Visions d’une synthèse

Pour trou­ver quinze propo­si­tions, les douze mem­bres de la cel­lule tech­nique n’ont pas for­cé le trait, même si présen­ter l’amélioration de la qual­ité des ter­rains comme une des clés de la réus­site prochaine du XV de France pousse plutôt à sourire. Ain­si, si l’on en croit la cir­cu­laire, la pro­fes­sion­nal­i­sa­tion des jar­diniers du Top 14 serait une des solu­tions mir­a­cles pour per­me­t­tre à l’équipe nationale de devenir, un jour prochain, cham­pi­onne du monde. Plus sérieuse­ment la sys­té­ma­ti­sa­tion de pelous­es hybrides pour favoris­er le jeu durant l’hiver est en marche.
Quand nous avons reçu, comme nos con­frères, le jeu­di 7 avril, la «syn­thèse du rap­port des mesures pro­posées par la cel­lule tech­nique», j’ai cru que je m’étais trompé d’une semaine. «Elargir la feuille de match» ? A qui, à quoi ? Plus de jeunes joueurs ? Pass­er à dix rem­plaçants ? Et demain à quinze, soit deux équipes ? «Faire respecter les oblig­a­tions légales des entraîneurs et des édu­ca­teurs» ? Il y aurait donc dans l’élite des entraîneurs sans diplômes offi­ciels et pour autant rémunérés ? Sans par­ler d’ «har­monis­er les arbi­trages». Pourquoi donc un pluriel ? Il y aurait donc plusieurs arbi­trages au sein d’une fédéra­tion pour un même règle­ment ? Et bien oui: nos arbi­tres ne sif­flent pas de la même façon en Top 14, en Coupes d’Europe, en test-match­es et en Coupe du monde. Autant dire net­toy­er les écuries d’Augias.
Au chapitre des propo­si­tions déjà expéri­men­tées, et sans aucun suc­cès, on décou­vre la com­mu­ni­ca­tion d’une liste de trente joueurs «élite» et de son pen­dant «développe­ment». Soit soix­ante noms. Ce qu’avait fait Philippe Saint-André, avant de s’apercevoir qu’il s’agissait autant d’un fil à la pat­te que d’une mesure cos­mé­tique. Quid des tal­ents qui éclosent, des hommes en forme, des sur­pris­es, de révéla­tions ? Quant au «con­trat objec­tif partagé», et «per­son­nal­isé», il existe déjà entre le staff tri­col­ore et les sélec­tion­nés. Pourquoi donc le for­malis­er ?
«L’intersaison adap­tée au niveau de sol­lic­i­ta­tion du joueur», compte tenu des vacances oblig­a­toires à pren­dre et ajouté à la «mise à dis­po­si­tion éten­due», ain­si qu’à la «péri­ode de régénéra­tion», aurait mérité un pavé dans l’amer, du type «con­trat fédéral pour les inter­na­tionaux sur la durée du Tournoi des Six Nations». Tout le monde tourne autour, les joueurs l’appellent de leurs vœux mais ne souhait­ent pas le faire savoir, et pour en avoir dis­cuté «off» avec plusieurs inter­viewés de cette cel­lule tech­nique, je me demande bien pourquoi cette propo­si­tion n’a pas été retenue. Et bien parce que les prési­dents de Top 14 cri­ent haro et se voient comme les grands per­dants de ce nous rap­port de force.
Alors pour calmer leur ire, il aurait été décidé de réé­val­uer la com­pen­sa­tion finan­cière aux clubs et surtout, adapter ce «salary cap» qui per­met de recruter des stars mon­di­ales, type Carter, Genia et Nonu, sans que leurs émol­u­ments ne soient pris en compte dans l’enveloppe budgé­taire. Ou alors que celle-ci soit aug­men­tée en pro­por­tion du nom­bre d’internationaux hap­pés par le XV de France. Voilà bien l’image du rug­by français : favoris­er les intérêts indi­vidu­els plutôt que le bien com­mun. Cela dit, ce n’est pas pro­pre au rug­by. Mais on aimerait que la société s’inspire de notre sport plutôt que l’inverse, ce que je garde comme vœu pour la fin de l’année.
Dans le genre opaque, au thème «Jeu», j’ai appré­cié la propo­si­tion «évo­lu­tion des cham­pi­onnats pro­fes­sion­nels.» Per­son­ne ne sait vrai­ment à quoi cela fait référence : réduc­tion ou aug­men­ta­tion du nom­bre de clubs dans l’élite ? Match de bar­rage pour la descente/montée ? Ou pas. En revanche, dans le thème «For­ma­tion» les trois propo­si­tions «évo­lu­tion du dis­posi­tif JIFF», «refonte de la com­péti­tion Espoir» et «opti­mi­sa­tion du temps de jeu des jeunes joueurs» ouvrent quelques per­spec­tives. Pas sûr que ce soit assez cepen­dant pour pro­téger nos tal­ents juniors. Mais c’est au moins un début.
J’aurais surtout aimé qu’on ajoute à cette syn­thèse étique la créa­tion d’une équipe nationale Espoirs pour les 20–23 ans, avec organ­i­sa­tion de tournées, stages et suivi. C’est pré­cisé­ment à cet âge-là que les espoirs s’effacent, que cer­tains dis­parais­sent. On notera que ces propo­si­tions sont «respectueuses de la struc­tura­tion exis­tante du Rug­by français et de son équili­bre économique.»
J’engage – façon de par­ler, je n’ai pas de bud­get – cha­cun d’entre vous à livr­er ici en com­men­taire une propo­si­tion. Pas deux, pas dix, pas treize, pas quinze. Non, juste une cha­cun. Celle qui vous sem­ble la plus déci­sive pour «amélior­er la per­for­mance du XV de France».  Je vous pro­pose, à l’instar de la cel­lule tech­nique, de réfléchir à trois thèmes : la ges­tion des joueurs inter­na­tionaux ; la for­ma­tion et le jeu. 
Lun­di 18 avril, vos 17 propo­si­tions les plus mar­quantes seront pub­liées sur le site de L’Equipe.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Passe à l’Autre

La ten­sion, pal­pa­ble, est à la hau­teur des enjeux financiers et poli­tiques nés des mon­tées et descentes qui jalon­nent la vie des clubs de Top 14 et ProD2 depuis que le rug­by est pro. Eclat issu de cette pres­sion expo­nen­tielle, on regret­tera les insultes, injures, men­aces et autres pro­pos orduri­ers tenus par l’arrière d’Oyonnax, Sylvère Tian, dans un état sec­ond, same­di.
Pour ma part, ayant com­mis un arti­cle au sujet des six meilleurs joueurs d’Agen qu’il serait dom­mage de voir évoluer en divi­sion inférieure tant leur tal­ent est grand, au point qu’ils pour­raient intéress­er cer­tains clubs assurés de rester dans l’élite, j’ai eu droit à une dia­tribe de la part du prési­dent Tin­gaud, m’enjoignant Twit­ter – appré­ciez le comble – de rester à ma place. Sail­lies de moin­dres ampli­tudes que le coup de sang de Sylv-ire Tian.
Si on peut rire, ce fut mon cas, des con­seils édi­to­ri­aux d’un prési­dent investis­seur qui, comme beau­coup de ses col­lègues, fait du rug­by pro­fes­sion­nel une foire aux bes­ti­aux, lesquels mag­nats recru­tent leurs jok­ers sur fax et You Tube nonob­stant le souci de faire tourn­er leurs cen­tres de for­ma­tion, l’explosion dans l’Ain, elle, exprime un trou­ble bien plus inquié­tant.
D’après un de mes con­tacts, il sem­blerait que beau­coup – trop – d’entraîneurs des clubs d’élite soient au bord du burn-out. Voire même pour cer­tains déjà dedans. Et ce depuis la sai­son dernière. Vic­times de ten­sion man­agéri­ale, oblig­a­tion de résul­tats, horaires à flux ten­du, plan de suc­ces­sion et par­tic­i­pa­tion aux activ­ités con­nex­es, les coach­es dégoupil­lent à la moin­dre erreur d’arbitrage, à la plus petite phrase ironique ou la moin­dre déri­sion dans un arti­cle. Voici main­tenant que les joueurs pren­nent ce mau­vais pli. La cote d’alerte est atteinte.
Dans ce con­texte ten­du, la journée de same­di 2 avril, «Tarbes en Phi­lo», organ­isée par l’Association Reliance en Big­orre au Théâtre des Nou­veautés, est un baume, table ovale pré­parée et présen­tée par Christophe Scha­ef­fer pour lier philoso­phie et rug­by. Ce qui sem­ble être ici sur Côté Ouvert une envie récur­rente.
Sartre écrivait : «L’Autre, ce Moi qui n’est pas Moi». Tel est le coup d’envoi de l’échange entre Michel Crauste, Jean Tril­lo, Patrice Lag­is­quet, Jean-Pierre Garuet et Dries van Heer­den (notre pho­to), mais aus­si Sophie Sur­rul­lo et le rédac­teur en chef de La Dépêche, Jean-Louis Toulouze, same­di, à Tarbes.
Pour les exis­ten­tial­istes, la décou­verte d’autrui est intime­ment liée à la décou­verte de soi. Autrement dit, l’autre est ce qui me per­met d’être moi. «En quoi le rug­by per­met-il de faire cette décou­verte ?», inter­roge Christophe Scha­ef­fer. Michel Crauste répond : «Le rug­by m’a per­mis d’expérimenter et de con­firmer ce dont j’étais capa­ble,» évo­quant dis­ci­pline et édu­ca­tion, mais aus­si tra­vaille, entraide, règles de con­duite. Des con­cepts qui le définis­sent par­faite­ment. «Sans le rug­by, je n’aurais pas été l’homme que je suis devenu», assure le Mon­gol.
Con­cer­nant la décou­verte de soi à tra­vers l’autre, en tant que joueur puis édu­ca­teur, Jean Tril­lo recen­tre sa réflex­ion au poste qu’il occu­pait, ce «cen­tre où on est deux. Au cen­tre, on passe sa vie à chercher et à trou­ver l’autre. Dans cette créa­tion partagée, il y a une forme d’isolement, de dif­fi­culté, et c’est ce qui sert à arriv­er à l’excellence.»
Décou­verte de soi à met­tre en rap­port avec l’amitié. «Le philosophe grec Aris­tote dis­ait que la con­nais­sance de soi est un plaisir qui n’est pas pos­si­ble sans la présence de quelqu’un d’autre qui soit notre ami,» rap­pelle l’ami Scha­ef­fer, avant de lancer Jean-Pierre Garuet qui avoue : « Les piliers, c’est comme les bœufs, ça marche par paires. Quand on sent que le copain dévie un peu sur la droite, on remet un coup à gauche pour lui porter sec­ours. Sans com­mu­nion, rien n’est pos­si­ble ». Cette con­fi­ance, com­pa­ra­ble à une société, analo­gie pour le vivre ensem­ble. Reste de savoir si le rug­by peut encore être une école de la vie dans son con­texte actuel. Ce qui nous ramène au pre­mier para­graphe de cette chronique.
La mêlée, creuset de sol­i­dar­ité, com­plic­ité, sou­tien. « Si vous ne vous aimez pas dans la mêlée fer­mée, vous n’avancez pas… », note Garuet. Mais à con­sid­ér­er que se con­naitre soi-même se fait à tra­vers l’autre, note Scha­ef­fer, com­ment tra­vailler avec les dif­férences de cha­cun que ce soit dans une équipe ou dans la vie ? A Patrice Lag­is­quet de répon­dre : «Il faut chercher l’équilibre entre tous les pro­fils, le mariage entre le poten­tiel physique et le tem­péra­ment. Le dan­ger est d’aller chercher des pro­fils avec qui on va s’entendre alors qu’en réal­ité un cer­tain type de con­flit, d’opposition, peut faire avancer.»
Autre volet du ques­tion­nement, la passe. Mau­rice Prat dis­ait : «Si on  n’a  rien com­pris à la passe, on n’a rien com­pris au rug­by.» Tril­lo pro­longe l’aphorisme. «La passe devient un trait d’union afin de n’être plus qu’un. Ce bal­lon qui passe de main en main, ce bal­lon por­teur d’allégresse, de bon­té, d’amour de l’autre, finit par réu­nir les êtres au point de les con­fon­dre. C’est encore pour un instant la défaite de la soli­tude, de l’individualisme, de la bêtise.»
La nature de ce trait d’union, c’est aus­si d’après Jean Tril­lo le lien qui ne s’est pas effec­tué entre les deux rug­by, le mod­erne et le con­tem­po­rain, alors que pour l’ancien cap­i­taine du XV de France, ils ne sont pas néces­saire­ment incom­pat­i­bles.
«Au rug­by, seul, on n’est rien», assur­ait Eric Champ. L’autre – mon coéquip­i­er – attend autant de moi que moi j’en attends de lui. Ceci engage donc une respon­s­abil­ité, pré­cise Christophe Scha­ef­fer. On peut penser, avec le philosophe Emmanuel Lév­inas, que «le moi, devant autrui, est infin­i­ment respon­s­able». Je n’ai pas le choix : je dois répon­dre présent, mal­gré moi, assure Scha­ef­fer, avant de con­clure : «Cette respon­s­abil­ité, quelle est-elle vrai­ment ? Un altru­isme, qui peut être décrit comme l’ouverture du moi au prof­it d’autrui ? Cette respon­s­abil­ité, est-ce un devoir ? Com­ment la com­pren­dre à l’échelle d’une société, du vivre ensem­ble ?»
En guise d’épilogue, mais plus cer­taine­ment d’ouverture à la deux­ième édi­tion de cette table ovale, Christophe Scha­ef­fer nous livre cette anec­dote. «A la fin, une dame dans la salle a dit : Je ne con­nais­sais pas le rug­by. Non seule­ment, j’ai appris à le con­naître mais à l’aimer. Je ne savais pas à quel point c’était de la philoso­phie… » Des mots sur nos maux.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

SOS médecin

Le rug­by alter­nait naguère con­tacts et évite­ments. Il se résume désor­mais en de mul­ti­ples col­li­sions. Les com­mo­tions oblig­ent les joueurs à sor­tir du ter­rain afin de subir un pro­to­cole. L’intervention régulière de staffs médi­caux des clubs  – la dernière en date au stade Pierre-Mau­roy de Lille pour Cra­mond – n’est pas entourée de toutes les garanties. Ce con­stat, guère réjouis­sant pour la san­té et l’intégrité des joueurs, engen­dre ici la réac­tion d’un bloggeur, Alain Sauné, aka «Tau­tor», ancien joueur, médecin urgen­tiste en Top 14, ProD2 et Fédérale 3, mem­bre de la com­mis­sion médi­cale du comité Midi-Pyrénées pour les sélec­tions moins de seize et dix-sept ans, texte que je soumets à votre sagac­ité.
«Le rug­by pro­fes­sion­nel est une affaire de pro­fes­sion­nels. Mais rien n’est fait par les com­mis­sions médi­cales LNR et FFR, par­ents pau­vres, pour avoir le meilleur pro­fes­sion­nal­isme au bord du ter­rain. L’exemple typ­ique con­cerne la com­mo­tion cérébrale.» Face au pays de Galles, le troisième-ligne aile inter­na­tion­al parisien «Antoine Bur­ban sort pour le pro­to­cole et revient dix min­utes min­utes plus tard.» Le week-end suiv­ant, il était encore vic­time d’un KO à Pau, avant d’être inter­dit de pra­tique sportive pen­dant un mois.
«En revanche, lors du match France-Angleterre, le cap­i­taine Dylan Hart­ley, vic­time d’une com­mo­tion cérébrale, est pris en charge par le staff médi­cal anglais avec l’aide d’une équipe de sec­ouristes, selon les normes en vigueur. Seule man­quait la voiturette. Same­di, lors de Toulon-Rac­ing, com­mo­tion cérébrale avec hémor­ragie nasale ou buc­cale ? Sans sec­ouristes, sans soins adap­tés, un zom­bie est évac­ué entre le médecin et son adjoint ! Stop.
Il est grand temps que le rug­by se dote d’une médecine pro­fes­sion­nelle. Pri­mo, il faut être au moins médecin du sport, ce qui n’est pas le cas sur le Top 14 et la Pro D2. Sec­on­do, ceux qui ne pra­tiquent pas la médecine d’urgence devraient être for­més, non pas à des stages de com­plai­sance, mais par des spé­cial­istes, laque­lle for­ma­tion com­prendrait, comme en Angleterre, un exa­m­en écrit (on est reçu si on a plus de 75% de bonnes répons­es) qui donne droit ensuite à une for­ma­tion pra­tique sur deux semaines. Au terme de quoi vous pou­vez offici­er sur les ter­rains pen­dant deux ans, licence renou­ve­lable.
Le staff médi­cal doit s’adjoindre une équipe de sec­ouristes pro­fes­sion­nels, rom­pus à la prise en charge stan­dard­is­ée d’une com­mo­tion. Aujourd’hui, une com­mo­tion cérébrale, ou perte de con­nais­sance, voire un coma, est prise en charge – dans le domaine pub­lic – par le SAMU et les pom­piers ? Pourquoi pas en rug­by ? Un médecin ne peut gér­er à la fois le ter­rain et l’infirmerie. Il faut déléguer ces tâch­es à un urgen­tiste, médecin indépen­dant. Ne fau­dra-t-il pas créer comme en F1 une vraie infirmerie, disponible pour les deux équipes avec des moyens tech­niques et humains adap­tés ?
Il en est de même pour les plaies : pourquoi lim­iter le temps d’un saigne­ment à dix min­utes ?  Et les frac­tures… Il est néces­saire d’avoir à dis­po­si­tion tous les types d’attelles afin d’immobiliser pro­pre­ment les frac­tures, meilleur traite­ment antalgique en pre­mière inten­tion. Lors le match Greno­ble-Stade Français, le joueur vic­time d’une lux­a­tion du coude sor­tit avec une attelle, mais elle cor­re­spondait à celle util­isée pour un mem­bre inférieur. Encore une preuve d’amateurisme.
Il faut ensuite pren­dre en charge la douleur. Pour cela, il est néces­saire de dis­pos­er de médecins aguer­ris à la pra­tique des injecta­bles. A quand l’utilisation du Méopa (gaz hila­rant) pour manip­uler des frac­tures, des lux­a­tions, voir sutur­er des plaies ? Vous l’avez com­pris, en rug­by, nous sommes encore au stade de la médecine rurale. Et si on par­le dopage, un con­trôle ne peut démar­rer qu’à la fin du match, et non avant comme ce fut le cas à Lille…»
Ce «dossier» médi­cal est un pavé dans la mare – le marig­ot ? – de la LNR et de la FFR. J’avais souhaité, lors de notre pre­mière ren­con­tre au restau­rant Les Quin­conces en marge des dernières demi-finales, à Bor­deaux, que ce blog soit aus­si le vôtre, inter­nautes, et que vous puissiez exprimer, dans cette vit­rine, le meilleur de vos coups de gueule et de vos coups de coeur. C’est désor­mais le cas. Je m’en réjouis.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Virage relevé

Celles et ceux qui ont suivi le rug­by ce week-end, et il y en avait même beau­coup, de rug­by et de spec­ta­teurs-sup­por­t­eurs, s’entend, n’ont pas man­qué de garder à l’esprit le chiffre 41. Comme le nom­bre de points inscrits par les Bleuets à Pau, ven­dre­di soir, face à l’Angleterre. Nous l’évoquions ici même sur ce blog, la semaine dernière : la for­ma­tion française facilite l’éclosion de jeunes tal­ents, citons Buros, N’Gandede, Mignot, Dupont, Can­cori­et, Tan­guy, Ver­haeghe, et trois fils de, à savoir Penaud, Roumat et Retière. Ils peu­vent devenir les Chat, Maestri, Machenaud, Poirot et Jedrasi­ak d’après-demain… Il sera donc intéres­sant, dans trois ans, de savoir où ils sont, où ils en sont. Parce que ques­tion relève, ils sont là. Ne les oubliez pas.
Les Féminines, de leur côté, en Bre­tagne, ont rem­porté le Tournoi des Six nations, prou­vant que tout n’est pas som­bre au roy­aume de Mar­cous­sis. La France n’est pas dev­enue subite­ment une petite nation de rug­by. Même si depuis cinq ans main­tenant, le Grand Chelem 2010 et la finale per­du de justesse face aux All Blacks lors du Mon­di­al 2011, le XV de France, celui des grands, au mas­culin, ne parvient pas à se hiss­er de nou­veau sur les som­mets inter­na­tionaux.
Le bilan bleu du pre­mier Tournoi de l’ère Novès, con­trasté, a été rebat­tu depuis same­di soir, presque au coup de sif­flet du dernier match de la dernière journée de ce Six Nations rem­porté par l’Angleterre, Grand Chelem à la clé : du jeu debout, de la prise de risque, de l’élan, des envies, un esprit. Mais trop de fautes de mains et pas assez d’impact physique. Le sen­ti­ment d’avoir avancé, mais de façon cos­mé­tique. Cinquième, ça n’a rien de glo­rieux. Pour­tant il y a quelques sujets de sat­is­fac­tion. C’est déjà ça.
Guy Novès n’est pas un magi­cien. Nous le savions. Plu­tot un for­ma­teur, un édu­ca­teur. Il n’est pas arrivé à obtenir ce qu’Eddie Jones est par­venu à réalis­er dans le même laps de temps que lui, c’est-à-dire trois mois. Mais l’Angleterre et la France ne par­taient pas sur la même ligne. Novès peut align­er des bouts de séquences, mais ça ne fait pas un film. Nous quit­tons ce Tournoi presque comme nous y étions entrés, et ce n’est pas la per­spec­tive d’une tournée de juin prochain en Argen­tine, sans les joueurs des qua­tre meilleurs clubs français du moment (sans doute Cler­mont, le Rac­ing 92, Mont­pel­li­er et Toulon) qui va per­me­t­tre au man­ag­er toulou­sain de con­tin­uer à con­stru­ire son pro­jet.
Jusqu’à quand cette mas­ca­rade va-t-elle con­tin­uer ? Quand les instances, LNR et FFR, vont-elles enfin s’accorder pour éviter que le XV de France finisse dans le mur ? Que faut-il exiger pour bâtir un pro­jet glob­al qui nous per­me­t­trait d’éviter de ter­min­er dans les fonds du classe­ment World Rug­by, et pourquoi pas un jour prochain au-delà de la dix­ième place mon­di­ale, ce qui va finir par être notre niveau si l’on con­tin­ue à avancer en ordre dis­per­sé, Top 14 d’un côté, XV de France de l’autre ?
Les Anglais ont inven­té ce jeu et ils l’ont aus­si remar­quable­ment amélioré, surtout en ce qui con­cerne les liens club-sélec­tion. Pourquoi n’y arrive­ri­ons-nous pas de ce côté-ci du Chan­nel ? Les élec­tions fédérales, du moins les manœu­vres qui y prélu­dent, vont sur­gir. Avant et après trois tests de novem­bre qui s’annoncent par­ti­c­ulière­ment épicés, face aux Samoa, à l’Australie et à la Nou­velle-Zélande, excusez du peu. Et on peut s’attendre à ce que les résul­tats du XV de France influ­ent directe­ment sur les votes des prési­dents de club, plus de 1 800, au moment d’élire une liste, un pro­jet, un homme.
Vers qui vont-ils se jeter, ou se pro­jeter, ces prési­dents ? Dans quels bras ? Camou, Salvi­ac, Laporte ou Doucet présen­tent-ils aujourd’hui les garanties d’un véri­ta­ble change­ment de par­a­digme pour le rug­by français ? Je vous avoue que j’ai plus d’interrogations à vous faire partager, à ce jour, que de cer­ti­tudes. 2016, année olympique, sera un tour­nant pour le sport que nous aimons, que nous suiv­ons, dont nous par­lons ici avec pas­sion et verve, ami(e)s bloggeurs, virage dont il faut que le rug­by d’ici sorte relevé.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Aux larmes, citoyens !

Pen­dant quelques jours encore, en atten­dant le coup d’envoi qu’on espère rédemp­teur face aux Anglais (on peut tou­jours rêver), il nous reste nos yeux pour pleur­er devant le dégât con­staté à Edim­bourg. Ce n’est pas la défaite qui chif­fonne mais la manière avec laque­lle les Tri­col­ores dans ce Tournoi, qu’on annonçait régénérés par la parole neuve de leur man­ag­er, s’y pren­nent pour se planter ain­si. A croire qu’ils ne savent plus se pass­er un bal­lon.
Ils se le jet­tent comme s’ils voulaient s’en débar­rass­er. Quand ils ne s’arrêtent pas pour trans­met­tre, à l’image de François Trinh-Duc qui joue blo­qué pour armer, ils bal­an­cent la balle trop bas, der­rière ou trop loin… Impos­si­ble donc de pren­dre de la vitesse en attaque. Il faut atten­dre de Gaël Fick­ou une prise d’initiative en forme de mini-per­cée, ou une per­cus­sion de Guil­hem Guira­do, pour mar­quer.
Depuis deux saisons, nous sommes lour­de­ment pénal­isés en mêlée. Nico­las Mas, puis Rabah Sli­mani et enfin Uini Ato­nio, sont dans le viseur des arbi­tres. On leur reproche des appuis mal calés, des liaisons dan­gereuses car rap­prochées, des angles de poussée vers l’intérieur. Ca avait com­mencé à Cardiff, en 2014, et ça n’a pas cessé depuis. Faut-il chang­er de piliers ou d’entraîneur ? Qui met­tre à leurs places ? Ou alors chang­er tous les arbi­tres ; ce serait peut-être plus sim­ple.
Reste la touche bleue. Ah, notre aligne­ment ! Quelle beauté ! Quelle splen­deur ! Nous y régnons sans partage. Encore seize bal­lons gag­nés sur dix-sept. Mais pour quel résul­tat ? Rien. Ou si peu. Aucune prise de la ligne d’avantage après le relayeur, pas de bal­lon porté bonifié par un essai. Juste une sta­tis­tique. La plus grosse de ce XV de France. Mais inutil­is­able dans le jeu. Sans doute parce que notre épine dor­sale, Guira­do-Chouly-Machenaud-Trinh-Duc et Sped­ding, n’évolue pas sur la même ligne, n’est pas réglée sur la même onde. Je ne vois que ça.
Au fait, quelqu’un a‑t-il aperçu la troisième-ligne française ? Un Biter­rois de mes amis, plutôt bardé d’expérience en la matière, me sig­nalait dimanche soir par SMS qu’il était temps de «refaire un cast­ing et d’intégrer des joueurs dotés de dimen­sion ath­lé­tique, de «tueurs» capa­bles de franchir. Il faut rede­venir con­quérant, ajoutait-il, sinon l’avenir sera triste.» Déjà que le présent n’est pas bien radieux…
Same­di, les Anglais joueront pour le Grand Chelem au Stade de France et nous, Français, pour l’honneur. L’honneur ? Cette Légion dont on épin­gle à l’Elysée les revers des rois des pires régimes pour ser­vices ren­dus à notre com­merce extérieur ? Pas cer­tain que la ficelle fonc­tionne face à cette machine à jouer qu’est le XV de la Rose ver­sion Mis­ter Jones. Certes, Novès et ses adjoints vont con­vo­quer Jedrasi­ak, Par­ra, Chioc­ci, Dan­ty, Lam­er­at, Le Roux, Fall, David Smith. Euh non, pas lui, désolé… On pour­rait même rap­pel­er Mas, Meni­ni, Brug­naut et Poux, Papé, Méla (spé­cia dédi­cace, Sylvie…) et Nyan­ga, Rougerie, Talès, Dumoulin et jusqu’à Dusautoir pour sauver la patrie, comme l’aurait fait Fouroux, furax.
Nous con­sta­tons la dis­pari­tion du rug­by bleu et pas seule­ment parce que Philippe Saint-André a sabor­dé le navire lors de sa prise de quart. Novès ou pas, appel aux valeurs ou fumée médi­a­tique, cette généra­tion d’internationaux français est la plus faible en lice depuis 1980. Et ce n’est pas en alig­nant 50 % d’étrangers sur les feuilles de match du Top 14 que nos petits Bleuets (on notera la présence des fils Roumat et Penaud), qui se sont bien bat­tus pour l’emporter face à leurs homo­logues écos­sais, 36–21, pour­ront pro­gress­er. Que leur arrivera-t-il quand ils auront fêtés leurs vingt ans ? Il leur fau­dra choisir entre faire banc, bien payés, en Top 14, ou rejoin­dre la Pro D2 voire la Fédérale 1, au SMIC. Que croyez-vous qu’ils choisiront ? Savoir quoi faire de ses enfants :  ce doit être à par­tir d’aujourd’hui la seule préoc­cu­pa­tion du rug­by français. Relayons-là. Avant de descen­dre sous la botte de l’Italie, d’ici peu.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

A l’estomac

On apprend donc que les Anglais à l’école vont arrêter l’exercice du plaquage. Déjà qu’il est inter­dit de pouss­er les mêlées dans cer­taines caté­gories d’âge et de niveau, et sans compter qu’il ne faut plus met­tre les mains dans les rucks, que va devenir à court terme le rug­by quand on apprend que les lég­is­la­teurs ovales de la World Com­pag­nie planchent sur la meilleure façon d’édulcorer la mêlée ? Si jamais cette con­tre-indi­ca­tion fran­chit la Manche et que nos petits Français se retrou­vent dans la posi­tion du pin­gouin en défense, déjà que l’art de la passe se perd, que va-t-il donc nous rester ?
Des efforts sont effec­tués pour indi­quer au pub­lic de plus en plus nom­breux mais de moins en moins aver­ti qu’il est de bon ton de ne pas sif­fler les buteurs dans l’exercice de leurs fonc­tions. Louables, ces efforts. Mais dans le même temps, plaie à sig­naler, les prési­dents en mal de com’ rémunèrent des brailleurs paten­tés affublés d’un micro pour ven­dre comme à la criée  les lots d’actions à plusieurs temps de jeu. A Colombes et à Cha­ban-Del­mas, les péti­tions cir­cu­lent pour chang­er le speak­er. Ailleurs aus­si, sans aucun doute. Mais nous n’en avons pas encore eu écho. Restons à l’écoute.
Con­séquence de la surenchère de déci­bels, s’intensifient les mau­vais­es manières enten­dues dans les stades. Dernier exem­ple, les quoli­bets déplacés du pub­lic rochelais, dimanche, à l’encontre des joueurs du RCT sur l’air puéril du «Mais ils sont où, les Toulon­nais ?» Où sont-ils : troisièmes au classe­ment. Cham­brage aus­si inutile que ridicule, donc, surtout venant de cette même foule qui sif­flait à domi­cile son équipe en début de sai­son à l’issue de la décu­lot­tée reçue face à Cler­mont. Il faut croire que le néo-pub­lic d’ici et d’ailleurs a besoin d’exulter autrement qu’en sec­ouant les petits dra­peaux qu’on lui dis­tribue gra­cieuse­ment à l’entrée des joueurs.
J’ai enten­du, ce week-end, d’autres travées faire con­naître leur mécon­tente­ment, en par­ti­c­uli­er celles de Mont­pel­li­er. Il faut dire qu’en alig­nant trois Français au coup d’envoi, Pail­lau­gue, Oue­drao­go et Pri­vat, le MHR de l’écrivain Altrad ressem­ble davan­tage à une fran­chise sud-africaine en panne de Super 18 qu’à un club d’héros locaux. Et encore, dans le Super Rug­by, voit-on peu de jeu au pied alors qu’à Mont­pel­li­er, entre les bal­lons portés d’aurochs et les grands coups de godasse pour gag­n­er du ter­rain, il y a de quoi s’irriter. Voire s’endormir. On sug­gère au prési­dent let­tré de recruter les speak­ers de Colombes et de Cha­ban-Del­mas pour ani­mer les travées de l’Altrad Sta­di­um. Ou cou­vrir les sif­flets.
Endormie, c’est aus­si la pos­ture du respon­s­able des affaires inter­na­tionales à la FFR – en fait, ils sont deux, et pas un pour racheter l’autre – qui a oublié de men­tion­ner que David Smith avait dis­puté un tournoi de rug­by à 7 avec la Nou­velle-Zélande, ce qui le rendait inéli­gi­ble pour la France. Au lieu de quoi, on a lais­sé mon­ter sous ce mau­vais bal­lon l’ailier de Cas­tres, aller-retour en deux jours, le temps qu’il se restau­re à la can­tine de Mar­cous­sis. Après ça, vous voudriez que la FFR soit prise au sérieux quand elle défend son pro­jet Grand Stade à 600 mil­lions d’euros, dont les deux tiers sur emprunt quand elle n’a pas – soi-dis­ant – un kopeck vail­lant pour met­tre trente inter­na­tionaux sous con­trat pen­dant les deux mois et demi que dure le Tournoi des Six nations, ren­voy­ant les joueurs au hachoir du Top 14 – cf le for­fait de Bur­ban vic­time de com­mo­tions répétées –  entre deux tests inter­na­tionaux ? Du pain béni pour l’évangéliste Laporte qui pour­suit son Tour de France des clubs pour fédér­er – sans se forcer – les mécon­tents.
Nous voilà par­tis pour Edim­bourg, terre de whisky et de rucks, de grésil et de panse de bre­bis far­cie, et tou­jours les qua­tre ensem­ble. «Per­son­ne ne joue au rug­by dans des con­di­tions pires que les nôtres,» me racon­tait au télé­phone cette semaine l’ancien demi de mêlée Roy Laid­law, l’oncle de Greig, celui qui risque de nous faire trin­quer. «Ca fait qua­tre semaines que le meilleur club écos­sais, Hawik, n’a pas pu jouer sur sa pelouse telle­ment elle est imprat­i­ca­ble, gorgée d’eau et gon­flée de boue.» La terre des kilts n’a donc pas encore été touchée par le réchauf­fe­ment cli­ma­tique.
Ni par les mau­vais­es manières. Pas de speak­er brailleur ni d’irrespect à Mur­ray­field. Et si quelques «étrangers» sont venus chercher de l’emploi dans cette région de peu d’habitants et de moins en moins de rug­by­men – c’est à déplor­er -, ils mouil­lent le mail­lot en s’inscrivant dans une tra­di­tion de «pilleurs de poubelles», ain­si que Will Car­ling surnom­mait les Ecos­sais tou­jours les mains dans les rucks advers­es pour pour­rir le jeu. Ajoutez à la pluie glacée une grêle de per­cus­sions dans le bide et vous aurez une idée de ce qui attend les Français, dimanche. Du rug­by à l’estomac. Comme le dis­ait Julien Gracq de la lit­téra­ture. L’occasion pour le XV de France de pren­dre du vol­ume.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Chanson de geste

Le trait des plus beaux des­seins col­lec­tifs n’est souligné que par l’excellence indi­vidu­elle. Ven­dre­di soir, à Cardiff, la vic­toire gal­loise rap­pelle une fois de plus qu’une équipe n’a de poids qu’au tra­vers des per­for­mances de ceux qui la com­posent. L’inverse est rarement vrai car l’essence du sport col­lec­tif est un voy­age aller entre la per­for­mance de cha­cun et les repères partagés.
Pour la pre­mière fois depuis plus de trente ans, je me retrou­vais donc dans les travées du Prin­ci­pal­i­ty Sta­di­um au milieu des sup­por­t­eurs français, et non en tri­bune de presse. Frig­ori­fiés sous le toit ouvert, nous avions, avec mes voisins, iden­ti­fiés trois secteurs-clés qui per­me­t­traient aux Tri­col­ores d’éviter la défaite face aux Gal­lois : la défense dans le jeu au sol, la con­quête directe et la prise du milieu du ter­rain. Mon père Jean-Claude,  fin con­nais­seur des choses ovales, avait de son côté émis une réserve: elle con­cer­nait la justesse tech­nique.
L’entame du match lui don­na rai­son. Les chants gal­lois ne mon­taient pas encore, il n’y avait pas eu de ruck, de touche, de mêlée et de per­cus­sions, que le XV de France avait déjà per­du la bataille du geste. Trois bal­lons à la retombée et trois cagades ; deux pass­es mal ajustées, un bal­lon relâché, un coup franc tapé directe­ment en touche…  Des erreurs de cadets qui nous mirent mal à l’aise. Et comme le pays gal­lois sait boire, immé­di­ate­ment la pres­sion fut ver­sée devant l’en-but français.
La direc­tion que prend le XV de Novès se pré­cise depuis trois match­es autour d’une opiniâtreté com­mu­nica­tive qui fait plaisir à voir, mais sa com­po­si­tion appa­rait trop frag­ile pour résis­ter à l’épreuve du Celte sur ses ter­res. Trop de mou­ve­ments erra­tiques, d’attitudes approx­i­ma­tives, d’erreurs indi­vidu­elles souf­flent une flamme que la meilleure volon­té du monde ne parvient pas à entretenir.
Défense, touche et mêlée per­mirent d’éviter une trop lourde défaite, points posi­tifs qui ne sont pas à jeter dans la riv­ière Taff qui longe la tri­bune de presse. Pour autant, ces secteurs n’offrent pas de bonus offen­sif. Point de vic­toire sans effi­cac­ité, oppor­tunisme, vista, éclairs… Réciter sys­té­ma­tique­ment des bal­lons portés der­rière pénal­touche ne fera pas avancer la cause du XV de France qui tra­verse depuis quelques temps une mau­vaise passe.
Le XV de France mise sur son banc pour invers­er le cours d’un des­tin con­traire. Ce fut le cas con­tre l’Irlande et là encore face au Pays de Galles. Une option intéres­sante, pourquoi pas, à con­di­tion que per­son­ne ne se blesse. Médard et Chouly sor­tis, les Tri­col­ores ter­minèrent leur ren­con­tre avec le demi de mêlée Bézy à l’arrière et le talon­neur Chat troisième-ligne aile. Après avoir croisé Mar de Rouge­mont dans un pas­sage du cen­tre-ville, ça rap­pelait la charge héroïque de 1997 à Twick­en­ham – et après tout qu’importe le poste quand on a l’ivresse -, mais l’efficacité en moins.
La frus­tra­tion de Guy Novès s’explique. Dom­inée out­rageuse­ment en pre­mière péri­ode, son équipe  de France n’était menée à Cardiff que de trois points à la pause. L’adversaire s’était nour­ri au score d’erreurs et de fautes tri­col­ores – sig­nalons pour mémoire celles de Jedri­asak, Dan­ty, Gou­jon et Plis­son – avant de subir à son tour, érein­té, per­cuté, mâché.
La nôtre, de frus­tra­tion, était aus­si forte, placés que nous étions juste au-dessus de l’en-but gal­lois en sec­onde péri­ode (cf pho­to), impuis­sants face à ce chapelet de pénal­touch­es et de bal­lons portés stop­pés in extrem­is, de per­cus­sions et de cours­es rec­tilignes avortées. Après tant d’efforts peu récom­pen­sées, d’élan mal maîtrisés, de dom­i­na­tion stérile, le plon­geon méri­tant mais tardif de Guil­hem Guira­do, cap­i­taine courage à la façon d’un Philippe Din­trans, n’attisa même pas nos regrets à l’issue de cette défaite.
La 17e journée de Top 14 va pass­er un baume sur cet échec ; le Rac­ing, Toulouse, Cler­mont, Toulon, La Rochelle et le Stade Français, soit pour assumer leurs ambi­tions, soit parce qu’ils sont en dan­ger, vont align­er leurs inter­na­tionaux fracassés/minés avant le déplace­ment à Edim­bourg. De son côté, Guy Novès tit­u­laris­era peut-être en Ecosse Par­ra ou Dous­sain, Bon­neval ou Nakaitaci, Trinh-Duc, Lam­er­at, Fofana ou Fick­ou, Le Roux, Cama­ra, Gour­don ou Gou­jon, Maestri ou Vahaamahi­na. Nous le saurons bien assez tôt. En espérant qu’après avoir posé quelques fon­da­tions au com­bat, ses joueurs s’impliqueront davan­tage dans la fini­tion.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Land of my Fathers

Après les courts suc­cès d’estime et d’estocs mais pas encore de taille con­tre l’Italie et l’Irlande, se pro­file l’essentiel au Prin­ci­pal­i­ty. De quoi bap­tis­er le XV de France dans ce Tournoi ouvert à six vents mais fer­mé, ven­dre­di, sous le toit de ce qui reste à jamais l’Arm’s Park, même renom­mé ad lib ; ou du moins son âme qui chante et vibre encore.
Ce rug­by com­mence à la mine et rebon­dit par les ailes, s’ouvre au pub et se ter­mine à l’Angel Hotel, jeu de val­lées et de chœurs. Il va courir comme un étalon. Il suf­fit de con­sul­ter les archives pour trou­ver trace de défaites à Cardiff alors même que le XV de France se présen­tait en force. La dernière décon­v­enue en date ? 2014. Deux suc­cès et le germe d’un Grand Chelem dans les esprits. N’a poussé qu’un fias­co.
Sou­vent dans le Tournoi les Gal­lois sur leur sol, devant leur pub­lic, trou­vent la clé des chants, et font pass­er leurs adver­saires de ter­reurs à erreurs. Ceux de 70 s’en sou­vi­en­nent encore : ils avaient beau mar­quer à coups de coniques leur supéri­or­ité d’homo packus, ils n’ont jamais pu l’emporter à Cardiff. On soulign­era d’autant la per­for­mance de l’équipe com­mandée par Thier­ry Dusautoir, en 2010, ouvrant au for­ceps la gueule du drag­on pour en sor­tir un mâle Grand Chelem.
Je vous laisse ce champ d’expression, ami(e)s Bran­quiblogueurs, pen­dant la semaine d’affiche rouge. Pour ma part, je vais me décaler vers Cardiff en com­pag­nie de mon père et de mon frère. Old school, la malle riche de con­serves et de nec­tars, direc­tion l’ancestral pour y fêter les qua­tre-vingt ans de celui à qui je dois tant, joueur, arbi­tre et dirigeant à Ribérac, La Rochelle et Puil­bore­au.
Cardiff, c’est une par­tie de mon his­toire ; les pre­miers match­es du Tournoi en noir et blanc, 1966, j’avais sept ans, une passe per­due dans le vent. 1986, en févri­er, mon pre­mier reportage Cinq nations. Vis­ite du musée, avec sa mag­nifique col­lec­tion de pré-impres­sion­nistes, puis Galles-Ecosse le lende­main. Hen Wlad Fy Nhadau me rap­pelle qu’il me fut impos­si­ble d’écrire la moin­dre ligne durant les quinze min­utes qui suivirent l’hymne.
Pour la pre­mière fois je vais lâch­er prise, revenir aux sources de ma pro­pre his­toire, suc­ces­sion, fil­i­a­tion, trans­mis­sion. Pour cela j’aime ce sport, sup­plé­ment à la vie ; par­fois la plus pro­fonde, puisque épi­der­mique, gré­gaire et fusion­nelle, de ses métaphores. Etat d’esprit préhen­si­ble, naturelle­ment à notre portée pour peu qu’on le veuille. Alors le trio part en voy­age y jouer sa coda.
Bien sûr, il y a l’heure de Guira­do, parce qu’on achève bien les chevaux, et une com­po­si­tion bleue qui fera couler l’encre en rade ; comme les regrets d’une journée de Cham­pi­onnat tron­quée, mal embouchée, déplacée. Tel est notre rug­by d’en transe, pro­fes­sion­nel depuis 1920 mais géré par des ama­teurs, terre d’accueil généreuse­ment tournée vers l’ailleurs mais qui oublie de regarder ses enfants percer. J’en lis qui ful­mi­nent pour leurs clubs mais à l’heure des grandes explo­rations le regard scrute l’horizon, pas leurs pieds.
Le rug­by est affaire de vista. Same­di, les ex-All Blacks Carter et Roko­coko à Greno­ble, Slade et Smith nous l’ont mon­tré et démon­tré encore une fois, s’il en était encore besoin. Les deux match­es sur mes écrans télé s’allumèrent au même moment après soix­ante-dix min­utes de jeu : appel de Con­rad, et Col­in dévalait dans l’en-but héraultais ; puis Dan trou­vait Joe au rebond à Greno­ble. En rug­by, la vitesse de déci­sion et d’exécution n’est jamais dépassée. Puis­sent les Bleus ven­dre­di aller au-delà leurs lim­ites.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Cousu main

Il y a bien longtemps que le Stade de France ne s’est pas levé comme ça ! N’avait pas hurlé sa joie après avoir encour­agé le XV de France, mené mais debout, à vain­cre l’adversité. Longtemps qu’il n’a pas chan­té une Mar­seil­laise au bon moment. Et on me dit qu’il pleu­vait same­di dernier sur Saint-Denis. Autour de moi, per­son­ne n’a remar­qué les gouttes et surtout pas les joueurs, qui n’ont eu de cesse de jouer et d’oser, de se pass­er le bal­lon, de ten­ter des coups, d’improviser et de s’adapter.
Pour une fois, le retour du Cham­pi­onnat après le Tournoi ne m’intéresse pas tant que ça. Franche­ment, j’ai hâte d’être assis dans les tri­bunes du Mil­len­ni­um Sta­di­um de Cardiff pour voir com­ment ce XV de France nou­velle for­mule va s’en sor­tir face aux Gal­lois, et ce que North et Roberts vont bien pou­voir sor­tir pour étein­dre le feu tri­col­ore qui brûle les mains du pub­lic à force de crépite­ments dans les travées de Saint-Denis depuis deux match­es.
Voilà, il ne s’agit que de plaisir. Rien d’autre. Et surtout pas de per­fec­tion. Qui a dit qu’un entraîneur pou­vait tout chang­er en un mois, en quinze entraîne­ments et en deux match­es ? Impos­si­ble. Et pour­tant. Pas tant sur le ter­rain – encore que – mais surtout dans les têtes bleues. C’est là où inter­vient l’attitude dont nous par­lions il y a peu ici même. Des regards et des mots en dehors, des place­ments et des sou­tiens sur le ter­rain. Du détail. Mais qui compte.
Trans­met­tre. Le mot qui con­vient. Don­ner, offrir, pro­longer, pour­suiv­re, con­tin­uer y sont asso­ciés. De loin comme de près. Au ras et au large. Trans­met­tre, c’est le boulot de Jeff Dubois. Né à Peyre­ho­rade, terre de pass­es, ter­roir ovale où ont passé les inter­na­tionaux Lamai­son, Taf­fary et Peyre­longue. Il y a son sourire, sa sérénité non feinte, son bon­heur d’être auprès du XV de France, adjoint chargé des lignes arrière, pour voir com­ment et pourquoi on va trans­met­tre le bal­lon. Et à qui.
Alors oui, vive­ment ven­dre­di prochain, Cardiff, Land of my Fathers et les pre­mières per­cus­sions Roberts-North pour sen­tir si ce que nous percevons est un prélude ou une lim­ite, une entrée ou un désert, une ouver­ture ou la dernière mesure à pren­dre. Je retrou­ve, comme cer­tains d’entre vous, ce plaisir du Tournoi, quand il était dif­fi­cile d’attendre quinze jours et qu’alors nous nous pre­nions à rêver, à imag­in­er, à fab­ri­quer, à con­cevoir le sce­nario du match à venir.
Jeff Dubois l’a dit : la clé con­siste à insuf­fler de la con­fi­ance. A ce niveau de com­péti­tion, ce n’est certes pas suff­isant, mais c’est déjà un bon début. Il y aura des change­ments pour affron­ter le pays de Galles qui sort tou­jours cou­vert sous son toit, for­cé­ment du mieux, encore que pen­dant ce laps de temps, les inter­na­tionaux si bleus à l’âme seront revenus dans leurs clubs. On espère qu’ils n’auront pas à relire leurs cahiers de jeu pour révis­er les «chaî­nages ». Quel vilain mot. Vous savez, ces enchaîne­ments de temps de jeu préétab­lis qui plombent notre rug­by depuis une décen­nie.
A la pen­sée mâchée, préfèr­er l’intelligence activée dans l’instant. Cette «intel­li­gence sit­u­a­tion­nelle» prêchée par Pierre Villepreux en son temps et par­fois dans le désert, sauf au Stade Toulou­sain. Nous y voilà. Mau­vaise sor­tie de balle sur la troisième mêlée com­mandée par cap­i­taine Guira­do et Machenaud, pas médusé, qui capte au rebond ce bal­lon, retarde sa passe une frac­tion de sec­onde pour trou­ver le bon tem­po et sert idéale­ment Max Médard lancé à hau­teur. Cet essai scelle le suc­cès. Ses racines sauront-elles faire naître de quoi étein­dre le feu gal­lois ? Un petit écart au score con­tre l’Italie et un point con­tre l’Irlande ne por­tent pas à le croire. C’est pourquoi ce déplace­ment à Cardiff con­stitue une intéres­sante inter­ro­ga­tion.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire

Fait pour durer ?

Depuis une décen­nie que le XV de France se cherche un demi d’ouverture suff­isam­ment mature pour pren­dre ses respon­s­abil­ités sans avoir à regarder en direc­tion du bord de touche pour deman­der à ses entraîneurs ce qu’il doit faire, il est pos­si­ble d’affirmer que Jules Plis­son, same­di dernier, face à l’Italie, s’est inscrit en rouge et blanc, par­don, en bleu, sur la durée. En choi­sis­sant de ten­ter le but de pénal­ité de cinquante mètres en coin quand le staff et son cap­i­taine souhaitaient la pénal­touche, il s’est imposé à un poste où les can­di­dats sont aus­si rares que peu fiables.
Quand William Webb Ellis prit le bal­lon à la main au lieu de le frap­per au pied pour avancer, ce fut « avec un beau mépris » pour les usages de son époque. Que Jules Plis­son – à qui tout le monde indi­quait la touche – pose le sien, de bal­lon, sur un tee au pied de ses entraîneurs, tri­bune offi­cielle, pour frap­per au long cours ce qui allait devenir le but de pénal­ité de la vic­toire face à l’Italie, 23–21, en dit long sur sa per­son­nal­ité, laque­lle est en train de s’affirmer de la plus forte des manières. Ca va faire du bien à cette équipe de France qui fait sa mue.
Bien enten­du, je suis d’accord avec vous tous, insat­is­faits. La mêlée française n’était pas dom­i­na­trice, les avants plus con­cernés par le mou­ve­ment à ali­menter que par les rucks à ver­rouiller. La défense glis­sée a lais­sé d’immenses espaces que l’Italie a su défrich­er à pleins mol­lets, les pass­es dans la défense ont man­qué de tran­chant, et nous avons souf­fert dans les trois dernières min­utes quand d’une pénal­ité ou d’un drop – mais n’est pas Zin­zan qui veut – la défaite sem­blait promise.
Mais on a vu plus de pass­es en un match, au Stade de France, same­di dernier, que lors des qua­tre dernières saisons tri­col­ores. Il y avait de l’allégresse et de l’insouciance, ou alors beau­coup d’obéissance à suiv­re les con­signes qui étaient de don­ner du plaisir avant d’en pren­dre. Véri­ta­ble change­ment de par­a­digme que ce pre­mier match de l’ère Novès. Bien sûr, c’est loin d’être par­fait, c’est en chantier, ça manque de den­sité et de féroc­ité, mais au moins per­son­ne ne s’est ennuyé.
Ce ne fut pas le cas devant le rob­o­ratif Ecosse-Angleterre, l’hésitant Mar­seille-PSG et le chapelet de mal­adress­es super­bowlien entre Bron­cos et Pan­thers qui nous a poussé jusqu’au petit matin. Reste le cas, inquié­tant je vous l’accorde, de l’Irlande à venir. Ses trente pre­mières min­utes sont à mon­tr­er dans toutes les écoles de rug­by et il y a fort à pari­er que son match nul, 16–16, à domi­cile face au pays de Galles tout aus­si tonique, vécu comme un échec, sera un élé­ment moteur, same­di prochain, au moment d’attaquer Jules Plis­son et ses copains.
La chance, à savoir un pied tor­du comme celui de Ser­gio Parisse, ne va pas se présen­ter deux fois de suite à une semaine d’intervalle pour nous offrir un suc­cès à la petite semelle. Non, les Irlandais vont con­tin­uer, avec ou sans Sex­ton,  de (re)présenter sans cal­cul le meilleur de ce jeu. Vic­to­rieux des deux derniers Tournois, ils ont assom­mé les Tri­col­ores de Dusautoir lors du Mon­di­al 2015 et alig­nent une généra­tion renou­velée qui ne souf­fre pas des absences de glo­rieux comme Bri­an O’Driscoll et Paul O’Connell.
De l’Irlande, Jean-Pierre Rives écrivait qu’il aurait aimé la représen­ter s’il n’avait pas été Français. Il faut dire que les enfants de Slat­tery, de McBride et de Wood se jet­tent la tête la pre­mière dans les regroupe­ments avec une délec­ta­tion non-feinte qui annonce un com­bat tel­lurique dans les rucks. Une par­ti­tion pour corps et per­cus­sions en clé de sol qui nous en dira plus long same­di sur la con­sis­tance du Quinze de France ver­sion Novès qu’une vic­toire mirac­uleuse con­tre les Transalpins ; si Poirot, Jedrasi­ak, Cama­ra, Bézy, Dan­ty, Bon­neval et Vakatawa sont fait pour dur­er.
Avant de se retrou­ver pour évo­quer cette deux­ième journée, un petit mot sur ce phénomène fid­jien, d’ailleurs. Spé­cial­iste du 7, avec seule­ment quelques bouts de match­es à XV au Rac­ing 92 der­rière lui, Vir­i­mi Vakatawa a étincelé comme rarement joueur dès sa pre­mière sélec­tion, encore que Ted­dy Thomas avait été bril­lant lui aus­si. Cela dit, la dif­férence, c’est qu’à pleine puis­sance Vakatawa a œuvré en défense, sur les bal­lons hauts, dans le plein champ, blo­quant trois défenseurs pour faire vivre le bal­lon d’une main.
Depuis vingt ans, l’ancien flanker inter­na­tion­al Thier­ry Janeczek, for­ma­teur de ce jeu à la FFR, n’a cessé d’alerter les élus fédéraux sur l’importance du 7 dans la for­ma­tion de la gestuelle et des réflex­es tech­nique du joueur, au sol, en défense et en attaque. Sans remon­ter à David Campese, Jon­ah Lomu et Vaisale Sere­vi, au moment où les Français con­tin­u­ent de s’enliser chaque semaine davan­tage dans le cir­cuit mon­di­al à 7, il est encore temps que Mar­cous­sis con­sid­ère à sa juste valeur cet avatar. On espère juste que la per­for­mance de Vakatawa aura décil­lé quelques tech­ni­ciens.

Publié dans rugby | Laisser un commentaire