Glissement de terrain

Il ne s’agit pas seule­ment d’additionner les Toulon­nais con­vo­qués par Philippe Saint-André et son staff au stage pré­para­toire, fin sep­tem­bre, de Mar­cous­sis. Certes, c’est le pre­mier réflexe et on monte à huit, désor­mais, après le for­fait de Yan­nick Nyan­ga : Xavier Chioc­ci, Alexan­dre Meni­ni, Guil­hem Guira­do, Romain Taofifen­ua, Vir­gile Bruni, Sébastien Tillous-Bor­de, Math­ieu Bastareaud et Maxime Mer­moz. Sept sur trente. Un quart du groupe France, à la louche.
C’est autant que de Cler­mon­tois et de Toulou­sains réu­nis ; c’est deux fois plus que de Mont­pel­liérains, de Parisiens, de Fran­ciliens et de Cas­trais. Le 21 sep­tem­bre, en suiv­ant les chiffres, Toulon est devenu l’épicentre du rug­by français. Et encore sans celui, il y a peu, que PSA con­sid­érait comme son chef d’orchestre ci-devant grand absent de la liste des trente de la con­ven­tion FFR-LNR, à savoir Frédéric Micha­lak, blessé.
Dans le groupe des super­visés par le comité de suivi émar­gent aus­si le talon­neur Jean-Charles Ori­oli et le deux­ième-ligne Joceli­no Suta. Dans celle des étrangers poten­tielle­ment sélec­tionnables fournie le 12 sep­tem­bre, Stef­fon Armitage et David Smith. Au total, comptez les treize. On pour­rait même pouss­er plus loins en sig­nalant que Fabi­en Bar­cel­la, Sébastien Bruno et Nico­las Durand, quelques sélec­tions, peu­vent dépan­ner au cas où, vrai­ment…
On rigole, mais pas tant que ça. Le sujet mérite con­sid­éra­tion puisqu’il ali­mente les con­ver­sa­tions et les unes. Enfin quoi, voilà un club qui cristallise beau­coup de cri­tiques – parce que son prési­dent recrute depuis 2006 et Tana Uma­ga des stars par paque­ts de six chaque sai­son – et se retrou­ve d’un coup d’un seul au cœur du dis­posi­tif tri­col­ore, vivi­er dans lequel puise le XV de France, source de renou­velle­ment et de con­cur­rence pour un effec­tif de con­ven­tion­nés qui menaçait, depuis la tournée cat­a­stro­phe de juin en Aus­tralie, de s’endormir.
Un glisse­ment de ter­rain s’est effec­tué, comme il s’en pro­duit régulière­ment depuis 1892. De Paris, l’épicentre du rug­by français a dérivé vers Bor­deaux puis vers Toulouse. Dans les années cinquante, il se situ­ait en Big­orre, à Lour­des plus exacte­ment. Dans les années 70 et 80, on le trou­vait en Langue­doc, sur l’axe Béziers-Nar­bonne. Puis ce fut le retour à Toulouse en 1985. Jusqu’à aujourd’hui.
Mais voilà, un seul trois-quarts de la ville rose dans le groupe des trente sta­giaires, en l’occurrence l’ailier Yoann Huget, c’est du jamais vu depuis l’avènement au cen­tre de Denis Charvet et d’Eric Bon­neval. De dis-je, c’est un séisme ! Les mal­adress­es, les mau­vais choix et la frilosité des attaquants toulou­sains ont fait, ces derniers temps, bouger les plaques ovales et, désor­mais, Toulon chevauche Toulouse.
Dou­bles cham­pi­ons d’Europe (2013, 2014), cham­pi­ons de France (2014) et deux fois final­istes depuis 2012, les Varois domi­nent. Et pas seule­ment avec leurs recrues étoilées. Une jeune garde pointe le nez. Sus­cep­ti­ble de rejoin­dre le XV de France. Aujourd’hui, Toulon pos­sède tout : l’effectif pléthorique de qual­ité, le pal­marès envié et rêvé, un pub­lic de feu à guichets fer­més, les appelés dans le groupe France. Qu’est-ce que le RCT peut envis­ager de mieux ?
Ah, si… Il lui reste à con­quérir le pou­voir poli­tique. De 1966 à 1990, il fut solide­ment plan­té à Agen et tenu par deux piliers, Albert Fer­rasse et Guy Bas­quet. Après un pas­sage à Tarbes (Bernard Lapas­set, 1991–2007), il est depuis six ans au Pays Basque (Pierre Camou, Serge Blan­co). Mais pour com­bi­en de temps, encore ?
On prête à Bernard Laporte l’envie de se porter can­di­dat à la prési­dence de la FFR. Cham­pi­on de France avec Bègles comme joueur (1991), entraîneur cham­pi­on de France avec le Stade Français (1998) et Toulon (2014), cham­pi­on d’Europe aus­si (2013 et 2014), sélec­tion­neur nation­al (2000–2007), secré­taire d’Etat aux Sports (2007–2009), Bernie le Dingue, avec ses casseroles et ses trophées, n’est pas si fou que ça. Sa carte de vis­ite impose le respect, ses sail­lies un peu moins. Lui le Tar­nais, fils de com­mu­nistes et ami de Sarkozy, fera-t-il pencher encore davan­tage l’ovale vers le Var ?
En atten­dant, n’en déplaise à ceux – et j’en ai fait par­tie, je l’avoue – qui regret­taient que le RCT et sa pha­lange dorée venue de l’hémisphère sud phago­cyte le Top 14, débous­sole le marché des trans­ferts et affole les comp­teurs bleus, Toulon tient désor­mais, cen­tre de for­ma­tion y com­pris, tous les atouts dans sa main. Il mène le jeu et c’est par­ti pour dur­er. Félix May­ol aurait rajouté : «un point, c’est tout !»

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A la limite

Le Stade Toulou­sain a per­du à trois repris­es, en ce début de sai­son. Comme l’an passé à pareille époque. Mais per­dre suc­ces­sive­ment trois fois ramène le club du prési­dent René Bous­ca­tel à l’ère ama­teur, dans ces années 70, celles des troisièmes mi-temps se ter­mi­nant au petit matin, des blagues de cara­bins et des débor­de­ments d’un cer­tain Guy Novès en bout d’aile.
Il y a un an et demi de cela, ici même, nous con­sta­tions la chute de la mai­son toulou­saine au détour d’une défaite à domi­cile face à Per­pig­nan. Ce blog était tout jeune mais l’impression ne datait pas de févri­er 2013, non, elle remon­tait bien plus en amont, en 2009, plus exacte­ment, au moment où Jean-Bap­tiste Elissalde, joueur pro­tée s’il en est, venait de pren­dre sa retraite de joueur.
Toulouse neu­vième après cinq journées, dix points au comp­teur, c’est un point de moins que la sai­son passée. Deux vic­toires et deux points de bonus, c’est mai­gre. Mais lais­sons de côté l’approche compt­able pour l’instant et évo­quons le jeu. Là aus­si, amer con­stat : référence absolue depuis 1985 en matière de mou­ve­ment, le Stade Toulou­sain a per­du sa superbe et sa par­tic­u­lar­ité pour n’avoir pas su se renou­vel­er.
De 2005 – année de créa­tion du Top 14 – à 2013, le club entraîné par Guy Novès émargeait, après cinq match­es, entre la pre­mière (deux fois) et la qua­trième place. Pour autant, son rug­by s’est dél­ité petit à petit depuis cinq saisons per­dant l’intelligence sit­u­a­tion­nelle – quel jar­gon alors que « vista », en cinq let­tres en dit autant – chère à Pierre Villepreux, l’art de la relance et le jeu dans les inter­valles qui étaient le label toulou­sain entre 1985 et 2009.
Certes, il y a eu des titres, trois entre 2010 et 2012, (j’en sais quelque chose puisque Guy Novès m’a dédié le titre européen con­quis face à Biar­ritz) et nom­breux sont les clubs qui auraient aimé rem­porter autant de trophées en si peu de temps. Mais il faut aus­si con­stater à quel point la con­cur­rence, mal pré­parée, frileuse, accep­tait l’hégémonie toulou­saine, envoy­ant aux Sept-Deniers puis à Ernest-Wal­lon des équipes bis, voire ter, telle­ment il était dif­fi­cile, voire impos­si­ble, de s’imposer en terre toulou­saine. Same­di, bat­tu devant son pub­lic par Cler­mont, Toulouse a défini­tive­ment exposé aux yeux de tous ses lim­ites.
Une mêlée qui tangue, un jeu de pass­es défail­lant, des com­bi­naisons éven­tées, un milieu de ter­rain (troisième-ligne cen­tre, demi de mêlée, ouvreur et pre­mier cen­tre) inca­pable de créer des espaces : cer­tains obser­va­teurs dis­ent que c’est con­jonc­turel, je pense pour ma part que c’est struc­turel. Pour n’avoir pas voulu ou pas pu voir la réal­ité en face, ce club naguère hors du lot est ren­tré dans le rang. Il se retrou­ve désor­mais à son point de départ, c’est-à-dire sans fond de jeu.
Il y a un an et demi, que n’ai-je lu sur ce blog pour avoir tancé le Stade Toulou­sain : « inven­teur de polémiques » (Car­ole), « jour­nal­iste peo­ple » (Guil­laume), « incom­préhen­sion de ce qu’est le rug­by mod­erne » (François), « chroniqueur de Voici » et « arti­cle nauséeux » (De Chanter­ac), « pathé­tique » (Fab­rice) ; et il y avait même un Richard B. qui m’enjoignait « à quit­ter ce méti­er », preuve que l’amour des couleurs peut pouss­er à tous les excès, y com­pris de lucid­ité.
Avec le recul, ces bourre-pifs dis­tribués à la volée ont don­né vie à ce blog. Parce qu’il a fal­lu argu­menter, ne pas s’en laiss­er compter, faire front et con­tin­uer à suiv­re son chemin, écrire que le Stade Toulou­sain per­dait ce qui avait fait son renom et son pal­marès, à savoir l’innovation, cette créa­tiv­ité que l’on retrou­ve désor­mais en regar­dant Bor­deaux et Greno­ble, cette rage de vain­cre qui tran­spire main­tenant à Oyon­nax et à Brive, cette lib­erté dans le jeu exprimée cette sai­son à La Rochelle et au Stade Français. Il existe le bonus défen­sif mais heureuse­ment pour le Stade Toulou­sain qu’il n’y pas de malus offen­sif, vu le jeu qu’il pro­pose.
Le choix d’un vocab­u­laire de foot­ball – milieu de ter­rain – pour évo­quer les créa­teurs remonte aux années 80 durant lesquelles Toulouse allait chang­er durable­ment la façon de jouer au rug­by et inspir­er tout le monde, d’Edimbourg à Christchurch, des tech­ni­ciens comme l’Ecossais John Ruther­ford et le All Black Wayne Smith se recom­man­dant de l’école Villepreux. Ain­si, l’axe 8–9‑10–12 (Cigagna-Lopez, Rouge-Thomas, Charvet) était le socle sur lequel s’agrégeait le mou­ve­ment.
A la fin du quatuor Sower­by-Elissalde-Micha­lak-Jauzion, le Stade Toulou­sain s’est mis à pol­luer sa par­ti­tion de fauss­es notes. Au début, quelques unes. A peine per­cep­ti­bles. Aujourd’hui, la cacoph­o­nie l’emporte. Les cof­fres à bal­lon pul­lu­lent, le con­tenu est con­ser­va­teur. Le bal­lon passe par le sol alors que la clé a tou­jours été de rester debout pour le pass­er. Same­di, face à Cler­mont, quand il s’est agi d’assurer le bonus défen­sif plutôt que d’aller chercher la vic­toire, beau­coup de sup­por­t­eurs toulou­sains – et j’y inclus les anciens joueurs et les anciens entraîneurs rouge et noir qui se sont bien gardés, depuis cinq saisons, de cri­ti­quer le jeu pra­tiqué par leur club de cœur par amour du mail­lot – ont été déçus, voire choqués.
Per­pig­nan, Agen et Biar­ritz, Nar­bonne et Béziers sont aujourd’hui en ProD2 pour n’avoir pas su anticiper la fin de leur cycle. Lour­des et Maza­met, phares des années 50, évolu­ent désor­mais en Fédérale. La roue tourne. Toulouse n’est pas encore en dan­ger, pas comme l’est Cas­tres, par exem­ple, mais cette neu­vième place doit être le sig­nal d’une recon­quête au mieux, d’un change­ment rad­i­cal au pire ; change­ment de ton, de dis­cours, d’hommes, d’approche, de philoso­phie de vie et de rug­by.
La six­ième journée sera peu amène. Toulouse se déplace au Rac­ing-Métro, seul gros, cette sai­son, à n’avoir pas encore per­du à domi­cile. Il existe un tout petit espoir de rédemp­tion sans lequel aucun défi ne mérite d’être relevé. Les Toulou­sains, qui aligneront sans aucun doute leur équipe type, auront les crocs et s’ils ne les ont pas, c’est à dés­espér­er. En cas de défaite des hommes de Novès, La Rochelle (qui reçoit Bor­deaux) et Brive (qui reçoit Toulon) peu­vent mon­ter au classe­ment et reléguer Toulouse à la onz­ième place. Du jamais vu. Ceci est une autre his­toire ? Non, c’est tou­jours la même.

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Au parfum

Un pas de côté qui ne ressem­ble même pas à un cro­chet ; buste, hanch­es et jambes dis­so­ciés, une accéléra­tion foudroy­ante et au bout, l’essai ! Après qua­tre journées de Top 14, ils sont quelques uns, Nagusa, Rati­ni, Masile­vu et main­tenant Bobo, à mar­quer les imag­i­na­tions. D’où sor­tent-ils ? Qui sont-ils ? Pourquoi ont-ils autant de facil­ité à laiss­er leurs adver­saires les pieds plan­tés dans le ciment ?
Cette fois-ci, je vous ai suivi. Au lieu d’être inqui­et qu’un prési­dent de club, M. Mohed Altrad, du stade du même nom, se voit un jour (dans L’Equipe du mar­di 9 sep­tem­bre) et tout seul cham­pi­on de France en oubliant, lui le fin let­tré, que le moi est haïss­able, sans me détourn­er de leur sen­tier lumineux j’ai emprun­té la piste des nou­veaux attaquants du Top 14, ces chas­seurs d’essais qui éclairent le Cham­pi­onnat.
Same­di, à Brive, Ben­i­to Masile­vu a fein­té Toulouse d’un seul appui, arrê­tant trois défenseurs sur une sur­face équiv­a­lente à un mou­choir déplié. Jouis­sif pour celui qui, comme nous au milieu de l’orage, attend les éclairs. Plus loin, plus tard, Rati­ni effec­tua un déboulé face à La Rochelle et j’ai beau appréci­er pour les raisons que vous con­nais­sez ce Stade-là, on ne peut qu’applaudir cette course irré­sistible de la flèche grenobloise ponc­tuée de sub­tiles feintes de corps. Tout comme Bobo, ven­dre­di soir, face à Cas­tres.
Il y a très longtemps, j’ai lu – c’était oblig­a­toire au col­lège – une par­tie choisie des Pen­sées de Blaise Pas­cal. Le pre­mier, avant que je tombe dans Allais, Niet­zsche, Gui­t­ry, Renard, Cio­ran et Desprog­es, ce philosophe m’a fait appréci­er les apho­rismes pour leur sens ramassé, leur inten­sité, leur explo­siv­ité et ce qu’ils lais­sent ensuite dans notre esprit une fois lus. Mais ce n’est que récem­ment que je me suis aperçu que ses Pen­sées étaient écrites sur des liasses. Voilà donc bien le genre de lec­ture, adap­tée à leur moyens, que je con­seille vive­ment aux nou­veaux prési­dents.
On par­le beau­coup des All Blacks – y com­pris M. Altrad dans son inter­view – mais ceux qui ne coû­tent pas cher et rap­por­tent beau­coup, ce sont les Fid­jiens. Le Top 14, qui a du nez, a d’ailleurs recruté leur équipe nationale de rug­by à 7, entre autres Tale­bu­la, Nay­a­cale­vu, Nagusa, Rati­ni, Botia, et depuis peu Viriviri et Masile­vu, étoiles – filantes, bien enten­du – du cir­cuit à 7. En 2013, cette con­stel­la­tion occu­pait le troisième place mon­di­ale. En 2016, à Rio, tout porte à croire qu’elle sera médail­lée olympique.
Le mois dernier, en Chine, face au Kenya, l’Argentine, le Japon, les Fid­ji et les Etats-Unis, la France (moins de dix-huit ans) a décroché l’or à l’occasion des J.O. de la Jeunesse. Pre­mière appari­tion du rug­by dans le giron olympique depuis 1924, à sig­naler pour l’histoire. Avec, côté tri­col­ore, une sélec­tion de jeunes inter­na­tionaux à XV con­stru­ite à la hâte après le for­fait des Anglais, à charge pour Thier­ry Janeczek – ancien coach de France 7 qui reste le seul à avoir gag­né une étape du cir­cuit IRB, en 2005 – de don­ner à ces gamins qui ne con­nais­saient rien de ce jeu ovale les out­ils pour en saisir l’esprit.
« L’objectif de ces jeunes, c’est Rio. Même si ce sera dif­fi­cile, cer­tains d’entre eux peu­vent tout à fait, d’ici deux ans, être sélec­tion­nés pour les Jeux, » pré­cise Janeczek, venu pren­dre un café à lequipe.fr, la semaine dernière. A con­di­tion que la France se qual­i­fie, ce qui n’est pas acquis. Il lui faut ter­min­er dans les qua­tre pre­mières places du cir­cuit IRB. Dans le cas con­traire, en rat­tra­page, décrocher la seule place qual­i­fica­tive de la zone Europe. Gérard, com­men­ta­teur de ce blog, nous pré­cise : « Les séries mon­di­ales qui qual­i­fient qua­tre équipes auront lieu d’octobre 2014 à mai 2015 ‚et le tournoi qual­i­fi­catif européen est prévu l(à par­tir du) 1er août 2015. »
« Deux ans (pas tout à fait, donc, NDLR), c’est assez pour con­stru­ire une belle équipe de France, » souligne celui que ses amis surnom­ment « le Zèbre« , et qui a débuté à 7 en 1986 avec les Bar­bar­ians français (Fourniols, Cecil­lon, Cabannes, Rodriguez, Peuch­lestrade et Bonal) evant de clore cette par­en­thèse dorée en 1993 avec Dey­laud, Bernat-Salles, Bon­neval, Berty, Faugeron, et tou­jours Cabannes. Entraîneur nation­al de 1996 à 2011, l’ancien flanker Tar­bais a aujourd’hui pour mis­sion d’éveiller à cette dis­ci­pline les jeunes du pole France à Mar­cous­sis. On espère que la FFR va penser à lui pour apporter son savoir à l’équipe de France 7 en route vers Rio…
On peut imag­in­er qu’en 2016, des inter­na­tionaux du Top 14, comme Vin­cent Clerc ou Julien Malzieu, intè­greront France 7. « Pour com­pléter le groupe, c’est intéres­sant, recon­naît l’ancien inter­na­tion­al. Mais on ne peut pas aller au delà de deux ren­forts. Car il y a une équipe de France aguer­rie, avec des joueurs pros sous con­trat fédéral, qui se pré­pare depuis août 2010 à l’échéance olympique. Pour qu’un joueur venant du XV se spé­cialise à 7, il lui faut deux ans de pra­tique inten­sive. »
Les Fid­jiens, eux, effectuent le chemin inverse. Ils débu­tent par le 7 (Bolo Bolo en fut, au Stade Français, le pre­mier exem­ple, Nala­ga le plus per­cu­tant et Bobo le dernier en date, à Mar­cel-Deflan­dre) avant d’être remar­qués puis recrutés par les quinzistes. Avant eux, l’Australien David Campese puis le Néo-Zélandais Jon­ah Lomu furent exposés lors du tournoi à 7 de Hong-Kong afin de faire car­rière à XV. En 1985–95, la France fig­u­rait par­mi les nations qui comptent. Vingt ans plus tard, le con­stat est sans appel: les Bleus se bat­tent pour fig­ur­er dans la Plate, deux­ième divi­sion mon­di­ale.
Je suis un peu dur avec M. Altrad, j’en con­viens. L’interview qu’il a don­née com­porte quelques allu­sions au jeu et au « nous ». On y par­le gros sous, c’est enten­du, mar­ket­ing, bud­get, pro­duits dérivés, mais qu’attendre d’un homme d’affaires qui a fait du stade son jardin privé et englouti des mil­lions d’euros – les financiers par­lent en meu­ros – dans son rêve. Intêressé par le ren­de­ment, M. Altrad doit se réjouir d’avoir sous ses couleurs Nagusa mais surtout Viriviri, con­sid­éré aujourd’hui comme le meilleur fid­jien à 7. On attend avec impa­tience qu’il débute, celui-là, pour élec­tris­er le Top 14 des pro­prié­taires.

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Les duellistes

On se demandait s’il pou­vait exis­ter un nou­veau cla­si­co dans le Top 14 ; un de ces ren­dez-vous qui font mon­ter l’adrénaline et l’envie ;  un duel de gen­res, du type Toulon-Toulouse de l’ère Her­rero-Villepreux dans les années 80 ou, pour pren­dre une référence plus récente à l’usage de nos jeunes inter­nautes, du Stade Français – Stade Toulou­sain des années 2000 quand Max Guazz­i­ni était en train de d’inventer l’emballage ovale, avec pom pom girls, tee mobile, démon­stra­tion de gym­nas­tique, feu d’artifice, lion sous tranxène et groupe de rock ?
Et puis sont mon­tés de la ProD2 Mourad Boud­jel­lal et Jacky Loren­zetti pour ani­mer nos prime-time. Que ce soit une ten­ta­tive de bais­er sur la bouche ou une allu­sion moins que voilée au détourne­ment de la masse salar­i­ale, le moins qu’on puisse dire c’est que ces deux-là vont finir par se détester. Depuis quelques temps déjà le ton monte et les échanges, de la Rade à Colombes, n’offre pas le meilleur du rug­by. Comme aiment à le répéter ceux que ce con­cept même irrite, «ça ne fait pas très valeurs.»
J’avais ici envie de vous par­ler du stage des arbi­tres à Tignes – pas très glam­our, certes, mais option intéres­sante si on aime le jeu car ceux qui l’orchestrent en direct et au sif­flet ont longue­ment évo­qué la semaine dernière ce qu’ils appel­lent «la con­duite du match», expres­sion net­te­ment plus adap­tée que «ges­tion». Je voulais vous faire partager quelques infor­ma­tions, comme par exem­ple la créa­tion d’un statut «semi-pro» pour une dizaine d’arbitres, et même la hau­teur de leurs émol­u­ments.
Mais en allant tripot­er mon azer­ty comme un lun­di, que lis-je ? La réponse de Mourad à Loren­zetti qui s’adressait à Boud­jel­lal lequel aupar­a­vant avait inter­pel­lé Jacky ; et toutes ces ama­bil­ités de prési­dents-pro­prié­taires lâchées en trois jours, avec au pas­sage le soin d’en appel­er à la LNR et à son prési­dent. L’avantage de ce type d’échanges, voyez-vous, ami(e)s de ce blog, c’est qu’on y trou­ve tou­jours quelque chose de plus pathé­tique que ce qu’on venait y chercher.
Je voulais aus­si vous par­ler de la médaille d’or des jeunes Français du rug­by à 7 rem­portée aux Jeux Olympiques de la Jeunesse, en Chine. Une équipe de France com­posée entre autres des jeunes Retière et Roumat, Arthur et Alexan­dre de leurs prénoms, deux gamins plein de sève dont on enten­dra bien­tôt davan­tage par­ler, France 7 entraînée par Thier­ry Janeczek, un des plus grands con­nais­seurs de ce jeu si par­ti­c­uli­er, qui n’est pas, comme cer­tains le croient, la moitié du quinze mais bien une dis­ci­pline à part entière.
Mais voilà, moi aus­si – je n’ai pas honte de l’écrire – je me suis trou­vé hap­pé par le numéro de duel­listes, «Mourad et Jacky», désor­mais voué à devenir l’attraction numéro un du grand cirque ovale. Et pas parce qu‘ils me font rire, non. Plutôt par curiosité:  lorsqu’ils se déchirent à tra­vers mots, ce sont des maux qui remon­tent à la sur­face. On voit bien que ces mil­lion­naires-pro­prié­taires dis­posent d’un arse­nal de vacheries, et chaque fois en dis­til­lent davan­tage.
Encore un effort et nous saurons ce qui se cache der­rière, ou dessous, le bud­get d’un club de Top 14, qui triche et à quelle hau­teur, com­ment se détour­nent les règle­ments et s’ignore le gentlemen’s agree­ment ? Dans leur joute ver­bale à dis­tance, Mourad et Jacky crèvent la pro­tec­tion que s’accordent les prési­dents, leurs pairs, pour con­stru­ire une petite affaire ovale qui tourne. Ce faisant, ils nous éclairent. Encore un effort, Jacky et Mourad, et le jeu de rug­by ne sera plus qu’un ali­bi.
En lisant non pas Joseph Con­rad mais tout ce débal­lage nauséabond répan­du dans le caniveau – véri­ta­ble règle­ment de comptes ban­caires – la pre­mière ques­tion qu’on peut se pos­er est la suiv­ante : jusqu’où iront ces deux-là dans la surenchère ?… En livrant des secrets de famille et de fab­ri­ca­tion, ils ont jeté l’opprobre sur leur fonc­tion, prési­dent, c’est-à-dire respon­s­able placé au-dessus de la mêlée. Vont-ils finir par enfon­cer le rug­by, le jeu et les joueurs, en les tirant là où eux se situent, c’est-à-dire vers le bas ? A la vitesse où ils filent leurs métaphores de marchands de bes­ti­aux, on peut mal­heureuse­ment le crain­dre.
Restons posi­tif : le Top 14 y a gag­né désor­mais un cla­si­co, un vrai, un dur, un de ces match­es qui son­nent autant sur le ter­rain que dans les tri­bunes, les gazettes et les couloirs de ves­ti­aires. De quoi ali­menter la chronique, quoi… Du coup, pour ne pas oubli­er l’épisode suiv­ant, je vais cocher la date du 10 jan­vi­er 2015. Cela dit, ce n’est peut-être pas la peine, Jacky et Mourad me le rap­pelleront le moment venu. Et je suis, sans doute comme vous, incor­ri­gi­ble, et donc curieux de savoir jusqu’où ils peu­vent descen­dre.

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Nationale

Tout peut s’éteindre du jour au lende­main. Ce fut mal­heureuse­ment le cas pour d’autres sports col­lec­tifs qui virent leurs dif­fu­sions dis­paraitre d’un seul coup du paysage télévi­suel. Pour l’instant, le rug­by surfe tou­jours sur la vague, et ce depuis la créa­tion de Canal. Mais rien n’indique que cette manne finan­cière, cet éclairage médi­a­tique et cet impact économique soient fait pour dur­er éter­nelle­ment.
On voit déjà des ten­sions poindre. Canal et BeIN souhait­ent couper la plus grosse part du gâteau pro et se pour­suiv­ent jusque que dans les cours de jus­tice ; France Télévi­sions n’est pas très enclin à relancer au même tarif la Coupe d’Europe depuis que celle-ci a changé, cette sai­son, de gou­ver­nance. Comme le dit Paul Goze, prési­dent de la LNR à l’origine de ces deux remis­es en ques­tion : «Tout peut s’arrêter !»
C’est bien pour cela qu’il est utile de chang­er avant que les événe­ments ne vous y oblig­ent. Ain­si, la semaine dernière, au fil d’une croisière – ma foi très agréable et en bonne com­pag­nie – en bateau-mouche sur la Seine, et après avoir présen­té le Cham­pi­onnat de ProD2, le patron du rug­by pro, en verve de con­fi­dences, nous a avoué avoir en pro­jet l’articulation de trois cham­pi­onnats d’élite.
Quar­ante-deux clubs for­meraient les trois derniers étages du rug­by français. Qua­torze dans l’élite : là, rien ne bougerait. En revanche, dans l’optique d’harmoniser ces trois divi­sions, il con­viendrait de retranch­er deux clubs en ProD2, et de créer une « Nationale » com­prenant les qua­torze meilleurs clubs de Fédérale 1, ces trois divi­sions ayant pour objec­tif de cou­vrir le plus large­ment pos­si­ble l’hexagone.
Con­traire­ment au foot­ball, au bas­ket et au hand­ball, ses con­cur­rents médi­a­tiques, le rug­by d’élite n’est pas acha­landé sur tout le ter­ri­toire. Son ADN trou­ve sa source dans le Sud-Ouest, zone his­torique dont les angles se situent à Brive, à Bor­deaux, à Biar­ritz et à Per­pig­nan. Tracez ce rec­tan­gle et comptez ensuite le nom­bre de clubs com­pris dans sa sur­face.
En revanche, c’est bien la lim­ite d’Ovalie que de ne pas exis­ter au plus niveau en Bre­tagne, dans le Nord, en Nor­mandie et en Alsace-Lor­raine, par exem­ple. C’est pourquoi la FFR et la LNR se penchent sur le sujet. Certes, la réso­lu­tion ne sera pas trou­vée, votée et mise en œuvre avant cinq ou six ans, mais l’avenir du rug­by de haut niveau en France passera, inéluctable­ment, par un élar­gisse­ment de ses fron­tières.
Nantes, Rennes, Rouen, Caen, Le Havre, Lille, Arras, Stras­bourg : le rug­by doit rebondir au plus haut dans ces villes-là. La muta­tion économique est aujourd’hui validée, avec l’essor du Rac­ing-Métro, de Toulon, du Stade Français, de Mont­pel­li­er, de Bor­deaux et de Lyon, adossés aux clubs his­toriques que sont Toulouse, Cler­mont, Brive, Greno­ble, Bay­onne et Cas­tres.
Reste à effectuer un glisse­ment géo­graphique en direc­tion du nord, de l’ouest et de l’est. Si aujourd’hui ce pro­jet devait pren­dre forme, la «Nationale» dont on par­le serait com­posée de Massy, Aix, Lille, Aube­nas, Nev­ers, La Seyne, Macon,  Bourg et Vannes, de quoi capter de nou­velles zones, Tyrosse, Mon­tauban, Auch, Périgueux et Lan­nemezan ancrant cette divi­sion d’élite des clubs de Fédérale 1.
Le Top 14 et son chapelet de stars venues d’ailleurs se trou­ve actuelle­ment au zénith de la notoriété. La ProD2 mise, elle, sur les clubs titrés pour (re)dorer son image. Dans ce sil­lage, il n’est pas irréal­iste de créer un sas pour les plus ambitieux du secteur ama­teur, sous tutelle de la FFR, afin qu’ils puis­sent inté­gr­er dans les meilleurs con­di­tions le secteur pro­fes­sion­nel, sous l’égide, lui, de la LNR. Aider de nou­velles pouss­es à grandir est un pari pour l’avenir. Vital.

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Dans le buffet

Il y a des week-ends, comme celui-là, qui débor­dent. Où il faut jon­gler sur les canaux, chauf­fer la télé­com­mande, déje­uner et dîn­er sur le pouce, voire même met­tre les plateaux repas à l’index tant il y a à voir, à dis­sé­quer, à com­menter, à analyser, à écrire. Le Four Nations (on dit Rug­by Cham­pi­onship mais c’est naze), le Top 14 et la Coupe du monde fémi­nine en con­tinu du ven­dre­di soir au dimanche soir, c’est copieux… Sans oubli­er de regarder un peu d’athlétisme.
Flo­ria Guei a retenu mon atten­tion, tout comme Mag­a­li Har­vey. On peut se retrou­ver qua­trième, loin der­rière un trio de tête à deux cents mètres de la ligne d’arrivée, et finir pre­mière. Cha­peau ! Il faut des tripes et du men­tal. C’est ce qu’avaient aus­si les joueuses de rug­by, dimanche, lors des finales, la petite et la grande, à Jean-Bouin. Qua­tre nations (Angleterre, Cana­da, France et Irlande) nous ont régalées, il faut l’écrire, par leur pugnac­ité, leur esprit d’équipe, en somme leurs ver­tus.
L’ouverture du Top 14, elle aus­si, était chorale. Toulon en roue libre, sere­in, presque léger, dévelop­pant son jeu avec flu­id­ité. Il faut dire qu’avec Matt Giteau à l’ouverture, l’huile de coude déride les inspi­ra­tions ; Brive leader, le Stade Français et le Rac­ing-Métro vain­queurs, paris gag­nés ; Greno­ble et Oyon­nax remuants, sans com­plex­es mais pas récom­pen­sés, ce dernier même volé, claire­ment, d’une pénal­ité pour la gagne à Ernest-Wal­lon.
Y a‑t-il quelque chose de changé ? Non, on retrou­ve Toulouse bal­bu­tiant son rug­by comme en fin de sai­son dernière. Comme depuis deux saisons, cela dit… Mais ce n’est pas une demi-sur­prise qu’Oyonnax soit capa­ble de met­tre les hommes de Novès-Ser­vat-Elissalde en dan­ger, c’est juste la con­fir­ma­tion que ce Top 14 sera encore plus ser­ré que prévu. Cler­mont bat­tu lui aus­si à domi­cile en bar­rage, la sai­son dernière, a été accroché par des Isérois avec lesquels il fau­dra compter dès les pre­miers match­es, c’est une habi­tude désor­mais.
La sur­prise, c’est le gros coup de moins bien des nations de l’hémisphère sud dès lors qu’elles sont soumis­es aux élé­ments cli­ma­tiques défa­vor­ables, la pluie en l’occurrence. Deux tests négat­ifs, entachés de fautes de mains, affaib­lis par des plans de jeu frileux. A l’automne 2015, le crachin anglais et le vent froid, comme d’habitude, nivèleront les valeurs et l’on ver­ra dans un peu plus d’un an davan­tage de jeu au pied que de dou­bles sautées redou­blées.
Je voulais aus­si vous faire partager deux réflex­ions. La pre­mière, c’est qu’en réduisant le bonus défen­sif à cinq points d’écart max­i­mum, la LNR rêvait de val­oris­er l’offensive. Résul­tat ? Qua­tre bonus défen­sifs (Oyon­nax, Mont­pel­li­er, Cas­tres et Greno­ble) pour un seul bonus offen­sif (Brive). Des scores ser­rés mais, côté con­tenus, des match­es enlevés, bour­rés de sus­pense et d’allant jusqu’au bout. Une ten­dance à con­firmer, donc, lors de la prochaine journée.
La sec­onde, c’est que le rug­by féminin va devoir ramer pour faire fruc­ti­fi­er l’engouement pop­u­laire né de ce Mon­di­al en France ; dis­ons plutôt à Mar­cous­sis et porte de Saint-Cloud… En tri­bune VIP, au stade Jean-Bouin, se retrou­vait dimanche le gratin d’Ovalie, vous l’avez con­staté. Lors des deux mi-temps, le buf­fet était gar­ni. Mais au retour des équipes sur le ter­rain, et bien après que le coup de sif­flet lançant la deux­ième péri­ode ait été don­né, il était encore bien acha­landé et la cor­beille prési­den­tielle aux deux tiers vide.
Les édiles et les élus, les beaux blaz­ers et les têtes de gon­do­les préféraient grig­not­er, encore et encore, les petits fours, preuve, s’il en faut, que ces deux finales ne sus­ci­taient pas l’enthousiasme débor­dant de l’élite ovale réu­nie pour l’occasion, invitée et exposée par les dif­fuseurs. Je ne vous don­nerai pas les noms des coupables de ce relâche­ment, mais j’ai la liste. Ça m’a fait sourire, ensuite, de les lire et de les enten­dre soulign­er l’essor du rug­by féminin.

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Esperanto


Aux temps héroïques, les tous pre­miers, quand le bal­lon n’était pas com­pléte­ment ovale et tout à fait en cuir, il y avait des Anglais, des Ecos­sais et même un Améri­cain en équipe de France. Per­son­ne ne trou­vait à y redire. Le rug­by n’est pas une nation­al­ité, c’est un état d’esprit. Un choix, en quelque sorte. Il se réfère au droit du sol plus qu’au droit du sang. C’est le temps qu’on passe pour une équipe qui rend son mail­lot si impor­tant, si l’on veut détourn­er la phrase de Saint-Exupéry.
Regardez les sup­por­t­eurs toulon­nais : ils se fichent pas mal, dans leur très grande majorité, que Bakkies Botha ne soit pas né à La Valette et que Matt Giteau n’ait pas vu le jour au Mouril­lon. Ces deux-là, comme les recrues varois­es venues de tous les con­ti­nents, jouent, gag­nent et suent pour et dans le mail­lot rouge et noir orné d’un muguet. Et ça leur suf­fit. La recon­nais­sance s’obtient sur le ter­rain. Idem du côté de Toulouse, de Cler­mont, du Rac­ing, d’Oyonnax, de Brive, du Stade Français, ou d’ailleurs.
Pour ajouter un peu de piment dans la sauce des règle­ments d’éligibilité, voilà donc que l’International Board s’est fendu d’une ouver­ture. Il était temps: les gross­es nations de l’hémisphère sud ont ver­rouil­lé les accès à la sélec­tion en inté­grant des iliens du Paci­fique dans leurs équipes nationales de jeunes ou à 7, hand­i­ca­pant d’autant Fid­ji, Samoa et Ton­ga. Désor­mais, tous pour­ront retrou­ver leurs racines en pas­sant par le rug­by à 7 et les qual­i­fi­ca­tions pour les Jeux Olympiques de Rio 2016.
Cer­tains inter­na­tionaux blo­qués à trois ou qua­tre sélec­tions sous les mail­lots aus­traliens et néo-zélandais vont revenir sur le devant de la scène. Ce n’est pas oblig­a­toire­ment une bonne nou­velle pour le 7 de France qui va devoir affron­ter une con­cur­rence plus relevée mais c’est sans aucun doute un coup de boost pour les nations du Paci­fique. Sauf à ce que la FFR décide rapi­de­ment de con­stituer une liste des « étrangers », comme le Samoan de Mont­pel­li­er, Alex Tulou, et l’Australien de Cler­mont, Brock James, sus­cep­ti­bles d’intégrer l’équipe nationale à 7 puis à XV.
Il faut s’attendre à ce que la déf­i­ni­tion d’étranger subisse, dans les deux saisons à venir et donc à moyen terme, un change­ment rad­i­cal. L’année Camus est passée mais je suis per­suadé qu’on trou­vera bien un moyen d’associer le romanci­er de l’humanisme à cette avancée. Il n’y aura bien­tôt plus qu’une nation­al­ité : celle du ter­rain. Et se faire à l’idée que l’origine d’un être humain n’aura pas plus d’importance que la couleur de ses yeux.
Représen­ter un mail­lot, c’est porter une cer­taine idée de l’équipe. Et récipro­que­ment. Le sport ne fera donc très bien­tôt que suiv­re les pas d’autres secteurs d’activité, comme la recherche ou l’économie. On le sait et par­fois on le regrette, les plus grands cerveaux français phos­pho­rent aujourd’hui à l’étranger, comme cet écon­o­miste, le nou­veau T.P. (Thomas Piket­ty, pas Tony Park­er), reçu à la Mai­son-Blanche par les con­seillers du prési­dent Oba­ma et son Secré­taire au Tré­sor pour essay­er de voir com­ment il est pos­si­ble d’enrayer les iné­gal­ités. A not­er que Michel Sapin, le min­istre français des Finances, n’a pas encore trou­vé le temps de lire une seule des 900 pages de cet ouvrage inti­t­ulé « le Cap­i­tal au XXIe siè­cle », devenu référence.
Le tal­ent n’a pas d’âge, pas de nation­al­ité, pas de couleur. Les meilleurs, sor­tis d’ici ou venus d’ailleurs, se mêlent, se joignent, se lient pour une même cause, celle d’un club, d’une idée, d’un pro­jet. Ils s’expriment dans un lan­gage com­mun, l’espéranto du rug­by, ce jeu de mains et de sac­ri­fice de soi. En juin, on a vu le XV de France en man­quer, de jeu de mains et d’esprit de sac­ri­fice, per­dre sans réa­gir, s’enfoncer sans lut­ter, se faire étriller sans hurler. Que la con­cur­rence, une fois les fron­tières défini­tive­ment tombées, réveille les endormis ne peut être qu’un aigu­il­lon sal­va­teur. En sport comme dans la vie, rien n’est acquis, tout s’obtient. Camus écrivait que l’homme est un lut­tant. C’est ici cap­i­tal.

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De l’autre côté

La sai­son, en ce qui con­cerne l’équipe de France, se ter­mine sur une défaite, la troisième down under. Mais c’est surtout un sen­ti­ment d’échec qui l’emporte. Depuis 1990, le XV de France est habitué à s’incliner chez les Wal­la­bies, mais ce qui dérange, cette fois-ci, c’est la forme prise par ses trois test-match­es, leurs con­tenus, les leçons qu’il est pos­si­ble, ou pas, d’en tir­er.
Ils étaient presque tous là, les « élus » du prochain Mon­di­al. Dans un an, les trente sélec­tion­nés de PSA seront au tra­vail, mis de côté trois mois à Mar­cous­sis pour brûler leurs graiss­es, pren­dre du mus­cle et de la « caisse », ain­si qu’on appelle la capac­ité à jouer vite et longtemps. Ce qui dérange, quand on con­state où ils en sont en juin 2014, c’est d’imaginer qu’ils par­tiront de zéro pour con­cur­rencer les meilleures nations du monde.
Comme en 1999, comme en 2011, les Tri­col­ores sont au plus bas. Pas de jeu, pas d’envie, pas de den­sité. Même pas de côtés fer­més… Ils se font bous­culer, débor­der, transpercer. Ils font presque pitié à voir. Et comme en 1999, comme en 2011, ils iront peut-être en finale de la Coupe du monde. Per­son­ne n’aurait misé sur ces deux cuvées et, pour­tant, elles furent en posi­tion de brandir le trophée Webb-Ellis, le seul qui manque au pal­marès français.
Nous ne pou­vons pas aimer pen­dant dix mois un Top 14 économique fort, pop­u­laire, médi­a­tique­ment alléchant, et d’un autre côté présen­ter une équipe de France à son meilleur niveau en févri­er-mars, en juin et en novem­bre. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Thier­ry Dusautoir. Vous pou­vez le croire. Lui, cap­i­taine le plus appelé, il est entré dans l’histoire en prenant une claque. Il a bat­tu toutes les nations du monde et ça ne doit pas le faire rire.
Ce sen­ti­ment d’échec, il provient de l’incapacité du XV de France à jouer sim­ple et juste ; à éviter les fautes idiotes, à tenir prise d’entrée, à se bat­tre pied à pied. En huit min­utes, lors du troisième test, tout était dit : mau­vais lancer et bal­lon dévié en touche, pénal­ité sur un ruck, but sur le poteau et essai aus­tralien en force, à un con­tre un. Pour toute sat­is­fac­tion, une défaite 6–0 à Mel­bourne sans mar­quer le moin­dre point. De quoi retourn­er, comme Boris Vian, son téléviseur. De l’autre côté, c’est plus pas­sion­nant.
Avant de marcher en direc­tion du soleil, de l’autre côté des Pyrénéés, et vous retrou­ver ici même début aout, me revient une anec­dote qui pour­rait être la solu­tion à nos petits soucis du moment. Alors que son équipe était large­ment battue, à la mi-temps, auix cit­rons, le cap­i­taine d’une sélec­tion nationale demandait à ses coéquip­iers : « Les gars, qu’est-ce que vous pro­posez pour qu’on arrête d’être ridicules ? » Une voix coupait le long silence et, d’un ton mono­corde, lâchait : « Je ne vois qu’une solu­tion : attrap­er le bal­lon au coup d’envoi et le dégon­fler. »

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Show et ciment

Il n’y a pas plus dif­fi­cile, dans ce sport de com­bat col­lec­tif qu’est le rug­by, que de pass­er en une sec­onde d’une séquence défen­sive à une sit­u­a­tion d’attaque. C’est ce que m’avouait Pierre Villepreux le 24 mai 1986 à l’issue de la finale entre le Stade Toulou­sain, dont il était un des entraîneurs, et le SU Agen, rem­portée 16–6 par les Rouge et Noir.
Défendre est rel­a­tive­ment facile à met­tre en place. Se par­ler, ser­rer les inter­valles, mon­ter en ligne sur l’épaule extérieure des attaquants, puis couliss­er ; ne pas se fix­er et laiss­er le parte­naire à son intérieur pla­quer l’attaquant qui s’engage. Pla­quer bas et haut en même temps, à deux, pour arrêter le por­teur de la balle tout en l’empêchant de la trans­met­tre.
Un entraîneur médiocre – j’en sais quelque chose – con­naît tout cela. Les replace­ments s’effectuent sur un pre­mier rideau, évi­tant que les sou­tiens au plaque­ur se con­som­ment en trop grand nom­bre dans les rucks. En ajoutant un poil de moti­va­tion indi­vidu­elle, en jouant sur les ressorts psy­chologiques clas­siques («Nous sommes seuls au monde, les médias nous cri­tiquents, per­son­ne ne nous aime, per­son­ne ne croit en nous»), il effectuera sans souci le job basique.
C’est exacte­ment ce que le staff tri­col­ore a réal­isé avant le deux­ième test, à Mel­bourne. En revanche, affin­er une attaque est bien plus dif­fi­cile. Soit les coach­es choi­sis­sent un créa­teur-passeur de type Mer­moz, soit ils alig­nent de puncheurs comme Bastareaud et Fofana. L’idéal con­siste à mêler les deux au cen­tre et on voit bien, à la lumière des choix récents, que l’articulation offen­sive tri­col­ore grince.
Un essai par match con­tre les nations du Top 10 IRB : c’est ce qu’inscrivent les joueurs de PSA. Sous l’ère Lièvre­mont, le XV de France en plan­tait presque le dou­ble (1,7 par match, pour être exact). On ne peut pas imag­in­er une seule sec­onde, même si on sait que les bal­lons tombent trop sou­vent des mains français­es à l’entraînement, que la crème des inter­na­tionaux ne sache pas effectuer de passe(s).
La seule expli­ca­tion trou­vée ici et main­tenant réside dans la struc­ture des com­po­si­tions d’équipe. Les bombes inter­change­ables du tri­an­gle arrière actuel, à savoir Huget, Dulin et Médard et Bon­neval, ne sont pas douées pour redonner le bal­lon dans les espaces et dans le bon tim­ing. Elles cassent les défens­es et fran­chissent, mais ne sont pas capa­bles de pro­longer l’action au béné­fice de leurs parte­naires.
Comme Bastareaud, Fofana, Fritz et – c’est plus sur­prenant – Fick­ou, ne sont pas eux aus­si naturelle­ment tournés vers la recherche d’intervalle à l’usage de leur coéquip­iers, il ne reste plus qu’à compter sur la troisième-ligne. Mais Oue­drao­go et Bur­ban trop justes physique­ment, Picamoles, Le Roux et Dusautoir occupés au com­bat, seuls Nyan­ga et Lau­ret assurent ce lien, vital, entre les lignes. Ca fait peu.
L’équipe de France souf­fre des mains. On l’a vu au début du pre­mier test, et durant tout le deux­ième. Pas cer­tain que cela puisse s’améliorer en une semaine d’ici au coup d’envoi, à Syd­ney. Pas seule­ment faute de temps mais parce que cette équipe de France, solide et sol­idaire, est bâtie de ciment, pas de show.
Pierre Berbizier, devenu entraîneur du XV de France au début des années 90, ulcéré de voir les bal­lons tomber, avait con­vo­qué ses joueurs pour une longue séance de «deux con­tre un» et de «trois con­tre deux» sous le regard incré­d­ule des jour­nal­istes. Mes­nel, Viars, Penaud et Sel­la de retour à l’école de rug­by, l’avant-veille d’un match du Tournoi : humiliant ! Mais la France infligeait un cinglant 44–12 à son adver­saire deux jours plus tard. Philippe Saint-André s’en sou­vient peut-être : il était de cette équipe fustigée puis écla­tante dans la vic­toire, sur elle-même autant que sur l’Irlande.

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Sale attente

Dans le cas où le XV de France souhait­erait obtenir le suc­cès après lequel il court en ce mois de juin, je sug­gère à la FFR d’organiser illi­co sur le chemin du retour une ren­con­tre avec les îles Cook, solide­ment instal­lées à la 46e place mon­di­ale du classe­ment IRB. Les îles Cook, c’est un peu la Jamaïque du rug­by, et il n’y a pas de rai­son que ce qui fonc­tionne pour le moral des foot­balleurs ne marche pas avec les rug­by­men.
Same­di dernier, à Bris­bane, en encais­sant sept essais déroulés à la main, les Tri­col­ores du cap­i­taine Mas, humil­iés 50–23, peu­vent être com­parés à des Jamaï­cains de l’ovale, avec huit buts dans leur filet. Eux, ce sont sept essais ! Il faut remon­ter à la déroute assumée en Nou­velle-Zélande par Bernard Laporte privé de ses meilleurs joueurs à cause des demi-finales de Top 14 en juin 2007 pour trou­ver trace (61–10) d’une addi­tion plus épaisse.
Pour rester opti­miste à force d’ironie, on peut voir dans la claque de Bris­bane la volon­té du staff tri­col­ore de ne pas dévoil­er sa stratégie, son sys­tème défen­sif her­mé­tique et ses com­bi­naisons huilées avant le seul ren­dez-vous qui vaille : la Coupe du monde 2015 ! Alex Willie, ancien troisième-ligne des All Blacks,devenu entraîneur dans les années 90, avouait qu’«il ne fal­lait rien mon­tr­er de son jeu avant les match­es impor­tants».
A l’époque, les équipes en vis­ite dans l’hexagone affrontaient des sélec­tions régionales, le Batail­lon de Joinville et France B. Aujourd’hui, la mul­ti­pli­ca­tion des tests-match­es (juin et novem­bre) entre deux Tournois des Six Nations démys­ti­fie les joutes inter­na­tionales. Plus rien n’a de valeur, si ce n’est pour rem­plir les stades et les poches des tré­sori­ers des fédéra­tions.
En Aus­tralie, la pioche est mau­vaise : l’équipe de France ne fait plus recette. A peine 33 000 spec­ta­teurs au pays du XIII pour assis­ter à une mas­ca­rade, c’est même beau­coup… Pour éviter des tri­bunes vides à Syd­ney, il serait souhaitable de dis­put­er le deux­ième test au Con­cord Oval (ils n’étaient que 18 000, ce jour-là), qui vit la vic­toire du XV de France con­tre l’Australie en demi-finale du Mon­di­al 1987, his­toire d’y retrou­ver un peu d’épique, de se brûler à la flamme qui ani­mait Blan­co, Sel­la, Berbizier, Champ, Rodriguez, Dubro­ca, Garuet…. Lag­is­quet peut témoign­er de cette époque.
Le Tournoi garde son éclat, bon an, mal an. Mais les regards des entraîneurs, désireux de réus­sir leur quadri­en­nat, sont tournés vers une place en finale d’un Mon­di­al. C’est val­able aus­si pour les joueurs. Same­di, à Bris­bane, mis à part les neuf pre­mières min­utes et les sept dernières de ce pre­mier test, soit un gros quart d’heure, je n’ai pas vu de Tri­col­ores con­cernés, engagés, motivés, prêts à laiss­er leur car­casse sur le ter­rain.
A l’exception de Papé, Szarzews­ki, Kayser, Claassen et Trinh-Duc, ils sont pour­tant tous en Aus­tralie, les «pro­tégés» de la con­ven­tion. C’est sur eux que compte le staff tri­col­ore pour décrocher le trophée Webb-Ellis, l’année prochaine. Mais ce ne sont pas avec des pass­es aveu­gles ou mal ajustées, des pénal­ités con­cédées en mêlée, des mon­tées défen­sives de kamikazes et des plaquages de min­imes que ce XV de France parvien­dra à offrir et à s’offrir, enfin, ce que nous atten­dons tous depuis 1987.
Depuis bien­tôt trente ans que j’écris sur le XV de France pour L’Equipe, j’ai appris au moins une chose : qu’il ne faut jamais croire ce que dis­ent les déroutes, sou­vent trop gross­es pour être lis­i­bles. En 1999, trois mois avant le coup d’envoi du Mon­di­al, les coéquip­iers d’Ibanez étaient étril­lés par les All Blacks à Welling­ton avant de les détru­ire à Twick­en­ham et se hiss­er en finale. En 2011, j’ai appris à mes dépens qu’il ne fal­lait jamais don­ner pour morte une équipe de France brûlée de l’intérieur.
Séparée de son entraîneur, isolée à force d’être médiocre, bal­bu­tiant durant trois ans un jeu qui n’était pas fait pour elle, moche face au Japon et au Cana­da pour finir par être humil­iée par les Ton­ga lors de l’édition 2011, elle se retrou­va en finale et fit douter les All Blacks chez eux. Elle fit taire de peur l’Eden Park, et toute la Nou­velle-Zélande ser­ra les fess­es. Si une équipe de France méri­tait de rem­porter la finale de Coupe du monde, et surtout pas mourir à 7–8, privée de jus­tice arbi­trale, c’est bien celle-là.
Coachée par Saint-André depuis 2012 et vilipendée comme la précé­dente, elle donne aujourd’hui l’impression de ne pas avoir de moelle, d’âme, de car­ac­tère. Elle sem­ble se traîn­er d’une Coupe du monde à l’autre, atten­dant ce dernier ren­dez-vous pour se réveiller. Afin de pass­er l’été sans orage, il ne lui reste plus qu’une option : se racheter à Bris­bane. L’emporter serait un authen­tique exploit. En effet, depuis que le rug­by est pro, la France, battue lors d’un pre­mier test de juin (1997, 2002, 2007, 2008, 2013) en Aus­tralasie, n’a jamais été capa­ble d’empocher le deux­ième.

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