Aller, c’est fini

Que remar­quer en cette fin de phase aller ? Le titre sym­bol­ique de cham­pi­on d’automne pour un club, Toulon, qui ne dis­pute qu’une seule péri­ode par ren­con­tre ? La dernière place occupée par le cham­pi­on de France 2013 inca­pable de rem­porter un match en supéri­or­ité numérique ? Je préfère évo­quer la paire d’Ile-de-France que l’on n’attendait pas en si bonne pos­ture, Stade Français et Rac­ing Metro 92, puisqu’installée dans le Top 6.
Vous aurez noté, aus­si, que les ambitieux ont appris l’humilité. Toulouse, grand d’Europe et de France, club phare dans les deux hémis­phères depuis trente ans, décou­vre le cycle vital : ce qui est en haut descend un jour en bas pour peu que rien ne change et que cer­tains s’accrochent vio­le­ment à leur pou­voir. Mont­pel­li­er, qui buzz depuis 2003 en affichant plus grand que nature ses pré­ten­tions via Deffins et Altrad – lequel bap­tise même en toute humil­ité le stade de son nom –, tra­verse une crise de crois­sance.
Sur et en dehors du ter­rain, Toulouse et Mont­pel­li­er lais­sent la place à Greno­ble et à Bor­deaux, deux métrop­o­les qui se sont remis­es en route, deux clubs qui pra­tiquent un jeu ent­hou­si­aste avec plus ou moins de réus­site et vont mod­i­fi­er durable­ment la hiérar­chie ovale en entrant dans la crème de l’élite, à savoir ce «club des six» qui coiffe le Top 14 et s’ouvre à l’Europe.  
On pour­rait par­ler aus­si du recrute­ment «stars war» du Rac­ing Metro et de Toulon, surenchère sur le marché des trans­ferts, à toi à moi pour dra­guer les All Blacks en fin de car­rière. Le tarif est élevé mais cha­cun par­ticipe pour­tant à cette course à l’armement via les fil­ières sud­istes (Afrique du sud, Nou­velle-Zélande, Aus­tralie, Fid­ji). Il n’y aura très bien­tôt que des places très réduites pour les pouss­es français­es dans le jardin Bosman-Coto­nou.
Con­sta­tons, en alig­nant les noms – anciens et nou­veaux – des joueurs qui se sont illus­trés depuis la mi-août que le tal­ent n’a pas d’âge : Imanol Hari­nor­do­quy, Matt Giteau, Arnaud Méla, Aurélien Rougerie et George Smith furent au-dessus du lot. Con­fir­ma­tion équili­brée par l’apparition au plus haut niveau d’Ollivon, McLeod, Rati­ni, Masile­vu, Dan­ty, Alo­fa, Bernard, Vui­davuwalu et celle, très récente mais explo­sive, de Zhva­nia
On ajoutera à cette liste Sped­ding, Sli­mani, Ato­nio, Jen­nek­er et Wis­niews­ki qui con­fir­ment sur la dis­tance le bien qu’on pen­sait d’eux. Ce qui nous donne une équipe type de la phase aller par­ti­c­ulière­ment mon­di­al­isée : Sped­ding – Rati­ni, Rougerie, Dan­ty, Masile­vu – (o) Giteau, (m) McLeod – Hari­nor­do­quy, Ollivon, G. Smith – Méla, Marais – Ato­nio, Jen­nek­er, Zhva­nia. On notera que l’intérêt du Top 14 n’est pas à l’avantage du XV de France mais ça, on le sait depuis 1998 et l’avènement près de chez nous du rug­by pro. 
Dernier point, vous l’avez sug­géré et je le reprends de volée, mon souhait qui est aus­si le vôtre de per­me­t­tre à ce blog de garder hau­teur de point de vue, mise à dis­tance, humour, humeur, recul et pro­fondeur de ton en deman­dant à cha­cun et cha­cune de ne pas rester anonyme, tel un twit­teur «Cor­beau 2.0», et de se présen­ter, au mieux via l’adresse mail, tel qu’il est. Et de ne pas répon­dre aux provo­ca­tions épis­to­laires… C’est notre réso­lu­tion «retour». D’ici là, Joyeux Noël.

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Vingt ans après

C’est bon d’avoir vingt ans. Le bel âge. En 1994, Mont­pel­li­er traçait son chemin vers l’élite de façon très «british», en préser­vant ce qu’il était pos­si­ble de définir comme un style de vie. Aujourd’hui, après une poignée de défaites, six pour être exact, série en cours depuis la blessure de son ouvreur inter­na­tion­al François Trinh-Duc, le club héraultais ali­mente la chronique d’une crise qui dure. Dur, dur…
Aujourd’hui, on par­le «d’étranger» pour nuancer (?) la nation­al­ité hors souche d’une recrue. Il y a vingt ans, on évo­quait avec poésie un pack esperan­to. A l’heure de la troisième mi-temps dans le club-house qui fai­sait face au stade Sabathé, «Ici, c’est l’Europe !», riait le pili­er Jean-Jacques Sauvet­erre en se tour­nant vers ses coéquip­iers, Boudaoui, pili­er fils de har­ki, Ivos­ki le Russe, Chen­ery l’Anglais, Mandic le Croate…
Il y a vingt ans, Mont­pel­li­er, qui pas­sait du Groupe B au Groupe A, ne comp­tait pas sur des stars pour exis­ter. Les joueurs un peu con­nus du grand pub­lic, et encore, s’appelaient Can­ces, Sauvet­erre et Gros­per­rin. Autour d’André Quilis, doc­teur es-rug­by (le pre­mier en France), un trio de jeunes édu­ca­teurs – Pas­cal Man­cu­so, Jean Cazaute et Jeff Escan­de – venait de pren­dre le relais.
L’élite ! Mont­pel­li­er en rêvait déjà en 1994. En être ou pas, telle était sa ques­tion… Le prési­dent de l’époque, Daniel Dona­dio, y répondait en ces ter­mes : «Ce n’est pas chez nous qu’il faut venir chercher les gross­es primes de match.» Mont­pel­li­er, métro­pole du sud, mis­ait sur sa sur­face économique : «La grande ville, c’est la pas­sion, la for­ma­tion et la réflex­ion. Si nous sommes qual­i­fiés dans le Top 16, ça voudra dire que nous avons don­né une réponse con­struc­tive aux ques­tions posées par l’évolution de cette dis­ci­pline.»
L’année suiv­ante, le rug­by deve­nait pro­fes­sion­nel. L’Europe des frères du pack dont par­lait Sauvet­erre est aujourd’hui une autre réal­ité que celle qu’il imag­i­nait il y a vingt ans. C’est une Coupe. Et cette com­péti­tion pro­pose ven­dre­di le déplace­ment de Mont­pel­li­er à Bath, suivi de la récep­tion de Toulouse, le 20 décem­bre, à l’Altrad Sta­di­um, en Top 14. Voilà Mont­pel­li­er là où il rêvait d’être. Mais à quel prix ? Qu’a ven­du ce club pour y par­venir ? Que va-t-il per­dre en con­tin­u­ant de s’incliner ?
Autant de ques­tions qui font écho aux insultes pronon­cées à Welford Road en con­férence de presse, l’autre dimanche, par un joueur à l’encontre de son ancien club (L’Italien de Toulon Cas­tro­gio­van­ni, à Leices­ter). Y aurait-il donc quelque chose de pour­ri au roy­aume d’Ovalie ? Ce n’est pas oblig­a­toire­ment nou­veau. Il y a vingt ans, presque jour pour jour, Jacques Fouroux démis­sion­nait de la FFR pour franchir le Rubi­con (France Rug­by League, puis PSG XIII), expéri­ence treiziste de très courte durée, après avoir insulté Didi­er Codor­niou lors de la Coupe du monde 1987 – c’était du quinze – et là aus­si en con­férence de presse.
En fait, à tra­vers ce texte, et pour avoir regardé de loin l’actualité ovale pen­dant deux semaines, si ce n’est dans ses grandes lignes (la plu­part du temps des lignes de résul­tats secs) je m’interroge. Que sera le rug­by dans vingt ans si l’on con­sid­ère la vitesse à laque­lle il : 1) évolue, 2) bouge, 3) avance, 4) se trans­forme, 5) mute… ? – 6) se four­voie ; 7) dégénère ; 8) se décom­pose…, ajoute Lionel, inter­naute.
Pour finir sur une bonne note, le salon du livre de La Rochelle, le week-end dernier, m’a per­mis de met­tre un vis­age sur un habitué de ce blog, Bernard «Landais», lequel est aus­si un grand lecteur «clas­sique», c’est-à-dire papi­er et ouvrages brochés, dou­blé d’un homme affa­ble et souri­ant, ce qui pou­vait s’envisager à la lec­ture des com­men­taires qu’il postait ici. Tout ça pour dire que je sens poindre chez d’autres – pas tous, heureuse­ment – la mal­adie du sup­por­t­eur, c’est-à-dire l’aveuglement. A ceux-là je con­seille la lec­ture de José Sara­m­a­go. Ou bien, vers d’autre sites mieux adap­tés, le départ volon­taire.

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Coeur de cible

Je ne sais pas ce que fait le staff tri­col­ore pen­dant ses heures creuses mais Daniel Hour­cade, le coach argentin, s’est ren­du en Aus­tralie en avril dernier, à Syd­ney plus pré­cisé­ment, assis­ter aux entraîne­ments de Michael Chei­ka, alors patron de la fran­chise aus­trali­enne des Waratahs et pas encore entraîneur des Wal­la­bies. Il ne s’était pas trompé de des­ti­na­tion. Les Pumas savent cibler. Au sor­tir du Four Nations, ils ne pen­saient qu’au 22 novem­bre, se dés­in­téres­sant de leurs voy­ages en Ecosse et en Ital­ie. Ils ciblent même plus haut, plus loin : Juan Imhoff, l’un des meilleurs Argentins, pré­cise que pour la pre­mière fois, les Pumas dis­put­eront la Coupe du monde 2015 avec l’intention de la gag­n­er, pas seule­ment de bien y fig­ur­er. Ça promet, dans onze mois, quand il s’agira de les affron­ter en quart de finale.
L’Argentine ne dis­pose pas de gros revenus, hors ceux qu’elle récupère via la SANZAR, l’organisme qui gère le Four Nations. En 2016, elle dis­put­era le Super Rug­by et obtien­dra davan­tage de sub­sides. Elle aura surtout com­posé un squad de quar­ante joueurs qui dis­put­era les deux com­péti­tions phares de l’hémisphère sud. L’Argentine entr­era alors dans la cour des très grands et ne tardera pas à devenir l’égal de l’Australie. Les stars argen­tines n’apparaitront plus en Pre­mier­ship et en Top 14 ; ou alors en fin de car­rière, pour gar­nir leurs comptes en banque.
Depuis 2008, en lançant une sélec­tion Espoirs – les Pam­pas – dans le cham­pi­onnat sud-africain, com­péti­tion rem­portée par ces Argentins en 2011, puis en relançant les Jaguars (véri­ta­ble équipe nationale bis) dans les tournois nationaux sud-améri­cains, la fédéra­tion argen­tine développe sa fil­ière. Daniel Hour­cade, le coach des Pumas, en est la plus belle expres­sion : il a coaché toutes les équipes nationales, les unes après les autres. Imhoff, lui aus­si pro­duit nation­al raf­finé, con­firme : «Ce proces­sus nous per­met de pro­gress­er dans le jeu. » Au point de don­ner une leçon de con­ser­va­tion, de réal­isme et d’allant au XV de France, same­di dernier, au moins pen­dant les trente pre­mières min­utes.
Quand Philippe Saint-André et son staff sont fiers, heureux et ravis de lancer une dizaine de nou­veaux vis­ages (dont Chioc­ci, Ollivon, Cama­ra, Kock­ott, Bernard, Dumoulin, Thomas) dans le groupe France à l’occasion des tests de novem­bre, les Argentins font con­fi­ance, eux, depuis deux saisons, à une nou­velle généra­tion de gamins passés par les moins de vingt ans, les Pam­pas et les Jaguars, cer­tains déjà dur­cis par le Four Nations. Rap­pelez-vous de leurs noms : Lucas Noguera (pili­er), San­ti­a­go Igle­sias Valdez (talon­neur), Tomas Lavani­ni (deux­ième-ligne), Gui­do Pet­ti (deux­ième-ligne), Lucas Ponce (deux­ième-ligne), Facun­do Isa (troisième-ligne), Tomas Lezana (troisième-ligne), Javier Desio (troisième-ligne), San­ti­a­go Gon­za­lez-Igle­sias (demi d’ouverture), Jeron­i­mo de la Fuente (trois-quarts cen­tre), Matias Moroni (trois-quarts cen­tre) et San­ti­a­go Cordero (aili­er). Sans oubli­er l’arrière Joaquin Tuculet, qui d’ailleurs cherche un club pour pass­er l’hiver… Ceux-là, vous risquez d’en enten­dre repar­ler d’ici le mois d’octobre 2015.
Pour ma part, je quitte un temps le bureau mais garderai un œil sur ce Côté Ouvert avant de voguer la semaine prochaine vers l’Atlantique. Ceux qui le souhait­ent me retrou­veront au Salon du Livre de La Rochelle, du ven­dre­di 5 au dimanche 7 décem­bre. Il y sera ques­tion, en ciblant le Tournoi 2015, d’un ouvrage inti­t­ulé «France-Angleterre, cent ans de guerre ovale» aux édi­tions Glé­nat écrit, entre autres auteurs (Nemer Habib, Sophie Sur­rul­lo), avec un inter­naute, Antoine Aymond, habitué de ce blog. Comme quoi tous les chemins emprun­tés sur le web mènent finale­ment à la reli­ure.

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Et de trois ?

Avec deux vic­toires d’affilée, face aux Fid­jiens et aux Aus­traliens, il ne faudrait pas s’imaginer que le XV de France a réin­ven­té le rug­by, ou à défaut qu’il l’a con­sid­érable­ment amélioré. Reste que cette équipe n’était pas pour autant la plus mau­vaise de l’histoire parce qu’elle avait pris deux décu­lot­tées, en Nou­velle-Zélande (juin 2013) et en Aus­tralie (juin 2014).
Hors des scores il s’agit de s’intéresser aux con­tenus pour con­stater qu’il reste encore à cette équipe de France pas mal de chemin à par­courir pour attein­dre le haut niveau inter­na­tion­al et que deux suc­cès n’offrent pas autant de points d’appuis qu’on pour­rait l’imaginer. A ce titre, les deux défaites con­cédées par les Anglais à Twick­en­ham, face à la Nou­velle-Zélande et à l’Afrique du sud, por­tent cer­taine­ment autant d’espoir que celles qui plom­bèrent le bilan tri­col­ore.
Comme les Anglais, les Tri­col­ores se sont inclinés par deux fois en novem­bre 2013 et d’une courte marge face aux All Blacks et au Spring­boks. Mais de ce côté-ci de la Manche, les obser­va­teurs s’étaient mis à évo­quer «la série noire» et «la fatal­ité», PSA y allant de son «ves­ti­aire triste» au lieu d’y puis­er un peu d’optimisme.
Same­di soir, je vous en donne mon prochain bil­let, la France ira arracher son troisième suc­cès d’affilée à la force de son pack, en mar­tyrisant les avants argentins sur leurs points forts, à savoir dans les rucks féro­ces, les bal­lons portés et les pick-and-go têtes bais­sées ; et le banc des rem­plaçants bleus apportera, comme face aux Fid­jiens et aux Aus­traliens, un sup­plé­ment de puis­sance.
Sym­bole de ce renou­veau, le sourire est sur le vis­age de Ted­dy Thomas, nou­velle tête de gon­do­le tri­col­ore ; le néo-Fran­cilien a tout de la star incon­tourn­able qui lancera la prochaine Coupe du monde. Et c’est une chance pour le XV de France que d’aligner un joueur issu de la fil­ière bleue, auprès duquel les jeunes généra­tions pour­ront s’identifier jusqu’en octo­bre prochain.
Il faut dire qu’après Thomas Cas­taignède en 1999, Frédéric Micha­lak en 2003 et Sébastien Cha­bal en 2007, le XV de France n’avait pas hissé grand monde en haut de l’affiche. C’est désor­mais chose faite avec le jeune aili­er dread­locké du Rac­ing-Métro, qua­tre essais en deux match­es…
On imag­ine bien Serge Blan­co savour­er ces deux suc­cès. On lui doit l’apport de joueurs qui n’étaient pas dans la liste des trente con­ven­tion­né, l’engouement retrou­vé autour de ce XV de France, la mal­ice au coin de l’œil de Philippe Saint-André qu’on a revu comme on l’a tou­jours con­nu, gogue­nard, décon­trac­té, souri­ant, dis­ert.
Restons lucides, same­di soir, la France pou­vait tout aus­si bien per­dre à la dernière minute face aux Wal­la­bies. Pis, en deux­ième péri­ode, con­sid­érant la fréquence avec laque­lle il infligeait des pénal­ités aux Français dès qu’ils s’approchaient de l’en-but aussie, tout lais­sait croire que M. Owens sif­flerait une faute sous les poteaux au plus fort de la dom­i­na­tion aus­trali­enne, nous lais­sant méditer sur un match nul du plus mau­vais effet.
Sur les con­tenus bleus, qu’est-ce que cela aurait changé ? Au Stade de France, cha­cun a retenu son souf­fle et j’imagine que vous aus­si, sur votre siège. Je me voy­ais mal expli­quer l’inexplicable, rati­ocin­er avec des sta­tis­tiques pour trou­ver de quoi espér­er dans l’échec, écouter les excus­es des joueurs pour n’avoir pas su tenir le score, les regrets du staff évo­quant la faute à pas de chance, sans par­ler de cette vic­toire pour laque­lle il y avait de la place…
Heureuse­ment pour ce XV de France qu’on attend légère­ment mod­i­fié dans sa com­po­si­tion, l’Argentine ne se présente pas same­di soir avec l’éclat dont elle a fait preuve dans le Four Nations. Cela dit, il vaut mieux la pren­dre au rug­by plutôt qu’au foot­ball, même si les coéquip­iers de Thier­ry Dusautoir s’y pré­par­ent (cf pho­to)… Depuis 2003, les Pumas ont tou­jours été des adver­saires pénibles et rugueux ; D’autant plus qu’ils se sont vis­i­ble­ment préservés en vue  de Saint-Denis. Qui sera aus­si un test pour Saint-André.

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Horizon(s)

Il arrive par­fois que les cen­tres d’intérêt s’entrechoquent, que les infor­ma­tions se téle­scopent. Et c’est comme si les pôles, nord et sud, entraient en con­tact. Au nord, le CNR et l’équipe de France ; au sud le Top 14 son club phare et la promesse d’une irrup­tion, l’annonce du réveil d’un vol­can qu’on croy­ait éteint.
Same­di dernier, le choc des buzz fut vrai­ment tel­lurique. D’un côté l’annonce très médi­atisée de la venue – 1) prob­a­ble, 2) pos­si­ble, 3) assurée, 4) con­fir­mée, 5) éventuelle, 6) envis­age­able (cochez la case qui vous con­vient) – de Ma’a Nonu à Toulon la sai­son prochaine ; de l’autre la révéla­tion face aux Fid­ji des pouss­es bleues, le jeune Ted­dy Thomas et le moins jeune Alexan­dre Dumoulin.
Tout le rug­by français, ses lim­ites, ses dilemmes, ses con­tra­dic­tions, ses impérat­ifs économiques mais aus­si sa force, son his­toire, ses ressources et sa réus­site s’est retrou­vé com­pacté dans ce dou­ble événe­ment : la sig­na­ture (qui n’est pas encore actée) d’une star néo-zélandaise en fin de car­rière pour rejoin­dre le Top 14 et l’avènement de purs pro­duits bio cul­tivés dans la mai­son Mar­cous­sis.
Sor­tir l’information, à savoir la présen­ter, ne suf­fit plus aujourd’hui : il faut l’enrober, ménag­er l’effet, quitte à pren­dre un peu d’avance sur la réal­ité. Car sans le buzz médi­a­tique point de salut. En ce qui con­cerne Ma’a Nonu, le moins qu’on puisse dire c’est que l’effet obtenu est par­ti­c­ulière­ment réus­si. Pour un joueur qui n’a pas encore mis les pieds sur la rade, c’est comme s’il allait jouer dimanche à May­ol.
En revanche, con­cer­nant le cas d’Alexandre Dumoulin et de Ted­dy Thomas, pour savoir qu’ils étaient issus de la fil­ière bleue, pro­mo­tion Albert Fer­rasse pour le pre­mier et René Dele­place pour le sec­ond, il a fal­lu atten­dre et chercher un peu. Pour­tant, à l’heure où le débat sur la sélec­tion des étrangers (Ato­nio, Kock­ott, Sped­ding) sec­oue les réseaux soci­aux, il aurait été judi­cieux, du côté de Mar­cous­sis, d’envoyer ne serait-ce qu’un tout petit tweet dès la fin du match.
Vous apprécierez l’œcuménisme dont fait preuve la FFR au moment de nom­mer les pro­mo­tions. Fer­rasse et Dele­place, là aus­si deux pôles antag­o­nistes. Don Cor­leone avait fait d’Agen le Lit­tle Italy d’Ovalie quand la tête dans les étoiles, l’inconnu du Nord inven­tait le rug­by de mou­ve­ment. L’un rad­i­cal de souche l’autre com­mu­niste par con­vic­tion. Qui finirent par se retrou­ver Cité d’Antin à l’initiative de Pierre Villepreux à la fin des années 90.
Yacou­ba Cama­ra et Bap­tiste Serin se retrou­veront sans doute en Bleu coq à l’horizon 2019 pour inté­gr­er le XV de France, pro­mo­tion Benoît Dau­ga, soit 2012/2013. Avant le Mon­di­al enrichi prévu au Japon, le talon­neur Romain Ruf­fe­nach (Biar­ritz), les ouvreurs Vin­cent Mal­let (Stade Français) et François Bou­vi­er (Toulouse), le cen­tre Eti­enne Dus­sartre (Rac­ing-Métro) et les troisièmes-lignes François Cros (Toulouse) et Tan­guy Mol­card (Biar­ritz) ne seront sans doute pas, eux eux, très loin du compte.
Entre-temps, les clubs – enfin pas tous, quand même – d’un Top 14 dif­fusé con­join­te­ment par BeIN Sports, Canal Plus et Eurosport, jonglant avec leur salary cap de dix mil­lions d’euros, auront tout fait pour récupér­er Daniel Carter, Richie McCaw, Tony Wood­cock et Ben Smith, Jean De Vil­liers, Schalk Burg­er et Tendai Mtawari­ra, Char­lie Fau­muina et Con­rad Smith, Quade Coop­er et Will Genia, sans oubli­er de se lamenter au sujet du tarif trop élevé des deux Israël : Dagg et Folau.

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Du doigté

La vie est tout sauf un long fleuve tran­quille : same­di c’est Fid­ji. Un pre­mier test de novem­bre qui aurait la saveur d’une entrée exo­tique et légère ? Pas si sûr. En remon­tant jusqu’à fin févri­er, et au vu des derniers résul­tats – affligeants – du XV de France (qua­tre défaites d’affilée con­tre l’Irlande et l’Australie (3), un suc­cès riquiqui en Ecosse et une claque à Cardiff), il n’y a vrai­ment pas de quoi vers­er dans l’optimisme.
Sans aller jusque-là, il fut un temps, pas si loin­tain, où les Fid­jiens en vis­ite à Saint-Eti­enne encais­saient douze essais et réglaient l’addition : soix­ante-dix-sept points. En novem­bre 2001, le XV de France alig­nait Domini­ci, Galth­ié, Magne, Bet­sen et Ibanez au coup d’envoi, De Vil­liers et Marsh aus­si – un sudaf et un kiwi – sans que cela fasse débat comme aujourd’hui ; Rougerie, Micha­lak, Cha­bal et un cer­tain Yan­nick Bru avaient pris place sur le banc.
En 2003, à Bris­bane, ils en avaient pris soix­ante et un. Et trente-qua­tre à la Beau­joire, en 2010. L’empan se réduit, certes, mais au point que le XV de France se mette à crain­dre les Fid­jiens. Cela dit, en 1987, à l’occasion du quart de finale de la pre­mière Coupe du monde, les Tri­col­ores du cap­i­taine Dubro­ca avaient été aveuglés par la con­fi­ance qu’ils avaient dans leur pha­lange de fer (Ondarts, Garuet, Lorieux, Haget, Rodriguez, Champ, etc…). Et sans une mal­adresse du désor­mais fameux Koro­d­uad­ua lais­sant échap­per le bal­lon d’essai qu’il tenait nég­ligem­ment d’une main, le suc­cès, 31–16, aurait été moins évi­dent. Ce jour-là, Patrice Lag­is­quet avait pris quelques vents sur son aile et un cer­tain Serge Blan­co, désor­mais patron du comité de suivi du XV de France, se tenait à l’arrière.
Pour pré­par­er la sai­son qui s’ouvre, Bru, Lag­is­quet, Saint-André et Blan­co, de loin, certes, mais présent quand même, ont mod­i­fié l’approche stratégique avec doigté. «On a tra­vail­lé sur des lance­ments de jeu un peu plus fer­més que d’habitude,» pré­cise Patrice Lag­is­quet. Pour le coach des lignes arrière du XV de France, fer­mer les lance­ments de jeu con­siste à «lim­iter les options, installer des repères sim­ples et préétab­lis.»
On l’a bien saisi, le XV de France est en manque de con­fi­ance. On le serait à moins. Pour retrou­ver de l’élan et de l’allant, le staff a réduit le champ d’intervention. «La par­tic­i­pa­tion des quinze joueurs est orchestrée sur un, deux, trois voire qua­tre temps de jeu, qu’on appelle aus­si des phas­es,» note Lag­is­quet. Celles qui seront pro­posées aux Fid­jiens ne com­pren­dront que très «peu de vari­a­tions.»
Faut-il voir dans cette réduc­tion orchestrée une sim­pli­fi­ca­tion ? Annonce-t-elle un jeu en peau de cha­grin, déjà qu’il n’était pas bien épais ? D’après Lag­is­quet, au con­traire, plus les lance­ments seront courts et lim­ités, plus ils seront intens­es. Et c’est juste­ment cette inten­sité dans l’action qui fait défaut au XV de France. «C’est ce qui nous a la plus déçu en Aus­tralie, surtout lors du troisième test,» ajoute l’ancien aili­er inter­na­tion­al. Du coup, les joueurs eux-mêmes, qui se sont sen­tis englués dans une par­ti­tion trop épaisse, trop riche, trop dense, ont souhaité dégraiss­er le cahi­er des charges. «Il y a eu une volon­té de leur part de ne pas dépass­er trois temps de jeu sur les lance­ments, avec des sit­u­a­tions assez fer­mées au départ,» con­firme Lag­is­quet.
Dès le début de son man­dat, le staff tri­col­ore a eu l’ambition de pro­pos­er un jeu com­plexe dans lequel l’analyse des sit­u­a­tions en temps réel déter­mine les options, les mou­ve­ments, les enchaîne­ments ; dimen­sion stratégique que les joueurs n’ont pas pu ou su maîtris­er. Aujourd’hui, tout ce petit monde revient à des con­struc­tions plus assim­i­l­ables, plus facile­ment mémoris­ables.
Où suis-je util­isé ? A par­tir de quand ? Deux ques­tions aux­quelles les Tri­col­ores doivent répon­dre, same­di, d’entrée de match face aux Fid­ji, sous peine de tomber dans l’approximation, leur péché. «On n’a pas de soucis sur les repères de cir­cu­la­tion des joueurs, lâche Patrice Lag­is­quet, mais davan­tage sur les lance­ments de jeu.» Un jeu plus direct est à prévoir ce mois-ci. En espérant, pour repren­dre Lag­is­quet, «que les joueurs puis­sent dis­put­er ces phas­es de jeu avec davan­tage d’engagement physique, davan­tage de con­vic­tion.» Sera-ce suff­isant pour garder la main ?

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Sauce kiwi

Ça ne vous a pas échap­pé, plus on a de choix moins on s’intéresse. Nous com­men­cions à pren­dre goût à cette Coupe d’Europe newlook et revoilà le Top 14, au moment même où le XV de France relance ses ren­dez-vous de pré­pa­ra­tion par la case Orly. Le voilà l’instant hon­ni où le rug­by français mélange ses gen­res, truffe son agen­da de dates et de dou­blons, mange à tous les plats, et nous gave un peu, il faut l’avouer.
On sen­tait pouss­er Bor­deaux-Bègles, Greno­ble et le Stade Français vers le haut du tableau, ce qui con­sti­tu­ait à nos yeux assez d’intérêt pour suiv­re le Cham­pi­onnat, et puis tout s’est arrêté, comme ça, d’un coup, à la neu­vième journée, rem­placé par l’infâme brou­et du Chal­lenge Cup dont tout le monde de fiche éper­du­ment depuis que cette «petite» coupe d’Europe ne qual­i­fie pas pour la grande.
Alors on a enfourché la CC (pour Cham­pi­ons Cup). CC, c’est quand même bien moche pour une abrévi­a­tion. C’est vrai, quoi, avouez que ça a moins de gueule que «H‑Cup», sauf pour ceux qui aiment, comme moi, John­ny Rivers. Bref, nous sommes passés en Europe pour assis­ter à la décon­fi­ture de Mont­pel­li­er et de Cas­tres. Chute sur­prenante pour l’un, habituelle pour l’autre. Jusque là, rien de for­mi­da­ble.
 
Ce qui n’a pas changé, en revanche, et qui est agréable à suiv­re, c’est la mon­tée en puis­sance de Toulouse. Après avoir épinglé Toulon et Paris en Top 14, les coéquip­iers de Thier­ry Dusautoir se sont payés Mont­pel­li­er et Bath. Qua­tre vic­toires d’affilée, du jamais vu cette sai­son. Avec des pass­es, du jeu debout, des con­tres mor­tels, une con­quête retrou­vée.
 
Et c’est encore Toulouse qui sera à la pointe de l’épée, face à Lyon, en ré-ouver­ture du Top 14, ce same­di. Toulouse et son Hari­nor­do­quy en folie, meilleur joueur toutes com­péti­tions con­fon­dues. On pour­rait même y ajouter la tournée d’automne du XV de France si PSA avait eu la bonne idée d’élargir aux trente­naires son idée, pas si mau­vaise après tout, de sélec­tion­ner les hommes en forme…
 
C’est vrai qu’on regardera tout en même temps : le pre­mier bilan européen, la réini­tial­i­sa­tion du Top 14 et le lance­ment de la sai­son inter­na­tionale. En ce début de sai­son, on con­state qu’ils ne sont pas mau­vais les anciens, Imanol Hari­nor­do­quy, c’est noté, mais encore Aurélien Rougerie, Luc Ducal­con, Julien Bon­naire, Lionel Nal­let et Vin­cent Clerc…
 
Les All Blacks, tou­jours cités en exem­ple dès lors qu’il s’agit du jeu, ont une règle que suiv­ent scrupuleuse­ment les sélec­tion­neurs (même s’il y a quelques excep­tions, la dernière en date ce same­di 1er novem­bre à Chica­go, favec douze change­ments avant d’affronter les Etats-Unis, sur L’Equipe 21 en direct, à 21h) : en dehors des blessures, on ne change le tit­u­laire que lorsque son rem­plaçant, son suc­cesseur ou sa dou­blure est devenu – vrai­ment – meilleur que lui.
 
Alors je vous pose la ques­tion, ami(e)s de Côté Ouvert : après avoir vu des pouss­es et des espoirs démon­tr­er qu’ils n’avaient pas assez de moelle, à quoi ressem­blerait le XV de France, aujourd’hui, si le staff tri­col­ore, fort du souci d’aligner les hommes en forme, suiv­ait le pré­cepte kiwi avant d’affronter les Fid­ji, à Mar­seille… A ça ? Médard – Clerc, Rougerie, Fofana, Huget – (o) Beaux­is, (m) Machenaud – Bon­naire, Picamoles, Dusautoir – Nal­let, Papé – Mas, Kayser, Poux ?
 A lun­di, en direct d’Orly.

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Adopte un joueur

François Trinh-Duc, Mor­gan Par­ra et Sofi­ane Gui­toune sur le flanc, il est temps, ami(e)s de ce blog, d’aider le staff tri­col­ore à com­pos­er sa liste des trente pour le pre­mier test de novem­bre, celui du 8, au stade vélo­drome de Mar­seille. Pour affron­ter les Fid­jiens, je vous pro­pose de laiss­er les «con­ven­tion­nés» au repos. Ils jouent trop, leurs entraîneurs râlent et en plus ils se blessent, cf Wes­ley Fofana, au moment d’effectuer des tours de ter­rain.
Osons relancer ceux qui ont faim. Faim de bal­lon, de recon­nais­sance, de sélec­tion. Ceux qui seraient prêts à sac­ri­fi­er presque tout ce qu’ils ont de plus cher pour (re)disputer un test-match avec le mail­lot du XV de France sur le dos, quel que soit le numéro porté, d’ailleurs. Relançons les oubliés, sor­tons des tablettes ceux qui sont tombés aux oubli­ettes.
Car enfin quoi, on leur offre royale­ment une sélec­tion, voire deux dans un grand élan de générosité, et ensuite ils retour­nent dans l’oubli, rejoignent l’endroit d’où ils étaient par­tis, d’où ils avaient cru s’élancer vers des som­mets rêvés. Cette sélec­tion, ou deux, pèse d’un poids ter­ri­ble dans leur cur­ricu­lum vitae. Elle vaut qu’on se donne pour elle, mais ne vaut pas grand-chose en défini­tive.
Ils sont là, en rang ser­ré, alignés sur le site fédéral, comme des sol­dats sac­ri­fiés. Le Top 14 en regorge que ça fait mal au cœur. J’en ai comp­té trente-trois, sur leur croix qui atten­dent que les sélec­tion­neurs veuil­lent bien se sou­venir d’eux. Ils seraient prêts à mourir pour la cause, j’en suis cer­tain, si on leur en (re)donnait la pos­si­bil­ité. Juste une fois de plus, une seule, pour mon­tr­er qu’ils valent mieux qu’un éclat éphémère.
Ils ? Le Bourhis (26 ans, 1sélection), qui brille au cen­tre de l’UBB. Avec lui Thibault Lacroix (29, 2), David (26,4), Mazars (30, 2), Boussès (32,1) ou Mignar­di (27, 2). A l’arrière, Por­i­cal (29, 4), Peyras (30,1), Floch (31,3), Thiery (30,4) ou Palis­son (27, 21). Aux ailes, Arias (30,2), Plan­té (29,2), Coux (33,2) ou Malzieu (31,20).
A la charnière ? Beaux­is (28 ans, 20 sélec­tions) à l’ouverture, Tomas (29, 3) à la mêlée. Deux délais­sés désor­mais à matu­rité. En troisième-ligne ? A choisir par­mi Lakafia (25,3), Puri­cel­li (33, 4), Caballero (31,1), Mar­tin (35, 23), et Diar­ra (31, 1). En deux­ième-ligne ? Mil­lo-Chlus­ki (31,18), Jacquet (29, 4), Mela (34,4) et Sam­son (30, 5) sont là. Vous pou­vez compter sur eux, messieurs du comité de suivi, en cas de besoin.
Ils ne sont pas dans les trente «con­ven­tion­nés», ni dans les trente «sup­plé­men­taires», mais si la pre­mière ligne venait à s’absenter, Kotze (27,1), Watremez (25, 1), Noirot (33,1), Mach (28,3), Cor­reia (30, 1), Boy­oud (34,3), Bar­cel­la (30, 20), Brug­naut (32,2) et Attoub (33,4) répondraient présent, à n’en pas douter. C’est dire la richesse du rug­by français.
C’est la liste des «oubliés», la troisième liste, telle­ment bien cachée que per­son­ne ne sait plus où elle est passée. Cette liste, touchante, se lit avec les tripes. Pour cer­tains, elle fait mal car les cica­tri­ces ne sont pas toutes refer­mées. D’autres ont l’impression d’avoir été sac­ri­fiés trop jeunes, ou d’avoir été testés trop vieux. S’il y avait la pos­si­bil­ité de com­pos­er un XV de France du rachat quand les tit­u­laires du dernier Tournoi et ceux de la tournée cat­a­stro­phe de juin en Aus­tralie ont fail­li, je vous promets que je don­nerai cher pour.
Palis­son (Toulouse) – Plan­té (Rac­ing-Métro), Le Bourhis (Bor­deaux), David (Toulouse), Arias (Stade Français) – (o) Beaux­is (Bor­deaux), (m) Tomas (Stade Français) – Diar­ra (Cas­tres), Lakafia (Stade Français), Puri­cel­li (Lyon) – Mela (Brive), Jacquet (Cler­mont) – Attoub (Mont­pel­li­er), Mach (Cas­tres), Brug­naut (Rac­ing-Métro). Avec cette équipe-là, on pour­rait relancer les Prob­a­bles-Pos­si­bles des années Fer­rasse, quand le XV de France des assurés se colti­nait une sélec­tion d’enragés qui cher­chaient à se faire remar­quer.
C’est ain­si qu’en 1968, à Greno­ble, les Tri­col­ores de Chris­t­ian Car­rère en route vers un Grand Chelem s’étaient fait dépecés par des Alpins cori­aces, les frères Cam­ber­abero (La Voulte), Greffe (Greno­ble), Noble (La Voulte) et Yachvili (Tulle) gag­nant leur place pour Colombes puis Cardiff, Lacaze (Angoulême), Bonal (Toulouse), Plante­fol (Agen) et Lasserre (Ange) prof­i­tant de la défaite du XV de France dans ce match de gala en marge des Jeux Olympiques pour embar­quer eux aus­si dans le train bleu.
On peut tou­jours rêver et l’heure n’est pas au match sup­plé­men­taire. Mais un petit tournoi tri­an­gu­laire à Mar­cous­sis entre con­ven­tion­nés, sup­plé­men­taires et oubliés ne serait pas piqué des han­netons. On ne garderait alors que les valides pour affron­ter, le bal­lon entre les dents, Fid­jiens, Argentins et Aus­traliens. A une cer­taine époque, les Néo-Zélandais raf­fo­laient de ces ren­con­tres. Elles étaient télévisées, atti­raient tout ce que le pays comp­tait de con­nais­seurs, c’est-à-dire les trois mil­lions d’habitants. C’est d’ailleurs à l’issue de l’une d’elle qu’un jeune mon­stre culbu­ta la gloire des All Blacks, John Kir­wan, et gag­nant sa place dans le squad. C’était en 1994. Il s’appelait Jon­ah Lomu.
[Pour cause de vacance(s), le prochain blog sera disponible ven­dre­di 31 octo­bre]

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Je vote Giteau

Tous les hommes sont égaux mais il y a des joueurs qui sont plus égaux que d’autres. C’est le cas de Matt Giteau. Présen­tez-moi tous les ouvreurs du Cham­pi­onnat, pas un ne pos­sède ce qui con­stitue l’Australien, à savoir le génie. Tal­ent, dons et qual­ités se parta­gent plutôt bien entre Bernard, Trinh-Duc, Flood, James, Plis­son, Goosen, Lopez, Talès, Sex­ton, Wis­niews­ki, Stew­art, Urdapil­leta et McAl­is­ter, liste non-exhaus­tive, mais le dix du RCT évolue dans une autre sphère.
Gamin, le dimanche matin, je me fai­sais l’effet d’un can­cre sur le ter­rain. L’après-midi, une fois instal­lé dans la tri­bune de Mar­cel-Deflan­dre, tout m’apparaissait limpi­de. Villepreux, Guy Cam­ber­abero, Tril­lo, Can­toni, Aguirre, Astre, Gour­don, Gal­lion : j’ai eu le priv­ilège, à La Rochelle, d’admirer de visu un cer­tain nom­bre de grands joueurs. Mais per­son­ne comme Jo Maso. A l’instar de Giteau, Maso était pro­tée, capa­ble d’évoluer der­rière à tous les postes, y com­pris aili­er. Ce jour d’octobre 1973 – j’avais tout juste qua­torze ans – face au Stade Rochelais, dans le soleil finis­sant, je me sou­viens des bal­lons qu’il toucha et surtout comme il fit jouer autour de lui. Sans jamais don­ner l’impression de forcer ; si ce n’est la défense.
Ven­dre­di soir, à Oyon­nax, j’ai retrou­vé cette grâce quand Matt Giteau est apparu. Une passe au pied : essai ; un ren­verse­ment, une passe retenue puis ten­due : essai ! Au bout, la vic­toire de Toulon. Oyon­nax pou­vait lut­ter, suer, s’arc-bouter, rien n’y fai­sait : Giteau en pas­sant impo­sait son tal­ent, sa mar­que, son sceau. Ce n’était pas seule­ment effi­cace, c’était beau. Parce que tout était juste, pré­cis, presque par­fait dans le dépouille­ment. Dans le bon tem­po.
Pas besoin de cass­er les défens­es, de les per­cuter. Giteau pèse comme pèse un kilo de plumes, mais les plumes, c’est quand même plus léger que le plomb. Il pèse dans le jeu et c’est sans aucun doute ce qui fait pli­er un adver­saire plus sûre­ment qu’une obscure série de «pick and go». Giteau joue à bal­lon vole et par un agréable retour des choses redonne au rug­by une légèreté dans son pro­pos.
Entre Maso et Giteau, se situe Didi­er Codor­niou. Petit gabar­it, doigts de pianiste, appuis de danseur étoile, vista, regard précé­dant la passe, maîtrise du moin­dre inter­valle, créa­tion d’espace. Codor­niou était fort pour les autres. Per­son­ne n’a oublié sa mer­veille de passe pour Denis Charvet, lors de la finale 1989 entre Toulouse et Toulon. Le grand pub­lic n’a eu d’yeux que pour la tra­ver­sée de Charvet, soix­ante-dix mètres de chevauchée soli­taire ; les con­nais­seurs ont appré­cié le coup de pat­te de Codor.
Lun­di soir, la LNR organ­i­sait la Nuit du Rug­by au Palais Brong­niart. A la bourse des joueurs, Toulon, leader du CAC 14, s’est tail­lé la meilleure part : Stef­fon Armitage, Jon­ny Wilkin­son et Matt Giteau étaient nom­més, caté­gorie meilleur joueur. Il s’agissait de récom­penser les héros de la sai­son passée. Jon­ny héri­ta du Trophée d’Honneur. Mais le meilleur don­neur de bal­lons, le meilleur passeur, est à mes yeux, vous l’avez com­pris, Matt l’Aussie.
Giteau, davan­tage qu’un passeur, est un trans­met­teur. Il fait pass­er. Quoi donc ? Un courant, un mes­sage, et sou­vent un fris­son dans les travées. Il trans­met ce qu’Antoine Blondin appelait le «mot de passe», ce code qui vient à bout de la défense en reliant les parte­naires. Détaché de toutes con­tin­gences, regardez comme il délie le jeu en délivrant son bal­lon. Tout s’ouvre quand il est tit­u­lar­isé à l’ouverture. Avec lui, le rug­by rede­vient ce qu’on aime, à savoir un jeu.
Comme Maso et Codor­niou, Giteau racon­te qu’il est pos­si­ble d’exister sur un ter­rain sans peser cent kilos, que le rug­by d’aujourd’hui est aus­si ludique que le rug­by d’hier, qu’il n’est pas besoin d’entrer en col­li­sion plein fer, que les sta­tis­tiques ne sont rien sans un brin de folie. A la façon de Paul Fort, il nous rap­pelle que le bon­heur est dans le pré et qu’il faut vite y courir.
J’aimerais bien savoir qui fut, ami(e)s de ce Côté Ouvert, votre bon génie ? Celui des joueurs de votre enfance qui vous a don­né envie de jouer au rug­by ? Moi, c’était Jo Maso et son col relevé, ses pass­es dosées, sa course flu­ide, regard droit, détaché. Aujourd’hui, j’imagine que pour un gamin à qui on a demandé de porter un casque pour absorber les fra­cas, Matt Giteau est une source d’inspiration.
Ce joueur est un poème. Qui n’a pas imag­iné trac­er une action par le trait d’une passe de toutes les couleurs ? Regarder Giteau et se pren­dre à rêver. On scrutera son génie avec la palette, mais ver­ra-t-on qu’il est habité par un fou-rire ? Il dit oui à ce qu’il aime, efface les pièges et, pour para­phras­er Jacques Prévert, des­sine au tableau noir. Il craie.

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L’axe du mieux

Ne vous y trompez pas, à Mar­cous­sis, jusqu’à mer­cre­di, il n’y aura pas que des exer­ci­ces sans bal­lon, des entre­tiens indi­vidu­els, des tests physiques et des éval­u­a­tions phys­i­ologiques. Durant ce stage de pré­pa­ra­tion aux match­es de novem­bre, PSA, Bru et Lag­is­quet cherchent aus­si à voir com­ment ils peu­vent assoir un axe cen­tral, cette fameuse artic­u­la­tion qui pense, con­stru­it et ani­me le jeu.
Vous l’avez noté, et par­fois mieux que moi : depuis trois saisons, le Quinze de France est en déficit de jeu. Et qui en a la charge, du jeu ? Le trio 8–9‑10, tier­cé gag­nant dans le désor­dre et dans l’ordre, tri­umvi­rat qui décide, triplette de belle vie, troï­ka pour les soirs de grand froid comme ceux qui s’avancent en novem­bre à l’heure du prime-time, soit juste au-dessus de zéro.
Louis Picamoles et Antonie Claassen ont eu leurs chances en bleu, le pre­mier en puis­sance ne sait pas faire briller autour de lui, le sec­ond plus délié manque de den­sité. Charles Ollivon, pro­fil à la Imanol, est encore un peu ten­dre. Du coup s’impose Damien Chouly. Lancé à Brive, décou­vert à Per­pig­nan, ce troisième-ligne cen­tre est aujourd’hui cap­i­taine à Cler­mont – un signe qui ne trompe pas. Il évolue et fait avancer une équipe intel­li­gente, joueuse, équili­brée, depuis trois journées en tête du Cham­pi­onnat.
Qui occu­pera le poste de demi de mêlée ? Ils sont au moins qua­tre : Maxime Machenaud et Mor­gan Par­ra ont longtemps eu les faveurs des sélec­tion­neurs. Ils ont déçu. Arrivent Sébastien Tillous-Bor­de et Rory Kock­ott, deux casseurs de défense, deux costauds. L’un qui aime se met­tre au ser­vice de l’équipe et de son ouvreur, ce qui est assez facile quand il s’agit de Jon­ny Wilkin­son, Matt Giteau ou Fred Micha­lak. L’autre aime met­tre ses qual­ités en avant et ouvrir les sil­lages. Ils sont à Mar­cous­sis, en début de semaine, pour juste­ment s’étalonner. PSA, Bru et Lag­is­quet, sans oubli­er Blan­co, vont les regarder vivre au milieu de leurs coéquip­iers et il serait éton­nant qu’ils ne se retrou­vent pas en bleu dans un peu plus d’un mois.
Reste à trou­ver l’ouverture. Là, avec le retour en grâce de François Trinh-Duc, l’absence notable et notée de Jules Plis­son (présen­té pour­tant lors du Tournoi dernier comme la huitième mer­veille et déclassé après le court et triste suc­cès en Ecosse), sans oubli­er la blessure longue durée de Frédéric Micha­lak, les cartes sont rebattues. Un an après sa dernière appari­tion en bleu (c’était face aux All Blacks, un 9 novem­bre), une nou­velle chance sera don­née à Camille Lopez, revenu à son meilleur niveau.
Dans sa car­rière, riche de 49 sélec­tions, François Trinh-Duc a eu l’immense avan­tage d’être le chou­chou de Marc Lièvre­mont, qui l’a main­tenu à la barre du XV de France con­tre vents et marées, bévues et con­tre-per­for­mances pen­dant presque qua­tre saisons avant de le lâch­er dans les derniers instant de son man­dat. Aujourd’hui, il tape dans l’œil de Serge Blan­co qui appré­cie son allant, son tal­ent, son énergie créa­trice. Après avoir sur­mon­té pas mal de maux, et avant de savoir jusqu’où cette focale le plac­era, il aura son mot à dire à Mar­seille ou à Saint-Denis.
Qui paiera, en dix, les pots cassés en Aus­tralie sinon Rémi Talès, qui plus en dessous de la ligne de flot­tai­son avec Cas­tres, cette sai­son ? Les sélec­tion­neurs n’oseront pas align­er en équipe de France la charnière du club lanterne rouge du Top 14 au risque d’être la cible des détracteurs dont le nom­bre, déjà très élevé, ne man­quera pas de grossir encore plus en cas de défaite tou­jours pos­si­ble face aux Fid­jiens (ces nou­veaux magi­ciens de notre Cham­pi­onnat), à Mar­seille, le 8 novem­bre prochain.
Ne vous y trompez pas, pour le staff tech­nique tri­col­ore, l’enjeu de ses prochaines journées n’est pas de trou­ver un tri­an­gle arrière ou une pre­mière ligne, mais bien d’imaginer quelle asso­ci­a­tion de bien­fai­teurs va pou­voir ordon­ner le grand chantier en jachère depuis le 11 novem­bre 2012 et cette vic­toire grand for­mat, 33–6, face à des Aus­traliens jaune pâle. C’était il y a deux ans. Déjà.

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