D’un stade l’autre

L’attente est anx­iogène, tous les tran­sis vous le con­firmeront. A force de regarder en haut le cou ten­du, ils oublient de sen­tir ce qui se passe à côté d’eux. La quête d’idéal les fige, les voilà tétanisés. Dans des con­textes dif­férents mais dans le même reg­istre, l’équipe de France – dont on attend des per­for­mances flam­boy­antes, et le Rac­ing-Métro – qui a juste besoin de vic­toires, mêmes moches, tra­versent cette passe que l’on dit mau­vaise.
A Mar­cous­sis, Philippe Saint-André retrou­ve régulière­ment Yan­nick Bru et Patrice Lag­is­quet pour dis­sé­quer, analyser, com­par­er. Mais ça ne suf­fit pas. L’équipe de France, usinée par des out­ils élec­tron­iques, n’a pas trou­vé forme, même avec deux per­fec­tion­nistes penchés sur elle, tra­vail­lant le geste juste au mil­limètre près. Tout est corseté par l’envie de bien faire, cette attente inhibi­trice.
Au Plessis-Robin­son, dès 7h45, Lolo et Toto sont au boulot. Le logi­ciel vidéo chauffe davan­tage que la machine à expres­so, mais ça ne fait pas avancer le métro. Comme à Mar­cous­sis, un staff cham­pi­on et un aligne­ment d’internationaux ; le con­fort mod­erne, l’outillage dernier cri, le souci d’excellence, les plans de jeu sophis­tiqués. Un stand­ing à tenir, des objec­tifs à attein­dre. De l’ambition. L’attente grande. Un titre, un stade, de quoi nour­rir le pro­jet.
Mais ça coince. Une année 2013 calami­teuse au regard des résul­tats du XV de France ; un Top 14 et une H Cup pathé­tiques côté RM92. Ce n’est pas faute de boss­er, de phos­pho­r­er. Qu’est-ce qui fait, en dehors de la qual­ité de l’opposition, que la somme de tra­vail et l’investissement fourni débouchent sur un con­stat dés­espérant ? Tra­vers, Labit, Lag­is­quet, Bru et Saint-André passent les fêtes de fin d’année à planch­er sur le sujet. On leur souhaite une réponse au pied du sapin.
PSA, con­traire­ment à ses prédécesseurs, n’a jamais jeté la pierre aux joueurs. Par­fois, il aurait pu. Il a préféré pren­dre sur lui les cri­tiques, épargnant ses adjoints. Il se plaint néan­moins du sys­tème, du cal­en­dri­er, des cadences, des courts rassem­ble­ments, rejoignant Laporte et Lièvre­mont. Labit et Tra­vers, eux, ont util­isé le ressort de la cru­ci­fix­ion publique. Sans suc­cès. Davan­tage qu’une jus­ti­fi­ca­tion l’incompréhension domine.
De Nice à Calais, des mil­liers d’internautes pro­posent, plus ou moins gra­cieuse­ment, leurs bonnes com­po­si­tions : untel à l’arrière, cézigue à l’aile, celui-là en deux­ième-ligne et l’autre à la mêlée. C’était déjà comme ça à l’époque de Ler­oux, puis de Bas­quet. La France dis­pose d’un vaste comité de sélec­tion. Plus les défaites s’additionnent plus il se réu­nit sur l’azerty. Vu de l’extérieur, il ressem­ble à un rock­ing-chair : ça bal­ance d’avant en arrière, mais rien n’avance. Le moteur est ailleurs.
Où se fait la dif­férence entre une équipe et quinze joueurs ? Une équipe ne peut se met­tre en place que lorsque cha­cun, à son poste, prend au moins une fois dans la par­tie l’avantage sur son vis-à-vis. Il suf­fit d’un joueur cas­sant la ligne pour que les autres s’agrégent. Deux critères mar­quants – plaquage offen­sif et capac­ité à faire jouer après soi – pré­va­lent plus que tous les autres au moment de la sélec­tion. Une équipe est mue par la vitesse addi­tion­née des joueurs qui la com­posent, vitesse de réflex­ion, d’intervention et de réal­i­sa­tion. Mer­ci à Alain Hyardet, Bob Dwyer et Pierre Berbizier.
Entre toutes, j’ai bien aimé la piste qui con­sid­ère qu’un joueur, aus­si bon soit-il, n’est rien sans un parte­naire à ses côtés, ce qui dépasse le rug­by pour ressem­bler à la vie. Co-équip­i­er : celui qui joue avec toi. Inter­rogé, Eric Blondeau – c’est lui dont il s’agit – évoque les « 110 % ». Obtenir seul ce dépasse­ment ? Plutôt à deux. Et c’est sub­tile­ment ce dix­ième fourni par un coéquip­i­er qui sert de socle à l’envie col­lec­tive.
L’envie de se porter à hau­teur, d’épauler, d’anticiper, ne se trou­ve pas dans un logi­ciel infor­ma­tique, ni sur un paper-board. Elle lie l’idéal de jeu à l’idéal de vie. Elle ne se com­mande pas, même au Père Noël. Par elle existe une stratégie, conçue par des cerveaux ovales. Pour cela s’ouvrir, ne plus tor­dre son cou à force de regarder les attentes placées trop haut, remiser pour un temps l’idéal de per­fec­tion au prof­it de l’altérité, por­teur, et ce n’est pas un para­doxe, d’identité.
Restons liés. Joyeuses fêtes.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Top pas top


Depuis dimanche soir et l’addition des défaites français­es (Toulouse, Rac­ing-Métro, Mont­pel­li­er et Per­pig­nan) à l’occasion de la troisième journée de Coupe d’Europe, la ques­tion revient régulière­ment dans la con­ver­sa­tion, qu’elle soit enclenchée avec un spé­cial­iste, un béo­tien ou un spec­ta­teur inter­mit­tent. Tout le monde s’interroge, à juste titre.
Cette ques­tion, qui ressort du fias­co français le week-end dernier, est mul­ti­ple, et ses angles d’attaque plus ou moins ouverts : les clubs français ne sont-ils pas cuits par le Top 14 ? N’en font-ils pas trop en Cham­pi­onnat ? Arrivent-ils en H Cup avec l’envie de décom­press­er ? L’objectif des «gross­es écuries» n’est-il pas pri­or­i­taire­ment la quête du Boucli­er de Bren­nus ?
Effec­tive­ment, il y a de quoi être sur­pris à la lec­ture, sèche, des résul­tats. Plus par­ti­c­ulière­ment par la défaite de Toulouse face au Con­nacht et celle du Rac­ing-Métro devant les Har­le­quins. Le score, ser­ré à Ernest-Wal­lon et ample à la Beau­joire, ne pré­cise rien si ce n’est l’échec. Il génère de la frus­tra­tion chez les uns, de l’inquiétude chez les autres. Il témoigne.
Il témoigne d’une suff­i­sance tac­tique dans les rangs toulou­sains et d’une insuff­i­sance men­tale chez les Rac­ing­men. Comme s’il suff­i­sait de se faire des pass­es pour franchir, comme s’il suff­i­sait d’aligner une sélec­tion d’internationaux pour con­stru­ire une équipe. A l’évidence, le Stade Toulou­sain s’est vu beau – ce qu’il est par­fois – tan­dis que le Rac­ing s’est cru arrivé, ce qui est exact : sauf qu’il est arrivé au ter­mi­nus des pré­ten­tions.
Top 14 et H Cup ne sont pas tech­nique­ment, tac­tique­ment et physique­ment com­pat­i­bles, cet hiv­er : Mont­pel­li­er et Per­pig­nan se sont fait cueil­lir à froid comme des cadets, Cler­mont a dû atten­dre une heure avant de trou­ver la bonne car­bu­ra­tion. Toulon a batail­lé pied à pied, la per­for­mance de Cas­tres a été pitoy­able, les Cham­pi­ons de France pas­sant d’un rien à côté de l’humiliation d’une défaite dans les dernières sec­on­des.
De la fumée est sor­tie des séances de debrief et on espère, à suiv­re, qu’un peu de lumière jail­li­ra des con­tenus d’entraînement. Après un XV de France en panne de lucid­ité en novem­bre (la main de Chouly et le pied de Par­ra ont coûté cher), Toulouse, le Rac­ing-Métro et Cas­tres cherchent de quoi enflam­mer leur jeu en décem­bre. La rup­ture de niveau est fla­grante, presque gênante ; cette sai­son, le pas­sage d’un cham­pi­onnat domes­tique à une coupe d’Europe, certes pré­paré, n’a pas été mesuré.
Reste main­tenant à espér­er que le fias­co du week-end dernier augure d’un rebond maîtrisé. Cas­tres, Toulouse, Per­pig­nan et le Rac­ing-Métro se doivent d’abord à eux-mêmes une revanche. Elle est atten­due. Cler­mont, fidèle à ses con­vic­tions, Mont­pel­li­er, auteur d’un match spec­tac­u­laire face à Leices­ter et Toulon vain­queur d’un com­bat con­tre Exeter, peu­vent sans dif­fi­culté élever d’un tout petit cran leur niveau de per­for­mance. De quoi se dire alors que le rug­by de France reste en course.
Dans le cas con­traire, il y aura de quoi s’inquiéter, vrai­ment, et regret­ter – mais nous n’en sommes pas encore là – que le Top 14, ses mil­lions d’euros investis, ses querelles d’égo, ses stars de papi­er et ses reven­di­ca­tions télé, phago­cyte ce qu’on pour­rait appel­er – je n’ai pas trou­vé mieux – un élan vital.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Une heure


Le rug­by con­tem­po­rain a ceci de bien fait c’est qu’il laisse mûrir les actions déci­sives. Naguère, à peine l’essai inscrit et la vague des attaquants retirée jusque dans son camp, il n’y avait que le temps octroyé par l’arbitre à l’ouvreur ou à l’arrière au moment de ten­ter la trans­for­ma­tion – sans tee, sans voiturette et sans pré­posé à la pause-bois­son – pour nous per­me­t­tre de repren­dre notre souf­fle.
Aujourd’hui, vous avez tout loisir de vous soulager, tran­quille­ment, que l’essai n’est tou­jours pas validé par l’arbitre. Ça peut dur­er longtemps, un vision­nage vidéo. Surtout avec onze caméras autour du stade. Ça laisse aus­si le temps de savour­er l’essai, d’en appréci­er tous les angles, de vous apercevoir qu’il n’est pas val­able ou qu’il est par­faite­ment jus­ti­fié de l’accorder sans l’aide d’aucun recours.
J’ai con­nu l’ère de l’essai instan­ta­né, celui qu’on voit venir en cinq sec­on­des, par­fois moins. Un essai à trois pass­es, sou­vent à deux, dans le côté fer­mé. L’ailier se baisse, aplatit, laisse la balle immo­bile dans l’en-but, décrit un demi-cer­cle et s’en retourne, félic­ité dis­crète­ment par ses coéquip­iers. L’essai ful­gu­rance, que seul un œil aver­ti pou­vait appréci­er en antic­i­pant l’action, celui de Philippe Bernat-Salles face à l’Angleterre, Tournoi 1998, le pre­mier des essais plan­tés au Stade de France, sur une passe mil­limétrée signée Benet­ton, un autre Philippe.
Il y avait aus­si l’essai jubi­la­toire, que l’on sen­tait arriv­er de loin, qui tra­ver­sait le ter­rain, mille pass­es ou au con­traire une per­cée majus­cule. Une vague venue de l’horizon, belle comme une fresque. Elle s’imprimait sur nos rétines. Je fais sou­vent défil­er l’essai de 1991, Twick­en­ham, par­ti de Pierre Berbizier pour arriv­er jusqu’à Philippe Saint-André. Ce jour de crachin, j’étais assis aux côté d’Olivier Mar­got, tout en haut du Tem­ple, l’ancien, celui en tôle de hangar peinte de vert fon­cé.
Same­di, j’en ai vu qua­tre, d’essais. Deux accordés, deux refusés. Celui de Pietersen, no prob­lem. Mais les autres, vous pour­riez les aus­cul­ter dans tous les sens, dessus, dessous, der­rière, de côté – c’est d’ailleurs ce que l’arbitre vidéo a fait -, bien malin qui saurait où va pencher la bal­ance. L’Ecossais M. Ram­age, très tatil­lon quand il offi­ci­ait sur le ter­rain, a évité trente points d’écart au XV de France, nous l’en remer­cions, mais toutes autres déci­sions que les siennes pou­vaient se jus­ti­fi­er.
Tout ça pour dire que je ne reviens pas sur le score, 19–10 en faveur des Spring­boks. Il aurait tout aus­si bien pu être de 33–3 sans qu’un scan­dale n’éclate aux abor­ds du Stade de France. Juste sig­naler qu’un arbi­tre peut décider du sort d’un match, mais que c’est l’arbitre vidéo qui choisit le score. Nous sommes là, impuis­sants, l’arbitre de champ y com­pris, à atten­dre ses déci­sions. Il porte sou­vent des lunettes, M. Vidéo, et tra­vaille dans un cagibi.
J’allais oubli­er… L’avantage, c’est qu’on peut revoir dix fois l’essai, enfin du moins l’action. C’est tou­jours ça de gag­né. L’inconvénient, c’est que chaque péri­ode, au lieu de dur­er quar­ante min­utes, se pro­longe d’une heure. Quand le match est plié assez tôt dans la par­tie, comme ce fut le cas face aux Spring­boks, ça devient long. J’ai vu, same­di soir, le pub­lic du Stade de France quit­ter les travées au coup de sif­flet final sans saluer l’équipe de France dans son tour d’adieu. Y a‑t-il un rap­port de cause à effet ?

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Plus dur


Bat­tre les Sud-Africains a tou­jours été l’apanage des grandes, des très grandes équipes de France dans l’histoire du rug­by. Un défi, un chal­lenge, écrit-on aujourd’hui. Je n’étais même pas en âge d’armer ma pre­mière passe que mon père lisait un com­bat, un très grand com­bat, celui de Denis Lalanne. Ça se pas­sait en Afrique du sud. En 1958. J’étais alors juste une étin­celle dans ses yeux.
Pen­dant qua­tre-vingt saisons, les Sud-Africains ont été cham­pi­ons du monde. Bien avant l’heure du trophée Web Ellis. Eux et pas les All Blacks, même si ça peut paraitre éton­nant à tra­vers notre grille de lec­ture actuelle. Dans l’imaginaire et dans les années 50, ils étaient «les Rug­by­men du Dia­ble». Durs au mal. Comme si vous aviez à faire tomber un bloc de mar­bre. Ils étaient ath­lé­tiques avant l’heure de la salle de mus­cu­la­tion, jouaient dans les défens­es, priv­ilé­giaient le gain de la ligne d’avantage, mul­ti­plaient les temps de jeu et les regroupe­ments. Le rug­by mod­erne, quoi…
Seuls qua­tre cap­i­taines français sont par­venus à vain­cre les Spring­boks chez eux : Lucien Mias en 1958 et Olivi­er Roumat en 1993 lors d’une série de tests et, sur un test unique, Michel Crauste en 1964 et Fabi­en Pelous en 2006. Qua­tre exploits majus­cules (mer­ci les blogueurs), qua­tre aven­tures humaines à jamais gravées. Pour l’emporter, des hommes de fer : Roques, Mar­que­suzaa, Barthe, Vigi­er en 1958 ; André Her­rero, Wal­ter Spanghero, Dau­ga, Gru­ar­in en 1964 ; Benet­ton, Cécil­lon, Mer­le, Armary en 1993; De Vil­liers, Mar­con­net, Bet­sen, Hari­nor­do­quy en 2006.
Plus près de nous, le test de Toulouse nous par­le : pour l’emporter face aux Spring­boks – ceux-là étaient auréolés d’un titre de cham­pi­ons du monde – il faut leur bris­er les reins en mêlée : Nico­las Mas le sait. Les piétin­er sous les groupés-péné­trants : Louis Picamoles et Dim­itri Szarzews­ki, qui était aus­si du suc­cès de 2006, n’ont pas oublié. Met­tre tous les points au pied : Mor­gan Par­ra va bien asti­quer sa chaus­sure gauche. Défendre en fer­mant ses plaquages : Maxime Médard est de ceux-là.
C’est ain­si que Thier­ry Dusautoir, déjà de la vic­toire au Cap en 2006, pour­ra devenir, dans l’histoire bleue, le pre­mier cap­i­taine à dou­bler les exploits face aux Boks. Après 2009 faire tomber, same­di, les Spring­boks à Saint-Denis, sera l’un des suc­cès les plus mar­quants du quinze de France. Car cette pha­lange sud-africaine s’avance comme celle de 1952, sûre d’elle, implaquable, dévas­tant tout sur son pas­sage. On ne lui trou­ve pas de faille, pas de point faible.
Lancés, ces Spring­boks enchaî­nent sans temps morts les per­cus­sions et oblig­ent les défenseurs à s’y met­tre à deux, voire à trois, pour les arrêter à chaque fois. Puis ils lais­sent l’adversaire se décou­vrir pour mieux le transpercer en con­tre, sur qua­tre-vingt mètres. Per­son­nelle­ment, en ce mois de novem­bre, ils m’impressionnent davan­tage que les All Blacks. Ils for­ment bloc fait d’un alliage de vitesse et de force.
Bat­tre cette Afrique du sud, vic­to­rieuse sans ciller des Gal­lois et des Ecos­sais, serait le suc­cès fon­da­teur d’une équipe de France qui recevra deux mois et demi plus tard l’Angleterre au Stade de France dans le cadre du Tournoi des Six Nations 2014. Les vain­queurs, same­di soir, mar­queraient aus­si des points pré­cieux dans l’optique du Mon­di­al 2015. Et on ne par­le pas de l’effet miroir qui ne man­quera pas d’éclairer cette ren­con­tre à la lumière du résul­tat de mar­di, celui des Bleus, les autres, ceux du bal­lon rond.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Vite, un havre


Il n’y a pas mieux que Le Havre. Pas mieux pour retrou­ver un peu de paix. Car enfin quoi, cette nou­velle défaite, same­di, 26–19, la qua­trième en qua­tre tests cette année face aux All Blacks, a déclenché un flot d’incompréhensions. Encore fal­lait-il, pour se faire une idée plus pré­cise du lien qui unit un pub­lic et son équipe, se trou­ver au Stade de France et non devant sa télé pour voir les travées se lever comme un seul homme, prêtes à descen­dre sur la pelouse pour s’agréger et pouss­er la dernière mêlée avec les Tri­col­ores.
Depuis le Tournoi 1998 que les Tri­col­ores se pro­duisent à Saint-Denis, jamais je n’ai vu les spec­ta­teurs hurler « Pou-ssez ! Pou-ssez ! » D’habitude, quand le match a lieu l’après-midi, ils assurent leur diges­tion, et le soir, sem­blent anky­losés de froid. Pas de chant, pas de fris­son, des olas pour pass­er le temps. Rien de cela same­di dernier: j’ai vécu un quart d’heure, le dernier, digne du meilleur, c’est-à-dire l’Arms Park…
Reste que cette défaite, pour méri­toire qu’elle soit, pousse sur un ter­reau d’échecs, sept en neuf match­es. Le pire bilan compt­able enreg­istré depuis l’ère pro. Il faut remon­ter aux années 20 pour trou­ver trace d’une série aus­si faible. De posi­tif, il n’y a que des sat­is­fac­tions indi­vidu­elles, surtout celle con­cer­nant le troisième-ligne aile du Rac­ing-Métro, Wence­las Lau­ret, au niveau d’un McCaw, les dis­cus­sions avec l’arbitre en moins.
Pour ce qu’il m’en a dit, Philippe Saint-André cherche tou­jours les trente-cinq pièces de son puz­zle. Trente-cinq joueurs sus­cep­ti­bles de dis­put­er la Coupe du monde 2015. Il a quelques cer­ti­tudes mais pas encore la vision d’ensemble du tableau ter­miné, ni même du mod­èle à suiv­re. Des noms s’additionnent sur ses tablettes, match après match. Son seul objec­tif, c’est le titre mon­di­al, pas une série vic­to­rieuse de tests face aux All Blacks ou un Grand Chelem dans le Tournoi. Car ça, le XV de France l’a déjà sur sa carte de vis­ite.
Same­di, il pren­dra la direc­tion du Havre, sa porte Océane et son stade du même nom, hom­mage aux pio­nniers qui s’initièrent aux rebonds de la balle ovale importée d’Angleterre, en face, de l’autre côté de la Manche. Pour y align­er une équipe expéri­men­tale ; l’occasion pour cer­tains de mar­quer en points dans l’optique 2015. Sans compter qu’un France-Ton­ga au Havre est assez décalé pour lui assur­er un petit répit médi­a­tique avant le choc face aux Boks, mon­strueux, qui vien­nent d’envoyer trois Gal­lois à l’infirmerie.
Dans le même temps, comme lui, nous regarderons Angleterre – Nou­velle-Zélande, la revanche du 38–21 de décem­bre 2012, seule défaite enreg­istrée par les All Blacks depuis deux ans. Un suc­cès kiwi don­nerait, beau­coup l’espèrent, un relief encour­ageant à la défaite des Tri­col­ores, same­di dernier. En ces temps de crise, on se ras­sure comme on peut.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Glissement


Pour un peu, le match très ami­cal qui opposera, tran­quille­ment et devant un pub­lic de toute façon con­quis à l’avance, le Rac­ing-Métro 92 et le Stade Toulou­sain à Hong Kong, aurait presque plus d’importance et d’impact que le test-match entre la France et les All Blacks, same­di, au Stade de France. C’est dire si les clubs du Top 14 tien­nent le haut du pavé, même quand ils jouent mal, et s’il appa­rait, mais ce n’est peut-être que mon impres­sion, que le Quinze de France ne sus­cite pas, ou plus, le même engoue­ment qu’avant.
La faute à qui ? A quoi ? Il faut dire que la litanie de défaites enreg­istrée par les Bleus ces mois derniers a de quoi lass­er le cha­land. Une équipe de France, il faut qu’elle gagne de temps en temps pour assur­er l’élan. Trois fois battue en Nou­velle-Zélande, voilà qu’elle affronte ce même adver­saire, des All Blacks qui appa­rais­sent intouch­ables. Qua­tre louch­es de caviar, donc. Il faut croire que ça com­mence à dégoûter. Rien ne frétille, rien de bruisse, pas d’excitation à l’approche de l’évènement, si ce n’est la cer­ti­tude d’en pren­dre trente, au tarif min­i­mum.
Pour­tant, jouer les All Blacks, quoi de mieux… On me dit qu’il n’y a plus un seul bil­let à ven­dre pour ce pre­mier test. Les heureux seront donc au Stade de France. Mais ailleurs ? Je n’entends pas mon­ter la pas­sion, tout sem­ble bien calme sur le front de ce test-match qui, en d’autres temps, aurait été «ven­du» deux semaines avant le coup d’envoi. Du match des All Blacks au Japon, same­di dernier, rien à dire, ou si peu. Comme si nous étions habitués, main­tenant, à voir évoluer McCaw et Carter, deux mon­u­ments du rug­by, deux génies de ce jeu.
Il n’y en a que pour les clubs, cha­cun d’entre vous sup­por­t­ant le sien et bas­ta. Le rug­by devant sa porte, en somme. L’idée que l’on se fait d’un rug­by de France, d’une équipe de France, d’un plus grand dénom­i­na­teur com­mun en bleu, blanc et rouge, tout cela s’efface der­rière le Cham­pi­onnat domes­tique qui a valeur d’étalon. Comme si tout le monde se foutait bien de ce qui va arriv­er same­di, ou plutôt comme si cha­cun craig­nait la rouste majus­cule, une de plus.
Je vais espér­er que les Tri­col­ores (les Bleus, c’est pour le foot) se jet­tent comme des morts de faim sur les bal­lons au sol, qu’ils assè­nent des plaquages de wisig­oths, découpent menu du all black, poussent comme des sourds en mêlée, mon­tent des chan­delles pour met­tre le feu au point de chute ; qu’ils dis­putent ce match comme s’il s’agissait d’une phase finale de Coupe du monde. Comme en 1999, comme en 2007, comme en 2011. Qu’ils com­bat­tent. Col­lec­tive­ment. Et nous éclairent avec deux traits de génie, pas davan­tage. Ca suf­fi­ra.
Après, franche­ment, le score, je m’en con­tre­fiche. C’est le con­tenu du match que je vais appréci­er. Pour savoir ce que ces Tri­col­ores-là ont dans le ven­tre. Ils savent jouer, per­son­ne ne va leur appren­dre le rug­by. Mais sont-ils capa­bles, indi­vidu­elle­ment, de se sor­tir les tripes ? Sont-ils capa­bles, ensem­ble, d’agir en équipe ? Sont-ils capa­bles de faire aimer, de nou­veau, une équipe de France ? De faire vibr­er une dizaine de mil­lions de per­son­nes devant l’écran ?
L’enjeu de ce match, France – All Blacks, qui sonne comme un titre d’opéra, va au-delà d’un suc­cès ou d’une défaite. Il s’agit de pri­or­ité. Pri­or­ité à l’équipe de France ou au Top 14 ? Dans un con­texte où la con­ven­tion FFR-LNR n’est tou­jours pas signée, où les Coupes d’Europe avan­cent (ou recu­lent) sans vis­i­bil­ité, où le Top 14 s’exporte en Asie et les Tri­col­ores présen­tent un bla­son terni, ce test en est un. Un vrai. Soit un sens com­mun se dégagera, soit l’intérêt par­ti­c­uli­er l’emportera… Pas cer­tain que les joueurs mesurent ce qu’ils vont affron­ter, same­di : l’opprobre ou l’appartenance.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Par chaos


Que trente des meilleurs joueurs français soient con­vo­qués par le staff tri­col­ore pen­dant trois jours à Mar­cous­sis pour pré­par­er, cette semaine, les trois tests à venir du Quinze de France en novem­bre face à la Nou­velle-Zélande, les Ton­ga et l’Afrique du sud, et voilà que les entraîneurs du Cham­pi­onnat hurlent au scan­dale. Comme s’il n’y avait que le Top 14 qui vaille.
Que le comité directeur de la Ligue Nationale de Rug­by décide de relever le nom­bre de JIFF sur la feuille de match, la sai­son prochaine, vous savez ce quo­ta qui indique qu’il faut quand même que des joueurs issus de la for­ma­tion française dis­putent le Cham­pi­onnat de leur pays, et voilà que les prési­dents du Top 14 déci­dent de se désol­i­daris­er de l’homme qu’ils ont élu, à savoir Paul Goze. Comme s’il n’y avait que le recrute­ment à l’étranger qui vaille.
Que l’ERC fasse un pas en avant et tende la main aux fron­deurs (la LNR et le Pre­mier­ship) pour que vive la Coupe d’Europe dans l’intérêt de tous en accep­tant la qual­i­fi­ca­tion au mérite sportif et une meilleure redis­tri­b­u­tion des béné­fices, et voilà que les prési­dents des deux Ligues, l’Anglaise et la Française, con­tin­u­ent de vouloir tout diriger au mépris du règle­ment de l’IRB. Comme s’il n’y avait que le pognon et le pou­voir qui vail­lent.
Qu’un joueur de rug­by inter­na­tion­al de haute volée, dis­ons Mike Phillips, un mec qui a bat­tu l’Australie chez elle dans une série de test-match­es – ce que la France n’est jamais par­v­enue à réalis­er soit dit en pas­sant – soit viré de son club, l’Aviron, parce qu’il est arrivé éméché à une séance vidéo sans grand intérêt avant une ren­con­tre de Chal­lenge européen dont il aurait dû être exemp­té, quand toute une ville, Bay­onne, est aus­si con­nue pour ses fêtes et ses liba­tions, a de quoi inter­peller. Comme si un joueur de rug­by ne pou­vait plus pren­dre une bonne murge.
Un chaos sec­oue le rug­by français, celui de la FFR et celui de la LNR. Les dirigeants, dont on attend qu’ils tra­cent un cap et s’y tien­nent, ne fonc­tion­nent qu’en regar­dant là où se trou­ve leur pro­pre intérêt, et si celui-ci oscille et varie, alors il en sera de même pour leurs engage­ments. Coupe d’Europe, JIFF, con­ven­tion LNR-FFR, rien n’est signé… Dans cette vilaine cui­sine, seuls les joueurs sem­blent garder leur rang. Même s’ils ne jouent pas tou­jours très bien, ni avec beau­coup d’ardeur.
Quelqu’un a‑t-il une bonne nou­velle à nous faire partager ?

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Du même club


Je n’ai jamais trou­vé mieux qu’un club-house pour vivre le rug­by. Le ter­rain c’est bien mais on passe trop de temps à regarder la vidéo, ces derniers temps. Surtout pour décou­vrir qu’on con­nait le sce­nario, qu’il est sans sur­prise et que l’essai aurait dû être accordé immé­di­ate­ment sans pass­er par la case mag­né­to. Cette inno­va­tion, si j’en crois cer­tains joueurs qui s’en sont ouvert «off the record» est comme l’écran : elle tombe sou­vent à plat.
Au moins là on peut refaire le match avec de meilleures images, c’est-à-dire celles que l’on garde présentes à l’esprit et dont la qual­ité, c’est notable, s’améliore au fil du temps, par­al­lèle avec le bon vin, ce qui nous per­met d’enchaîner avec le fait que dans un club-house qui se respecte, il y a tou­jours un pili­er de bar qui a joué avec les légen­des du cru, – tou­jours bon, le cru – et même avec votre père.
Dans un club-house nous sommes entre nous, un peu comme ici sur ce blog qui ne ferme jamais. Pas besoin de dévelop­per le pro­pos, de l’illustrer, d’y met­tre des sous-titres, nous nous com­prenons à demi-mots, parta­geons les mêmes déf­i­ni­tions de ce que sig­ni­fient «valeur», «mar­ron», «trou» et «Pink Floyd», surtout avec ceux qui ne savent pas que Nick Mason a dis­puté plusieurs fois les 24 heures du Mans.
Alors qu’elle ne fut pas ma joie de recevoir, en avant-première,l’ouvrage de nos amis bloggeurs Antoine Aymond, Frédéric Hum­bert et Nemer Habib inti­t­ulé «Rug­by Clubs de France», flo­rilège d’anecdotes et de pho­tos inédites, éru­di­tion dis­crète et par­ti pris assumé. Un gros bouquin large comme un bal­lon, épais comme une baffe de Palmié, ten­dre comme un sou­venir d’enfance.
Dans sa pré­face, coup d’envoi majus­cule, un cer­tain Pierre Albalade­jo par­le des valeurs éthiques et éduca­tives de ce jeu, et cha­cune de ses lignes, comme une passe, vaut pour la justesse, la per­ti­nence et la pré­ci­sion. Il y par­le de lui comme jamais je ne l’ai lu et ça n’a pas l’air d’être à la pre­mière per­son­ne tant le pro­pos touche à l’universel. C’est notre esprit qu’il ouvre, Bala, et pas seule­ment cet ouvrage.
Quar­ante-qua­tre clubs racon­tés comme si nous étions au club-house, mail­lots d’époque sous verre, cartes postales pour tim­brés, trophées sur l’étagère et bière à volon­té. Et puis il y a les équipes-types. Là, je me suis pris au jeu. J’ai pour­tant l’habitude d’en com­pos­er, le lun­di, sur L’Equipe.fr… Je sais ce qu’il faut de mau­vaise foi et de sub­jec­tiv­ité pour irrit­er le cha­land. Et bien j’ai craqué à mon tour, j’ai cher­ché Pierre Villepreux et André Brouat, Jon­ny Wilkin­son et Jérôme Bianchi. Mais j’ai trou­vé Jacky Adole, Philippe Guil­lard et Hervé Tilhac.
Je vais lui offrir ce livre, d’ailleurs, à Jacky Adole. Nous avons ren­dez-vous la semaine prochaine à Limeuil, là où la Vézère et la Dor­dogne se rejoignent, pour par­ler – ça va dur­er longtemps – rug­by, champignons et lit­téra­ture. Aus­si de Périgueux, de Car­cas­sonne et de La Rochelle, trois clubs chers à son cœur ovale. Parce qu’il y a tou­jours un écus­son, la couleur d’un mail­lot ou une com­po­si­tion d’équipe pour nous ramen­er au jeu de notre enfance. Moi, j’avais douze ans, c’est en jaune et noir, à Mar­cel-Deflan­dre, sous la pluie face à Toulon à la fin de l’automne 1971. Et vous ?

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

De l’appétit


Vu le stress accu­mulé par les locataires du Top 14 depuis la mi-août, la pre­mière journée européenne risque d’être un peu molle du genou. Neuf match­es de Cham­pi­onnat à flux ten­du usent les organ­ismes. L’occasion de faire tourn­er l’effectif. Et se sou­venir que joueurs et entraîneurs suent depuis le début juil­let. En ProD2, c’est break tous les cinq match­es mais pour l’élite du rug­by français, les travaux d’Hercule ne vont pas par paquet de neuf ni de douze, ou alors il faut compter en mois. Rug­by non-stop.
Du coup, ça niv­elle. Treize clubs ser­rés en onze points après neuf journées, du jamais vu en Top 14. Impos­si­ble de détach­er un club du haut. Les ten­dances sont légères. Toulon, Toulouse et Mont­pel­li­er avan­cent au coude à coude. Der­rière ce trio un groupe com­pact. Unique décrochage au cul de ce pack, Oyon­nax, douz­ième, avec trois points de retard sur Cas­tres pour une his­toire de bonus, les deux clubs comp­tant le même nom­bre de vic­toires, qua­tre.
Une seule ten­dance lourde se des­sine. Pour l’apercevoir, il est néces­saire de regarder penché, quand l’amer se retire à marée basque. Bay­onne et Biar­ritz tombent en posi­tion de relé­gables. Trois suc­cès pour l’Aviron, seule­ment un pour l’Olympique. A eux deux, juste de quoi éviter la mis­ère, et encore… Les cousins de la Côte ont de la chance dans leur mal­heur : heureuse­ment qu’il existe le bonus défen­sif, sinon ils seraient enter­rés encore plus pro­fond.
On dis­ait plus haut que le CO comp­tait qua­tre vic­toires. Bien mai­gre pour un cham­pi­on de France en titre. J’aurais plutôt ten­dance à écrire cinq défaites. Comme Bor­deaux et Oyon­nax. Mais ces deux clubs-là n’ont pas de stand­ing à défendre ou à hon­or­er, selon. Il faut croire que le boucli­er de Bren­nus est lourd quand il s’agit de le porter à bout de bras. Cler­mont en son temps, sacré, a mis deux saisons avant de retrou­ver de l’élan. On le voit  bien, c’est humain, Cas­tres viv­ote sur son acquis. Ce qui met en lumière, s’il en était besoin, la per­for­mance du Stade Toulou­sain, car­nassier, sur trois décen­nies : trois titres entre 1985 et 1989, six entre 1994 et 2001, puis encore trois autres entre 2008 et 2012.
La table des pré­ten­dants aux six pre­mières places qual­i­fica­tives pour la phase finale et l’Europe – encore que de ce côté-là l’avenir soit très flou – est bien gar­nie. Du coup, c’est en cui­sine qu’il faut aller chercher les révéla­tions. Christophe Urios, coach en chef d’Oyonnax, a gag­né sa pre­mière étoile. Tout comme Philippe Car­bon­neau, à Brive. Deux per­son­nages hors normes qui ne mâchent pas leurs mots pour con­coc­ter un rug­by à la fois sub­til, tac­tique­ment, et rob­o­ratif à l’impact, leurs adver­saires peu­vent en témoign­er.
P.S. : Dans un Cham­pi­onnat con­stel­lé d’étoiles du Sud, l’humilité paye. Les joueurs qui ont bril­lé jusqu’à présent étaient en début de sai­son dans l’anonymat. Aujourd’hui, à l’heure du bilan, on appré­cie – pour tout ce que ça représente – qu’ils puis­sent com­pos­er l’appétissante équipe type des neuf pre­mières journées : Bon­neval (Paris) – Tian (Oyon­nax), Combe­zou (Mont­pel­li­er), Aguil­lon (Oyon­nax), Gar­vey (Cas­tres) – (o) Urdapil­leta (Oyon­nax), (m) Pélis­sié (Mont­pel­li­er) – Y. Cama­ra (Toulouse), Koya­mai­bole (Brive), Purll (Per­pig­nan) – Flan­quart (Paris), Le Devedec (Brive) – Edwards (Greno­ble), Ribes (Brive), Chioc­ci (Toulon).

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

C’est lancé

Jamais Coupe d’Europe n’aura été autant suiv­ie. For­cé­ment : ça risque d’être la dernière. La dernière sur ce for­mat, avec les Anglais, j’entends. Parce que l’ERC va faire sans eux. Comme en 1995/1996. Si la H Cup, qui peinait à se faire une place au soleil entre le Pre­mier­ship et le Top 14, avait voulu se pay­er un coup de pub, elle ne s’y serait pas mieux prise. On n’entend par­ler que d’elle. Et lun­di, ce 23 sep­tem­bre, il y avait foule dans le salon de France Télévi­sions au moment de présen­ter la dix-neu­vième édi­tion, et pas seule­ment pour l’excellent buf­fet qu’on y ser­vait.
Que les clubs anglais veuil­lent davan­tage de pognon, ça les regarde et ils ne sont pas les seuls dans ce cas. Que les Anglais, dans l’Europe rug­bys­tique comme dans l’Europe poli­tique, économique, finan­cière et sociale, ne pensent qu’à eux, ce n’est pas nou­veau. Réflexe insu­laire. Que les Anglais sig­nent un con­trat télé en cachette, dans leur coin (on vous en par­lait ici même dès jan­vi­er) ne fait que con­firmer leur état d’esprit : moi d’abord et les autres ensuite. Qu’ils déci­dent, comme en 1995, 1999 et 2007, de quit­ter la H Cup, on con­nait le refrain. Et à la fin de la chan­son, ils finis­sent tou­jours par revenir.
On ne change pas un Anglais. Mais, en revanche, à quoi joue Paul Goze ? Com­ment la LNR peut-elle accepter de se décrédi­bilis­er ain­si en annonçant la créa­tion d’une com­péti­tion pirate ? «Inélé­gant», «hors de pro­pos», mais aus­si «ridicule», «incom­préhen­si­ble», j’en passe des plus salés : que de reproches ai-je enten­du, lun­di, venant de joueurs et d’entraîneurs du Top 14 au sujet de l’annonce du pro­jet d’une com­péti­tion pirate fran­co-anglaise… Sans compter que le tim­ing, la veille de la présen­ta­tion de l’actuelle H Cup, ne fait pas seule­ment grin­cer des dents, il en dit long sur l’esprit – pas très rug­by – qui ani­me le patron du rug­by pro français, aco­quiné avec les Anglais.
RCC. Rug­by Cham­pi­ons Club. Où est-ce que vous voyez écrit «Europe», vous ? Moi, nulle part. En fait, il ne s’agit pas d’une Coupe d’Europe bis mais d’une com­péti­tion entre clubs anglais et français qui ne va pas tarder à annon­cer l’agrégat de provinces sud-africaines, elles aus­si attirées par l’argent (qui vien­dra ain­si combler le trou qui s’élargit dans leurs caiss­es), et pourquoi pas d’équipes russ­es, cana­di­ennes, améri­caines et argen­tines, deux sélec­tions Pumas mon­tées de toutes pièces dont on sait qu’elles vont prochaine­ment inté­gr­er le Super 15.
J’imagine que si la LNR a choisi la voie du putsch avec le risque de s’aliéner tout le monde, à com­mencer par l’organisateur, les dif­fuseurs et les insti­tu­tions (FFR, IRB), c’est parce qu’elle est sûre de son fait. Pour autant je ne suis pas cer­tain que les instances (Provale, Tech XV, etc…) aient été con­sultées, pas même tous les prési­dents de Top 14, et encore moins ceux de ProD2. Nor­male­ment, la LNR par­le au nom du rug­by pro. Il me sem­ble, là, que l’on n’entend qu’une voix, con­seil­lée par deux per­son­nes qui se gar­dent bien de l’ouvrir : René Bous­ca­tel, prési­dent du Stade Toulou­sain, et René Fontès, ex-prési­dent de Cler­mont.
En couliss­es, avenue de Vil­liers, dans le 17e arrondisse­ment de Paris, il se dit que la Ligue ne fera pas machine arrière. Tout est calé, la car­gai­son assurée, le cap tracé. Bref, la RCC est lancée. Ren­dez-vous fin octo­bre pour en savoir plus. Le 23 octo­bre, l’ERC se réu­ni­ra autour du médi­a­teur choisi par l’IRB pour faire avancer le dossier. Je suis per­suadé que la LNR et le Pre­mier­ship organ­is­eront un raout un jour plus tôt pour nous faire partager leur pro­jet. J’ai surtout le sen­ti­ment que ce dimanche 22 sep­tem­bre, à midi, le rug­by européen s’est ridi­culisé. Les valeurs du ter­rain – sol­i­dar­ité, sou­tien, respect, lien – (ce qu’on appelle l’esprit rug­by) exis­tent tou­jours et per­me­t­tent, fort heureuse­ment, de faire la dif­férence entre une équipe et quinze joueurs. Mais ont-elles encore cours chez ceux qui diri­gent ce sport pro ?
Pho­to prise à Bath. Là d’où tout le bazar est par­ti, ini­tié par son prési­dent, un mil­liar­daire anglais dénom­mé Bruce Craig.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire