pré­maturé. Toulon a placé la barre très haut. Machine à gag­n­er con­stru­ite recrute­ment après recrute­ment, cette équipe a érigé le sang-froid et le prag­ma­tisme en ver­tus et je suis le pre­mier à écrire que ce n’est pas tou­jours pas­sion­nant à suiv­re. Mais elle a aus­si mon­tré une âme à toute heure. Car on ne réus­sit pas un tel exploit, dou­ble, sans un sup­plé­ment de tripes et de cœur.

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Quelle histoire !

Same­di, cette finale per­me­t­tra à un club, Cas­tres ou Toulon, d’entrer dans la légende. Toulon parce qu’il attein­dra l’inaccessible dou­blé H Cup – Top 14, le pre­mier vrai som­met resté encore vierge du rug­by pro depuis 1998. Cas­tres parce qu’il inscrira deux fois de suite son nom sur le Boucli­er de Bren­nus, retrou­vant ain­si la légendaire généra­tion de 1949–50, celle du cap­i­taine Jean Matheu, des frères Siman, de René Coll et de Jean Pierre-Antoine. Il devien­dra alors pour ses con­tem­po­rains l’égal du Stade Français (2003, 2004), de Biar­ritz (2005, 2006) et de Toulouse (2011, 2012).
On aurait tort de ne con­sid­ér­er Cas­tres, sous-estimé, qu’à l’aune d’une sous-pré­fec­ture. Ce club, dans l’histoire, est bien davan­tage. Dou­ble­ment sacré au sor­tir de la Deux­ième Guerre Mon­di­ale (1949 et 1950), il a con­nu un temps les affres de la descente (deux saisons en Groupe B) comme ses égaux, Lour­des (1945–46, 1952–53), Agen (1965–66) et Béziers (1974–75, 1977–78, 1980–81, 1983–84) qui, eux aus­si, ont rem­porté deux fois de suite, et cer­tains à de mul­ti­ples repris­es, le titre de cham­pi­on.
Si le C.O. venait à l’emporter same­di soir au Stade de France, il lui resterait à aller chercher les records. Celui de Lour­des, trois fois de suite vain­queur du Bren­nus (1956, 57 et 58), et ensuite l’extraordinaire série de Toulouse (1994, 95, 96 et 97). Ce qui voudrait aus­si dire que Toulon et son arma­da mag­ique garderaient gravé le côté pile, à savoir l’anti-record indélé­bile des Cler­mon­tois (2007, 2008, 2009), soit trois finales per­dues d’affilée.
Le Cham­pi­onnat se partage en cinq péri­odes : 1892–1914, 1920–1939, 1943–1973, 1974–1997 (époque Parc des Princes) et, depuis 1998, l’ère du Stade de France. La six­ième s’ouvrira lorsque la finale du Top 14 (ou Top 12, ou Top 10, cochez votre préférence) se dis­put­era à Evry-Ris-Orangis dans le grand stade de la FFR, vraisem­blable­ment en 2018. Reste que rares sont les clubs qui cou­vrent, au plus haut niveau, le spec­tre du rug­by français. Je n’en con­nais que qua­tre, les «4 Fan­tas­tiques» – c’est d’actualité, non ? – le Rac­ing, Toulouse, Bay­onne et Per­pig­nan.
Toulon a ray­on­né sur qua­tre de ces épo­ques, Cas­tres trois. La place du C.O. n’est pas usurpée : elle racon­te un départe­ment, le Tarn, dédié au rug­by. Gail­lac, Graul­het, Maza­met, Car­maux et Albi se retrou­vent aujourd’hui dans le par­cours aux for­ceps de cette équipe d’anti-stars (Foresti­er, Mach, Capo-Orte­ga, Claassen, Caballero, Tales, Lam­er­at, Dulin) éclairée à con­tre-jour par les feux de la rampe dirigés vers Kock­ott et Gray, les deux seuls à pren­dre la lumière dans cette pha­lange.
A l’inverse, les flashs qui crépi­tent autour du RCT per­me­t­tent de dis­tinguer quelques sans-grade intéres­sants, tels le pili­er Chioc­ci et le talon­neur Bur­den. Au pays des forts en reins, des hommes de mêlée et de devoir, deux des trois abon­nés aux fau­teuils d’orchestre ne pos­sè­dent pas de pedi­gree, de pal­marès et de cartes d’internationaux. Toute bardée d’étoiles, la pha­lange toulon­naise, «cuirassée pour l’épique», ain­si que l’écrit mon ami Benoit Jean­tet, devra beau­coup, en cas de suc­cès, à ses hum­bles.
Une finale pour l’histoire, donc. Elle mar­quera un virage. Le pal­marès du Top 14, qui trou­ve sa source en 2005, s’enorgueillira-t-il d’un nou­veau cham­pi­on, Toulon, cap­i­tale de l’Europe con­stru­ite pour le suc­cès, ou d’un héraut des vil­lages qui ten­dent à dis­paraitre chaque sai­son un peu plus, l’élite vidant de sa sub­stance la zone Bay­onne-Toulouse-Bor­deaux, ce sud-ouest qui ressem­ble désor­mais au tri­an­gle des Bermudes ? Mys­tère…
Same­di dernier, à Lis­bonne et à Cardiff, on a sacré l’Europe au moment où elle n’intéressait, le lende­main, qu’un Français sur trois. Les Euroscep­tiques sont désor­mais dans la fos­se quand deux représen­tants du rug­by nation­al, Cas­tres et Toulon, y pénètrent avec la béné­dic­tion de Saint-Denis. Deux clubs, deux visions du monde ovale, deux ambi­tions, deux par­cours, deux his­toires aux antipodes l’une de l’autre. Et dire que tout va, peut-être, se jouer sur un rebond.

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Ça fait reset

Pour voir du jeu, il fal­lait acheter un bil­let pour Agen ou La Rochelle, voire pren­dre le shut­tle, direc­tion Adams Park. En tout cas, pas débar­quer sur Lille. A moins, le week-end dernier, d’être un sup­por­t­eur incon­di­tion­nel des qua­tre équipes du Top 14 en lice pour décrocher le tick­et final. Et le pire, c’est qu’ils n’étaient pas nom­breux, dans les travées de Pierre-Mau­roy, ori­flammes et dra­peaux au vent, cornes de brume à l’avenant.
Nous vivons l’ère du «Rug­by 2.0», selon l’expression inven­tée par mon con­frère Bertrand Lagacherie pour lequipe.fr. L’ère des joueurs pré­parés à se ren­tr­er dans la gueule pen­dant presque deux heures sans bronch­er, l’ère des essais à zéro passe, l’ère des con­sid­éra­tions tac­tiques her­mé­tiques, de la prise sys­té­ma­tique du milieu du ter­rain à coups d’épaules et de casques, des buteurs métronomiques dont le moin­dre tir dévis­sé déclenche une alerte, des… rrrrr. Par­don,  je me suis endor­mi.
Au final, que gardera-t-on de Lille ? Du monde dans les rues, une droite sur Vin­cent Mosca­to (même pas mal) et son sang-froid face à un pseu­do-sup­por­t­eur alcoolisé ; l’erreur de juge­ment du coach Galth­ié qui a passé beau­coup de temps à pro­mou­voir son livre, le mois dernier, et un peu moins à lire le règle­ment en cas d’égalité en phase finale ; les défaites du Rac­ing-Métro et de Mont­pel­li­er plutôt que les suc­cès de Toulon et de Cas­tres.
En effet, il m’a sem­blé que les Fran­ciliens, par­faite­ment à l’aise dans le rôle du défenseur-récupéra­teur-con­treur qui leur avait réus­si à Toulouse, n’ont pas été capa­bles de pren­dre la mesure d’un RCT mono­lithique en tapant comme des sourds sur la ligne d’avantage. Et qu’est-ce qu’on s’est emmerdé… Les Héraultais, eux, hérauts du jeu de pass­es, ont été si mal­adroits qu’il leur était impos­si­ble de ter­min­er des actions pour­tant bien imag­inées. Heureuse­ment que le sus­pense a com­pen­sé le con­tenu, sinon cette deux­ième demi-finale menaçait elle aus­si d’enlisement.
Du jeu mil­limétré, avec feintes, leur­res, sautées, redou­blées, pris­es d’intervalle, pass­es au cordeau, j’en ai vu durant tout un dimanche à suiv­re ProD2 et bar­rage de Coupe d’Europe. Il est donc pos­si­ble, c’est con­fir­mé, d’attaquer en pre­mière main der­rière une phase sta­tique, de pren­dre et de don­ner du plaisir, de sor­tir de ce que nous appe­lions, en 1988, le «Ram­bo-rug­by», pra­tique physi­co-physique sans regard pour le parte­naire, sans inten­tion de pro­longer le mou­ve­ment, un jeu qui allait – déjà – très vite au sol et nous les bri­sait en petits tas.
Mais on ne donne pas de note artis­tique en phase finale. C’est la loi du genre. C’est à cette aune que le RCT est en passe de mar­quer l’histoire. De finale en finale, un titre européen à la clé la sai­son passée, les Varois mon­tent en gamme. Ils vont enchaîn­er l’impossible, à savoir un sacre en H‑Cup pour un dou­blé, le dernier du genre avant la pas­sage à l’ERCC made in Suisse, et un autre en Top 14, atten­du sur la Rade depuis 1992. Après Lour­des, Béziers puis Toulouse, voici s’installer Toulon.
Habana, Armitage broth­ers, Wilkin­son, Giteau, Fer­nan­dez-Lobbe, les deux Smith, Botha, Williams, Hay­man, Bur­den… Une équipe star con­stel­lée d’étoiles telle qu’en rêve le foot français, PSG mis à part. Soit le Barça, le Real ou le Bay­ern du Top 14, à vous de choisir. Et on en oublierait Bastareaud ; et Micha­lak, rem­plaçant de luxe poly­va­lent, voire Mer­moz relégué faire-val­oir : c’est dire la richesse de l’effectif.
Cette dream team, certes mon­tée de toutes pièces à grands coups d’euros, prend aujourd’hui le pou­voir. On voit bien que Toulouse et Cler­mont ne peu­vent plus suiv­re le rythme, que le Rac­ing-Métro, le Stade Français et Mont­pel­li­er, mal­gré leurs efforts con­sid­érables, n’y sont pas encore. Biar­ritz, final­iste européen, cham­pi­on de France, a été finale­ment lâché dans la course à l’armement. C’est aus­si ça, le «rug­by 2.0». Et ça fait reset.

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Lille de la tentation


Quand deux des plus grands clubs français pren­nent la porte des bar­rages en pleine gueule après avoir tant fait pour le jeu, «large-large» à Cler­mont et debout pour Toulouse, for­cé­ment, ça inter­roge. Mais il y a trois sortes de men­songes : les men­songes, les gros men­songes et les sta­tis­tiques. Car com­ment, avec 12,5 % de chances de l’emporter à l’extérieur en bar­rage, le Rac­ing et Cas­tres sont-ils par­venus à s’imposer respec­tive­ment à Ernest-Wal­lon et Mar­cel-Miche­lin ?
Il faut com­mencer par oubli­er les sta­tis­tiques col­la­tion­nées durant la sai­son régulière. Elles ne sig­ni­fient rien au moment des match­es couperets. Les entraîneurs, à l’évidence, priv­ilégient les match­es à domi­cile en alig­nant leur équipe-type avant d’envoyer réservistes et dou­blures en déplace­ment. Il y a donc pile et face pour l’aller et le retour. Dif­fi­cile, voire impos­si­ble, d’en tir­er le moin­dre enseigne­ment fiable. Quand arrive la phase finale, une nou­velle sai­son démarre. Sauf à con­sid­ér­er que Cas­tres fut seul à faire tomber Mont­pel­li­er sur sa pelouse, le 23 novem­bre dernier, 20 à 16…
Les coach­es pré­par­ent leur plan à par­tir de séances vidéo, d’analyses, de mod­ules con­sti­tués de phas­es de jeu addi­tion­nées afin de savoir qu’elles sont les ten­dances lour­des d’un adver­saire, ses points forts et ses points faibles, ses habi­tudes. Cela va du sens dans lequel le jeu s’enchaîne jusqu’à la fréquence des lancers en milieu d’alignement dans la zone com­prise entre la ligne médi­ane et les 22 m advers­es lors des quinze pre­mières min­utes de la sec­onde péri­ode. Du macro au micro.
Cas­tres, indi­gent à l’extérieur d’aout à avril, et le Rac­ing-Métro, tim­o­ré loin de ses bases, ont donc sur­pris tout le monde le week-end dernier, à com­mencer par ceux qui leur étaient opposés. En attaquant avec fer­meté et con­vic­tion, en faisant preuve de dureté men­tale et physique, en prenant soin, même au bord de la rup­ture, de ne pas bris­er leur chaîne d’union, ces deux clubs ont coupé à pique au bon moment, se débar­ras­sant d’une couleur pour mieux bris­er les atouts d’adversaires lais­sés sur le car­reau.
Peut-être faut-il voir dans ces deux sur­pris­es la pat­te du duo des Lau­rent, Labit-Tra­vers. Cas­tres con­stru­it, hier, pour sur­pren­dre. Tout comme le Rac­ing-Métro aujourd’hui au for­mat équipe de Coupe : con­quête, con­tre, défense, buteur et deux ou trois bons coups joués dans le meilleur tim­ing, au pire moment pour l’adversaire, blessure fatale infligée par la dague glis­sée sous l’armure. Rien de spec­tac­u­laire. Stratégique cer­taine­ment. Pen­sé, oblig­a­toire­ment. On peut ne pas aimer mais, quand même, cha­peau.
Vingt-six journées d’aout à avril pour déter­min­er les deux clubs relégués en ProD2, c’est long… Puis tout remet­tre à zéro ; reset pour les six pre­miers. Rup­ture bru­tale. Comme une loi nou­velle qui s’impose sans sas de décom­pres­sion. Pas la peine de pro­duire, d’aligner, de main­tenir. Juste se con­tenter. Rien ne sert de recevoir c’est à point qu’il faut jouer. Toulouse, ban­cal tout au long de la sai­son, et Cler­mont, per­du en demi-finale de H‑Cup, en ont fait la cru­elle expéri­ence.
Il n’y a pas de note artis­tique en match élim­i­na­toire. Toulouse, naguère, l’emportait avec sa mêlée. Ven­dre­di soir dernier, elle a été pliée, refoulée, broyée, comme jamais depuis 1983. Cler­mont, enfumé par sa série d’invincibilité, n’a pas su choisir ses pri­or­ités. C’est la loi de ce marché : surtout ne jamais banalis­er une phase finale. Le soin métic­uleux avec lequel Cas­trais et Fran­ciliens ont pré­paré leurs défis rap­pelle à quel point l’humilité demeure une ver­tu car­di­nale.
Main­tenant que les bar­rages ont sauté, les regards sont tournés vers le nord et Lille de la ten­ta­tion. Toulon et Mont­pel­li­er présen­tent d’autres argu­ments que ceux pro­posés, la semaine dernière, par Toulouse et Cler­mont. De leur côté, le Rac­ing et Cas­tres devront élever leur jeu d’un cran. Ou pas. Rester dans un reg­istre com­pact ou élargir sa palette, telle est la ques­tion. Etre rug­by or not to be.

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Martyr, revenir


L’absence d’un indé­ni­able tal­ent, François Trinh-Duc, fait davan­tage par­ler que la présence de quelques jeunes et nou­veaux sélec­tion­nés, Meni­ni, Lam­er­at et Le Bourhis, dont les prénoms ne sont pas men­tion­nés dans toutes les gazettes, Alexan­dre, Rémi et Félix, au sein de la liste des trente et un pour la tournée de l’équipe de France en Aus­tralie, en juin.
A l’époque, les Tri­col­ores n’étaient pas surnom­més les Bleus et leur mail­lot, comme leur bal­lon, pesait une tonne sous la pluie et dans la boue qui étaient la météo et les con­di­tions du rug­by. Sur­doué au poste de pili­er gauche, mais aus­si d’ailier, sorte de Mosca­to d’avant l’ère du talk-show pour son sens de la répar­tie, Amédée Domenech n’avait pas par­ticipé – nous étions en 1958 et je n’étais encore qu’une étin­celle dans le regard de mon père – à l’aventure de l’équipe de Mias.
«Tu es le meilleur d’entre nous, mais nous sommes meilleurs sans toi.» Voilà ce qu’avait répon­du le doc­teur Pack à ce pili­er volant qui ne com­pre­nait pas pourquoi son tal­ent ne lui ouvrait pas en grand les portes de la sélec­tion nationale. Quelques années plus tard, Pierre Berbizier, qui con­nait bien l’histoire ovale en grand lecteur qu’il est, avait lâché le même juge­ment en direc­tion d’Alain Penaud, le Trinh-Duc des années 90. A l’époque, j’étais bien le seul à défendre Alain. Il y avait pour­tant Franck Mes­nel, Philippe Rougé-Thomas, Christophe Dey­laud, Didi­er Cam­ber­abero et Thier­ry Lacroix sur les rangs.
Alain avait des ful­gu­rances uniques. Mais le courant ne pas­sait pas entre le coach tri­col­ore et lui. Berbizier lui avait pour­tant offert 19 sélec­tions, tout 1992, 1993 et 1994, pour au final arrêter de l’appeler. En 2008, 2009 et 2010, Marc Lièvre­mont a tenu Trinh-Duc à bout de bras con­tre vents, cri­tiques et marées. Pour finale­ment lui préfér­er Par­ra, un demi de mêlée, à l’ouverture du XV de France durant le Mon­di­al 2011, ce qui est sans doute encore plus humiliant que d’être, vingt ans plus tôt, rem­placé par Dey­laud.
Que reprochent PSA et son staff à Trinh-Duc, actuelle­ment le meilleur ouvreur du Top 14 ? De ne pas amélior­er le ren­de­ment du XV de France, de ne pas le tir­er vers le haut comme avec Mont­pel­li­er. De nég­liger le jeu au pied, de ne pas con­sid­ér­er le mou­ve­ment de l’arrière et des ailiers advers­es lors de sa prise d’informations, de ne pas jouer en préac­tion mais en réac­tion. D’être obnu­bilé par la ligne d’avantage plutôt que de s’arranger pour que ses parte­naires la fran­chissent. De ne pas tou­jours bien accepter leurs cri­tiques.
Strux­i­ano, Dauger, Bar­ran, Domenech, Gachas­sin, André Boni­face, même Wal­ter Spanghero, mais aus­si Mothe, Lansaman, Maso, Gal­lion, Cabannes, Charvet, Galth­ié, Penaud on l’a dit, Fritz, Papé, Cha­bal… La liste est longue des oubliés, des parias, des revenants, des ostracisés. Les raisons sont divers­es et var­iées. Elles racon­tent la dif­fi­culté d’associer quinze tal­ents au sein d’une équipe, car il faut écouter l’harmonie d’un groupe plutôt que de rati­ocin­er sur la somme des indi­vid­u­al­ités qui, sou­vent, se cooptent.
Talès, Micha­lak, Plis­son, Lopez… Trinh-Duc n’arrive qu’en cinquième posi­tion, aujourd’hui, aux portes de Mar­cous­sis. Il faudrait, pour lui faire une place en tête de liste, que les tech­ni­ciens tri­col­ores mod­élisent le jeu autour de lui, comme l’a fait Fabi­en Galth­ié à Mont­pel­li­er. Ce n’est vis­i­ble­ment pas leur envie. Prob­lème, le XV de France n’a embal­lé per­son­ne – pas même moi – depuis févri­er 2012. Je rap­pelle qu’à cette époque, FTD en était l’ouvreur.
«Quand il revien­dra, il sera le plus fort». Voilà ce que m’a dit Philippe Saint-André, en fin d’année dernière, au sujet de Trinh-Duc. La porte de la mai­son n’est donc pas fer­mée, mais PSA n’a pas envie de lui en don­ner la clé. Reste que si Mont­pel­li­er est sacré cham­pi­on de France avec un super FTD à la baguette, la veille du départ des Tri­col­ores pour l’Australie, ça risque de faire un peu désor­dre. Pas sûr que François Hol­lande réagisse comme Mit­ter­rand en 1989 pro­posant à Fouroux, par la voix de Gla­vany, d’emmener l’oublié Charvet en Nou­velle-Zélande, Charvet auteur d’un essai de funam­bule au Parc des Princes face à Toulon en finale du Cham­pi­onnat.

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Un rocher à remonter

Quand la réal­ité est plus forte que la légende, c’est donc la réal­ité qu’il faut imprimer. Et celle-ci, de réal­ité, est assez prég­nante pour nous tenir en haleine jusqu’au dernier souf­fle de la phase régulière. Ce Top 14, avec tous ses défauts – et ils sont nom­breux – n’a tou­jours pas livré ses con­clu­sions. Il nous fau­dra donc patien­ter jusqu’à same­di, 16h30, pour enfin savoir.
En atten­dant l’ultime classe­ment, une cer­ti­tude sus­cite déjà notre réflex­ion : Biar­ritz sera en ProD2 la sai­son prochaine tan­dis que Lyon rejoin­dra en Top 14. On sent bien der­rière ce mou­ve­ment de bal­anci­er que la prime tombe dans la poche des métrop­o­les, sig­nalant – mais ça on le savait déjà – qu’il n’y aura plus beau­coup de rug­by de « vil­lages » dans l’élite, demain.
Toulon, bien placé, monte en puis­sance match après match ; mais qui sera l’autre pro­tégé des demi-finales ? Cler­mont ? Même si les Auvergnats ont la tête encore un peu à Twick­en­ham, cassée, fra­cassée, le record d’invincibilité à (on dit « au » en langue rug­by) Mar­cel-Miche­lin aura sans aucun doute un effet boost­ant. Tout autre issue serait dévas­ta­trice.
Qui emportera la bataille de la sep­tième place qual­i­fica­tive – peut-être – pour l’Europe nou­velle ? Bor­deaux ou Paris ? Eton­nant de con­stater à quel point tout peut aller vite dans un sens ou dans l’autre. En début de sai­son, le Stade Français épatait par son jeu com­plet : il risque de tout per­dre après un dernier mois calami­teux au moment où l’Union retrou­ve de l’espoir et de la force.
Pour accom­pa­g­n­er Biar­ritz un étage plus bas, là aus­si l’emporte la con­fu­sion des sen­ti­ments. Per­pig­nan, Oyon­nax, Bay­onne et même Greno­ble, qui cara­co­lait pour­tant en tête du hit-parade en début de sai­son, ne sont à l’abri de rien. Retrou­ver la sai­son prochaine en ProD2 deux récents cham­pi­ons de France est un signe de bonne san­té, il me sem­ble, non ?
Car ils seront rem­placés par deux autres grands noms du rug­by français. En effet, avec le LOU, d’entre Pau, Nar­bonne, La Rochelle et surtout Agen (je sais, en tant qu’ancien Rochelais, je devrais être plus « sup­por­t­eur » mais ce n’est pas ma voca­tion) le vain­queur de la finale d’accession fera un beau pro­mu.
Tenez, je vous invite une nou­velle fois à la lec­ture, enrichissante et instruc­tive, de « Rug­by Clubs de France » aux édi­tions Glé­nat, ouvrage conçu et écrit par trois de nos inter­nautes, à savoir Frédéric Hum­bert, Antoine Aymond et Nemer Habib. Le web a du tal­ent, la preuve. Pourquoi ce con­seil ? Parce qu’on y voit défil­er le Cham­pi­onnat hors du temps mais aus­si, et ce n’est pas un para­doxe, dans son époque, dans son con­texte.
C’est peut-être cela, l’histoire… Une éter­nel recom­mence­ment. Joueurs, dirigeants, entraîneurs, sup­por­t­eurs et aus­si parte­naires – c’est dans l’ère – remon­tent ensem­ble leur rocher ovale vers le som­met tout en sachant qu’il est pos­si­ble, à tout moment et par­fois très vite, d’en redescen­dre. Imag­i­nons, au delà des défaites et des suc­cès, ces clubs heureux. Ou alors ce serait à dés­espér­er.

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Goze, toujours

Un per­son­nage d’importance est passé presque inaperçu, ces temps derniers, et pour­tant, il ne passe pas inaperçu. Il y a du Fer­rasse en lui, et même un peu plus si l’on con­sid­ère sa stature. Imposante. Comme Ton­ton, c’est un deux­ième-ligne de devoir, et il va fal­loir lui trou­ver, très vite, un surnom. La sig­na­ture LNR-Canal + revue à la hausse, c’est lui. L’accord entre les clubs et les fédéra­tions au sujet de la prochaine Coupe d’Europe, c’est tou­jours lui.
Vous l’aviez dev­iné, il s’agit de Paul Goze. Le Cata­lan. Prési­dent de la LNR. Suc­cesseur de Serge Blan­co et de Pierre-Yves Revol. Sou­venez-vous, per­son­ne ne mis­ait sur lui. Et pour­tant, il est arrivé à ses fins. Quand il a décidé de dénon­cer l’accord his­torique entre Canal + et le Top 14 et celui, tout aus­si ancré, liant les clubs français et l’ERC, il a joué gros.
Sûr de lui, et à peine débar­qué à la prési­dence, il s’était donc jeté comme un junior sur les deux plus impor­tants dossiers du rug­by pro français. «C’est le plus gros bluff de l’histoire de la LNR. Soit vous perdez tout soit vous empochez tout.» Je me sou­viens qu’il avait souri, pas démon­té par les enjeux, énormes, quand nous avions évo­qué les cartes qu’il tenait dans sa main.
Il a joué et gag­né. Bra­vo à lui. Le Top 14 est reval­orisé, la prochaine Coupe d’Europe remod­elée selon ses souhaits. Dans les deux cas, une grosse manne pour le rug­by pro français. Pour­tant, vous ne l’entendez pas. Il a la vic­toire mod­este, Paul Goze. J’en con­nais qui auraient hurlé au suc­cès, s’en seraient arrogé la pater­nité. Pas de cela chez l’ancien prési­dent de l’USAP.
Dans quelques années, la chronique retien­dra qu’à la façon d’Albert Fer­rasse tra­vail­lant con­tre vents, marées et Celtes pour faire pass­er l’idée d’une Coupe du Monde, et avec un sens poli­tique digne de Bernard Lapas­set au moment d’accorder l’organisation de l’édition 2007 à la France, Paul Goze, toutes pro­por­tions gardées, a pesé dans l’histoire con­tem­po­raine du rug­by.
Je sais, ça n’a rien de glam­our, et pour­tant… Voilà le Top 14 à la hau­teur finan­cière – enfin presque – de ce qu’il mérite et la Coupe d’Europe hissée à un niveau supérieur, sportive­ment, économique­ment et poli­tique­ment. En accep­tant d’être élu à la tête du rug­by pro, il y a deux ans, Paul Goze s’était fixé ces deux objec­tifs, fédérant autour de lui carpes et lap­ins, vieux renards et jeunes loups, anciens inter­na­tionaux, entre­pre­neurs et pro­prié­taires.
Je n’ai pas cru, au départ, que celui que cer­tains com­par­ent à un roi poda­gre pour­rait s’inscrire dans la moder­nité, défi­er au prof­it de l’élite des clubs français les monopoles télévi­suels et les insti­tu­tions européennes dans un même mou­ve­ment. Je me suis trompé. En revanche, en cas de vic­toire, je savais qu’il n’y aurait aucun tri­om­phal­isme chez celui qui a, naguère, per­mis à l’USAP de tutoy­er les som­mets.
D’ailleurs, quels sont aujourd’hui les sen­ti­ments de Paul Goze à l’égard de son club de cœur qui peine à éviter la descente en ProD2 après avoir été final­iste du Cham­pi­onnat en 1998, 2004 et 2010, rem­por­tant le boucli­er de Bren­nus en 2009, lui qui a œuvré rude­ment au sein du pack cata­lan et relevé quelques défis en même temps que cer­taines mêlées ? Son départ d’Aimé-Giral, à l’époque passé presque inaperçu, n’a pas été comblé, vis­i­ble­ment.
Pour con­clure, et avant de par­tir quelques temps en vacances, je vous pro­pose cette sail­lie du Dac­quois Pierre Albalade­jo, jamais à court de ce qu’on pour­rait con­sid­ér­er comme un apho­risme : «Les sup­por­t­eurs se deman­dent tou­jours s’il faut recruter tel ou tel joueur. Pour ma part, j’ai tou­jours pen­sé qu’il fal­lait d’abord les entour­er de dirigeants de qual­ité.» Et d’ajouter, pour faire bonne mesure : «Un bon dirigeant vaut trois grands joueurs.» Alors, d’après vous et à l’aune de ses suc­cès, com­bi­en pèse Paul Goze ?

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Paradoxe


J’ai bien aimé l’euphémisme de Guy Novès après – cochez la bonne men­tion – la déroute, l’humiliation, la décu­lot­tée de Lim­er­ick : «Nous avons le sen­ti­ment d’avoir été dom­inés.» On ne peut pas dire moins. Ça doit faire mal au fonde­ment du jeu toulou­sain d’être pris partout et en même temps. Surtout au presque terme d’une sai­son terne en tout point.
Sauf que, ne vous y trompez pas, avec deux semaines de plus pour «récupér­er et tra­vailler» tou­jours dix­it Novès, le Stade Toulou­sain ne sera cer­taine­ment pas loin du dernier car­ré, voire mieux. La vex­a­tion est un ressort que sait bien utilis­er le man­ag­er. Cela ne chang­era pas la phy­s­ionomie de ce qui est jusque-là un par­cours médiocre mais juste­ment, il ne reste plus que six match­es à dis­put­er.
Same­di dernier, j’ai assisté à l’une des plus belles péri­odes de rug­by jamais pro­posées. C’était à Mar­cel-Miche­lin. Et dans ce con­texte, les Tigres de Leices­ter parais­saient de papi­er. Buttin, Rougerie, Nala­ga, Fofana, Nakaitaci lancés par le duo James-Par­ra : un pur régal. Le pack jaune avançait comme aux plus belles heures du mon­stre à seize pattes cher à «Migraine» Ringeval.
Mais une ren­con­tre ne s’arrête pas à la mi-temps. Une fois de plus – c’est son point faible – l’ASM en tête au score, dom­i­na­teur, irré­sistible, spec­tac­u­laire même, s’est arrêté de jouer. Sur-régime ? Mau­vais cal­cul ? Sen­ti­ment d’impunité ? Aurélien Rougerie évoque «le retour des vieux démons». Comme si Cler­mont avait du mal à guérir de ses maux endémiques.
En final, la très bonne nou­velle est venue de la rade. Toulon a jail­li du tun­nel, attaquant à toute vitesse d’entrée, accélérant ensuite pour finir en trombe. J’attendais le Lein­ster – vu son cast­ing – à un autre niveau. Mais jamais ces Irlandais-là, phago­cytés, n’ont pu con­tester la supéri­or­ité varoise. Même lorsqu’ils virèrent de bord à 6–6.
Giteau ouvreur, voilà sans doute la solu­tion toulon­naise. Avec Micha­lak à la mêlée. Car Tillous-Bor­de pro­duit des per­for­mances peu dignes de son rang d’international. Micha­lak-Giteau: cette charnière sait occu­per sur la ligne d’avantage. Elle flu­id­i­fie un jeu direct, ce qui n’est pas don­né à tous les demis. Crime de lèse-Jon­ny que de penser cela mais c’est assumé.
Reste qu’en jouant sur deux tableaux, comme la sai­son passée, Cler­mon­tois et Toulon­nais vont devoir effectuer des choix cornéliens. Priv­ilégi­er l’Europe est l‘objectif avoué des Auvergnats. Toulon, de son côté, rêve de Bren­nus, c’est acté. Vous allez voir que cette fin de sai­son va priv­ilégi­er un out­sider. Et je met­trais bien une pièce sur Toulouse, surtout si Dusautoir, John­ston, McAl­is­ter, Picamoles, Fritz et Nyan­ga recou­vrent la pleine pos­ses­sion de leurs moyens, que l’on sait grands.

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Remanié

C’est ce qui s’appelle un boule­verse­ment. Com­mencé le 15 août, le Top 14 sem­blait s’être sta­bil­isé. Cler­mont et Toulon en haut, Biar­ritz et Oyon­nax en bas. Et puis voilà, il a suf­fi d’une journée, la vingt-troisième, pour que presque tout soit remanié – c’est d’actualité. Mont­pel­li­er leader et Cler­mont détrôné, le Rac­ing-Métro dans les six, le Stade Français hors du coup, et Bor­deaux-Bègles en embus­cade.
Dans le bas du tableau, pour accom­pa­g­n­er Biar­ritz, déjà con­damné (le mot est un peu fort, je l’avoue, car c’est un cham­pi­onnat relevé) à la ProD2, deux clubs sont venus rejoin­dre l’US Oyon­nax : Bay­onne, à égal­ité de points (44), et Per­pig­nan (46) qui n’en finit pas de chuter. Bien malin qui peut aujourd’hui annon­cer le nom du deux­ième relé­gable à trois journées de la fin de la phase régulière. D’autant que Greno­ble accuse une inquié­tante baisse de régime.
J’aurais bien aimé, et vous aus­si j’en suis cer­tain, con­tin­uer sur cette lancée, me délecter de la prochaine journée de Top 14, sans arrêt, sans coupure, sans break. Garder intacte jusqu’au bout la dra­maturgie. D’autant que le niveau de jeu des ren­con­tres s’affiche en hausse sen­si­ble, toutes les éner­gies se tour­nant vers la qual­i­fi­ca­tion ou le main­tien. Et bien non, voilà que revient la H‑Cup. Au pire moment.
Il com­mence en plein été, ce sce­nario, quand per­son­ne ne s’y intéresse vrai­ment, saucis­son­né par les tests de novem­bre, con­cen­tré en fin d’année pen­dant les fêtes et de nou­veau haché menu par le Tournoi des Six Nations. Passe encore deux journées européennes de temps en temps, octo­bre, décem­bre, jan­vi­er. Mais là, c’est une frac­ture. Qu’on nous laisse finir le Top 14 ! Trois journées, c’est beau­coup deman­der ? La nou­velle gou­ver­nance arrive, instal­lée en Suisse pour le cli­mat – fis­cal, le cli­mat – mais c’est d’un cal­en­dri­er remanié dont nous auri­ons besoin. Couper le Cham­pi­onnat au moment où le sus­pense est à son comble, c’est insér­er de la pub avant les trois dernières séquences d’un Hitch­cock.
D’accord, c’est du très haut niveau, la H‑Cup, surtout à par­tir de la phase finale. Mun­ster-Toulouse, Toulon-Lein­ster et Cler­mont-Leices­ter valent cha­cun un test-match. Mais j’avais envie de con­tin­uer à regarder le Top 14 : Cler­mont-Cas­tres ou le défi des incer­tains, Bor­deaux-Toulon pour con­tin­uer à rêver en Gironde, Bay­onne – Stade Français et mal­heur au per­dant, Greno­ble-Mont­pel­li­er pour assoir un statut de leader, Per­pig­nan-Oyon­nax, la peur au ven­tre…
Il est vrai­ment grand, ce sport, pour ain­si sur­vivre à ses turpi­tudes : cal­en­dri­er à tiroirs, insti­tu­tions datées, vio­lence général­isée (ver­bale dans l’élite qui devrait mon­tr­er l’exemple, physique et sournoise en Fédérale 3 avec le triste match Véore-Vinay dont on attend avec intérêt l’épilogue dis­ci­plinaire), rumeur devenant dans la minute infor­ma­tion pas même véri­fiée (où l’on apprend par erreur à cause d’un excès de zèle jour­nal­is­tique la mort de Jeff Tor­do, vite démen­tie mais trop tard quand même)…
Ah, au fait, vous vous sou­venez de l’affaire de la mêlée bleue dans le Tournoi, évo­quée ici même il y a peu ? On s’était promis de porter dès le retour des coupes d’Europe un œil cri­tique sur les mêlées, l’arbitrage anglo-sax­on, le côté gauche de la poussée, le droit aus­si  (parce que ça valse un peu), pour en repar­ler à la lumière des sanc­tions infligées au pack français dans le dernier Tournoi. Toulon, Toulouse et Cler­mont, nos fleu­rons, mais aus­si Brive et Paris, passeront-ils au tamis des trois com­man­de­ments nou­velle­ment gravés dans le mar­bre fin du règle­ment ? Finale­ment, his­toire de rati­ocin­er, vous allez voir qu’ils vont finir par m’intéresser, ces quarts européens…

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En trompe l’œil

Comme beau­coup, vous serez sans doute repus de rug­by – et de beau – après avoir vu Mun­ster-Toulouse, puis Cler­mont-Leices­ter. A la fois copieux et raf­finé, ce menu… Mais, à mon avis, prenez quand même le temps – si on vous le per­met – de suiv­re la ren­con­tre opposant Oyon­nax à Bor­deaux, le 5 avril, à 20h35. Vous n’y suiv­rez sans doute pas une orgie de relances mais elle s’avère déter­mi­nante pour la suite, pas­sion­nante, du Cham­pi­onnat, cette oppo­si­tion.
Le pre­mier week-end d’avril est réservé aux com­péti­tions européennes. Cler­mont, Toulon, Toulouse, mais aus­si le Stade Français et Brive, sont con­cernés à divers titres. Reste que ce petit bout de Top 14 vau­dra le détour. Pas pour le jeu (encore que) mais vrai­ment pour l’enjeu. Il per­me­t­tra à l’USO, qui n’en finit pas de descen­dre, d’espérer se main­tenir en Top 14 en cas de suc­cès. Ou alors don­nera des ailes à l’UBB qui n’en finit pas de mon­ter, dans la per­spec­tive d’accéder – quelle récom­pense ! – à la phase finale.
Aujourd’hui, ils sont sept, les clubs d’élite, à pou­voir sérieuse­ment rêver d’une place dans ce Top 6 syn­onyme de bar­rage pour les moins bien classés, de demi-finale pour les autres : Cler­mont, Toulon, Mont­pel­li­er, Cas­tres, le Stade Français, Toulouse et le Rac­ing-Métro. Mais Bor­deaux pour­rait empêch­er ces cadors de rester entre eux pour l’emballage final. Bor­deaux ? Pourquoi pas…. Mais seule­ment en cas de suc­cès dans l’Ain.
Je laisse la ques­tion suiv­ante à votre sagac­ité : peu­vent-ils la décrocher, les Girondins, cette vic­toire ? Quelques chiffres. Bor­deaux s’est imposé deux fois à l’extérieur : à Biar­ritz et à Bay­onne. Il faut croire que la façade Atlan­tique sourit aux Bor­de­lais. De son côté, Oyon­nax a per­du deux fois sur son ter­rain : le Stade Français et Mont­pel­li­er l’ont emporté à Charles-Math­on. Pour autant, est-ce que cela nous donne une indi­ca­tion sur l’issue de ce match en retard ? Aucune­ment.
Je salive – c’est sans doute parce que je reviens de vacances, sevré d’ovale – à l’idée d’assister en spec­ta­teur priv­ilégié à la 23ème journée du Top 14. Brive-Cler­mont ou le der­by du cen­tre revis­ité. Avec l’avènement du pro­fes­sion­nal­isme et la descente des Cor­réziens en ProD2, on avait oublié ce que ce choc entre Cou­joux et Jau­nards con­tient d’histoires et voilà qu’elles ressur­gis­sent, plus âpres que jamais. Idem pour Toulon-Toulouse, surtout au moment où les Toulou­sains – qui retrou­vent leur jeu de pass­es – émar­gent néan­moins à la six­ième place sous laque­lle rampe le spec­tre de la non-qual­i­fi­ca­tion en phase finale…
Autre der­by d’appellation con­trôlée : le duel frat­ri­cide entre le Stade Français et le Rac­ing-Métro, clubs présidés par des mil­lion­naires mais qui con­nais­sent – je veux par­ler des clubs – des for­tunes divers­es. On sent Paris gliss­er douce­ment vers le bas et le Rac­ing mon­ter sen­si­ble­ment vers le haut. Mais ce sen­ti­ment ne devien­dra une ten­dance lourde ou une illu­sion d’optique qu’au coup de sif­flet final, same­di, vers 17h… Impos­si­ble de dégager un favori tant est fin l’écart qui sépare, actuelle­ment, ces deux équipes en quête d’un des­tin nation­al.
Et si Cas­tres doit logique­ment s’imposer à Biar­ritz et Mont­pel­li­er face à Bay­onne, nous en revenons tou­jours à Oyon­nax et à Bor­deaux – c’était écrit – qui reçoivent respec­tive­ment Greno­ble et Per­pig­nan, deux adver­saires en dif­fi­culté qui ont per­du au fil des match­es con­fi­ance et hargne. Oyon­nax et Bor­deaux jouent leur avenir, ce futur proche qui les ver­ra s’affronter une semaine plus tard, eux et rien qu’eux, pour remet­tre à jour un classe­ment en trompe l’œil. Mais le résul­tat va impacter les posi­tions occupées par le Stade Français, Toulouse, le Rac­ing-Métro et Bay­onne. C’est beau­coup, con­cédez-le, pour un seul match.

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