Commando

Dim­itri Yachvili, ici à l’entraînement, prêt à dépan­ner, s’il le faut, à Twick­en­ham…

J’ai atten­du et puis quoi ? Philippe Saint-André a rap­pelé Christophe Sam­son, une sélec­tion, et con­vo­qué le Sud-Africain Antonie Claassen, fils d’un ancien cap­i­taine Spring­bok con­nu pour ses opin­ions anti-apartheid à une époque, 1980, où le rug­by sud-africain était dirigé en sous-main par les mem­bres du Broeder­bond, grou­pus­cule ovale de Boers pro-white pow­er. Sam­son et Claaseen, avec Nyan­ga, Clerc et Domin­go, voilà pour l’opération com­man­do…
Vous, je ne sais pas encore, et vous allez cer­taine­ment l’exprimer dans ce blog, mais moi je trou­ve ça léger pour par­tir à l’assaut de la forter­esse Twick­en­ham, ain­si que les Anglais ont bap­tisé leur stade… J’imaginais l’appel au sauve­tage de la patrie, la nation en dan­ger, la mobil­i­sa­tion des anciens, l’affectif, les tré­mo­los, roulez tam­bours ! Au lieu de quoi, un com­mu­niqué de presse, deux sparadraps sur la gan­grène et en avant Guingamp ! Direc­tion la gare de Water­loo…
Je voy­ais bien Philippe Saint-André descen­dre à Biar­ritz pour dis­cuter avec Dim­itri Yachvili autour d’un jam­bon-pipérade afin de le con­va­in­cre d’accepter une pige, juste pour le 23 févri­er. Twick­en­ham, c’est son jardin, il y a découpé la Rose en fauchant les pénal­ités du pied gauche, Dim­itri! Le lende­main, le coach ren­con­trait Imanol Hari­nor­do­quy, dont la car­rière n’est pas encore ter­minée, pour lui pro­pos­er un one-shot con­tre les Anglais, ses enne­mis préférés. Et ensuite, direc­tion Toulouse.
Parce que dans la cité rose, ce ne sont pas seule­ment Yan­nick Nyan­ga et Vin­cent Clerc, mag­i­fiques joueurs, dont le XV de France a besoin pour mon­ter au front mais d’un démineur et là, pas meilleur que William Ser­vat. Il suf­fit d’avoir l’accord de M. Novès et hop, c’est dans la poche. La Bûche a déjà joué en Top 14, mar­qué un essai. Ses adver­saires con­sid­èrent qu’il est tou­jours le meilleur talon­neur de France. Ce n’est pas un match de plus ou de moins qui va chang­er quoi que ce soit : William Ser­vat est resté joueur, le Stade Toulou­sain ne s’en plaint pas.
Au pas­sage, il aurait pu facile­ment con­tac­ter Yan­nick Jauzion pour faire la paire avec Wes­ley Fofana, vu que ni Mer­moz ni Fritz n’ont ses faveurs. Et fil­er plein nord, vers Cler­mont, puis Lyon. Pourquoi Cler­mont ? Pour y voir Aurélien Rougerie et Julien Pierre, et leur deman­der d’apporter, l’un sa dimen­sion physique, son charisme et son expéri­ence; l’autre sa rudesse et son appétit, lui qui n’est même pas tit­u­laire à l’ASM. En équipe de France, quelle impor­tance ! On sait depuis Mar­cel Com­muneau (qui jouait en équipe 2 du Stade Français) et Jean-Pierre Rives (en Nationale B du Rac­ing-Club de France) que les légen­des du XV de France n’obéissent pas aux règles com­munes.
Restait à ralier Lyon, terme du périple. Dans un bou­chon qu’il con­nait bien, réservé par son frère Raphael, PSA se serait solide­ment attablé face à Lionel Nal­let, dont les per­for­mances en Pro D2 ne sont pas ridicules. Nal­let, ancien cap­i­taine mais pas si vieux, garant des ver­tus de com­bat, prêt à laiss­er une épaule sur la pelouse de Twick­en­ham pour pass­er sous l’Arc de Tri­om­phe ; Nal­let autour duquel rassem­bler en l’absence de Pas­cal Papé, son petit frère d’armes.
En 1993, quand il entraî­nait Greno­ble, Jacques Fouroux avait accep­té que je monte en voiture avec lui pour effectuer le tra­jet entre Auch et Greno­ble. Et pour­tant, avec Furax, qu’est-ce qu’on a pu s’engueuler, se con­tredire, s’opposer. Mais aus­si rire, avant d’écouter Reg­giani. Là, je me voy­ais bien dans l’automobile de PSA (je sais, elle est facile) pour ce grand tour des anciens et vous racon­ter tout ça ensuite. Mais l’heure est au sms. Pas au casse-croute arrosé pour faire tomber les dernières bar­rières.
Imag­inez un peu la gueule du XV de France ! Huget – Clerc, Fofana, Jauzion, Rougerie – (o) Par­ra, (m) Yachvili – Hari­nor­do­quy, Picamoles, Dusautoir – Nal­let, Pierre – Mas, Ser­vat, Domin­go. Imag­nez le buzz (parce que sans buzz point de salut, hein ?), les gros titres, les édi­tos, les reportages, les débats… Fouroux l’avait osé en 1982, rap­pelant Dospi­tal, Imber­non, Revailler, Paprem­bor­de, Berbizier, Gaber­net, Fab­re… Une vraie opéra­tion com­man­do, celle-là, pour éviter la cuiller de bois. Face à l’Irlande, au Parc des Princes. Vic­toire 22–9. Pré­ci­sion : l’rlande, nation dom­i­nante du moment, débar­quait à Paris pour le Grand Chelem.
P.S.: les inter­nautes qui souhait­ent com­menter ici, sur ce blog, peu­vent-il écrire sous leur vrai nom ? Anonyme et pseu­do, c’est pas très « valeur rug­by ». J’aime savoir qui je lis et à qui je réponds. Et puis ça fera un peu dif­férent du reste du flux inter­net, un truc à nous, quoi.. Une com­mu­nauté de l’ovale.

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Polyvalent

Berbizier, ancien cen­tre, pour l’ouvreur Cam­bé qui a évolué à l’aile. Avec Charvet, Mes­nel et Blan­co, qui évoluèrent à plusieurs postes durant leur car­rière en bleu. La poly­va­lence est un don, ce que Wes­ley Fofana pour­rait méditer.

Je trou­ve, de mémoire, sur la péri­ode que j’ai con­nue, Wal­ter Spanghero, Benoit Dau­ga et André Her­rero. Trois géants. Wal­ter, c’est bien sim­ple, il a joué pili­er face à une province sud-africaine, deux­ième et troisième ligne, à l’aile et au cen­tre. Et j’explique à Abdel qu’une com­po­si­tion d’équipe n’est pas affaire d’envie per­son­nelle mais d’imbrication de tal­ents pour for­mer un tout. Et que seul le tout est cohérent, quitte à ce que sa con­struc­tion ne soit pas con­forme à la logique com­mune.
Quand il fal­lait absol­u­ment inclure, dans les années 60–70, les qua­tre meilleurs attaquants du Cham­pi­onnat et que ces joueurs évolu­aient tous les qua­tre au cen­tre, Lux et Dour­the à Dax, Maso et Tril­lo au fir­ma­ment, les sélec­tion­neurs s’arrangeaient, lors de tournées dans l’hémisphère sud, pour com­pos­er une ligne de trois-quarts dis­posant de Maso à l’ouverture, Tril­lo et Dour­the au cen­tre, Lux à l’aile. D’autres agence­ments virent aus­si le jour. Mais l’important, c’était bien de les avoir tous les qua­tre en bleu.
J’ai vu aus­si Jacques Fouroux déplac­er l’ouvreur Didi­er Cam­ber­abero à l’aile pour dis­pos­er d’un buteur. C’était lors de la pre­mière Coupe du monde. Faire gliss­er Mes­nel de l’ouverture au cen­tre et retour. Imag­in­er aus­si Gal­lion, demi de mêlée, au poste de trois-quart aile afin que ses jambes de feu trou­vent l’espace néces­saire pour moulin­er sans con­trainte. Mais oublions un moment Furax tant son imag­i­na­tion débor­dante le pous­sa à pire : Le Tar­bais Arthapignet, meilleur numéro huit du Cham­pi­onnat comme on par­le du meilleur ouvri­er de France, enfer­mé au talon­nage le temps d’une lubie et Serge Blan­co, le meilleur arrière du monde et sans doute de tous les temps, poussé à l’aile on ne sait pourquoi.
Plus près de nous, et sans chercher à être exhaus­tif, Pierre Berbizier avait fait de Jeff Tor­do, troisième ligne aile de com­bat, son cap­taine-talon­neur. On n’oubliera pas Emile Nta­mack, qui se rêvait arrière, réalis­er le meilleur de sa car­rière inter­na­tionale à l’aile. Et dis­put­er le Mon­di­al 1999 au cen­tre, finale à l’appui. Sans remon­ter à André Boni­face, que je n’ai pas vu jouer, la saga bleue est rem­plie d’histoires de ce type, de glisse­ment de ter­rain, de déplace­ments de pop­u­la­tion. Et il faut se pos­er la seule ques­tion qui vaille : pourquoi ?
Parce qu’il y a des joueurs qui peu­vent évoluer partout et d’autres qui sont ficelés à un poste; parce que les entraîneurs ont une vision de l’équipe que n’ont pas les joueurs qui la com­posent; parce que la réal­ité d’une équipe de club, for­cé­ment lim­itée, impose des con­fig­u­ra­tions qui n’existent plus au très haut niveau, lequel est débarassé des con­tin­gences domes­tiques, des con­sid­éra­tions d’effectifs ; parce que sur les som­mets inter­na­tionaux, les tal­ents se mêlent autrement que dans la val­lées du Cham­pi­onnat. Et parce qu’il y a des expli­ca­tions qui nous dépassent, tout sim­ple­ment.
Ah, j’allais oubli­er… Quand Wes­ley Fofana, même pas dix sélec­tions, regrette de ne pas jouer à son poste préféré en équipe de France il y a un Yoann Huget pour assumer avec le sourire le rôle d’arrière, en club et chez les Bleus, lui qui est un aili­er par nature. Il y a deux ans et demi, quand Mor­gan Par­ra assume sans rechign­er de se retrou­ver demi d’ouverture face aux All Blacks de Dan Carter, soit ce qui se fait de mieux au monde, alors qu’il a été choisi au départ pour évoluer à la mêlée, on dit : respect.
Epi­logue. Dans les années 80, le SU Agen avait recruté Philippe Sel­la, tout en énergie brute, pour occu­per le poste d’arrière. Il fit ses débuts inter­na­tionaux à l’aile. Puis c’est au cen­tre qu’il con­nut la renom­mée. On peut souhaiter deux choses à Wes­ley Fofana : la même car­rière que Philippe Sel­la et le respect des hommes qui le sélec­tion­nent. Car au final, au regard de l’histoire ovale, l’équipe de France ne rend grâce qu’aux joueurs qui la ser­vent.

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C’est permis

Bay­onne et Biar­ritz en mêlée et bien­tôt liés autour d’un pro­jet de province basque en H‑Cup.

Imag­inez un univers où deux clubs enne­mis, frères mais con­cur­rents depuis tou­jours, prenons par exem­ple au hasard l’Aviron et le BO, peu­vent se dire les pires choses et puis d’un seul coup décider de fusion­ner. Deux prési­dent situés sur les deux poles, Alain Afflelou et Serge Blan­co, se retrou­ver d’une seule foulée sur l’équateur pour créer une province bas­co-basque. Et, pour poivr­er l’idée, que cette fran­chise n’existe que le temps d’une com­péti­tion, à savoir la Coupe d’Europe. C’est ça, l’Ovalie.
Prenons l’équipe de France ! Elle est oblig­ée de dis­put­er ses ren­con­tres inter­na­tionales en même temps que le Cham­pi­onnat pro­fes­sion­nel. Et vice-ver­sa. Ce qui fait que de 13h30 à 23h, c’est rug­by en direct non-stop sur toutes les chaînes, Canal Plus, France Télévi­sions et Eurosports pour regarder le Tournoi, le Top 14, la ProD2 et aus­si par­fois la Fédérale 1 le same­di. C’est inten­able ailleurs, inimag­in­able dans un sport col­lec­tif de balle pro­fes­sion­nel. Mais c’est juste­ment la spé­ci­ficité du rug­by que de jouer partout et en même temps. Vive l’Ovalie.
C’est 50 000 euros d’amende pour un club dont le prési­dent aurait évo­qué, « on the record », son recrute­ment avant la date d’ouverture de la chas­se aux inter­na­tionaux, le 15 avril. Pour autant, ils sont nom­breux à men­tion­ner leur prochaine équipe, leurs sig­na­tures et les noms des heureux gag­nants, sou­vent sud-africains mais aus­si par­fois irlandais, et même les tar­ifs annuels. Je suis le pre­mier à prof­iter de ses langues déliées, à faire mon miel de quelques infor­ma­tions « off » citées « proches d’une source prési­den­tielle. » C’est ludique. Mer­ci l’Ovalie.
Dans le Tournoi qui s’ouvre, les inter­na­tionaux ital­iens, nos prochains adver­saires, auront pris un week-end de repos en famille, choyés, dor­lotés et davan­tage après une semaine d’entraînement col­lec­tif quand nos pau­vres petits Bleus se seront colt­inés avec une journée de Top 14, puis enfer­més dans le bunker de Mar­cous­sis, au fin fond de l’Essonne, à dix kilo­mètres du pre­mier bowl­ing, pour regarder à la vidéo des extraits de vic­toires et se ren­tr­er dans la gueule après avoir pédalé sur des home-train­ers comme s’ils pré­paraient le Tour de France. Ce n’est pas équitable. Mais c’est l’Ovalie.
Au fait, Philippe Saint-André note sur son calepin la liste des blessés d’avant et de pen­dant stage : Brice Dulin (son arrière tit­u­laire), Vin­cent Clerc (son meilleur mar­queur d’essai) et Wence­las Lau­ret (son flanker d’avenir). La cuisse de Louis Picamoles est encore douleureuse du match de ven­dre­di soir face au BO et la cheville de Ful­gence Oue­drao­go le fait souf­frir. Encore deux blessés (ça pour­rait arriv­er vite, cette semaine), l’entraîneur nation­al aura de quoi bien­tôt mon­ter une équipe de rug­by à 7 dans l’infirmerie. Allez, remisez vos mou­choirs: on ne pleure pas, en Ova­lie. On préfère en rire.

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Télé réalité


Le Pre­mier­ship Rug­by, l’équivalent anglais de la LNR, aurait signé un con­trat d’importance et d’exclusivité sur qua­tre saisons avec la chaîne dig­i­tale BT Vision pour 152 mil­lions de livres ster­ling de drois télé, soit 182 mil­lions d’euros. Infor­ma­tion révélée par l’Independant on Sun­day. Jusque là, rien d’exceptionnel en soi. Cela fait un peu plus de 45 mil­lions d’euros par an. C’est quand même beau­coup mieux que ce que touche la Ligue de Canal Plus, à savoir 30 mil­lions d’euros… Oups.
Ce qui est révo­lu­tion­naire, en revanche, c’est que BT Vision, dans sa propo­si­tion, a inclu un deal tech­ni­co-tac­tique. A savoir per­suad­er les entraîneurs des clubs de Pre­mière divi­sion anglaise de livr­er à ses com­men­ta­teurs et con­sul­tants télé, en amont des match­es, les choix stratégiques mis en place. Et pour cela d’assister à tous les entraîne­ments des clubs afin de pou­voir juger, en direct, si telle ou telle tac­tique, telle ou telle com­bi­nai­son de jeu sont per­ti­nentes et bien pro­longées sur le ter­rain.
Il est ques­tion aus­si, pour les jour­nal­istes placés le long de la ligne de touche, d’être libres inter­view­er en direct les rem­plaçants au moment où ils vont entr­er sur le ter­rain, mais aus­si, et c’est encore plus intime, les joueurs sanc­tion­nés d’un car­ton jaune ou rouge au moment où ils quit­tent la pelouse. En fait, si on a bien lu le cahi­er des charges, le nou­veau dif­fuseur anglais aura désor­mais accès à tout. Et à tout moment.  Cela risque de faire jurispru­dence par chez nous.
Aujourd’hui, Sky Sports et ESPN se parta­gent la cou­ver­ture du Cham­pi­onnat anglais et le modus viven­di en place offre pas mal de lat­i­tude aux médias télévi­suels. Un peu comme le lien qui unit Canal Plus et la Ligue nationale de rug­by. Seule restric­tion, chez les Anglais, l’accès au ves­ti­aire pour le sacro-saint dis­cours d’avant-match. Là, pas ques­tion d’avoir un laiss­er-pass­er : ce qui se dit dans le ves­ti­aire doit rester accroché aux cin­tres. Un peu comme ce qui se passe à Las Vegas.
En ce moment, en Angleterre, les émis­saires de BT Vision sil­lon­nent le pays, de clubs en clubs, pour prêch­er leur bonne parole, c’est-à-dire con­va­in­cre les entraîneurs de partager leur savoir et leurs plans tac­tiques, leurs mis­es en place et leur séances vidéo. L’idée ? « Cap­tur­er l’émotion, la ten­sion et l’excitation d’un match de rug­by, offrir au téléspec­ta­teur le meilleur siège pos­si­ble, c’est-à-dire dans son salon« , a déclaré un mem­bre de la Pre­mier­ship Rug­by.
On voit d’ici Guy Novès, le grand cachot­ti­er du Top 14, partager ses infor­ma­tions avec des jour­nal­istes ; Antoine Bat­tut, expul­sé à Lim­er­ick dimanche dernier, échang­er calme­ment avec un com­men­ta­teur sur le bord du ter­rain sur la logique et l’impact de son car­ton rouge. Surtout, on imag­ine Jacky Loren­zetti, Mourad Boud­jel­lal, Lau­rent Mar­ti et tous les Jeunes Turcs du Top 14 revenir cette semaine vers Paul Goze, le prési­dent des prési­dents, pour ten­ter de faire mon­ter de 15 mil­lions d’euros par an le tarif télé.
Chaque sport, comme chaque homme, à son prix. On le sait désor­mais, celui du rug­by pro, mod­erne, nova­teur et spec­tac­u­laire, est de 45 mil­lions d’euros par sai­son. Mais avec l’intimité en partage.

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Surboké

Je n’ai pas encore pris le temps de bien compter tous les bil­lets d’embarquement pour le Top 14 en prove­nance de l’Afrique du sud, mais la liasse est épaisse. Une ving­taine, au bas mot. Et pas de petits cal­i­bres. Que du gros pois­son. Des cham­pi­ons du monde à le pelle, des têtes de gon­do­le, de quoi faire frémir les travées. N’appelez pas le stan­dard de la Ligne nationale de rug­by, il est sur­boké.
Tout a com­mencé avec Joe Van Niek­erk, si je ne m’abuse, doc­teur. Et le mal est grave. Demain, c’est à dire le 15 août, il fau­dra par­ler afrikaan­er dans les rucks pour se faire com­pren­dre. Joe, par­faite­ment bien inté­gré à Toulon, est devenu le maître étalon or, la référence du nou­v­el eldo­ra­do. Dans le Top 14, il a fait pass­er le mes­sage, il y a des pépites à gag­n­er en pas­sant une année sym­pa dans l’une des meilleurs com­péti­tions du monde. Dont acte.
Le Cham­pi­onnat de France n’est cepen­dant pas une mai­son de retraite. Ca hougne, ça bas­tonne. Ca joue rude. Rai­son de plus pour que les Sud-Africains l’apprécient, notre Top 14 ! Il a tout pour plaire à des joueurs de devoir, des rugueux qui s’inscivent dans le sil­lage du deux­ième ligne inter­na­tion­al toulon­nais Bakkies Botha, devenu l’incontournable fig­ure du RCT.
Elle est solv­able, surtout, cette com­péti­tion ! Et c’est un sacré atout. Les clubs français, prin­ci­pale­ment Bor­deaux, Toulon, Bay­onne, Paris, le Rac­ing, Per­pig­nan et Toulon, n’ont pas de souci de tré­sorerie. Con­traire­ment aux fran­chis­es gal­lois­es et aux provinces irlandais­es qui, on le sait, peinent désor­mais à boucler leurs bud­gets. Du coup, la des­ti­na­tion est toute trou­vée : ce sera le pays des cuiss­es de grenouilles et des bonnes vieilles générales.
Oui mais voilà, on fera quoi quand le Top 14, mangé à la sauce sudaf, sera devenu une annexe de la Cur­rie Cup ? Quand l’affrontement ressem­blera au pas­sage d’un rouleau-com­presseur ? Quand tous les protes­tant de l’hémisphère sud, qui ont d’abord com­mencé par émi­gr­er vers Perth et l’Australie dès l’élection de Nel­son Man­dela revien­dront sur la terre de leurs ancêtres ? Quand le bok aura rem­placé le coq sur le bla­son rouge sur fond bleu ?
Ils se prénom­ment Juan­dré, Bryan, Jan, Bis­mark, Johan, Juan, Adri­aan, Danie… Comme Danie Rossouw (cf pho­to). Demain, ils vont chang­er la face du rug­by français. Et une fois cette ving­taine de grands noms instal­lée dans le Top 14, rien ne pour­ra empéch­er l’Afrique du sud de devenir la grande puis­sance rég­nante de l’hémisphère nord. Comme le fut l’Argentine il y a peu. C’est la loi du marché. A 400 000 euros par sai­son. Et par tête de bok.

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Malus

L’an passé, les Gal­lois, qui décrochaient le Grand Chelem pour la onz­ième fois de leur his­toire, auraient-ils pu aus­si rem­porter le Tournoi des Six Nations sur le bonus, dont on par­le tant, avait été déjà mis en place ? Pas sûr…

En 1886, il ne s’agissait que d’une suite anar­chique de ren­con­tres inter­na­tionales organ­isées sur invi­ta­tion, d’une fédéra­tion à l’autre, sans classe­ment, sans points attribués, sans aucune glo­ri­ole à retir­er d’un suc­cès autre qu’une sat­is­fac­tion col­lec­tive de courte durée. 
En 1910, parce qu’ils avaient l’impression de tourn­er en rond et surtout parce qu’il était, poli­tique­ment, impor­tant de fédér­er la France, tête de pont con­ti­nen­tale, à l’Empire bri­tan­nique dans une Europe indus­tri­a­lo-mil­i­taire en pleine muta­tion, les Tri­col­ores furent con­viés à rejoin­dre le Cham­pi­onship, ain­si bap­tisé de l’autre côté de la Manche par les médias, et qui allait devenir chez nous le Tournoi. Des Cinq Nations. 
Le classe­ment ? Une inven­tion des jour­nal­istes. Deux points pour la vic­toire, un point pour un résul­tat nul et rien pour la défaite. Qua­tre vic­toires de rang furent fêtées par l’appellation ‘Grand Chelem’, trois suc­cès d’une nation anglo-sax­onne sur ses pairs deve­nait ‘Triple Couronne’ et le dernier, aucun suc­cès au comp­teur, récoltait la cueiller de bois, inven­tion d’un sup­por­t­eur facétieux. Et puis c’est tout. 
En tout cas, le bar­num est resté en l’état jusqu’en 1993. Et cha­cun ne s’en por­tait pas plus mal. C’était sim­ple et c’était devenu l’histoire. Notre his­toire. Celle de l’équipe de France et du Tournoi. Cer­taines années, les cinq nations se partageaient la pre­mière place à égal­ité de points au classe­ment et seuls les Grands Chelems mar­quaient les imag­i­na­tions et l’impact d’une équipe sur les autres. Le classe­ment était tou­jours pub­lié dans la presse mais rien d’officiel ne l’accréditait. 
Jusqu’à ce qu’en 1993, donc, survi­enne la fameuse dif­férence de points (goal-aver­age) et la remise d’un trophée (une cafetière) au pre­mier. Cette fois-ci, pas d’égalité. Il fal­lait un vain­queur, une céré­monie. Déjà le buzz. Et c’est Jeff Tor­do qui soule­va la coupe. Le Mon­di­al avait fait son effet, oblig­eant les dirigeants du Comité des Cinq Nations à repenser le Tournoi à l’aune de la Coupe du monde nais­sante (elle en était à sa deux­ième édi­tion et venait de dégager des béné­fices). 
L’entrée de l’Italie pour per­me­t­tre aux télévi­sions de dif­fuser trois match­es dans le même week-end, l’élargissement de l’agenda du ven­dre­di soir au dimanche afin de con­quérir les parts de marché, l’arbitrage vidéo, les noc­turnes pour le prime-time, le nam­ing, tout cela par­ticipe depuis 2000 d’un raje­u­nisse­ment, d’une mise en moder­nité. Rien à dire. Mais rajouter main­tenant le(s) bonus, comme si le Tournoi méri­tait de ressem­bler à une vul­gaire com­péti­tion de l’hémisphère sud, voilà qui devient dif­fi­cile­ment sup­port­able. 
Pour com­mencer, avec ce sys­tème lancé en 1995 par Rupert Mur­doch et ses sbires, le vain­queur à l’arraché du Grand Chelem lais­serait la pre­mière place du Tournoi au prof­it d’une nation qui aurait per­du une ren­con­tre mais récolterait tous les points de bonus offen­sifs et défen­sifs pos­si­bles. Beurk. Rien que pour ça, c’est non ! Et puis à quoi bon singer les manières du Sud ? Le découpage des points de classe­ment, tel qu’il existe aujourd’hui, a fait ses preuves. Pourquoi en chang­er ? Manie de notre époque que de vouloir mod­i­fi­er ce qui fonc­tionne. 
Mais dans tout ça, la bonne nou­velle, c’est bien que les dirigeants du Comité des Six Nations planchent sur le sujet depuis 2005 et qu’ils ne sont tou­jours pas arrivés depuis à se met­tre d’accord. Ras­surez-vous, con­nais­sant les pontes qui offi­cient, ils en ont bien encore pour six ou sept ans à cog­iter avant de pro­pos­er une motion. Ca nous laisse le temps de prof­iter du Tournoi tel qu’il est. Et tel qu’il devrait rester.

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L’Europe en berne


La deux­ième vague de H‑Cup est main­tenant passée. Les clubs français ont sur­fé sur cette qua­trième journée. Six suc­cès, une seule défaite : celle, déce­vante, de Toulouse aux Ospreys. On gardera pour l’écume des joueurs la vic­toire étince­lante de Cler­mont sur le ter­rain du Lein­ster, dans un Avi­va sta­di­um de Dublin plein jusqu’à la gueule comme pour une ren­con­tre du Tournoi. Il faut dire que ce som­met entre l’actuel troisième du Top 14 et le dou­ble cham­pi­on d’Europe en titre avait tout d’un match de niveau inter­na­tion­al, l’engagement, la qual­ité tech­nique, le nom­bre d’internationaux sur le ter­rain et les sta­tis­tiques.
On a surtout con­staté le déclin des groupe­ments écos­sais, la décon­fi­ture des provinces irlandais­es qui mis­ent pour­tant tout sur la H‑Cup et l’impuissance des fran­chis­es gal­lois­es, sans oubli­er les sélec­tions ital­i­ennes encore un peu ten­dres, même si Tre­vise a fail­li causer une sur­prise face à Leices­ter. Sur les six poules, trois clubs anglais (Har­le­quins, Leices­ter, Sara­cens) et deux français (Toulon, Cler­mont) occu­pent les pre­mières places. Con­tre une seule province irlandaise, l’Ulster, battue chez elle, 9–10, lors de cette qua­trième journée, par Northamp­ton. Un club anglais… Ce con­stat, pure­ment sportif, n’est pas sans réper­cus­sion sur un match qui se joue, lui, dans les couloirs de l’institution.
Car pour aus­si séduisante qu’elle soit, spec­tac­u­laire même avec le 62–0 infligé par Toulon à Sale, la Coupe d’Europe est belle et bien men­acée. Par l’odeur de l’argent attirés, les clubs anglais sont en train de min­er les fonde­ments de cette com­péti­tion. On se sou­vient qu’ils avaient déjà boy­cotté la pre­mière édi­tion, en 1995/96, per­suadés que sans eux il n’y avait point de salut. Pour l’intégrer l’année suiv­ante, bien con­tents qu’on leur fasse une place. Cette fois-ci, ils men­a­cent de s’écarter de l’actuelle struc­ture pour créer une com­péti­tion anglo-française.
A la tête de cette fronde, le prési­dent de Bath, un ancien inter­na­tion­al juniors anglais devenu mil­liar­daire grâce à ses pro­duits financiers. Il compterait, selon ses dires, plusieurs autres prési­dents à ses côtés. Sauf que pour l’instant, per­son­ne n’est mon­té au front avec lui… Seuls, c’est-à-dire sans l’accord de leur fédéra­tion, les clubs anglais auraient déjà négo­cié des droits télé avec une chaîne, BT, pour la Coupe d’Europe mais aus­si le cham­pi­onnat d’Angleterre.
Les dirigeants de l’ERC, eux, fort du sou­tien de Sky, auraient resigné de leur côté le con­trat de dif­fu­sion télé. Mais impos­si­ble d’en savoir davan­tage. Un mem­bre de la com­mis­sion chargée de tra­vailler sur la refonte des com­péti­tions européennes nous avouait, la semaine dernière : « Per­son­ne n’a pu voir ces con­trats. » Sous-enten­du, les clubs anglais et l’ERC jouent au pok­er menteur. Pis, en sig­nant un con­trat télé de leur côté, les Anglais sont sor­tis de la par­tie.
La rup­ture est toute proche. Cer­tains clubs anglais, avec Bath en fer de lance, souhait­ent aller jusqu’au bout. Ils ont pour l’instant l’oreille de trois clubs français, les trois gros du Top 14, à savoir Toulouse, Cler­mont et Toulon. De son côté, la LNR (qui gère le rug­by pro) n’est pas du tout en faveur d’un tel marchandage. Quant à la FFR, elle reste légal­iste. Autant dire que la posi­tion des cinq ou six clubs anglais favor­ables à une redis­tri­b­u­tion des droits télé est qua­si­ment inten­able.
Aujourd’hui, les Anglais, les Français, l’ERC et les fran­chis­es dites Celtes (qui regroupent en fait le Pays de Galles, l’Ecosse, l’Irlande et l’Italie) reçoivent cha­cun 25% des droits. Dans la redis­tri­b­u­tion telle que souhaitée par cer­tains clubs, les Français, les Anglais et le reste de l’Europe (à savoir l’ERC et les Celtes) recevraient 33 % cha­cun. Si une par­tie des clubs français écoute d’une oreille atten­tive et inter­essée la propo­si­tion anglaise, on com­prend bien pourquoi.
D’ici la fin de l’année et durant le mois de jan­vi­er prochain, de nou­velles dis­cus­sions vont s’ouvrir. Il s’agira de savoir si la France (LNR et FFR) saura préserv­er une posi­tion « cen­trale », en savoir en phase avec une redis­tri­b­u­tion équitable des richess­es, ou lais­sera quelques clubs anglais dicter le loi de la Livre Ster­ling et de l’Euro au risque d’éclater la H‑Cup et le Chal­lenge européen. Une clar­i­fi­ca­tion est atten­due dans les semaines à venir, en con­clave. Du coup, la dis­cus­sion con­cer­nant l’élargissement (32 clubs, voulu par les Celtes) ou la diminu­tion (20, voulue par les Anglais et les Français) du nom­bre de par­tic­i­pants à la H‑Cup (24 à l’heure actuelle) passe au sec­ond plan.
En marge des ren­con­tres sportives, des résul­tats, des classe­ments et de la con­struc­tion d’un tableau de phase finale atten­du pour le dimanche 20 jan­vi­er 2013, se joue en ce moment, et en couliss­es, l’avenir de la Coupe d’Europe. A l’image du choc entre le Rac­ing-Métro et les Sara­cens, ici l’ouvreur Bradley Bar­ritt face au demi de mêlée Maxime Machenaud, deux inter­na­tionaux, c’est tou­jours une ren­con­tre fran­co-anglaise qui domine les débats.

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Pause au Racing


Fab­rice Lan­dreau, sur L’Equipe.fr, same­di, quelques heures avant le coup d’envoi du der­by, don­nait « un léger avan­tage au Stade Français », à la lumière de récentes per­for­mances parisi­ennes. Le man­ag­er du FC Greno­ble n’avait pas tort. Entraîneur-joueur du Rac­ing, puis joueur-entraîneur du Stade Français, « Néné » a tou­jours le nez fin. La lente remon­tée au score des Parisiens lui don­na rai­son. Pen­dant soix­ante-seize min­utes, exacte­ment.
Le Stade Français, same­di, avait de l’allant, du liant, de l’ambition et assez de matu­rité et de maîtrise pour remon­ter un hand­i­cap de sept points (6–13, 37e) sans coup férir. On le sen­tait capa­ble de prof­iter de la rel­a­tive inef­fi­cac­ité des Rac­ing­men. Et se pro­fi­lait le spec­tre de la crise à venir du côté du Plessis-Robin­son, un chaos plutôt, sus­cep­ti­ble de remet­tre en ques­tion à terme, – moyen ou long – l’implication finan­cière et humaine de son prési­dent, Jacky Loren­zetti.
« Ennuyeux à mourir, crispé et sans grande pas­sion« , note, hier, Pierre Michel Bon­not dans les colonnes de L’Equipe. Il y a, effec­tive­ment, les soix­ante dix pre­mières min­utes de ce der­by parisien réfrigéré à gliss­er dans la colonne débit, si l’on ne regarde que la qual­ité – dans l’absolu – du jeu pro­duit. Pas embal­lantes, il faut bien l’avouer. A l’exception notable car isolée du groupé-péné­trant qui déposa Dim­itri Szarzews­ki dans l’en-but du Stade Français, à la 37ème, et fit croire aux Rac­ing­men qu’ils avaient course gag­née.
Mais j’ai la naïveté de croire qu’un match se regarde et se vit jusqu’au bout. Il y a presque tou­jours dans une ren­con­tre, et celle-ci valait pour son inten­sité psy­chologique, un moment qui rachète les erreurs, les approx­i­ma­tions, les mau­vais choix, les erre­ments ; un bref instant qui efface ce qu’il faut oubli­er. Comme un air d’opéra écrit pour la postérité dans un livret ordi­naire, et l’histoire du Bel Can­to recèle des tré­sors lyriques englués au fond de mièvres par­ti­tions.
Cette tirade, c’est la per­cée majus­cule de Fab­rice Estebanez,(cf pho­to d’archive ci-dessus, entre les Parisiens Julien Arias et Ser­gio Parisse) sur la scène du Stade de France, c’est l’inspiration de sa course croisée, ren­trante, pour l’essai de la libéra­tion. C’est du Alfre­do Cata­lani, du Gae­tano Donizetti ! A qua­tre min­utes du baiss­er de rideau, un éclair de génie digne des plus grands cen­tres de l’histoire, un con­tre-ut. Il sym­bol­ise le désir vis­céral d’un club inscrit dans l’avenir et qui ne veut pas mourir dès la 12ème journée du Cham­pi­onnat.
J’ai aimé ce coup de poignard que per­son­ne n’attendait, cette dague qui s’est enfon­cée sur soix­ante mètres. J’ai cri­tiqué Este­banez par le passé pour ce que je pense être des lenteurs et des lour­deurs au poste, cen­tre, qui demande les plus fins réglages. J’avoue là avoir été bluffé par ce joueur aux faux airs de baron Scarpia. Il est tou­jours indéli­cat pour les autres d’extraire un homme d’un match, mais quand il a plongé dans l’en-but parisien pour replac­er les siens en tête, j’ai cru enten­dre Este­banez hurler : « C’est ça, le bais­er de Tosca ! »

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Toulon champion ?

Delon Armitage, balle en main, soutenu par Frédéric Micha­lak et David Smith, tan­dis que Math­ieu Bastareaud se replace au large : la force de frappe offen­sive du RCT, ici face à l’Aviron Bay­on­nais, s’affiche comme la plus exci­tante du Cham­pi­onnat.

Qui peut aujourd’hui con­sid­ér­er le RC Toulon comme une équipe triste à voir jouer ? Même André Boni­face, archange s’il en est du jeu d’attaque, que nous avions trou­vé lucide et sans con­ces­sion le 3 sep­tem­bre dernier dans les colonnes de L’Equipe au lende­main d’une sor­tie effec­tive­ment tris­touille des Varois à Mont-de-Marsan, doit aujourd’hui être le pre­mier à appréci­er, devant son écran de télévi­sion, six journées de Top 14 plus tard, la per­for­mance offen­sive des hommes de Bernard Laporte. 
Lors de la troisième journée, Toulon s’était imposé au stade Guy-Boni­face, 29–15, sans forcer son tal­ent, sans même chercher à l’exprimer. « Le RCT ne m’a pas don­né l’impression d’avoir envie de jouer, de se sur­pass­er », avait lâché le Com­man­deur du French Flair. Et ce jour-là, il avait rai­son, n’en déplaise à ceux qu’il irrite. La réac­tion des Toulon­nais avait explosé en deux temps. Ver­bale­ment, d’abord, par Mourad Boud­jel­lal, le prési­dent, puis Bernard Laporte, l’entraîneur. Ca avait man­qué sin­gulière­ment de classe, comme sou­vent avec ces deux hommes qui lâchent les sail­lies sans dis­cerne­ment. 
J’ai appré­cié, en revanche, le deux­ième temps de la réponse, celui des joueurs, le temps du jeu, la réac­tion balle en mains, de mains en mains. Mise aux points qui vient d’atteindre son acmé – du moins l’imagine-t-on tant le score, 59–0, est sai­sis­sant – avec la spec­tac­u­laire per­for­mance des Varois, same­di en fin d’après-midi, à May­ol, face à d’atones Bay­on­nais qui ne s’imaginaient certes pas gag­n­er sur la Rade mais cer­taine­ment pas être ain­si engloutis. 
Seul club à huit vic­toires, devant Cler­mont (7), Toulouse et Mont­pel­li­er (6), Toulon a mar­qué son ter­ri­toire et l’adversaire au fer rouge. Final­iste la sai­son passée, équipé désor­mais de ce qui lui fai­sait défaut, à savoir d’un nou­veau duo de piliers de haut niveau sus­cep­ti­bles de tenir la mai­son en cas d’absence, comme ce fut le cas quand Hay­man man­qua, puis quand Kubri­achvili sor­tit face à Toulouse en finale, Toulon se posi­tionne en favori pour le titre de Cham­pi­on de France. 
On peut regret­ter que cette équipe soit con­stru­ite comme un rubik’s cube, un assem­blage de couleurs, une mosaïque d’internationaux venus d’horizons dif­férents. Mais on peut aus­si appréci­er que l’imbrication des tal­ents donne nais­sance à une telle machine à jouer, à fan­tas­mer, à  ravir les enfants, à mar­quer des essais. Huit con­tre l’Aviron. Ce n’est pas rien.  
A pri­ori, il n’y a pas de défaut dans l’armure varoise. Qu’on regarde de l’arrière au pili­er gauche, il n’y a que des n°1, rien que des noms qui son­nent, des inter­na­tionaux en puis­sance (Mar­tin, Suta, Gun­ther, Ori­oli, Ival­di) ou mon­di­ale­ment recon­nus (Wilkin­son, Micha­lak, Botha, Giteau, Van Niek­erk). Tous les postes sont en dou­ble, voire triple, épais­seur. Pas de prise au vent, her­mé­tique et con­fort­able. De quoi vis­er à la fois la H‑Cup et le Bren­nus. Ce qu’aucun club n’est par­venu à réalis­er, à part Toulouse en 1996. Mais, bémol , à une époque où il n’y avait pas de clubs anglais en lice dans la Coupe d’Europe. 
La ques­tion du jour, dans le daté lun­di 29 octo­bre de L’Equipe est la suiv­ante : le RC Toulon sera-t-il cham­pi­on de France de rug­by ? Six inter­nautes sur dix votent ‘oui’. Ca vous sur­prend ?

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Une tribune pour Max


Il n’a pas quit­té le rug­by en quit­tant le Stade Français, con­traint et presque for­cé, il y a deux ans. Il n’a même pas quit­té son ancien club puisqu’il l’encourage encore et tou­jours, assis au milieu des sup­por­t­eurs. Il n’a pas quit­té le rug­by et Max Guazz­i­ni risque même d’y revenir très vite. On veut par­ler du pre­mier plan.
 
Max Guazz­i­ni n’est pas seule­ment présent au Stade de France et à Charlety : il lui arrive aus­si de vis­iter le futur Jean-Bouin, pro­jet dont il fut l’initiateur, il y a dix ans, et qui sort de terre. Ici avec Artur Gomes, Thomas Lom­bard, Christophe Domini­ci et Christophe Moni, anciens joueurs restés ses amis. Sous l’oeil de l’adjoint aux sports de la mairie de Paris.
Très vite, c’est le 16 novem­bre prochain, date de l’élection du comité directeur de la LNR, lequel choisira son prési­dent. Ils sont plusieurs en lice. Dont Max. Si Patrick Wolff tient la corde, et Thier­ry Perez la cadence, reste que l’ancien boss du Stade Français ne compte pas beau­coup d’ennemis dans le sérail et pour­rait met­tre de son côté tous les courants ‘poli­tiques’ qui se super­posent et se jau­gent, rue de Liège, à Paris, au siège de la Ligue.
En atten­dant, same­di, Max était présent au Stade de France comme il l’est régulière­ment à Charlety, c’est-à-dire speca­teur pas­sion­né. Mais sans rien d’officiel accroché au revers de son veston. Pour­tant, on sent qu’il brûle de repren­dre place par­mi les puis­sants ovales. Lorsque je l’ai inter­rogé, mer­cre­di après-midi, pour un entre­tien sor­ti dans L’Equipe, same­di dernier, il quit­tait, vol­u­bile, un déje­uner ensoleil­lé. A Cas­sis ? Non, à Paris. L’entretien ter­miné et avant qu’il soit pub­lié, il m’a posé une ques­tion comme on jette un bal­lon sonde dans l’espace. « Est-ce que tu me vois prési­dent de la LNR? » Désar­mant, de la part d’un homme nan­ti d’une carte de vis­ite comme la sienne. Ou alors ce n’était que pure politesse. Que voulez-vous que je dise ? J’ai répon­du : « Oui ».
Qu’avouer d’autre à l’homme qui a inven­té les pom-pom girls en Cham­pi­onnat, les affich­es délo­cal­isées dans les stades majestueux, les mail­lots col­lec­tor et Madona dans le pack ? Max prési­dent… A‑t-il été un jour autre chose ? Avo­cat pénal, certes, chanteur de charme aus­si. Mais prési­dent, ça lui va bien au teint.
Le rug­by français des clubs pro­fes­sion­nels va bas­culer, le 16 novem­bre, dans une nou­velle ère. Jacky Loren­zetti et Mourad Boud­jel­lal, mais aus­si Alain Tin­guaud, prési­dents-entre­pre­neurs, sont égale­ment can­di­dats au comité directeur. Ils n’ont jamais touché un bal­lon de rug­by, jamais joué, sué, pris des caramels dans le bide, mangé des bourre-pifs mais ils ont, surtout les deux pre­miers, fait avancer le Top 14 vers ce qui est aujourd’hui le sport-spec­ta­cle. A leur façon, ils rem­plis­sent les travées, font bouger les lignes. Faut-il qu’ils ail­lent plus loin ? Qu’ils pren­nent le pou­voir, tout le pou­voir ?
On peut pos­er la ques­tion. A vous de me répon­dre…

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