Les vitamines du bonheur

Il y a des semaines où tout arrive. En blog. Comme par exem­ple des pilules à côté de votre assi­ette et des star­lettes invitées à votre anniver­saire. Un grand moment de honte, aus­si, pour tout ce qui est en bleu et ovale. Et puis revient le Top 14, his­toire de bien déséquili­br­er le cal­en­dri­er des cadences infer­nales et de nous rep­longer dans la quad­ra­ture du cer­cle ovale. Mais com­ment par­venir à faire émerg­er une cohérence quand le buzz rebon­dit dans tous les sens hors de l’essence ?
Le rug­by est un grand sport. Par­venir à sur­vivre à l’attaque frontale et simul­tanée de ces virus tient vrai­ment du prodi­ge. Qui a dit que William Webb est lisse ? Pas tant que ça. Je le trou­ve robuste. Quand on a vu l’Irlande oppos­er ses ver­tus – com­bat et inter­valles – à l’Angleterre, on ne peut être que rasséréné sur l’esprit  qui flotte sur le remu­gle qu’on veut nous faire pren­dre pour du pro­fes­sion­nal­isme.
Nous avons donc trin­qué à Jean Prat, les valeurs qu’il prô­nait et trans­met­tait, à savoir le «plaisir des mains et des yeux». Nous étions liés et c’est vrai­ment un grand plaisir que de savoir qu’une bande d’internautes se retrou­ve dans ce Côté Ouvert pour célébr­er le meilleur, ce mys­tère rug­by dont les ten­ants et les aboutis­sants nous échap­pent bien sou­vent. Dressez haut la poutre maîtresse, char­p­en­tiers !
Nos Bleus pâles ne pour­raient-ils pas avaler les vit­a­mines du bon­heur ? Ça ferait du bien à tout le monde. Nous avons du mal à en rire car verts de rage après ce match foireux ; mais c’est mieux que d’en pleur­er, mon avis ne valant pas davan­tage que celui d’un cochon de payant qui a dépen­sé trois cents euros pour «mon­ter» à Paris. J’avais l’idée de deman­der aux Tri­col­ores de vers­er leurs primes de match et de présence à une fon­da­tion car­i­ta­tive. Au moins, leur «je» prendrait du sens.
Où trou­vez-vous vos vit­a­mines du bon­heur, ami(e)s de ce blog ? Les miennes sont rouges gal­lois et vertes comme l’Irlande. Elles sont aus­si dans Le Bouc émis­saire, un des arides ouvrages de René Girard – le philosophe, pas l’équarisseur de Vau­vert, hein ? Le soir, depuis le début de ce Tournoi, je m’en infuse trois à qua­tre pages, pas davan­tage, parce qu’il me faut le temps de tout com­pren­dre puis d’assimiler, mais ça me par­le quand Saint-André s’exprime.
Je réé­coute aus­si, presque en boucle, la Neu­vième de Beethoven et j’aimerais que le XV de France joue ain­si, l’âme à la joie. Et qu’elle demeure. Je vais voir Les Nou­veaux Sauvages, con­seil­lé au trio un peu maso PSA-Bru-Lag­is­quet. Ils y sont allés. Lag­isque avait le sourire en sor­tant. Il l’a per­du depuis, anéan­ti dimanche soir dans le hall du Grand Hôtel après la pathé­tique per­for­mance (sic) de sa ligne de trois-quarts.
Pré­ci­sion : je lis partout et sou­vent le mot «presta­tion» pour évo­quer ce qui est une «per­for­mance». Existe-t-il une «presta­tion sportive ?» Cette asso­ci­a­tion lim­ite zeug­ma m’interpelle. Presta­tion, ça fait devis, ser­vices, inter­ven­tion, travaux… Per­for­mance, en revanche, s’interprête sport. N’est-ce pas, juste­ment, parce qu’il n’y a plus de per­for­mance, dans ce XV de France, que la presta­tion s’impose ? Du néo-lan­gage à l’usage des maux con­tem­po­rains. En atten­dant de vous men­er à Rome, j’espère que ce petit groupé péné­trant de mots vous aura ren­du la pilule moins amère.

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L’âme bleue

Dans le nuit du 24 au 25 févri­er 2005 s’éteignait Jean Prat. Deux jours plus tard, le XV de France affrontait le Pays de Galles au Stade de France et s’inclinait, 18–24. Dix ans déjà que « Mis­ter Rug­by » nous a quit­té. John, comme l’appelaient ses amis. Après deux sélec­tions, il avait «com­pris que le rug­by n’était pas seule­ment un sport mais une façon d’être et de se com­porter.» Et d’ajouter : «Ce qui fait l’attrait du rug­by, c’est le plaisir des yeux et des mains.»
Voilà quelle était la teneur de notre échange télé­phonique, ce 7 jan­vi­er 2005. Trois ans plus tôt, je l’avais accom­pa­g­né à Twick­en­ham pour les besoins d’un reportage pub­lié dans L’Equipe Mag­a­zine. Chez lui, à Lour­des, il m’attendait sur le per­ron. Son sac était prêt depuis la veille et je me demande s’il n’y avait pas glis­sé ses cram­pons. Nous avons passé trois jours, sur Rich­mond, dans Twick­en­ham et au cœur de Lon­dres, à par­ler de rug­by, et aus­si des belles anglais­es, ces voitures de sport stylées qu’il aimait tant.
Jean Prat évo­quait le rug­by mais en fil­igrane, il s’agissait de la vie. La sienne était ovale. Il en maîtri­sait les rebonds. Le principe de la passe était pre­mier. Il ne pou­vait y avoir, pour lui, de rug­by sans passe. Elle était le sésame de ce jeu. Ah, oui, j’allais oubli­er de vous le sig­naler : Jean Prat par­lait du rug­by comme d’un jeu. Pas comme d’un sport. Mais on sen­tait bien der­rière ça qu’il définis­sait en per­ma­nence les con­tours d’une dis­ci­pline. Qua­si­ment d’une ascèse.
Quand il par­lait, Jean Prat manip­u­lait les mots. Il les employ­ait avec pré­ci­sion, et je ne sais plus si nous par­lions des pass­es ou des con­cepts. Il avait la phrase du jeu au bout des doigts, dont cer­tains étaient cassés à force d’avoir plaqué. Je revois son vis­age, émacié mal­gré l’âge. J’entends encore ses phras­es cour­tes. Elles claquaient. Ponc­tuées de longs silences, comme pour en mesur­er la portée, l’effet.
Mon par­rain en rug­by, Jacky Adole, dans son ouvrage inti­t­ulé «Mon sac de rug­by» (édi­tions Atlanti­ca) racon­te com­ment, affrontant au stade Mar­cel-Deflan­dre l’orchestre rouge et bleu des Lour­dais de la grande époque, celle de la fin des années 50, il avait été suf­fo­qué d’entendre Jean Prat engueuler un de ses parte­naires pour un «deux con­tre un» con­clu par une feinte de passe et un essai d’«égoïste» alors que le jeu appelait à la fix­a­tion et à la passe pour le décalage.
La légende, mais avec Jean Prat, elle se rap­proche de la réal­ité, racon­te qu’il avait même mis un jour une claque à son frère Mau­rice pour avoir ven­dan­gé sem­blable offrande ; Mau­rice, ce cadet forgé au feu des entraîne­ments mani­aques de son cap­i­taine et ainé telle­ment aimé, jusqu’à devenir inter­na­tion­al à son tour… Jean Prat, pour des joueurs du charisme de Jean-Pierre Rives et Wal­ter Spanghero, représen­tait le rug­by dans toute son exi­gence, dans toute sa pureté. Eux aus­si savaient.
Bat­tu par les Gal­lois en 1955 à Colombes alors que le XV de France pou­vait rem­porter pour la pre­mière fois un Grand Chelem, c’est par eux et sur leurs épaules que Jean Prat fut porté en tri­om­phe. Sa « der » dans le Tournoi des Cinq Nations fut celle d’un géant hissé par ses adver­saires. On trou­vera dif­fi­cile­ment plus grande mar­que de respect.
Je vous avais promis qu’en aucun cas d’ici la fin du Tournoi je ne plomberais l’ambiance en évo­quant les Tri­col­ores d’aujourd’hui. Nous avons mieux à faire. Same­di, à 18 h, au moment des hymnes, je voudrais que vous por­tiez avec moi un toast à la mémoire de Jean Prat. Ma flasque, en tri­bune de presse du Stade de France, sera rem­plie de Cognac.
Ami(e)s de Côté Ouvert, nous aurons une pen­sée pour cet homme qui a posé les fon­da­tions du XV de France. Avant lui, ce n’était qu’une sélec­tion com­posée de joueurs venus d’horizons dif­férents. Avec lui, entre 1945 et 1955, troisième-ligne aile de sou­tien, cap­i­taine et buteur, est né notre jeu. Pour les Anglais, avares de com­pli­ments, Jean Prat per­son­nifi­ait le rug­by. Pour nous, ad vitam aeter­nam, il en est l’âme bleue. Il y a dix ans, ces cen­dres ont été dis­per­sées par sa com­pagne, Marie-Josèphe, autour du lac des Aires, dans le cirque de Trou­mouse. Mais il est tou­jours là, assis en tri­bune, à regarder jouer le XV de France. Bon match, Jean !

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Le Big Banc

Pen­dant que la Nou­velle-Zélande pré­pare déjà la relève, c’est-à-dire la com­po­si­tion de l’équipe nationale qui atta­que­ra le Four Nations 2016 au lende­main du Mon­di­al, les sélec­tion­neurs tri­col­ores vien­nent tout juste de finalis­er leur banc des rem­plaçants dans le Tournoi actuel. On a les règnes qu’on mérite. Ceux qui gou­ver­nent le bateau bleu ten­tent de nous ras­sur­er en alig­nant du poids en fin de match, guidés par le courant alors qu’ils devraient tenir un cap.
Mais voilà au moins un truc qui fonc­tionne en équipe de France : le banc des rem­plaçants. Encore que ce soit bizarre de com­mencer par la fin, de con­stru­ire le garage alors qu’on n’a pas posé la moin­dre fon­da­tion ; mais, au pire, on peut se met­tre à l’abri en atten­dant la fin des intem­péries. Cela dit, vous je ne sais pas, mais moi si j’avais à faire con­stru­ire une mai­son, je n’engagerais pas un archi­tecte dont la pre­mière préoc­cu­pa­tion con­sis­terait à pro­téger ma voiture.
Après trois ans, le XV de France n’a tou­jours pas de fond de jeu, rien d’identifié en tout cas. On remar­que même qu’il est bien meilleur sans bal­lon qu’avec, le comble pour une nation qui a con­sid­érable­ment amélioré l’attaque depuis Jean Dauger jusqu’à Maxime Mer­moz, en pas­sant par les frères Boni­face, Maso-Tril­lo, Codor­niou-Sel­la, Blan­co-Lafond, Charvet-Bon­neval, Cas­taignère et Jauzion. Sans compter qu’il n’a pas de buteur et pas d’animation offen­sive. Juste une organ­i­sa­tion défen­sive, ce qui est tou­jours le plus facile à met­tre en place quand on entraîne.
On remar­quera qu’il en était de même sous l’ère Marc Liévre­mont ; ça n’a pas empêché les Tri­col­ores d’aller en finale de la Coupe du monde 2011 et de faire taire Auck­land. Je sais, on se ras­sure comme on peut… Au moins, cette généra­tion (Ser­vat, Nal­let, Bon­naire, Hari­nor­do­quy, Yachvili, Rougerie) avait de l’orgueil. Elle pou­vait se regarder dans le blanc des yeux, se dire ses vérités – et il y en avait plus que qua­tre cette année-là, en Nou­velle-Zélande – et boire des bières jusqu’au bout de la nuit pour mieux vider son sac.
Aujourd’hui, on a l’impression qu’il n’y a pas de bières, pas de sac, pas de car­ac­tère et pas de vérités. Rien que des réc­i­ta­tions appris­es par cœur. On leur dit de défendre pen­dant vingt min­utes pour éviter d’encaisser trop de points face à l’Irlande atten­due déchaînée ?  Ils ont bien com­pris le plan et évi­tent con­scien­cieuse­ment de se pass­er le bal­lon quand il leur échoit. Puis ils atten­dent que le big banc se pro­duise pour com­mencer à jouer.
Les nou­velles stars ? Elles ont pour noms Uini Ato­nio, Vin­cent Debaty et Romain Taofifen­ua. Joueurs de poids, ils sont au XV de France ce qu’un Deus ex-machi­na est à une pièce de théâtre mal ficelée. Ils pèsent dans le jeu quand tout sem­ble com­pro­mis. Ce twist, il faut au moins le met­tre au crédit de Philippe Saint-André. En 2007, Bernard Laporte avait Sébastien Cha­bal et jouait de son effet. PSA, lui, offi­cialise le rug­by à XXIII. Ce cache-mis­ère per­met à une défaite de devenir encour­ageante.
Et main­tenant qu’apprend-on ? Que le seul demi-sys­tème qui fonc­tionne risque d’être désossé comme on retire les plaques d’acier de la coque d’un navire échoué ? Align­er d’entrée Debaty, Kayser et Ato­nio, Taofifen­ua et Par­ra, Talès et Lam­er­at ? Cass­er la frag­ile dynamique d’une équipe qui doute de tout, y com­pris de son ombre ? Don­ner leurs chances aux morts de faim ? Boule­vers­er l’équilibre tit­u­laires-rem­plaçants avant de recevoir le Pays de Galles, same­di 28 févri­er, au Stade de France ?
Que PSA, qui assur­ait mi-jan­vi­er avoir son équipe-type et son banc, remette en cause le peu d’assurance dont il dis­pose depuis trois ans, n’a pas à nous inquiéter out­re mesure. Il l’a dit, seule la vic­toire finale en Coupe du monde est un objec­tif, le reste con­siste à pass­er du mieux pos­si­ble entre les gouttes. Le Goret, for­mé à l’école Berbizier, ne pense qu’à ça : sept semaines de pré­pa­ra­tion physique. «Entre juil­let et sep­tem­bre, espère-t-il, nous allons pou­voir gag­n­er 20 à 25%. Pen­dant ce temps-là, nos adver­saires, qui passent entre qua­tre et six mois ensem­ble chaque année, ne pour­ront grig­not­er que 2 à 3%…»
Il dit, surtout : «Si nous voulons être cham­pi­ons du monde, il fau­dra qu’on place qua­tre ou cinq joueurs dans un XV mon­di­al.» Sachant que pour le XV de France la sai­son inter­na­tionale s’arrête à la fin de ce Tournoi (on ne comptera pas les trois match­es ami­caux d’aout et de sep­tem­bre), ça fait quand même un peu court pour voir éclore des tal­ents ou con­firmer des poten­tiels au «très, très haut niveau». Franche­ment, je ne vois pas. Dulin, Le Roux, Maestri, Ato­nio ? Il me sem­ble que là, nous ne faisons pas le poids.

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Gammes au vert

En 1992, Philippe Saint-André œuvrait à l’aile du XV de France aux côtés de Jean-Luc Sadourny, Sébastien Viars, Alain Penaud, Philippe Sel­la et Franck Mes­nel. Après une petite vic­toire à Cardiff (12–9) en ouver­ture, une défaite bor­délique au Parc des Princes face à l’Angleterre (13–31) et un échec à Mur­ray­field devant l’Ecosse (10–6), l’entraîneur du moment, Pierre Berbizier, avait décrété le retour des fon­da­men­taux.
Nous étions quelques-uns, inter­loqués, sur le bord de la pelouse du château Ricard, quand Berbize déci­da de réduire l’entraînement à un vaste ate­lier de «deux con­tre un» et de «trois con­tre deux», prenant lui-même la direc­tion de cette séance sur­réal­iste digne d’une école de rug­by. Je n’avais jamais vu les joueurs du XV de France ain­si humil­iés, oblig­és de refaire leurs gammes alors qu’ils s’attendaient à une mise au vert avant de recevoir l’Irlande. Exit les vir­tu­os­es, place aux élèves du con­ser­va­toire de la passe.
Ah ça, des pass­es, ils en ont bouf­fé, les Tri­col­ores du cap­i­taine Sel­la ! Encore et encore. Pen­dant deux jours. Jusqu’à l’indigestion. «Redresse ta course !», «Regarde avant de pass­er !», «Garde les hanch­es per­pen­dic­u­laires à la touche !», «Tend les bras !», «Va chercher le bal­lon !» : Berbizier, irrité d’avoir vu ses joueurs man­quer leur pre­mier Tournoi sous ses ordres, lançait inlass­able­ment con­seils et cri­tiques. Et per­son­ne ne mouf­tait.
Il faut croire que cette piqure à l’amour pro­pre eut un effet béné­fique sur les arrières tri­col­ores. Deux jours plus tard, ils atom­i­saient l’Irlande, 44–22, au Parc des Princes, match apothéose, mag­nifique d’allant et d’élan, à l’issue duquel l’ailier briv­iste Sébastien Viars lâchait en direc­tion de qui voulez bien l’entendre : «Vous avez le bon­jour du French Flair !». Game over. L’humiliation voulue par Berbizier avait eu pour effet de réveiller le meilleur de ses joueurs.
Quand j’ai demandé à Philippe Saint-André, dimanche, au lende­main de ce triste France-Ecosse, s’il comp­tait fer­mer la porte de la salle de mus­cu­la­tion de Mar­cous­sis et mon­ter à la place un ate­lier «pass­es», il a répon­du à côté, pro­tégeant ses joueurs, y com­pris les plus mal­adroits. Sauf qu’on ne passe pas avec ses biceps mais bien avec les mains : cela s’appelle maîtris­er son rug­by sur le bout des doigts. A force de trou­ver des excus­es à ses joueurs quand ils foirent un match, Saint-André va finir par s’isoler dans une logique qui ne mène nulle part.
Same­di dernier, Scott Sped­ding, Wes­ley Fofana, Math­ieu Bastareaud, Yoann Huget, Ted­dy Thomas, Camille Lopez et Rory Kock­ott ont été en dessous des min­i­ma req­uis au plus haut niveau. Bal­lons vom­is, pass­es mal adressées, per­cus­sions stériles, oub­lis coupables, mau­vais tim­ing, cours­es obliques : tout ce qu’il ne faut pas faire, ils l’ont fait. Résul­tat : zéro essai. Seule l’Italie a fait aus­si mal. Le con­stat heurte : ce XV de France n’a pas avancé dans le reg­istre du jeu depuis trois ans. Pis, il a régressé.
L’excuse de la pré­pa­ra­tion du Mon­di­al ne marche plus quand on descend aus­si bas. Il y a un seuil en dessous duquel le XV de France n’a pas le droit de se situer. Per­dre fait par­tie du jeu ; il n’y a pas de honte à s’incliner après avoir tout don­né face à meilleur que soi. Mais gag­n­er aus­si moche… Il y a qua­tre ans, je m’attendais à ce que PSA donne du nerf et de la vie à l’équipe de France, déçu de voir Marc Lièvre­mont, agres­sif, par­tir dans tous les sens. Aujourd’hui, à mon corps défen­dant, je rejoins le flux des frus­trés et déchante. Ce qui inquiète, surtout, c’est que chaque jour, cette équipe perd davan­tage de sup­por­t­eurs, même par­mi ses plus fer­vents. Elle sera 1) peut-être, 2) sans doute, 3) sûre­ment, 4) jamais (mer­ci Christophe) cham­pi­onne du monde, mais en atten­dant…
Ici, il est demandé à cha­cun et cha­cune de ne pas rester anonyme ou der­rière un pseu­do, et de se présen­ter, au moins via l’adresse mail, tel qu’il est. Mer­ci.

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Dans le détail

Le rug­by pro­fes­sion­nel a franchi un palier ou plutôt, si l’on en croit les Anglais, passé le mur du son. De la méth­ode glob­ale chère aux dis­ci­ples de René Dele­place, il plonge main­tenant dans la micro-pré­pa­ra­tion. Tels les per­son­nages d’un roman de Philip K. Dick, Chris Rob­shaw et ses coéquip­iers anticipent leur match de ven­dre­di soir au Mil­len­ni­um Sta­di­um en s’entraînant à pleins déci­bels.
On peut ain­si imag­in­er d’autres pro­longe­ments dans les jours à venir, et je laisse à votre imag­i­na­tion, ami(e)s – mais ce n’est pas une con­di­tion oblig­a­toire – de ce blog le soin de nous con­coc­ter les sce­narii les plus déli­rants de séances tech­niques, tac­tiques, physiques et psy­chologiques du XV de France avant d’affronter l’Ecosse. Mon voisin de bureau, Bertrand Lagacherie, m’a rap­pelé fort à pro­pos l’épisode des lunettes à obtu­ra­tion aléa­toire, sous Lièvre­mont, qui n’eurent comme effet que de pro­cur­er des céphalées aux joueurs ren­dus à moitié-aveu­gles …
En tout cas, ce n’est pas avec la sono qu’AC/DC a prévu pour le 23 mai au Stade de France que les Tri­col­ores vont pré­par­er au mieux leur ouver­ture ; leurs sup­por­t­eurs sont telle­ment calmes, voire apathiques, dans l’enceinte dionysi­enne les jours de Tournoi que c’est plutôt en chu­chotant qu’ils annon­ceront leurs com­bi­naisons quand les Anglais devront com­mu­ni­quer par gestes tant l’ambiance qui s’annonce à Cardiff, ven­dre­di soir, sera bruyam­ment élec­trique.
Pous­sant la pro­pri­o­cep­tion à son plus haut degré, les All Blacks avaient choisi, il y a de cela quelques années, de plac­er leurs huit avants pieds nus sur une plaque de verre munie de cap­teurs afin de con­naître avec exac­ti­tude la posi­tion des plantes de pied au moment de l’impact puis de la poussée. J’ai le sou­venir aus­si d’un entraîneur français ban­dant les yeux de cha­cun de ses avants afin que tous recherchent avec le plus de liant pos­si­ble leurs parte­naires lors d’un bal­lon porté et d’un groupé péné­trant.
Les Anglais, qui accueil­lent le Mon­di­al, n’hésitent pas à tout ten­ter. Comme par exem­ple munir leurs joueurs de cap­teurs de force G (force grav­i­ta­tion­nelle) afin de mesur­er les chocs encais­sés. C’est comme ça, devant un ordi­na­teur lui indi­quant que Dany Care avait dépassé la lim­ite au-delà de laque­lle il pou­vait être en dan­ger, que le respon­s­able bio­métrie du XV d’Angleterre indi­qua à Stu­art Lan­cast­er qu’il était peut-être temps de rem­plac­er son numéro neuf tit­u­laire. Et c’est comme ça qu’à la 61eminute, Dick­son fit son entrée. L’équipe anglaise perdit le fil de son match et autorisa la France à l’emporter in extrem­is, 26–24. C’était le 2 févri­er dernier, au Stade de France.
A la fin des années 50, l’Irlande alig­nait les défaites et son cap­i­taine, le cen­tre Noel Hen­der­son, cher­chait une façon de remo­tiv­er ses troupes avant la récep­tion du Pays de Galles. Son troisième-ligne, James Kavanagh, pro­posa d’organiser un foot­ing dans le Wick­low, un dimanche matin. Il était inter­dit, à l’époque, de se réu­nir avant la veille d’un match inter­na­tion­al pour ne pas heurter l’idée que se fai­saient du code ama­teur les gen­tle­men qui pra­ti­quaient ce sport de voy­ous. Reste que Hen­der­son accep­ta la propo­si­tion. Les inter­na­tionaux irlandais se retrou­vèrent dès potron-minet dans la lande brumeuse et filèrent à vive allure.
Imag­inez les envi­rons de la Bour­boule en allant vers le Mont Dore et vous aurez une idée du Wick­low. Au beau milieu de leur foot­ing, les Irlandais eurent à tra­vers­er une riv­ière. Gelée, la riv­ière. Début mars, il neige par­fois autour de Dublin. Et voilà nos gail­lards d’Irlandais en slip, por­tant leurs vête­ments au-dessus de leur tête pour ne pas les mouiller, se rha­bil­lant à la hâte et pour­suiv­ant leur course. Idem au retour.
Le 15 mars 1958, donc, le Pays de Galles débar­quait à Lans­downe Road. Le match ? Enflam­mé. Les Gal­lois l’emportèrent 9–6, trois essais à un. Les Irlandais, sur­voltés, avaient été si mal­adroits balle en mains qu’ils avaient lais­sé échap­per plusieurs occa­sions d’essai. A la fin du match, au moment de lui ser­rer la main, l’ouvreur gal­lois Cliff Mor­gan, qui avait eu vent de l’histoire, s’approcha de Kavanagh et lui glis­sa, mali­cieux, à l’oreille : «James, je crois bien que vous autres, Irlandais, vous nous bat­trez le jour où coulera une riv­ière au milieu de Lans­downe Road…» L’histoire ne dit pas si Kavanagh appré­cia à sa juste valeur ce trait d’humour.
D’après ce que m’en a dit un socié­taire de Mar­cous­sis, chaque fois qu’ils ont un moment de libre, les Tri­col­ores se ruent vers la salle de mus­cu­la­tion. Vous ne m’empêcherez pas de m’interroger sur l’utilité d’une séance sup­plé­men­taire de fonte à quelques jours d’un test inter­na­tion­al. Ou le joueur est prêt, les biceps sail­lants, ou bien c’est trop tard pour qu’il prenne du mus­cle. J’ai le sou­venir de Cas­taignède, Yachvili, Rougerie, Poitre­naud, Gar­ba­josa, Clerc, Mer­ceron, Cafi­fano, Magne et Galth­ié allant piquer un bal­lon une demi-heure avant l’entraînement pour s’amuser «à touch­er». C’était en 2003.
A cette époque pas si loin­taine, nous nous instal­lions à quelques-uns en tri­bune pour assis­ter à ce jeu d’adresse, de vista, d’appuis et de réac­tiv­ité, ponc­tué de rires. Quand je con­state la médiocre qual­ité des pass­es en équipe de France ces temps derniers, je me dis que PSA serait bien avisé de fer­mer la salle de mus­cu. Ce 23 févri­er 2003, la France l’avait emporté 38–3, au Stade de France face à l’Ecosse, pour sa pre­mière récep­tion dans le Tournoi.
Ici, il est demandé à cha­cun et cha­cune de ne pas rester anonyme ou der­rière un pseu­do, et de se présen­ter, au moins via l’adresse mail, tel qu’il est. Mer­ci.

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Dix de France

On sait main­tenant au moins une chose con­cer­nant le XV de France en cette année de Coupe du monde, c’est que PSA doit con­vo­quer trente et un joueurs en stage pour en avoir dix à l’entraînement. Et encore, pas tous prêts à être sol­lic­ités. Espérons que cette règle du «un sur trois» ne dépassera pas Canet-en-Rous­sil­lon. En rire ou en pleur­er ? Coupe d’Europe, Top 14, on voit bien en ce début d’année 2015 du rug­by français où sont les intérêts.
Vous vous sou­venez sans aucun doute de l’épisode «Pim­po­los». Pour atta­quer le Tournoi 2007, Bernard Laporte, coach tri­col­ore en fin de deux­ième man­dat, avait réus­si à négoci­er avec Serge Blan­co, patron de la LNR, la mise à dis­po­si­tion de quar­ante joueurs pen­dant la durée du Tournoi. Une pre­mière, une avancée. Presque un exploit. Enfin, le rug­by français se met­tait en posi­tion de rem­porter la Coupe du monde, qui plus est celle qu’il organ­i­sait.
Ah ça, pour voir, on a vu. Dès la pre­mière vic­toire, à Rome, con­tre l’Italie, Laporte s’est mis à penser au Grand Chelem et les vingt-deux de la feuille de match sont restés en alerte bleue, générant dix-huit lais­sés pour compte. Je sais, ça fait «vieux con» d’écrire «à l’époque», et on me reproche assez ici même, mais je dois vous l’avouer et ce n’est pas à ma grand honte, j’apprécie le forum-débat lancé par Midi-Olympique.
Leurs noms ? Floch, Rougerie, Traille, Messi­na, Cas­taignède, Boyet, Beaux­is, Elissalde, Nyan­ga, Dusautoir, Ver­meulen, Lam­bo­ley, Mar­tin, Poux, August, Emmanuel­li, Mas, Bruno. De quoi com­pos­er une solide équipe bis. Emmanuel­li avait bap­tisé ce groupe, qui mul­ti­pli­ait les ate­liers comme autant d’animations pour occu­per sa journée loin du staff. Pour touch­er quand même un peu de bal­lon, les «Pim­po­los» (les glan­deurs, en argot de La Val­lette) allèrent porter à Biar­ritz – à défaut de la bonne parole – le mail­lot des Bar­bar­ians français face à l’Argentine à l’initiative de Blan­co ; une semaine avant Angleterre-France qui allait faire pencher les Tri­col­ores, mais pas vers un Grand Chelem.
Qu’on soit quar­ante ou dix à l’entraînement (dont seule­ment 5 issus de la fameuse liste des « trente pro­tégés » depuis juin dernier, mer­ci Edouard) pour pré­par­er le Tournoi dans l’optique du Mon­di­al, on s’aperçoit donc que rien ne fonc­tionne. Pas de recette, pas de for­mule, pas de mir­a­cle. Mais quand même, dix à l’entraînement, ça fait nation du Tiers monde. Tiers 3. C’est ain­si que la World Rug­by caté­gorise (comme la troï­ka avec la Grèce) les désar­gen­tés de la mon­di­al­i­sa­tion ovale. L’Italie, dernière entrée dans le Tournoi, qui peine à se con­stru­ire un Cham­pi­onnat d’élite, parvient à regrouper son élite avec davan­tage de con­sis­tance.
Avant de voir les Tri­col­ores entr­er dans le dur à Mar­cous­sis, lun­di 2 févri­er, on se serait bien épargné ce sig­nal faible. Les vas­es com­mu­ni­cants pla­cent aujourd’hui cer­tains clubs, Rac­ing Metro, Toulon et Cler­mont, au som­met de l’Europe quand le X de France traîne sa peine, ses blessures, ses for­faits, ses indisponi­bil­ités et ses inco­hérences (Dumoulin sélec­tion­né alors qu’il est blessé au ten­don et n’a pas joué depuis un mois, par exem­ple, alors que Mer­moz éclate de san­té chaque week-end) dans le Rous­sil­lon.
Tout cela n’est pas très grisant, je vous le con­cède. Alors suiv­ez mon con­seil pour retrou­ver énergie, allant et envie : fon­cez d’urgence voir «Les Nou­veaux Sauvages». C’est latin, déjan­té – j’oserais dire explosif et extrême mais ce n’est pas poli­tique­ment cor­rect – jubi­la­toire et donc essen­tiel en cette triste péri­ode où seul le plan Vigipi­rate vire écar­late. En sor­tant de la salle, on se plait à (re)penser qu’il suf­fit par­fois de vouloir pour pou­voir.

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Trait d’esprit

Quand il a annon­cé sa liste pour le stage de pré­pa­ra­tion du Tournoi des Six Nations, Philippe Saint-André n’a pas évo­qué le jeu, ni au près, ni au fond. Du coup, on a bien vu que ses Bleus pas­saient à l’Orange. A savoir que der­rière eux, il n’y avait plus beau­coup de place pour franchir le car­refour au milieu duquel se trou­ve le XV de France : trois ans de mau­vais résul­tats et une année 2015 à dou­ble objec­tif. Juste un exem­ple : le cen­tre fran­cilien Alexan­dre Dumoulin, ten­don douloureux, a été appelé de préférence à Maxime Mer­moz, étince­lant avec Toulon. Autres exem­ples : exit Sébastien Vahaamahi­na (Cler­mont) et Xavier Chioc­ci (Toulon), con­fir­ma­tions de Rémi Talès (Cas­tres) et de Rémi Lam­er­at (Cas­tres), nou­v­el appel fait à Sofi­ane Gui­toune (Bor­deaux-Bègles)
A tra­vers flux et reflux se dessi­nent déjà les con­tours du groupe de trente-et-un qui dis­put­era la Coupe du monde en sep­tem­bre prochain. Comme les autres entraîneurs nationaux avant lui, Philippe Saint-André a déjà en tête son équipe-type à l’orée de l’année cru­ciale. Je ne lis pas dans le marc de café ni dans les boules de cristal, mais on peut imag­in­er, en décryptant les précé­dentes listes que sa com­po­si­tion d’équipe sera proche de celle-ci : Dulin – Huget, Dumoulin, Fofana, Thomas – (o) Lopez, (m) Tillous-Bor­de – Le Roux, Chouly, Dusautoir – Maestri, Papé – Mas, Guira­do, Meni­ni.
Il lui faut penser à choisir huit rem­plaçants pour rem­plir la feuille de match. L’évidence s’impose avec Kayser, Ato­nio, Ben Arous, Flan­quart, Picamoles, Kock­ott, Talès et Bastareaud. Du moins en ce qui con­cerne France-Ecosse. Un banc des rem­plaçants est fait pour mar­quer l’adversaire et si pos­si­ble faire la dif­férence. Ceux qu’on appelle les «joueurs d’impact» doivent impéra­tive­ment désta­bilis­er la défense adverse en mod­i­fi­ant ses repères, la puis­sance de Kayser, Ato­nio, Picamoles, Talès et Bastareaud sur la ligne d’avantage changeant alors la donne en fin de match.
Pour le reste, ou plutôt la suite, c’est-à-dire le choix de huit joueurs afin de com­pléter les trente-et-un pour le Mon­di­al, PSA a deux pri­or­ités : il lui faut des costauds et de bons mecs. Costauds parce qu’ils devront faire pli­er la mêlée roumaine – son seul point fort – pour s’assurer une vic­toire atten­due ; bons mecs parce qu’ils n’auront que ce match à dis­put­er durant tout le Mon­di­al, et peut-être un bout de la ren­con­tre con­tre le Cana­da. Leur rôle con­sis­tera prin­ci­pale­ment à encour­ager et soutenir les tit­u­laires pen­dant deux mois. Deux atti­tudes rarement asso­ciées chez un inter­na­tion­al con­finé au rôle de spar­ring-part­ner.  Mais c’est pour­tant l’une des clés du suc­cès.
Les grandes équipes de France, celles qui sont allées en finale (1987, 1999, 2011) ont un point com­mun : le men­tal. Philippe Saint-André, lui, par­le d’état d’esprit. Il entend par là une capac­ité à se sub­limer. Il évoque même «l’état de transe» pour expli­quer jusqu’où un inter­na­tion­al doit aller pour hon­or­er sa sélec­tion. «Des bons joueurs, il y en a plein, mais des mecs capa­bles de se sub­limer sur le ter­rain quand l’occasion le demande, il n’y en a pas autant que cela.» Ce sont ceux-là qu’il souhaite emmen­er au Mon­di­al. Après avoir bat­tu les Fid­ji et l’Australie, les Tri­col­ores avaient, en novem­bre dernier, l’occasion de réalis­er la passe de trois en l’emportant sur l’Argentine. Las, les Pumas brisèrent ce rêve grâce à une entame pleine de grin­ta quand les coéquip­iers de Thier­ry Dusautoir, nour­ris au diesel, furent inca­pables de relever, pen­dant les vingt pre­mières min­utes, le défi du rythme et de l’engagement physique.
A pri­ori, der­rière les tit­u­laires et les rem­plaçants, il reste huit places pour le Mon­di­al, à choisir par­mi les onze pos­tu­lants que sont Sped­ding, Nakaitaci, Gui­toune, Lam­er­at (ou Mer­moz s’il arrête de se plain­dre de son sort), Micha­lak (qui n’a pas dit son dernier mot en bleu), Ollivon, Oue­drao­go mais plus sûre­ment Nyan­ga, R. Taofifen­ua (et pourquoi pas Vahaamahi­na s’il s’achète enfin une con­duite), Szarzews­ki (parce qu’il faut trois talon­neur en Coupe du monde, c’est plus sûr), Ben Arous (mais aus­si Domin­go en pleine recon­quête, voire Chioc­ci s’il parvient à per­dre dix kilos de gras,) et Sli­mani (avec Debaty le poly­va­lent en embus­cade). Mais cette pre­mière liste résis­tera-t-elle à un Tournoi 2015 qui s’annonce relevé ? La récep­tion de l’Ecosse et du Pays de Galles, mais surtout les déplace­ments à Dublin, à Rome et à Twick­en­ham, peu­vent-ils avoir rai­son de ce qui ressem­ble à une pro­fes­sion de foi de Saint-André ? Espérons ne pas avoir à le crain­dre.

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Même pas peur


I
Il y a des jours, comme ça, voire des semaines, où par­ler de rug­by et de sport en général sem­ble vrai­ment futile ; on se demande à quoi cela peut bien servir ; et puis il y a des instants qui vous réc­on­cilient avec la foule des stades et les mau­vais rebonds de la vie, des moments comme il y en a eu beau­coup avant les coups d’envoi, des ful­gu­rances aus­si chargées en sym­bol­ique que fut l’avant-match à Toulon. A côté de moi, j’ai vu une col­lègue pleur­er d’émotion devant les joueurs des deux équipes mêlés, enten­du le silence de l’hommage, le remar­quable dis­cours de Mourad Boud­jel­lal qui fut l’éditeur de Charb et de Tig­nous, puis la longue salve d’applaudissements à May­ol.
Il faut juste espér­er que cela, les qua­tre mil­lions et quelques de man­i­fes­tants en France et ailleurs, les sol­i­dar­ités et les expres­sions, mais aus­si les acco­lades et les étreintes, débouchent sur de vraies avancées. Com­ment, dis­ait Mourad Boud­jel­lal, des gamins désen­chan­tés peu­vent-ils devenir ain­si des bar­bares, mon­stres san­guinaires ? Comme le prési­dent du RCT, nous devons nous pos­er cette ques­tion, la seule qui vaille en ces temps de crise. Il est de notre respon­s­abil­ité d’empêcher que le drâme recom­mence et pas oblig­a­toire­ment en repor­tant la faute sur les autres, la société, les élus, les mêmes qui défi­laient groupés par bou­quets mais réduisent depuis vingt ans le nom­bre de policiers, d’instituteurs, de pro­fesseurs et d’assistants soci­aux… Parce qu’on sent bien, tous autant que nous sommes, que ces deux atten­tats peu­vent prélud­er à d’autres hor­reurs.
On a vu tous les chefs en ligne de face, dimanche, mais ce qui m’a mar­qué, aus­si et parce qu’il faut bien revenir ici au futile afin de le join­dre à l’agréable, ce sont les chefs de la ligne de trois-quarts, ces Besagne Globe Trot­ters sur scène à May­ol, Leigh Half­pen­ny, Drew Mitchell, Bryan Habana, Matt Giteau et Maxime Mer­moz impro­visant sur les thèmes lancés par leur nou­veau chef d’orchestre, j’ai nom­mé Juan Mar­tin «El Mago» Her­nan­dez, qui revient en pleine lumière.
Her­nan­dez l’Argentin, aus­si bon à la main qu’au pied, aus­si bon à droite qu’à gauche, par devant, par-dessus, au ras et par der­rière, est un régal pour les yeux, comme l’était Didi­er Codor­niou avant lui. Mais le retour du magi­cien, avec ce pre­mier match sur la rade, déclenche for­cé­ment une réflex­ion. Pour Codor, on se demandait pourquoi fal­lait-il, durant l’ère Fouroux, un poids min­i­mum au cen­tre en équipe de France pour espér­er décrocher une sélec­tion. Entre 1981 et 1984, le «Petit Prince» était néan­moins par­venu à s’installer au coeur de l’attaque, asso­cié à Roland Bertranne, Chris­t­ian Belas­cain puis Philippe Sel­la, pour éclair­er le jeu tri­col­ore de ses pass­es mil­limétrées. 
Her­nan­dez, lui, nous pose un autre prob­lème : en seule­ment un match et quelques entraîne­ments, il a dirigé le jeu varois comme s’il avait tou­jours porté le muguet, délivré des pass­es improb­a­bles pour libér­er le mou­ve­ment alors qu’on nous casse les oreilles en assur­ant qu’il faut du temps, à l’ouverture, pour s’imposer. Lui, il y est immé­di­ate­ment par­venu. Autour de lui, bien sûr, des génies, des géants, de purs tal­ents qui n’aiment pas les car­cans. Ça aide. Mais il faut croire que c’est réciproque. Her­nan­dez a hissé ses parte­naires en dis­til­lant, en vari­ant, en imp­ri­mant, en déposant.
Au moment où Philippe Saint-André et ses adjoints vont choisir leurs demis d’ouvertures pour le stage de pré­pa­ra­tion au Tournoi des Six Nations 2015, au moment où le Cas­trais Rémi Talès, le Cler­mon­tois Camille Lopez, le Bor­de­lais Pierre Bernard et le Parisien Jules Plis­son ten­tent beau­coup pour s’installer en bleu avec le numéro dix dans le dos à quelques mois du Mon­di­al, Juan Mar­tin Her­nan­dez, lui, a sim­ple­ment joué avec naturel et flu­id­ité, sou­p­lesse et sub­til­ité.
Ça fait du bien mais ça fait mal. Le tal­ent ne se com­mande pas. Il se cul­tive. Il faut le chérir, comme la lib­erté. Mais les joueurs ne sont pas égaux devant la grâce. Un demi capa­ble de l’ouvrir, voilà ce qu’il nous faut. L’ouvreur est une clé, un don­neur de tem­po, celui qui inspire tout en nous faisant respir­er le jeu. Nous ne l’avons pas encore trou­vé mal­gré toutes nos recherch­es. Depuis Titou Lamai­son et le meilleur de Frédéric Micha­lak, nous tâton­nons, nous hési­tons.
Her­nan­dez, il a pris pour lui le slo­gan lu place de la République, dans la tri­bune de Jean-Bouin et ailleurs : «Même pas peur». Pas peur des con­signes restric­tives (à Toulon, il n’y en avait pas, same­di), pas peur de mal faire, de trop ten­ter, d’aller dans l’excès, de se faire plaisir ; pas peur de se lancer, d’être une cible facile­ment iden­ti­fi­able pour la défense adverse. Aucune crainte au moment de jouer les bal­lons les plus dif­fi­ciles, de se remet­tre en ques­tion, de revenir dans le Top 14 au sein d’un effec­tif pléthorique sat­uré de sélec­tions. Parce qu’il ne faut pas avoir peur, au rug­by comme dans la vie, des caus­es que l’on dit per­dues. Ce sont les plus belles
P.S. : mer­ci à toutes et tous pour l’effort qui con­siste à faire de ce blog le lieu de tous les échanges, mais seule­ment à vis­age décou­vert.

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Petite semelle

For­cé­ment, con­sid­érant l’annonce jeu­di 15 jan­vi­er du pre­mier groupe bleu en année Coupe du monde, nous regarderons la seiz­ième journée de Cham­pi­onnat avec une focale par­ti­c­ulière. Et il ne serait pas éton­nant que les dif­férents entraîneurs du Top 14 con­cernés par ces trente alig­nent leurs forces vives en appré­ciant cet événe­ment. Car c’en est un.
On jaugera les états de forme, on jugera des per­for­mances, on étalon­nera tel ou tel exploit à l’aune du classe­ment. Mais pour tout vous dire, con­nais­sant Philippe Saint-André, il serait éton­nant que ses choix, et par ric­o­chet ceux de ses adjoints, Yan­nick Bru et Patrice Lag­is­quet, soient influ­encés par les aléas et l’écume du Top 14, aus­si spec­tac­u­laires qu’ils soient.
Par rap­port à la liste du précé­dent stage pré­para­toire (26–29 octo­bre 2014), le pili­er toulon­nais Xavier Chioc­ci, les flankers Vir­gile Bruni et Yacou­ba Cama­ra, ain­si que l’arrière-ailier mont­pel­liérain Ben­jamin Fall pour­raient per­dre leur statut de l’automne et laiss­er place à d’autres ; mais rien n’est moins sûr, PSA appré­ciant de con­serv­er un groupe une fois qu’il en a arrêté la liste.
Reste que ce serait dom­mage de se priv­er des belles révéla­tions éclos­es depuis deux mois dans le Cham­pi­onnat, comme ces inoxyd­ables troisièmes-lignes ailes que sont le Bor­de­lais Louis-Benoît Madaule, et les Rochelais Loann Gou­jon et Kevin Gour­don. On peut aus­si évo­quer le tran­chant du cen­tre parisien Jonathan Dan­ty, la puis­sance de l’ailier cas­trais Rémy Grosso et l’activité du pili­er d’Oyonnax Antoine Tichit. Autant de joueurs qui ont su se faire un nom.
Cette liste des trente pour le stage en Rous­sil­lon pour­rait aus­si être l’occasion de lancer l’athlétique deux­ième-ligne d’Oyonnax Thibault Las­salle, que les sélec­tion­neurs ont ciblé depuis déjà plusieurs mois, tout en redonnant une chance à ces fusées que sont le cen­tre toulou­sain Gaël Fick­ou, le troisième-ligne aile cler­mon­tois Alexan­dre Lapandry et le pili­er fran­cilien Eddie Ben Arous.
Pour­suiv­ant cette revue d’effectif non-exhaus­tive, vous n’avez pas été sans remar­quer le retour au pre­mier plan des grands absents des dernières sélec­tions, à savoir le pili­er gauche de l’ASM, Thomas Domin­go, le demi d’ouverture du Stade Français, Jules Plis­son, et le troisième-ligne toulou­sain Louis Picamoles. Ces trois-là (re)montent en puis­sance au meilleur moment.
Aujourd’hui, c’est déjà demain. 20XV année ovale, année mon­di­ale. D’expérience, le XV de France ne se con­stru­it qu’au dernier moment, dans la douleur, dans l’exagération, par­fois même dans les crises. On se sou­vient de 1999 et de l’irruption de Fabi­en Galth­ié en phase finale ; de 2011 mar­qué par la révolte des «enfants gâtés» de Lièvre­mont. Alors, que nous réserve 2015 en bleu ?
Une bouil­lie comme en 1991 ? Une énorme frus­tra­tion à l’image de 2007 ? Une décon­v­enue plu­vieuse comme en 2003 ? Quelque chose d’autre, que nous ne pou­vons imag­in­er aujourd’hui ? En rug­by – je l’écrivais la semaine dernière – la réal­ité nous offre sou­vent bien mieux que la légende. Mais quand elle nous plonge dans l’ornière, et c’est le cas depuis peu, la boue est vrai­ment épaisse. On voit avec quelle délec­ta­tion cha­cun tombe sur le dos de Galth­ié, démis de ses fonc­tions à Mont­pel­li­er et donc frag­ilisé, cri­tiques vir­u­lentes en voix «off», masquées la plu­part du temps car bien enten­du c’est le courage qui manque le plus.
C’est bien la plaie de notre début de siè­cle que l’anonymat der­rière lequel n’importe qui peut se cacher pour jeter n’importe quoi ici ou là. Ça me rap­pelle les coups de pom­pes sur joueur au sol d’avant l’arbitrage vidéo. Alors comme ça, Galth­ié ne vaudrait plus rien ? Parce qu’un pro­prié­taire a viré l’artiste de scène après l’avoir recruté, l’écartant avec autant de déli­catesse qu’un équar­ris­seur face au pur-sang à l’abattoir ? Pau­vre rug­by devenu ferme des ani­maux, Altrad ouvrant son bes­ti­aire pour nous mon­tr­er son coach cham­pi­on du monde mis en bière dans la chaus­sure du prési­dent du syn­di­cat des joueurs pros.  Ain­si va ce jeu, en manque de héros : à la petite semelle.

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A votre bon voeu

Le Top 14, c’est franche­ment plus fort qu’un film de John Ford. Il arrive par­fois que la réal­ité soit plus épaisse que la légende et c’est donc la réal­ité qui nous rat­trape avant de bas­culer vers une nou­velle année, que je vous souhaite heureuse. Il arrive aus­si que le bruisse­ment d’un vol d’Air France atter­ris­sant à Rio puisse déclencher un raz-de-marée à Mont­pel­li­er. A moins que ce ne soit, comme je le soupçonne, une absence de con­nais­sance du règle­ment. 
En cette fin d’année 2014, il appa­raît que l’Hérault est bien fatigué. Le coach Fabi­en Galth­ié mis à pied, voilà Jake White qui lave plus blanc prié d’essorer la lessive, lequel linge sale n’est plus lavé en famille. Ce n’est pas à Toulouse que ça arriverait, ça. Sept défaites dont cinq d’affilée ne mod­i­fient pas un organ­i­gramme du côté d’Ernest-Wallon, et on peut s’en réjouir.  
C’est d’ailleurs un des rares clubs de la pre­mière par­tie du tableau, le Stade Toulou­sain, qui n’appartient pas à un prési­dent-mil­lion­naire-pro­prié­taire, si l’on veut bien con­sid­ér­er que la famille Miche­lin et M. Serge Kampf sont, mal­gré tout, au plus près de l’AS Cler­mont et du FC Greno­ble pour des raisons indus­trielles pour l’un, sen­ti­men­tales pour l’autre.
Nous voilà arrivés au terme d’une année. Ici, sur ce blog, celle qui s’annonce sera encore plus con­viviale. Car si le rug­by pro flingue – déjà trois coach­es virés – au motif des impérat­ifs sportifs qui, comme l’expression l’indique, n’attendent pas, il nous faut donc, pour faire bonne mesure, redou­bler de calme et de recul. C’est vital.
2015 s’ouvre avec un nou­veau leader, le Stade Français, et une lutte ter­ri­ble entre six clubs – davan­tage, si affinités – qui ne veu­lent pas descen­dre. Mais c’est surtout une année de Coupe du monde. Il se trou­ve que Philippe Saint-André a trou­vé une lampe ori­en­tale et qu’il s’est mis à la frot­ter, m’a‑t-il dit. Un bon génie en est sor­ti. Et lui a pro­posé un vœu, un seul.
Le Goret, dans sa grande générosité et après avoir bien réfléchi, lui a demandé : «Cela fait des siè­cles que les hommes se bat­tent au Moyen-Ori­ent, tous, les uns con­tre les autres. Pou­vez-vous faire en sorte d’arrêter ça ?». Après une longue pause, le bon génie lui a répon­du : «Philippe, je ne suis pas cer­tain de pou­voir par­venir à exaucer votre vœu. En avez-vous un autre ?»
Alors le coach des Tri­col­ores a lancé, cette fois-ci sans hésiter : «J’aimerais que le XV de France devi­enne cham­pi­on du monde en 2015…» Le bon génie a alors regardé pro­fondé­ment PSA dans les yeux et, s’approchant de lui, lui a mur­muré à l’oreille : «Philippe, je vais voir ce que je peux faire pour le Moyen-Ori­ent… » Bonne année ! Clic.

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