Quatre nuances de bleu

Oui bien sûr ça ne marche pas fort en ce moment. Au classe­ment mon­di­al, la France n’émarge qu’à la dix­ième place, der­rière les Samoa, l’Argentine, le Cana­da et le Kenya, talon­née par le Pays de Galles. Son bud­get de fonc­tion­nement ? 4 mil­lions d’euros. Soit dix fois plus qu’à l’époque où elle brico­lait gen­ti­ment sous la souri­ante férule de Thier­ry Janeczek. Et pour les mêmes résul­tats sportifs.
Ah par­don, je n’ai pas pré­cisé mais vous l’aviez com­pris, il s’agit de l’équipe de France de rug­by à 7. A deux ans des Jeux Olympiques de Rio, où cette dis­ci­pline sera pour la pre­mière fois invitée, l’écart sem­ble impos­si­ble à réduire entre ces Tri­col­ores-là et les ténors que sont les Néo-Zélandais, les Sud-Africains, les Fid­jiens et les Anglais, lesquels se partageront au Brésil, c’est cer­tain, les trois médailles mis­es en jeu.
Les 22 et 23 mars, les coéquip­iers de Vin­cent Deni­au seront au Japon, pour la six­ième étape du cham­pi­onnat du monde, l’IRB Sev­ens. On pour­rait com­mencer à con­naître leurs noms et il y en a de fameux : l’ailier inter­na­tion­al Julien Can­de­lon, Jean-Bap­tiste Gob­elet, Vin­cent Ini­go, Julien Saubade et Paul Albalade­jo, qui porte un sacré patronyme. Mais comme ils ne gag­nent pas, ils peinent à exis­ter et sont repoussés à la marge des médias, juste à la rubrique résul­tats.
En revanche, il y en a deux, des XV de France, qui gag­nent : les féminines et les moins de vingt ans. Vic­to­rieuses de l’Angleterre (18–6) puis de l’Italie (29–0), les coéquip­ières du talon­neur (de la talon­neuse?) Gaëlle Mignot ont pour­suivi leur marche en avant face au Pays de Galles, 29–0. San­drine Agri­cole, Coum­ba Dial­lo, Marine De Nadaï et Marie-Alice Yahé – vous avez au moins une fois enten­du par­ler d’elles – sont à deux suc­cès d’un pos­si­ble Grand Chelem qui devrait être scel­lé le 14 mars, à Pau, face à l’Irlande. A l’heure de la par­ité, peu de cas est fait de leur épopée.
Pis, la Coupe du monde fémi­nine, qui mar­quera l’histoire des Bleues, se dis­put­era au mois d’août dans l’intimité de Mar­cous­sis, sur des ter­rains qui ne seront pas tous bor­dés de tri­bunes. L’Essonne en août ? Un désert. Pas l’endroit idéal pour val­oris­er des Tri­col­ores qui gag­nent, quand des mil­liers de sup­por­t­eurs poten­tiels en vacances au bord de mer, à Biar­ritz, Bay­onne et Saint-Jean de Luz, Mont­pel­li­er, Nîmes, Nar­bonne ou Per­pig­nan, La Rochelle, Roy­an, les Sables d’Olonne ou Nantes, auraient eu l’occasion de les encour­ager.
Sans bruit, au CNR, un man­ag­er fait son nid. Fabi­en Pelous encadre les moins de vingt ans. Vingt-deux heures après le fias­co du Mil­len­ni­um, les Bleuets ont bat­tu les vice-cham­pi­ons du monde, 19–10. Ils sont invain­cus, eux aus­si. Et visent, là encore, un Grand Chelem. Le demi de mêlée bor­de­lais Bap­tiste Serin, le talon­neur biar­rot Romain Ruf­fe­nach, le deux­ième-ligne cler­mon­tois Jean-Bap­tiste Singer, le troisième-ligne aile toulou­sain Yacou­ba Cama­ra et son coéquip­i­er François Cros, cap­i­taine de la sélec­tion, s’illustrent dans l’antichambre.
Alors plutôt que de fustiger la for­ma­tion à la française, de croire qu’il n’y a rien à tir­er du mod­èle fédéral, d’assurer que les petits por­teurs de casque ont des œil­lères et de penser à jeter le bébé avec l’eau du bain parce que la bande à Papé est passée à tra­vers à Cardiff – ce n’est pas la pre­mière fois qu’un XV de France se fait piétin­er sur l’air de Land of my Fathers, n’est-ce pas Jean-Pierre Rives ? – j’ai envie bien pass­er par Galashiels et Bon­nyring.

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