Tous contre


Rien ne va plus, faites vos vœux. Paul Goze a fait les siens. 100 mil­lions d’euros au min­i­mum pour reval­oris­er le Top 14 dont les droits actuels, 35 mil­lions à la louche, sont ridicules si l’on regarde la qual­ité du pro­duit avec ses têtes de gon­do­les, Wilkin­son, Giteau, les Smith de Toulon, Gear, Morné Steyn, Sex­ton, Roberts, Lydi­ate, Pietersen, j’en passe et des meilleurs. Mais Pierre Camou, ci devant prési­dent de la FFR, n’est pas d’accord, sem­ble-t-il, pour que la LNR pousse le bou­chon encore plus loin, par gour­man­dise, sans aucun doute, et sou­ti­enne son homo­logue de la Pre­mier­ship, si ce n’est emboi­ter le pas des Anglais pour créer une Coupe d’Europe bis, pirate, par­al­lèle, sauvage, je vous laisse choisir le terme idoine.
La prochaine Coupe du monde arrive à toutes enjam­bées. 2015, c’est demain. Bon d’accord, après demain, mais enfin c’est dans pas longtemps. C’est du moins ce que pense aus­si Philippe Saint-André. Je sais que vous n’aimez pas son style un peu lar­moy­ant, ses résul­tats qui n’en sont pas, mais il a besoin de voir ses joueurs, de débriefer le passé proche et de pré­par­er le futur, c’est-à-dire les trois tests de novem­bre. Pas une sinécure, ce mois : Nou­velle-Zélande, Ton­ga et Afrique du sud à la suite… Dif­fi­cile de faire plus dense. Et bien fig­urez-vous que Guy Novès n’est pas d’accord. Le man­ag­er général de Toulouse reprend la voie des lamen­ta­tions, rôle de com­po­si­tion qui lui irait bien si nous n’avions pas, dans un petit coin de notre mémoire, le sou­venir qu’il a refusé le poste de sélec­tion­neur du XV de France, se trou­vant bien mieux dans celui de râleur nation­al.
Per­son­ne n’est d’accord avec rien, tout le monde trou­ve qu’il est mieux d’être con­tre que pour. L’autre soir, coup de fil. A l’autre bout du com­biné Jean-Pierre Rives qui reve­nait de San Fran­cis­co où il expo­sait. «Richard, écris-nous quelque chose de beau… Il faut par­ler de ce qui est bien, de ce qui élève l’âme. Il y a de belles choses dans le rug­by.» Désolé, Jean-Pierre, je regarde autour de moi, j’écoute, je lis et j’ai beau m’écarquiller les yeux, me laver les oreilles et creuser aus­si pro­fond que je puisse aller sans rester plan­té au fond, je ne vois pas grand-chose de for­mi­da­ble­ment beau sur lequel gliss­er des mots.
Je ne vois, ne lis, n’entends que des maux. La Coupe d’Europe est en péril parce qu’elle ne génère pas assez d’argent pour les clubs anglais et français. Le con­trat Canal, his­torique, va être redis­cuté parce qu’il ne génère pas assez d’argent pour les clubs français. Le rassem­ble­ment de l’équipe de France est cri­tiqué parce qu’il oblige les inter­na­tionaux à jouer ailleurs que dans leurs clubs. Ils revien­dront chez eux per­ver­tis par les idées de PSA, fatigués après avoir fait les cours­es à Mar­cous­sis, dix­it Saint Guy.
En ce début de sai­son 2013/14 de toutes les rené­go­ci­a­tions, la somme des volon­tés par­ti­c­ulières est inférieure, et très large­ment, à l’intérêt général. Nous pour­rions aus­si par­ler des recru­teurs qui écu­ment les bor­ds de touche pour sauter sans ver­gogne sur les joueurs en fin de con­trat, sur les déci­sions d’arbitrage vidéo, au plus haut niveau – n’est-ce pas Romain Poite ? – infir­mées par l’IRB pour obtenir la paix sociale. On fait dif­fi­cille­ment plus vul­gaire.
J’ai bien con­science d’avoir tapé en touche, sur ce coup, au lieu d’attaquer dès la sor­tie du tun­nel. Alors, si vous avez du beau, du bon, du bien, n’hésitez pas à nous en faire prof­iter, ce blog est aus­si le vôtre. Au pas­sage, vous fer­ez plaisir à Jean-Pierre Rives, qui nous lit. Racon­tez-moi une his­toire de rug­by, avec de bons rebonds. Et des échap­pées belles. Clic, c’est à vous…
Cadeau. Pour ceux que ça inter­esse, la pho­to est prise dans le ves­ti­aire du col­lège de Loret­to, au sud d’Edimbourg, là où les gamins de l’école se réu­nirent avant de dis­put­er le pre­mier match de l’histoire du rug­by calé­donien. Ça, ça fait du bien…

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Tot Siens

Au revoir en Afrikaans. Parce qu’Habana et Kruger (ci-dessus), ain­si que Steenkamp, Steyn et Ver­maak sont repar­tis dis­put­er le Four Nations après avoir décou­vert rapi­de­ment le Top 14, le week-end dernier, his­toire de faire courir leur con­trat dès le début sep­tem­bre plutôt qu’à la fin octo­bre. Avisés et disponibles, les Sud-Africains. Polis, aus­si. Comme en témoignent les quelques phras­es pronon­cées à Greno­ble par Bryan Habana au micro de Canal + une fois ses dix min­utes de match ter­minées. «Ce n’est évidem­ment pas le départ rêvé pour mon pre­mier match avec Toulon. Je tiens à féliciter l’équipe de Greno­ble, qui a vrai­ment fait un super match. De notre côté, on a été sous pres­sion une bonne par­tie de la ren­con­tre et ce n’est jamais l’idéal pour l’emporter. Mais on apprend tou­jours de ce genre de défaites et nous allons en tir­er les leçons pour rebondir rapi­de­ment.»
Je lui tire mon cha­peau parce que, per­son­nelle­ment, après m’être ren­du une demi-douzaine de fois en Afrique du sud depuis 1994, je suis inca­pable de pronon­cer la moin­dre phrase intel­li­gi­ble en afrikaans. Habana, lui, en grand pro­fes­sion­nel, a déjà don­né beau­coup en très peu de temps. Dix min­utes de jeu, donc, qua­tre phras­es en Français, un gros sourire, deux bal­lons touchés mais surtout vingt-qua­tre heures d’avion pour rejoin­dre Bris­bane (Aus­tralie). Sans compter le vol aller en plusieurs étapes depuis Men­doza (Argen­tine). Le bilan car­bone de Bryan Habana en Top 14 est une cat­a­stro­phe. Mais son trans­fert à Toulon une béné­dic­tion médi­a­tique. Seuls Tana Uma­ga et Frédéric Micha­lak ont fait aus­si bien que lui sur la Rade, c’est peu dire.
Dans les années 60–70 – j’étais un gamin mais j’allais de temps en temps avec mon père voir jouer Valeriu Irimes­cu avec Angoulême au stade Chanzy – les clubs en dif­fi­culté fai­saient appel aux Roumains pour les dépan­ner. Puis dans les années 80, ce fut au tour des Ital­iens d’intégrer le Cham­pi­onnat, et en 90 les Georgiens. La dernière décen­nie a vu l’afflux d’Argentins dans le Top 16, puis 14. Aujourd’hui, ce sont les Sud-Africains qui colonisent le rug­by français. Ils sont quar­ante-trois (j’ai pu en man­quer quelques-uns, mer­ci Jérémy, Novak et Pip­i­ou) en comp­tant les deux nou­velles recrues toulou­saines. Et en exclu­ant Daniel Kotze, Bernard Le Roux et Antonie Claassen, mem­bres du Quinze de France à part entière, même si c’est avec des for­tunes divers­es.
On peut s’amuser, ici, à com­pos­er une équipe-type. Voici la mienne : Pietersen (Biar­ritz) – Habana (Toulon), Olivi­er (Mont­pel­li­er), Bosman (Paris), Swanepoel (Brive) – (o) Steyn (Paris), (m) Ver­maak (Toulouse) – Van Niek­erk (Toulon), Cron­je (Rac­ing-Métro), J. Smith (Toulon) – Botha (Toulon), Kruger (Rac­ing-métro) – Van Straden (Biar­ritz), Rale­pelle (Toulouse), Steenkamp (Toulouse). Avec ces quinze, les Spring­boks pour­raient rem­porter le Four Nations. Le banc des rem­plaçants est mus­clé, lui aus­si : H. van der Mer­we (Paris, pili­er gauche), Jen­nek­er (Oyon­nax, talon­neur), Buys (Brive, pili­er droit), Rossouw (Toulon, 2ème ligne), Vosloo (Cler­mont, 3ème ligne), Claassens (Toulon, demi de mêlée), Barnard (Oyon­nax, ouvreur), Rudi Coet­zee (Greno­ble, cen­tre).
Ce qui laisse encore en réserve Muller, Senekal, Ger­ber et Janse Van Rens­burg (Bay­onne), Beukes et Roodt (Greno­ble), Hume (Cler­mont), Mostert (Paris), Kock­ott, Wan­nen­burg, M. Coet­zee et Born­man (Cas­tres), Duve­nage et Mjeke­vu (Per­pig­nan), Hau­man et Barnard (Brive), F. Van der Mer­we (Rac­ing-Métro), Marais (Bor­deaux), Van der Heev­er et Fer­reira (Toulouse). Une sim­ple addi­tion prou­ve que le Top 14 s’est afrikaanisé. Et per­son­ne n’a de compte à ren­dre. Chaque club à son sud-af, voire plusieurs, et c’est nor­mal puisque sous con­trat avec leur fédéra­tion, ils ne sont pas bien payés, voire même pas du tout. Main d’œuvre corvéable, à dis­po­si­tion, for­mée au com­bat et aux chocs, util­is­able immé­di­ate­ment, et qui ne demande que ça telle­ment les temps sont durs, au pays, entre deux Super 15. Et même pen­dant le Four Nations.
Du coup, le Top 14 va petit à petit chang­er de peau. Regardez le jeu sud-africain, direct, frontal. Jeu d’épuisement, avec certes ses ful­gu­rances, mais plus rares que les coups de boutoir sur la ligne de front. Après la Roumanie, l’Italie et l’Argentine, voici l’ère bok. A bloc. Pas de demi-mesure. Une quar­an­taine de gail­lards lancés cette sai­son et on peut en atten­dre davan­tage à mesure que vont se s’additionner les jok­ers médi­caux au fil de la sai­son. Je n’ai pas, volon­taire­ment, par­lé de la ProD2, mais Jacques Naude et Jacobus Kemp ont été choi­sis respec­tive­ment cap­i­taines de Dax et d’Aurillac. Un signe qui ne trompe pas. Il va fal­loir com­mencer à appren­dre autre chose que bon­jour et au revoir, à ce rythme-là.

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Filière


C’est repar­ti et voilà déjà les têtes de gon­do­le. Brive a récupéré l’ailier Alfie Mafi dont la West­ern Force ne voulait plus pour raisons dis­ci­plinaires. Cas­tres a fait sign­er le blond deux­ième-ligne écos­sais Richie Gray, Greno­ble s’adjoint le pili­er wal­la­by Dan Palmer, en prove­nance de l’ACT Brumbies. Le Stade Français compte désor­mais l’ouvreur des Spring­boks, Morné Steyn, dans ses rangs. Mont­pel­li­er en a pris trois, de recrues qui bril­lent : l’immense écos­sais Jim Hamil­ton, le Spring­bok Wynand Olivi­er et le fan­tasque cen­tre des All Blacks, René Ranger. Toulouse, très économe à l’intersaison, a quand même fait sign­er, entre autres, Hosea Gear, l’ailier-athlète all black, et le pili­er Chili­boy Rale­pelle, des Bulls et des Boks.
En fait, il s’agit de tranch­er entre le Rac­ing-Métro et Toulon pour savoir quel club a effec­tué le plus beau recrute­ment à l’intersaison. Côté fran­cilien, en exclu­ant les deux entraîneurs cas­trais cham­pi­ons de France et les inter­na­tionaux français, le cast­ing inter­na­tion­al est copieux : Juan­dre Kruger (deux­ième ligne, Bulls et Spring­bok), Dan Lydi­ate (troisième-ligne aile, New­port, Galles et Lions), Bri­an Mujati (pili­er, Northamp­ton), Jaimie Roberts (cen­tre, Cardiff, Galles et Lions), Jonathan Sex­ton (ouvreur, Lein­ster, Irlande et Lions) et Soane Tonga’uiha (pili­er, Northamp­ton et Ton­ga). Toutes les lignes sont cou­vertes.
A Toulon, le prési­dent Mourad Boud­jel­lal n’a pas dérogé à sa ligne de con­duite : de la vedette, du nom qui sonne, du médi­a­tique. Excusez du peu : Mar­tin Cas­tro­gio­van­ni, le pili­er ital­ien de Leices­ter ; Bryan Habana, l’ailier super­son­ique des Spring­boks ; Drew Mitchell, le prodi­ge wal­la­by ; Ali Williams, la tour de con­trôle des All Blacks. Et on vient d’apprendre lun­di que Juan Smith, flanker des Spring­boks, est sor­ti de sa retraite pour relancer sa car­rière sur la Rade. La fil­ière bok marche à fond. L’étonnant James O’Connor libre de tout engage­ment en Aus­tralie, on se demande encore pourquoi il n’est pas depuis dimanche dernier sous con­trat avec le RCT.
Qui du Rac­ing-Métro ou du RC Toulon a effec­tué le recrute­ment le plus per­ti­nent ? Moi, je suis comme un gamin devant la vit­rine d’un mag­a­sin de jou­ets. Et je vais déguster ce Top 14 jusqu’au 31 mai. C’est notre Liga, notre Cal­cio, notre Pre­mier League ovale tout en un. Parce qu’en plus des stars préc­itées il ne faut pas oubli­er Roko­coko, Philips, Chisholm, Pietersen, Bal­shaw, Ngwenya, Sivi­vatu, Byrne, Nala­ga, Cud­more, Hines, Parisse, Lyons, Ioane, Hook, Char­teris, Strokosch, Giteau, les frères Armitage, Claassens, Wilkin­son, Hay­man, Sheri­dan, Botha, Fer­nan­dez-Lobbe, Masoe, Rossouw, Van Niek­erk, Imhoff, Her­nan­dez, Cron­je, Qovu, Matadi­go, McAl­is­ter, Albacete, Steenkamp, John­ston, Teko­ri, Matanavou, Ver­maak…
14 000 spec­ta­teurs de moyenne par match. Et com­bi­en pour voir jouer l’élite du rug­by mon­di­al ? Ils étaient 9 000 en 2005, pour les débuts du Top 14.  Les clubs, c’est évi­dent, sont la force pre­mière du rug­by français et le Top 14 pèse de plus en plus lourd face à la FFR et au XV de France. C’est d’ailleurs pour cela que la con­ven­tion qui devait unir, rapi­de­ment, ces deux instances pour la libéra­tion des inter­na­tionaux n’est tou­jours pas signée à l’heure où j’écris ses lignes.
En France, les clubs ont telle­ment d’importance que trois Espoirs tri­col­ores, Arthur Bon­neval, Thomas Ramos et Lucas Chou­vet ont sig­nifié à la FFR qu’ils préféraient rester au sein des cen­tres de for­ma­tion de leurs clubs respec­tifs (Toulouse et le Rac­ing-Métro) plutôt que de rejoin­dre Mar­cous­sis et le Pôle France, cette sai­son. Pour moi, c’est l’info de l’année. Et même des saisons à venir. Il n’a pas déclenché beau­coup de remous, pour­tant, cet arti­cle. Il était pour­tant bien exposé. Du bon boulot signé Nico­las Augot, dans le Midol du 12 aout. Epi­logue : ces trois jeunes ont été sanc­tion­nés, inter­dits de sélec­tion nationale jusqu’à nou­v­el ordre.
Que trois jeunes tal­ents du rug­by français, inter­na­tionaux chez les moins de 18 ans, refusent d’intégrer plus avant la fil­ière bleue, a de quoi, en ce début de sai­son, nous inter­roger.

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Trois passes

Alors que s’amorce déjà la nou­velle sai­son, dans cet entre-jeu prop­ice aux réflex­ions, trois per­son­nages hors du com­mun ont croisé mon chemin. Avant des vacances qui ouvrent une par­en­thèse ensoleil­lée de Bil­bao à Valen­cia en pas­sant par Madrid (je vous laisse imag­in­er la thé­ma­tique qui sous-tend ce périple), parta­geons ces instants priv­ilégiés, de ceux qui me font aimer davan­tage le rug­by, si c’est encore pos­si­ble.
A Bor­deaux, invité par Jean Tril­lo à la remise de sa Légion d’Honneur, j’ai tra­ver­sé neuf heures non-stop aux bons rebonds de la pas­sion partagée ; avec Vin­cent Etch­eto, bronzé comme un vacanci­er, pour par­ler de l’Union, c’est sacré, le sourire aux lèvres ; avec Guy Acco­ce­ber­ry, tou­jours aus­si mince et dis­ert, les All Blacks en fil­igrane ; avec Pierre Villepreux, retraité comblé qui passe ici et là à hau­teur du jeu et jamais du je.
Au cours de la soirée, ils se sont vrai­ment retrou­vés, Jean Tril­lo et Pierre Villepreux, deux des archanges de ce rug­by lumineux relayé aus­si, dans les années 60, par Jo Maso et Jean-Louis Bérot. Tril­lo et Villepreux, deux anciens entraîneurs de l’équipe de France, deux tech­ni­ciens qui ne par­lent que d’exigence. Avec soi, pour les autres. Et non pas avec les autres, pour soi, comme on l’entend trop sou­vent chez ces pros qui ne se soucient que de leur image.
Ils étaient là, les yeux dans les yeux, une main sur l’épaule de l’autre. Per­son­ne n’osait s’approcher trop près, les lais­sant à leur intim­ité. Ils se par­laient de rug­by. Comme seuls peu­vent en par­ler des puristes qui n’attendent aucune recon­nais­sance du cha­land qui hurle pour ses couleurs et vocif­ère con­tre ceux qui ne sont pas de son avis. Ce moment-là était mag­nifique au milieu d’un aréopage d’amis venus de partout. Imag­inez ce que Maso, Tril­lo, Villepreux et Bérot purent représen­ter en Nou­velle-Zélande, lors de la tournée de 1968. Tril­lo dira, ce soir où les belles âmes étaient légion : «Les All Blacks nous ont dit que nous fai­sions sur le ter­rain ce qu’ils n’osaient pas ten­ter…» Autre temps, autre mœurs : aujourd’hui nous regret­tons que les Tri­col­ores ne puis­sent pas con­tre-atta­quer comme des All Blacks en lib­erté.
Pierre Buet, sur la chaîne 365 Sport, avait réu­ni Abdel Benazzi et Ryadh Sallem, l’un des meilleurs joueurs de l’équipe de France de rug­by-fau­teuil. Une place m’était offerte sur ce plateau. La France est actuelle­ment qua­trième meilleure nation européenne de la dis­ci­pline han­d­is­port, recon­nue aux J.O. de Lon­dres 2012. Un classe­ment plus flat­teur que celui des quinzistes valides, derniers du Tournoi. Ryadh Sallem, c’est un gabar­it à la Benazzi. Mais les jambes amputées. Un colosse ray­on­nant sous ses dread­locks façon Richard­son. Il évoque son sport avec telle­ment de pas­sion que je m’en vais suiv­re, mi-aout, le cham­pi­onnat d’Europe que ces Bleus à l’âme et à lames vont dis­put­er à Anvers.
Avant de m’éloigner en juil­let, je voudrais saluer la généreuse ini­tia­tive du club d’Albi et de son entraîneur Hen­ry Bron­can. Elle con­sis­tait à inviter des joueurs pro­fes­sion­nels en recherche d’emploi à partager – c’est un verbe qui par­le du rug­by mais qui n’est mal­heureuse­ment pas assez employé – l’entraînement et le pain, ces baumes qui touchent à cœur quand il n’est plus pos­si­ble d’exercer son méti­er. Ces posts, sur L’Equipe.fr, devraient sus­citer des com­men­taires. Plus que pour n’importe quel buzz.
P.S.: en cadeau de fin de sai­son une rareté, la fameuse pho­to des « Inter­cep­tions » de Denis Lalanne, quand il oeu­vrait pour L’Equipe.

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Détails

Impos­si­ble de rem­porter un test-match face aux cham­pi­ons du monde – et c’est la même chose con­tre l’Angleterre, l’Australie ou l’Afrique du sud – en com­met­tant deux fois plus d’erreurs que l’adversaire. Il faut surtout être maso pour s’infuser encore et encore le dernier Nou­velle-Zélande – France, celui de same­di dernier, per­du 30–0 à Christchurch. Mais c’est à ce prix-là qu’il est pos­si­ble d’apercevoir un début d’explication à cette défaite.
En pre­mière péri­ode, les Bleus ont com­mis 18 fautes. Tech­nique indi­vidu­elle défail­lante, faute inten­tion­nelle au sol, mal­adresse : tout l’arsenal de ce qu’il ne faut pas faire a été présen­té en quar­ante min­utes. Podi­um pour Maxime Machenaud (5), Louis Picamoles (4) et Dim­itri Szarzews­ki (3). C’est donc bien, mal­heureuse­ment, l’épine dor­sale du XV de France, com­posée de son talon­neur, de son troisième-ligne cen­tre et de son demi de mêlée, qui a fail­li, met­tant toute l’équipe sous pres­sion.
Dans le même temps, les All Blacks ont lancé 6 com­bi­naisons de jeu, échouant trois fois devant l’en-but tri­col­ore (27e, 31e, 34e). Ils ont mar­qué un essai (4e) en con­tre sur un lancer bleu, bal­lon dévié puis vite util­isé dans le côté fer­mé. Elle aus­si, l’équipe de France a lancé 6 com­bi­naisons (5 après touche) pour une seule occa­sion franche (40e) ter­minée par un en-avant. Un hand­i­cap de seule­ment 10 points à la mi-temps, vu l’indigne déchet tech­nique, c’était bien payé.En sec­onde péri­ode, l’équipe de France a ini­tié 11 séquences de jeu, con­tre seule­ment 5 com­binées par les All Blacks. Quant au nom­bre de fautes, de celles qui cassent le rythme, 11 côté français et 8 côté néo-zélandais, ce qui ne con­stitue pas un écart sig­ni­fi­catif, con­traire­ment à la pre­mière péri­ode. On peut dire, sans risque de se tromper, que la France a pris le match à son compte, sans jamais fléchir, même en étant menée 30–0 au tableau d’affichage, ce qui peut, effec­tive­ment, faire dire au man­ag­er Philippe Saint-André que «les joueurs ont tout don­né», y com­pris le bâton pour se faire bat­tre.
Vis­i­ble­ment, per­son­ne ne parvient à com­pren­dre pourquoi les Bleus en sont arrivés à pren­dre trente points secs alors qu’ils avaient lais­sé entrevoir des espoirs durant le pre­mier test, à Auck­land, per­du 23–13. Per­son­nelle­ment, après avoir analysé ce match jusqu’à m’en abîmer les yeux, je vois trois raisons qui peu­vent expli­quer cette défaite humiliante, sur le fond comme sur la forme. Les voici.
1‑Trop de fautes indi­vidu­elles, au moins 25, dues à un bagage tech­nique défail­lant, alors que les All Blacks furent deux fois plus pré­cis dans leurs gestes. 2- Qua­tre décideurs (Szarzews­ki, Picamoles, Machenaud, Micha­lak) en dessous de leur niveau habituel. 3- Qua­tre actions de plusieurs min­utes (39e, 45e, 74e, 79e) avec de nom­breux temps de jeu, soit une énergie impor­tante déployée pour con­serv­er le bal­lon devant l’en-but kiwi, pour un béné­fice nul ; pis, deux essais en con­tre encais­sés (49e, 77e).
Une seule de ces raisons (fautes, artic­u­la­tion pas huilée, inef­fi­cac­ité) est lour­de­ment pénal­isante au plus haut niveau. Alors, les trois ensem­ble, c’est le fias­co assuré. Au final, s’il y a matière à se réjouir de quelque chose, ce sera de per­for­mances indi­vidu­elles, comme celles de Flo­ri­an Fritz au cen­tre, de Bernard Le Roux en troisième ligne, de Ben­jamin Kayser au talon­nage, de Nico­las Mas, Luc Ducal­con et Vin­cent Debaty en piliers, sans oubli­er Thier­ry Dusautoir et de Yoann Maestri, qui ont beau­coup batail­lé. Mais une équipe n’est pas l’addition de quinze joueurs. C’est bien plus que cela. Et c’est ce que Philippe Saint-André et ses deux adjoints ne sont pas encore par­venus à réalis­er : élever le XV de France au-dessus de la somme des par­ties qui le com­posent.

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Emmêlé

Des sec­ouées, l’équipe de France en a pris quelques-unes, en Nou­velle-Zélande. Sans remon­ter au troisième test de 1961 ni pren­dre en compte la dou­ble décon­fi­ture annon­cée de 2007, les Tri­col­ores ont per­du plus qu’à leur tour au pays du long nuage blanc. De belles équipes de France auraient pu accrocher un suc­cès face aux All Blacks, comme celles de 1968 auréolée du pre­mier Grand Chelem de l’histoire de France ou celle de 1984 qui en méri­tait un, de Grand Chelem – mais c’était sans compter sur les largess­es de l’arbitre, M. Jones, en Ecosse.
Si les Tri­col­ores (à cette époque, on ne dis­ait pas encore Bleus car le foot n’était pas passé par là) de 1987 furent débor­dés en finale de la pre­mière Coupe du monde, ceux de 2011 méri­taient de la rem­porter, cette finale, qui fut d’ailleurs leur seul match abouti de toute la com­péti­tion. Des for­tunes divers­es, on le voit, accom­pa­g­nent l’équipe de France à l’autre bout du monde. Cer­tains match­es per­dus de peu, d’autres plus large­ment. Des tests au banc d’essai, d’autres aveu­gles. Une épopée que les scores ne racon­tent pas.
J’avais deux ans en 1961 mais d’après ce que les obser­va­teurs présents en Nou­velle-Zélande cette année-là m’en ont dit, Cazals, Domenech et Bouguy­on n’avaient pas fail­li. Idem en 1968, con­cer­nant Espon­da, Iraça­bal, Noble et Lasserre. Par la suite, et là j’en ai été le témoin, l’impact lais­sé à ce poste si par­ti­c­uli­er de pili­er par quelques Français oblig­ea même les All Blacks à con­sid­ér­er la mêlée comme une phase de com­bat incon­tourn­able, eux qui ne la voy­aient que comme un lance­ment de jeu.
Les Néo-Zélandais vouent aujourd’hui à des piliers de chez nous, citons Jean-Pierre Garuet et Chris­t­ian Cal­i­fano, une admi­ra­tion à la hau­teur de celle qu’ils offrent à leurs pro­pres légen­des de la pre­mière ligne, à savoir Wil­son Whin­er­ay et Sean Fitz­patrick, ce qui n’est pas peu dire. Mieux, les Auck­land Blues en panne d’hommes forts allèrent jusqu’à recruter Cal­i­fano pour tenir leur mêlée dans le Super 12, immi­gra­tion ovale qui n’avait jamais été envis­agée avant. Et qui n’a jamais été recon­duite depuis.
Alors quand j’ai vu reculer la mêlée française, same­di dernier, à l’Eden Park, quand je l’ai vu pénal­isée, puis emportée, j’ai sen­ti que tout un pan de notre cul­ture s’écroulait. Dans le même temps où Flo­ri­an Fritz perçait au cen­tre comme un Jo Maso des plus belles années sur ce même ter­rain de l’Eden Park et, par la grâce d’un déhanche­ment de haute fac­ture, ser­vait à l’intérieur Wes­ley Fofana venu à sa hau­teur, le dénom­mé Daniel Kotze était plié comme une carte routière par son vis-à-vis, avant l’heure de jeu.
Trois mar­ques car­ac­térisent le rug­by français : le jeu de pass­es, l’inconstance et le com­bat en mêlée. Pour les deux pre­mières, pas de souci, le label per­dure. Mais en ce qui con­cerne la mêlée, same­di, quelque chose s’est brisé. C’est répara­ble, bien sûr, et la ren­trée du futur Mont­pel­liérain Nico­las Mas devrait apporter une garantie de solid­ité, mais der­rière lui, si l’on con­sid­ère Luc Ducal­con comme le dernier rem­part avant l’effondrement de «la mai­son du bal­lon», le rug­by français a du souci à se faire.
Comme vous, j’attends avec impa­tience le deux­ième test con­tre les All Blacks, ce same­di, à Christchurch. La fail­lite de la mêlée française, le 8 juin, est un choc tel­lurique d’une ampli­tude jamais atteinte. Elle coûte aux Tri­col­ores une vic­toire qui, à défaut d’être totale­ment méritée, aurait récom­pen­sé de belles envies offen­sives, un for­mi­da­ble élan col­lec­tif et une dis­ci­pline retrou­vée. Cette rec­u­lade lais­sera des traces. Elle fait injure à toute une lignée de piliers bleus dont le pre­mier devoir était, juste­ment, de ne pas céder. L’honneur d’une cor­po­ra­tion sera en jeu, same­di 15 juin, et j’ai l’impression que nous serons nom­breux à pouss­er.

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Neuf sur dix

Au milieu du flot des émo­tions et des célébra­tions, ça ne vous a pas échap­pé. Le rug­by a bat­tu, same­di, deux records de par­tic­i­pa­tion. 5,7 mil­lions de téléspec­ta­teurs pour la finale de Top 14 entre Toulon et Cas­tres, et pas tous pour voir jouer Jon­ny Wilkin­son, vis­i­ble­ment. 80 033 spec­ta­teurs au Stade de France, same­di, pour deux tiers de sup­por­t­eurs des deux équipes. Là aus­si, record bat­tu. Dans une péri­ode où tout est à la baisse, ça fait du bien de con­stater que les rebonds de la balle ovale mon­tent de plus en plus haut.
Mais il y a un sondage qui sur­passe ces bons chiffres. Il était dis­crète­ment mis à dis­po­si­tion des jour­nal­istes en salle de presse du Stade de France, same­di. Oh, rien d’ostentatoire… Juste posé sur un rebord de table. Pour mémoire, il a été dif­fusé jeu­di 30 mai par le quo­ti­di­en gra­tu­it 20 min­utes et réal­isé par BVA pour la LNR sur un échan­til­lon de 988 per­son­nes recrutées par télé­phone et inter­rogées par inter­net, fin mai… Au pas­sage, pourquoi pas mille ? Mys­tère.
Que dit-il, ce sondage ? Que 62 % des Français préfèrent le rug­by au foot­ball. Rien de moins que ça. Certes, « le foot reste le sport le plus pra­tiqué et le plus regardé », dix­it BVA, mais « son image s’est en revanche très forte­ment dégradée pen­dant que celle du rug­by n’a cessé de s’améliorer ». Au pays des Cham­pi­ons du monde 1998, loin­taine péri­ode, seule­ment 33% des Français préfèrent le foot­ball au rug­by.
« Plus inquié­tant pour le foot­ball », sig­nale BVA, « chez les plus jeunes (15–24 ans), la préférence pour le rug­by est écras­ante : 69 % con­tre seule­ment 29% au foot­ball. » Et l’institut de sondage d’ajouter : « Si le rug­by reste un peu plus sou­vent préféré des CSP +, des femmes et des habi­tants du sud de la France (75% dans le Sud-Ouest con­tre 52% dans le Nord-est), dans aucune caté­gorie, ni socio-démo­graphique, ni géo­graphique, le foot­ball n’est plus aujourd’hui préféré au rug­by. »
Les mots qui revi­en­nent pour décrire le rug­by ? « Respect », « valeurs pos­i­tives » (Aïe, aïe, aïe, ça va faire grin­cer quelques dents), « con­vivial », « sym­pa­thique » (ça c’est un peu neu-neu, quand même), « famil­ial », « fédéra­teur ». Con­clu­sion de BVA : « Ces chiffres con­fir­ment la dom­i­na­tion du rug­by sur le foot en terme d’image (…) Or, l’image précé­dant sou­vent la pra­tique, sans doute, dans les années à venir, la pra­tique du rug­by devrait encore aug­menter, en même temps que son audi­ence à la télévi­sion devrait de plus en plus rivalis­er avec celle du foot­ball. »
Et pour en finir avec les chiffres, un petit dernier pour la route. A met­tre dans un bon camem­bert. A la ques­tion ain­si posée : «Vous, per­son­nelle­ment, avez-vous plutôt une meilleure image du foot­ball ou du rug­by ? », les 988 sondés ont répon­du par inter­net à 91% en faveur du rug­by, 6 % en faveur du foot­ball et 3 % sans opin­ion. Ça se passe de com­men­taire, me sem­ble-t-il. Mais je peux me tromper, encore une fois…

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C’est haut

Sou­vent revient le même con­stat : que le Cas­tres Olympique l’emporte et voici qu’il s’agit de met­tre en exer­gue la con­tre-per­for­mance de son adver­saire. En presque trente ans de car­rière, j’ai con­staté que les suc­cès cas­trais étaient rarement val­orisés. Comme si gag­n­er face à cette équipe-là parais­sait logique et per­dre face à elle incon­gru. Vous l’avez sans doute vous aus­si con­staté, il n’y a qua­si­ment aucun gros titre dans la presse, spé­cial­isée ou général­iste, pour mag­ni­fi­er les vic­toires cas­trais­es.
Cham­pi­ons de France, en 1993, face aux mam­mouths de Greno­ble, les Cas­trais furent instan­ta­né­ment privés de leur bon­heur : un cliché mon­tra que leur essai, celui du all black Gary Whet­ton, n’était pas val­able puisque le demi de mêlée isérois Franck Hue­ber avait aplati dans l’en-but. Ils durent donc con­va­in­cre leurs détracteurs qu’ils n’avaient pas été pro­tégés par le pou­voir fédéral, celui de Bernard Lapas­set et, dans l’ombre, celui d’Albert Fer­rasse, lesquels ne souhaitaient pas voir le paria Jacques Fouroux, coach du FCG, mon­ter en tri­bune offi­cielle récolter le boucli­er de Bren­nus.
Cas­tres est un club de vil­lage porté finan­cière­ment par un groupe phar­ma­ceu­tique sans lequel il évoluerait depuis longtemps en Fédérale 1, et il n’y a pas de mal à ça. Cas­tres n’a rien de glam­our, dit-on, mais pour avoir longé les berges de l’Agout et vis­ité le musée Goya, je peux vous assur­er que cette sous-pré­fec­ture ressem­ble, par endroit, à Flo­rence, toutes pro­por­tions gardées. Phago­cyté par Toulouse tout proche, dépassé dans la course à l’armement par Toulon et le Rac­ing-Métro, le C.O. résiste avec ses valeurs, immarcesci­bles, à savoir la sol­i­dar­ité défen­sive, la con­sis­tance tac­tique, l’humilité, l’effet de sur­prise et une mêlée com­pacte où les liens entre les hommes sont aus­si impor­tants que les ser­rages.
Vingt ans après son titre, la cité où naquit Jean Jau­rès revient en finale, et l’opposition que va lui fournir le RCT, same­di soir, est un choc cul­turel. Ville con­tre vil­lage, prési­dent-pro­prié­taire con­tre prési­dent-ges­tion­naire, groupe étoilé face à un effec­tif con­stant, cham­pi­on d’Europe en titre face au cham­pi­on du Tarn, comme l’a lâché récem­ment Pierre Berbizier. Bat­tre ce Toulon-là instal­lé dans une spi­rale ascen­dante, c’est attein­dre un som­met situé haut, très haut. Trop haut ? On peut l’imaginer tant la puis­sance varoise pèse, tant compte la botte de Jon­ny Wilkin­son.
Durant cette phase finale, Cas­tres a con­tré, same­di dernier, la machine à mou­ve­ments cler­mon­toise comme il avait détru­it, aupar­a­vant, le sys­tème de jeu mont­pel­liérain. Cas­tres, équipe caméléon douée d’une remar­quable intel­li­gence tac­tique, capa­ble d’engluer n’importe quel adver­saire ambitieux, mérite de revenir sur le devant de la scène, sous les éclairages, dans la loupe des médias. Cas­tres, c’est aus­si le duo Labit-Tra­vers, un ouvreur cham­pi­on de France (1993) et un talon­neur cham­pi­on d’Europe (1997) et, en recru­tant ce tan­dem de tech­ni­ciens, le prési­dent du Rac­ing-Métro, Jacky Loren­zetti, a prou­vé qu’il ne s’est pas trompé de chefs d’orchestre.
Alors, oui, Cas­tres, ce n’est pas aus­si vendeur que Paris, Biar­ritz, Bay­onne, Toulouse, Per­pig­nan, Mont­pel­li­er, Cler­mont ou Toulon. Oui, Cas­tres est dif­fi­cile à jouer, à con­tourn­er, à bat­tre et à abat­tre. Dans un rug­by pro par­fois bling-bling, ce club est, je l’avoue, un anachro­nisme ; comme une sur­vivance de l’ère ama­teur, d’une époque où Albi, Gail­lac, Maza­met, Car­maux et Graul­het tenaient, eux aus­si, et par­fois en même temps, le haut du pavé. Oui, Cas­tres ne devrait pas être capa­ble de bat­tre Toulon, same­di, au Stade de France, et fera un excel­lent spar­ring-part­ner. Et oui, les deux Lau­rent vont jouer sur cette corde sen­si­ble, ten­due à l’extrême, comme s’il s’agissait de la dernière chance pour cette ville, cette équipe, de faire par­ler d’elle.
Avant de pari­er sur l’écart que va lui infliger le RCT, n’oubliez pas que Cas­tres aligne plusieurs inter­na­tionaux français dans ses rangs : le pili­er Yan­nick Foresti­er, le deux­ième-ligne Christophe Sam­son, les troisième-ligne Antonie Claassen, Ibrahim Diar­ra et Yan­nick Caballero, les ailiers Romain Mar­tial et Marc Andreu, l’arrière Brice Dulin. Sans oubli­er Lazar (Roumanie), Capo Orte­ga (Uruguay), Tau­moe­peau (Nou­velle-Zélande), Teko­ri (Samoa), Wan­nen­burg (Afrique du sud) et Bai (Fid­ji). Voire Talès, qui sera de la tournée du Quinze de France en Nou­velle-Zélande au mois de juin prochain. A défaut de sus­citer autant de con­sid­éra­tion que l’armada toulon­naise, une telle com­po­si­tion mérite le respect.

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Cadeau

Nala­ga inscrit le pre­mier essai de Cler­mont en finale de la H Cup 2013

Il faut l’écrire : j’ai eu tort. Tort de penser que cette finale en terre irlandaise n’avait rien d’européen puisqu’elle asso­ci­ait deux clubs français. Tort de penser que le stade serait aus­si vide qu’en 2003 pour Toulouse-Per­pig­nan. Tort de n’avoir pas vrai­ment envie d’y aller. Quand on se plante de cette façon, sur les grandes largeurs, et bien il ne pas hésiter à présen­ter son mea cul­pa. C’est fait.
Max­i­ma, voilà ce qu’elle était, cette finale 2013. Et je vais vous la racon­ter de l’intérieur, comme si vous y étiez. D’abord, il y a le Lein­ster. La veille. Qui lâche des accéléra­tions stratosphériques autour de Kear­ney, Sex­ton, Cronin, Nace­wa, Madi­gan… Un prélude bleu  en Chal­lenge européen dans un stade baigné par le soleil couchant. Un pub­lic de con­nais­seurs, le silence pour les buteurs et le droit de boire des bières en salle de presse. Du rug­by, quoi…
« Allez les Bleus ! » chan­taient les sup­por­t­eurs du Lein­ster, sans doute aus­si parce que Sex­ton va rejoin­dre le Rac­ing-Métro dès demain et que Ronan O’Gara, du Mun­ster, va le rejoin­dre. Et pas pour 300 000 euros comme malen­con­treuse­ment écrit dans les gazettes dubli­nois­es. Ensuite, il y a Dublin, ses docks tous neufs, ses rues pié­tonnes, ses ves­tiges vikings et son musée des écrivains, Oscar Wilde et Sean O’Casey, mais surtout James Joyce et Samuel Beck­ett, les Dubli­nois du Quarti­er Latin.
Same­di, il y avait la défer­lante des sup­por­t­eurs auvergnats. Impres­sion­nant, ce long ruban jaune et bleu le long des berges qui mènent à l’Aviva sta­di­um. La Yel­low Army a été à la hau­teur de sa répu­ta­tion. « Ici, ici, c’est Mont­fer­rand !» réson­nait dans le stade, et Jon­ny Wilkin­son y a reçu une ova­tion digne de Bono quand son nom et son vis­age sont apparus sur l’écran du stade, quelques min­utes avant le coup d’envoi. Ca, c’est rug­by…
Cette finale restera comme celle du sus­pense absolu, un chef d’œuvre d’émotions. Explo­sion de rug­by servie par un cast­ing de rêve. Ceux qui y étaient pour­ront dire : « J’ai vu le meilleur d’une généra­tion au som­met de son art », Wilkin­son, Bastareaud, Micha­lak, Botha, Rougerie, Nala­ga, Bon­naire… Je pour­rais tous les citer telle­ment les quar­ante six acteurs furent grands dans la vic­toire comme dans la défaite. En salle de presse, juste devant moi, j’ai vu les yeux embués de Rougerie faire luire son vis­age de Bot­ti­cel­li, les regards songeurs de Wilkin­son et de Bastareaud ; ils hési­taient entre pleur­er de joie et rire aux larmes.
Surtout, ce qui m’a mar­qué, c’est le silence respectueux des deux colonies de sup­por­t­eurs quand les buteurs, Mor­gan Par­ra et Jon­ny Wilkin­son, se trou­vèrent tour à tour à l’ouvrage. Auvergnats et Toulon­nais ont été à la hau­teur de l’événement, à la hau­teur des joueurs qu’ils encour­a­gent et qu’ils sou­ti­en­nent. La grande classe. Ce silence, je vais le garder longtemps comme un cadeau. Il est rug­by. C’est du Mozart qui se pour­suit une fois cette finale achevée.

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Nord-Sud


Quel point com­mun y a‑t-il entre Lille et le Kenya ? A pri­ori par grand-chose et pour­tant… Le Kenya se révèle au plus haut niveau inter­na­tion­al tan­dis que Lille se pré­pare à rejoin­dre la ProD2. Les Kenyans ont per­du de peu la « petite finale » du tournoi à 7 de Lon­dres, dimanche, face à l’Angleterre et Les Lil­lois affron­teront Bourg-en-Bresse, en demi-finales aller-retour de Fédérale 1 pour rejoin­dre l’élite française.
Il n’y a pas de bon bec que dans le sud-ouest. Même si on y mange bien, et par­fois mieux qu’ailleurs. Ah, déguster la tête sous le chif­fon des petits oiseaux du coté de Peyre­ho­rade avant de ter­min­er le repas par un Arma­gnac hors d’âge… Mais ce n’est pas le sujet. Regar­dons plutôt le tableau des demi-finales de Fédérale 1 pour con­stater, donc, que Lille ou Bourg sera en Pro D2, la sai­son prochaine. Le rug­by d’élite monte, monte…
Pour con­tre­bal­ancer la descente de Massy, club de ban­lieue parisi­enne, en Fédérale 1, il serait bon que le rug­by s’approprie enfin tout le ter­ri­toire français. Car à la longue, c’est très désagréable de s’entendre dire par des béo­tiens que le rug­by n’est qu’un sport région­al, con­finé dans des provinces qui ressem­blent à des ter­roirs, et que ses clubs d’élite sont sou­vent regroupés dans des enclaves.
A l’échelle mon­di­ale, c’est aus­si le cas, mal­heureuse­ment : le rug­by à quinze vit à tra­vers quelques nations anglo-sax­onnes, une poignée de Latins et un chapelet d’îles océaniques. Depuis 1987, se dis­pute la Coupe du monde, mais le monde n’y est pas représen­té. Il n’y a aujourd’hui que le rug­by à 7 pour avoir une sur­face por­tante élargie à tous les con­ti­nents. Le World Sev­en Series, qui vient de se ter­min­er à Lon­dres, le week-end dernier, devant 72 000 fer­vents réu­nis à Twick­en­ham, peut nous en con­va­in­cre.
A notre toute petite échelle, on voit bien que Nev­ers, soutenu par un mécène du tex­tile et déjà en con­fig­u­ra­tion pro­fes­sion­nelle, se présente sérieuse­ment aux portes de la ProD2. Lille, sous la houlette de l’ancien trois-quarts cen­tre inter­na­tion­al Pierre Chade­bech, peut y accéder dans quinze jours. Massy, club for­ma­teur (Mar­lu, Lam­bo­ley, Mil­lo-Chlus­ki, Mar­chois et Bastareaud sont passés par l’Essonne) a les moyens d’y revenir. Oyon­nax sera bien, lui, en Top 14, la sai­son prochaine quand Lyon promet­tait de l’accompagner… Tout cela nous par­le.
Certes, impos­si­ble de forcer les choses, mais à l’évidence, l’avenir du rug­by d’élite français se con­jugue au nord. Enfin, le nord, dis­ons plutôt au-dessus d’une ligne tracée entre La Rochelle et Bour­goin. Et franche­ment, quitte à faire hurler les puristes, j’espère que dans un proche avenir, Nantes – qui accueillera bien­tôt et ce n’est pas un hasard les demi-finales du Top 14 -, Stras­bourg, Rennes et Rouen trou­veront le chemin du très haut niveau. Ques­tion d’envergure.

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