Vite, un havre


Il n’y a pas mieux que Le Havre. Pas mieux pour retrou­ver un peu de paix. Car enfin quoi, cette nou­velle défaite, same­di, 26–19, la qua­trième en qua­tre tests cette année face aux All Blacks, a déclenché un flot d’incompréhensions. Encore fal­lait-il, pour se faire une idée plus pré­cise du lien qui unit un pub­lic et son équipe, se trou­ver au Stade de France et non devant sa télé pour voir les travées se lever comme un seul homme, prêtes à descen­dre sur la pelouse pour s’agréger et pouss­er la dernière mêlée avec les Tri­col­ores.
Depuis le Tournoi 1998 que les Tri­col­ores se pro­duisent à Saint-Denis, jamais je n’ai vu les spec­ta­teurs hurler « Pou-ssez ! Pou-ssez ! » D’habitude, quand le match a lieu l’après-midi, ils assurent leur diges­tion, et le soir, sem­blent anky­losés de froid. Pas de chant, pas de fris­son, des olas pour pass­er le temps. Rien de cela same­di dernier: j’ai vécu un quart d’heure, le dernier, digne du meilleur, c’est-à-dire l’Arms Park…
Reste que cette défaite, pour méri­toire qu’elle soit, pousse sur un ter­reau d’échecs, sept en neuf match­es. Le pire bilan compt­able enreg­istré depuis l’ère pro. Il faut remon­ter aux années 20 pour trou­ver trace d’une série aus­si faible. De posi­tif, il n’y a que des sat­is­fac­tions indi­vidu­elles, surtout celle con­cer­nant le troisième-ligne aile du Rac­ing-Métro, Wence­las Lau­ret, au niveau d’un McCaw, les dis­cus­sions avec l’arbitre en moins.
Pour ce qu’il m’en a dit, Philippe Saint-André cherche tou­jours les trente-cinq pièces de son puz­zle. Trente-cinq joueurs sus­cep­ti­bles de dis­put­er la Coupe du monde 2015. Il a quelques cer­ti­tudes mais pas encore la vision d’ensemble du tableau ter­miné, ni même du mod­èle à suiv­re. Des noms s’additionnent sur ses tablettes, match après match. Son seul objec­tif, c’est le titre mon­di­al, pas une série vic­to­rieuse de tests face aux All Blacks ou un Grand Chelem dans le Tournoi. Car ça, le XV de France l’a déjà sur sa carte de vis­ite.
Same­di, il pren­dra la direc­tion du Havre, sa porte Océane et son stade du même nom, hom­mage aux pio­nniers qui s’initièrent aux rebonds de la balle ovale importée d’Angleterre, en face, de l’autre côté de la Manche. Pour y align­er une équipe expéri­men­tale ; l’occasion pour cer­tains de mar­quer en points dans l’optique 2015. Sans compter qu’un France-Ton­ga au Havre est assez décalé pour lui assur­er un petit répit médi­a­tique avant le choc face aux Boks, mon­strueux, qui vien­nent d’envoyer trois Gal­lois à l’infirmerie.
Dans le même temps, comme lui, nous regarderons Angleterre – Nou­velle-Zélande, la revanche du 38–21 de décem­bre 2012, seule défaite enreg­istrée par les All Blacks depuis deux ans. Un suc­cès kiwi don­nerait, beau­coup l’espèrent, un relief encour­ageant à la défaite des Tri­col­ores, same­di dernier. En ces temps de crise, on se ras­sure comme on peut.

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