Soleil rouge

Et avec un for­mi­da­ble mépris pour la règle tacite qui veut qu’on frappe une pénal­ité à la dernière sec­onde pour obtenir le match nul, les Japon­ais se sont sai­sis du bal­lon à la main pour aller inscrire l’essai de la vic­toire. Ils sont les héri­tiers de William Webb Ellis et, s’ils ne reçoivent pas le trophée éponyme le 31 octo­bre à Twick­en­ham l’auront quand même bien mérité. Brighton, 19 sep­tem­bre 2015. Gravé dans le mar­bre de nos mémoires comme un retour au sources d’une moder­nité qu’on aimerait mieux partagée.
Le pre­mier tour est passé. Le monde ovale coupe à car­reau.  D’entrée voici les Spring­boks éjec­tés. Une page écrite avec du bruit, de la fureur, de la folie même. Une fois bien bal­ancée la céré­monie d’ouverture en prélude à un arbi­trage vidéo intem­pes­tif qui promet des arrêts sur images lénifi­ants, j’avoue avoir douté. La réal­ité n’existe donc pas ? Le virtuel seul com­mande. C’est d’époque. Un arbi­tre revient sur sa déci­sion parce qu’un ver­bal­isa­teur dans sa cab­ine lui sug­gère de remon­ter le temps comme lui remonte les images. Tout serait donc affaire d’angle. De prise de vue. Est-ce objec­tif ?
Le rug­by, for­cé­ment sub­jec­tif, est sou­vent injuste par nature. On écrit ensuite l’histoire, on capte des témoignages éclairants. Le rug­by est un roman, finale­ment. De capes et d’effets. Il suf­fit de lire les com­men­taires lais­sés au bas de notre Top 100. A cha­cun manque ses héros, ceux de nos enfances, à jamais pour un cro­chet, une image, un sou­venir.
On a trou­vé les Anglais empesés, des Irlandais et des Gal­lois assurés, un XV de France ras­suré (c’est le XV de la France, main­tenant, rassem­blée) après qua­tre ans de doute, la Nou­velle-Zélande sec­ouée. On attend l’Australie et l’Ecosse. Le tour est fait. Cinq nations sus­cep­ti­bles d’être sacrées cham­pi­onnes du monde. Mais on s’en fiche un peu, pour l’instant… Dans Coupe du monde, il y a monde. On aura le temps de revenir à la Coupe.
Japon, surtout, mais aus­si Géorgie, Fid­ji, Ton­ga, Samoa et Etats-Unis nous rap­pel­lent que le rug­by n’est pas cir­con­scrit au G8 . Tous les qua­tre ans ce jam­boree nous fait voy­ager. Quand je vois ce que met­tent Japon­ais et Georgiens d’engagement et de panache, je me dis que les nan­tis pour­raient pren­dre exem­ple.
La pra­tique du rug­by est partout étalon­née. Les sché­mas (on appelle ça des chaînes de jeu, c’est vilain, ça fait con­damné aux travaux for­cés) sont les mêmes. Dans ce Mon­di­al, j’ai comp­té sept entraîneurs néo-zélandais (Cot­ter, Schmidt, Hansen, Haig, Crow­ley, Gat­land, McK­ee), sans tenir compte des adjoints. Uni­formi­sa­tion ? Same­di, le Japon nous a mon­tré qu’en util­isant des espaces libres, en puisant dans sa cul­ture, en trans­for­mant un point faible en avan­tage (la taille, par exem­ple)  et une car­ac­téris­tique – la vivac­ité – en principe, il était pos­si­ble de ter­rass­er des mon­tagnes.
C’est le sens qu’on peut don­ner à l’exploit japon­ais qui, je l’espère, devien­dra un suc­cès quand d’autres vic­toires auront mon­tré qu’il n’était pas sans lende­mains qui chantent. J’aimerais trou­ver une chute digne de l’instant vécu à Brighton. J’entends une immense clameur, je vois de joie des larmes couler. Mer­ci Sylvie. Par­fois mieux vaut ne pas fer­mer trop vite les portées et laiss­er la coda. Atten­dons mer­cre­di sur Comme Fou. Et ren­dez-vous à Glouces­ter.
Et parce qu’on est jamais mieux servi que par soi-même, voici – my style of swing – ce que j’aurais aimé joué au piano – si j’en avais trou­vé un au Queens Hotel de Brighton – pour mon anniver­saire (cuvée 1959) ce 20 sep­tem­bre.

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Mystères de l’échec

La France n’est jamais par­v­enue à être sacrée cham­pi­onne du monde. Sept édi­tions que ça dure. S’ouvre la huitième, ven­dre­di soir. Que faut-il pour enfin soulever Webb-Ellis ? J’ai demandé à Berbizier, Tril­lo, Maso, Skrela, Nta­mack et Retière. Imag­inez-les assis autour d’une table. Skrela se lance : «Comme toutes les nations arrivent pré­parées, c’est celle qui est le mieux armée psy­chologique­ment qui gagne.» Tril­lo le suit : «Le men­tal fait la dif­férence à qua­tre-vingt-dix pour cent. C’est lui qui te per­met d’arriver là où tu veux aller.» Berbizier syn­thé­tise : «Dans un match, où tu lâch­es physique­ment, où tu lâch­es tac­tique­ment, où tu lâch­es men­tale­ment.»
Con­cer­nant l’aspect men­tal, Jean Tril­lo com­plète : «C’est tou­jours le même scé­nario. Il y a tou­jours quelque chose qui merde. On peut l’expliquer par tel ou tel argu­ment, mais où est la vraie rai­son ? » L’ancien béglais ajoute : «J’ai l’impression que sur les match­es cap­i­taux, on perd avant de ren­tr­er sur le ter­rain. Tu com­mences par lâch­er men­tale­ment. Et après, ça dérè­gle la tac­tique et le physique. Une vic­toire, elle se des­sine quand tu prends le dessus sur l’autre dans les aspects élé­men­taires du jeu et du com­porte­ment.» Pre­mier break. Cha­cun com­mande à boire.
Un point com­mun réu­nit les dif­férentes généra­tions : la trans­mis­sion. Ou plutôt son absence. «L’expérience des uns doit servir aux suiv­ants», lâche Retière. Berbizier enchaîne : «Nous n’avons pas un cumul d’expériences. A chaque cycle, on repart de zéro. Les con­stats sont les mêmes, mais tu ne prof­ites pas d’un acquis antérieur. Et s’il te manque tou­jours quelque chose à la fin, c’est à cause de cela.» Retière abonde : «Mon regret, c’est qu’on n’a pas eu de débrief­ing com­plet de l’ère Laporte. Avec Philippe Saint-André, nous ne l’avons pas fait entière­ment car per­son­ne ne nous l’a demandé. Ça manque au rug­by français. Il faudrait aus­si qu’une par­tie du staff puisse con­tin­uer. Ça per­me­t­trait de main­tenir le tra­vail mis en place. Là, par exem­ple, Julien Deloire est resté et pro­longe le tra­vail de la pré­pa­ra­tion physique.»
La pré­pa­ra­tion physique : sans doute le point fort des Tri­col­ores depuis 2008. Emile Mta­mack acqui­esce : «Aujourd’hui, avant ce Mon­di­al, physique­ment, les joueurs sont bien. Je les trou­ve très affutés. C’est impor­tant, l’affutage : c’est notre mar­que de con­fi­ance, à nous, Français. Car pour le reste, l’équipe de France est capa­ble de met­tre du jeu der­rière, et de rester con­stante dans l’effort.» Pause café.
Tril­lo reprend : «Une équipe, c’est une alchimie qui te per­met d’aller au bout du monde. Il faut se sen­tir bien ensem­ble. Et qu’est-ce que c’est «être bien» ? Gag­n­er beau­coup d’argent, être exposé médi­a­tique­ment ? Je n’en suis pas cer­tain. C’est immatériel. Et c’est ce qui te per­met de faire des mir­a­cles.» Berbizier, sur un sujet qu’il abor­de rarement : «L’affectif, c’est le ciment d’une équipe. Mais il faut savoir plac­er l’émotion au bon endroit. Ce n’est pas ce qui te fait bien jouer mais, à un moment pré­cis, c’est ce qui te per­met de faire la dif­férence sur les autres équipes.» Skrela pro­longe : «Un groupe com­porte des joueurs qui ont été con­fron­tés à toutes les formes de pres­sion, qui ont vécu dif­férents échecs en Coupe du monde. Il faut que ceux-là soient capa­bles de tir­er leurs coéquip­iers vers le haut.»
Fatal­iste, Jo Maso lâche : «Tu peux avoir la meilleure pré­pa­ra­tion pos­si­ble, le meilleur entraîneur du monde, si tu n’as pas les bons joueurs aux com­man­des, tu pass­es à côté de la plaque.» Retière assure : «Il faut qu’on assume tous le fait que la France est une grande nation de rug­by. Et pour­tant, on doute des qual­ités de nos joueurs. On a l’impression que ce sont les autres qui nous appor­tent des clefs alors qu’on a une telle puis­sance qu’on devrait être dans les favoris à chaque fois.» Tril­lo est d’accord : «Dans l’absolu,  il n’y a aucune rai­son qu’on ne soit pas cham­pi­on du monde. Tout le reste, ce sont des excus­es.» C’est ter­miné. Derniers échanges informels. Cha­cun se retire. «Il n’y a pas d’explication à tout. Il faut l’admettre,» note Bèglais. La con­clu­sion revient à Pierre Berbizier  : « Il n’y a pas d’unité dans le rug­by français. Cette Coupe du monde ne sera pas celle de tout le rug­by français. C’est seule­ment celle d’un groupe. »
Ren­dez-vous same­di soir après France-Ital­ie, ici même, pour un pre­mier point d’étape. Et aus­si sur mon blog per­so, Comme Fou, pour ceux qui veu­lent ajouter au rug­by d’autres ingré­di­ents.

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Miscellanées

Avant d’affronter same­di prochain l’Italie à Twick­en­ham pour l’ouverture de leur Coupe du monde, les Tri­col­ores sont désor­mais instal­lés à Croy­don, au sud de Lon­dres. Bel hôtel mais triste bour­gade. Pour patien­ter avant coup d’envoi, voici quelques sou­venirs et anec­dotes à partager. Peu de gens savent, par exem­ple, qu’en 1987 le con­trat de spon­sor­ing liant la RWCup Ltd et KDD, géant nip­pon du câblage sous-marin, n’a été signé que trois heures avant le début de la céré­monie d’ouverture, à l’Eden Park d’Auckland.
Mar­cel Mar­tin, Mon­sieur Coupe du monde, m’avoua aus­si avoir dor­mi pen­dant la durée de la com­péti­tion avec le trophée Webb Ellis plaqué or sous son lit, en Nou­velle-Zélande et en Aus­tralie. Cer­tains hôtels n’avaient pas de cof­fre-forts assez grands pour abrit­er la coupe.
Deux jours après la vic­toire des All Blacks en finale face à la France, l’ailier Craig Green fut aperçu sur le toit d’une mai­son, à Christchurch. Il fêtait son titre, une mousse à la main ? Non, il alig­nait les tuiles. Cou­vreur de méti­er, il avait pris un con­gé sans sol­de durant les sept semaines de com­péti­tion et retrou­vé ensuite le chemin des chantiers.
C’est une ques­tion à pos­er qui peut vous faire gag­n­er des paris. Qui est le meilleur buteur de l’édition 1991 ? L’ouvreur irlandais Ralph Keyes. Il avait effec­tué des débuts inter­na­tionaux en 1986 avant de revenir cinq ans plus tard pour dis­put­er la Coupe du monde. Seize buts, deux drops et sept trans­for­ma­tions. 68 points. Le plus faible total jamais enreg­istré pour un top réal­isa­teur en Coupe du monde. En suiv­ant, après trois match­es dans le Tournoi, il dis­parut comme il était venu.
En 1995, fier des per­for­mances toni­tru­antes de son jeune com­pa­tri­ote Jon­ah Lomu, le roi du Ton­ga, Tupu IV, prof­i­ta de la mon­tée hors des eaux d’un vol­can en plein Paci­fique pour le bap­tis­er du nom de cet aili­er all black, dont la famille est orig­i­naire de Nuku’alofa.
Cette année-là, une com­pag­nie pétrolière s’était fait une mau­vaise pub­lic­ité en annonçant un don de 2 000 francs (ce serait l’équivalent de 1 000 euros aujourd’hui) serait ver­sé à la fédéra­tion sud-africaine pour aider au développe­ment du rug­by dans les town­ships chaque fois que Lomu serait plaqué et mis au sol lors de la finale. Résul­tat : boy­cott immé­di­at des sta­tions Shell en Nou­velle-Zélande et marche arrière du pétroli­er dans la journée.
En 1999 se déroule la pre­mière édi­tion «pro­fes­sion­nelle». Sur­prise, Rod Mac­queen, l’entraîneur des Aus­traliens vic­to­rieux du trophée Webb-Ellis, n’a aucun passé rug­bys­tique. Il a intro­duit les staffs pléthoriques à plus de vingt tech­ni­ciens et l’usage sys­té­ma­tique de l’ordinateur portable pour les joueurs mais dans la vraie vie, il con­stru­it et décore des mag­a­sins de fleurs et des par­fumeries.
Désor­mais les inter­na­tionaux sont gainés, body­buildés et suiv­is ; tracés, même, au GPS. Tous, sauf une poignée d’irréductibles anglais, qu’on appelle «les cadres», des trente­naires qui jet­tent leurs derniers feux dans le Mon­di­al. Soucieux de se ménag­er durant la phase finale, ils déposent et obti­en­nent deux requêtes auprès de leur man­ag­er, Clive Wood­ward : tit­u­laris­er Mike Catt au cen­tre pour épauler Jon­ny Wilkin­son qui peine à gér­er le jeu et alléger les entraîne­ments. En effet, Leonard, Hill, John­son et com­pag­nie ne souhait­ent pas gaspiller leur énergie à courir sous le soleil aus­tral. Un choix écologique qui s’avère payant puisqu’ils décrocheront le titre mon­di­al.
Qua­tre ans plus tard, révéla­tions du Mon­di­al dis­puté en France, les Argentins annex­ent le casi­no d’Enghien. Sur le petit park­ing situé der­rière leur hôtel et réservé au per­son­nel, ils instal­lent un cadre de lit en fer et l’utilisent pour faire rôtir deux fois par semaine des demi-bœufs, à la façon des gau­chos. Familles et amis sont invités.
En 2011, une autre invi­ta­tion cir­cule, mais à garder le secret, celle-là. Deux semaines avant la finale, Richie McCaw souf­fre d’une frac­ture de fatigue du gros orteil et d’une entorse de la cheville droite. Mais il tien­dra sa place. Avant la finale, il prend néan­moins en plein cœur la «flèche» con­stru­ite par les joueurs français en réponse au haka. Cette for­ma­tion en pointe est le seul sym­bole capa­ble de con­tre­car­rer l’effet haka des All Blacks. C’est en tout cas de cette façon que cer­taines tribus guer­rières répondaient aux chants de guerre de leurs adver­saires. L’un des policiers néo-zélandais chargés de la pro­tec­tion du XV de France a con­fié ce secret à Thier­ry Dusautoir.
Que nous réservera l’édition 2015 ? Qu’aimerons-nous en garder, au-delà des scores et des classe­ments ? C’est pour le savoir que j’ai hâte d’être sur place. A mar­di donc. Ceux qui aiment mêler lit­téra­ture, philoso­phie, ova­lie, ciné­ma, musique et oenolo­gie pour­ront aus­si me suiv­re au quo­ti­di­en pen­dant sept semaines sur Comme Fou.

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Pour prix de l’essence

Le pen­sum de same­di face à l’Ecosse le con­firme : il est grand temps que la pré­pa­ra­tion se ter­mine, et que ce XV de France bas­cule dans la com­péti­tion. D’ailleurs, on peut égren­er le compte à rebours avec les doigts. C’est bon signe. Car France-Ecosse, c’était le match de trop. Une heure durant, des Tri­col­ores soucieux d’éviter la blessure sont mon­tés dans un train de séna­teurs. Ils avaient lu quelques heures plus tôt sur leur iPhone que les Gal­lois Leigh Half­pen­ny et Rhys Webb étaient sor­tis du Mil­len­ni­um l’un avec le genou et l’autre la cheville dans la boîte à gants. Et craig­naient sans doute, en met­tant trop d’engagement dans le com­bat face aux Calé­doniens, de regarder à leur tour le Mon­di­al devant leur écran plat.
Pour peu qu’on soit licen­cié rug­by, on pou­vait se pro­cur­er un bil­let pour cinquante cen­times d’euros sur le site d’une FFR soucieuse de rem­plir le Stade de France. On iro­nis­era – c’est tou­jours très facile et à la mode – en indi­quant que pour une fois le con­tenu du match cor­re­spondait au prix du tick­et d’entrée. Rien à voir, puis une com­bi­nai­son qui déboucha sur l’unique essai bleu. On remar­quera qu’à cet instant, Rémi Talès offi­ci­ait à l’ouverture. De quoi lancer deux débats : sur le sens du mou­ve­ment – deux pass­es intérieures ; et sur la meilleure charnière pos­si­ble pour ce XV de France.
Franche­ment, ce n’est pas l’essentiel. L’important est ailleurs. Dans le refus des Ecos­sais de s’embarrasser d’un match nul qui aurait pour­tant si bien définit le con­tenu de cette ren­con­tre sur­numéraire. En allant chercher la vic­toire au-delà du temps régle­men­taire, ils nous inter­ro­gent sur la sig­ni­fi­ca­tion du rug­by. Pour nous, c’est un jeu, ou une dis­ci­pline. Dans le pre­mier cas, les bal­lons filent à l’aile et la vie est belle. Dans le deux­ième, ils restent au chaud et on s’ennuie ferme. En fait, le rug­by est un sport. Et c’est sans doute par ce que nous pas­sons à côté de ça que nous ne sommes tou­jours pas cham­pi­ons du monde.
«En rug­by, nous ne les bat­tons jamais. Mais de temps en temps, ils ne gag­nent pas. Ça veut dire que tu peux l’emporter au score mais qu’ils ont une façon d’être qui est supérieure à la défaite.» Quand un cro­chet intérieur m’apparait utile, je relis cette for­mule de Jean-Pierre Rives (1). Le Blond y évoque les Anglais mais surtout leur état d’esprit. Celui que les Ecos­sais nous ont indiqué, same­di dernier, en ne ten­tant pas l’ultime pénal­ité. Leur défaite recèle un par­fum de crick­et. «Good game, chap. Well done, old sport».
Sport. Créé avec une once de légéreté pour faire du lien. Desport, vari­ante de Déport, mot d’origine française vite incon­trôlé sig­nifi­ant amuse­ment. Là, il faut plonger dans les écrits de Jacky Adole (2), à la ren­con­tre des Ecos­sais. «Ils me don­nent l’heureuse impres­sion de ne pas vouloir tomber dans le même chau­dron que les autres. Ils pra­tiquent mod­este­ment mais avec orig­i­nal­ité un rug­by directe­ment issu de leur cul­ture. J’ai plaisir à con­stater que, bien que bat­tus quelque­fois au score, les Ecos­sais ne le sont jamais au jeu tant ils don­nent l’impression heureuse de s’amuser encore.»
On aime ce sport parce qu’en toute fin de par­tie, une pénal­ité jouée à la main nous ramène au prix de l’essence, quand tout indique qu’il faut bot­ter. C’est sans doute ce à quoi pen­sait ce gail­lard de William Webb Ell­lis en prenant la balle dans ses mains pour courir, au mépris des règles en vigueur au col­lège de Rug­by il y a deux siè­cles de cela. Le rug­by est un réseau d’abstractions et de paraboles, de quoi nous aider à cern­er ce qui ne peut s’exprimer, écrivait-on. Un mythe actu­al­isé à chaque per­cée. Ou bien tout sim­ple­ment le socle du trophée.
D’Art et d’essais. Con­ver­sa­tions avec Jean-Pierre Rives. Edi­tions de La Mar­tinière (2003). p.63.
Mon sac de rug­by. Edi­tions Atlanti­ca (2002) p. 207.

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London calling

Sur­prise. Ce n’est pas une cer­ti­tude et ce n’étaient pas des ren­con­tres de référence, mais les deux adver­saires du XV de France en match de poule de la Coupe du monde qui débute dans deux semaines en Angleterre ne sont pas au mieux. L’Irlande a été battue sur son ter­rain par les Gal­lois, bouf­fée devant et à l’impact. L’Italie a été ridi­culisée par les Ecos­sais à Edim­bourg. Il ne faut pas se réjouir du mal­heur des autres mais toute infor­ma­tion est bonne à pren­dre.
Celles-ci nous indiquent que nos adver­saires ne sont pas vrai­ment les épou­van­tails annon­cés. Certes, atta­quer le Mon­di­al par l’Italie, son jeu brouil­lon, ses mains dans les rucks et sa mêlée embrouilleuse n’a rien de plaisant. Le XV de France manque tou­jours de rodage à l’entame. Mais là, vis­i­ble­ment, les Ital­iens man­quent de tout. Deux match­es de pré­pa­ra­tion, deux défaites face à l’Ecosse. On a trou­vé des cail­loux dans la piz­za.
Au sujet des Irlandais, l’analyse est plus nuancée. Même englués dans un jeu de pass­es stérile, oblig­és de s’en remet­tre au seul pied de Jonathan Sex­ton pour con­tourn­er la défense, ils auraient pu l’emporter à la dernière sec­onde, l’arbitre vidéo refu­sant, juste­ment, leur essai entre les poteaux sur un ultime rush bien mené. La faute à ce dia­ble rouge de Leigh Half­pen­ny qui mit la main entre l’en-but et le bal­lon.
Attente. Vous aus­si sans aucun doute vous atten­dez de savoir ce que va don­ner ce XV de France poly­mus­clé, same­di soir, face aux Ecos­sais très remuants, lancés sans com­plex­es par leur nou­veau coach, Vern Cot­ter, adepte du « large-large ». Les coéquip­iers de Dusautoir – enfin rétabli et aligné – vont devoir élever leur niveau de jeu, pour l’instant réduit à sa plus sim­ple expres­sion : crash test en mêlée et oppor­tunisme. Ça a marché con­tre l’Angleterre engluée pen­dant une heure dans le pud­ding ; pas sûr que ce soit suff­isant devant cette Ecosse qui ne perd pas le fil.
Dégout. Parce que la con­ner­ie n’a pas de fron­tière, de vis­age. Enfin si, same­di, elle ressem­ble à ce sup­por­t­eur palois excité qui insulte l’ailier mont­pel­liérain Tim­o­ci Nagusa au point que celui-ci, sor­ti sur car­ton jaune pour hors-jeu, décide d’aller se planter devant ce spec­ta­teur ren­du mus­cat par le soleil du Béarn. En retour, il récolte une bor­dée de cris de singe. Sage, Nagusa fait demi-tour plutôt que de cla­quer l’idiot. Mais nous fait partager sa décep­tion sur Twit­ter. On espère que les dirigeants de la Sec­tion Paloise inter­diront l’accès du Hameau à ce raciste qui leur porte tort.
Voy­age. Cette semaine, direc­tion Lon­dres, en atten­dant le clash Angleterre-Aus­tralie, pour voir si le Mon­di­al com­mence à faire des rucks. Du côté de Twick­en­ham et de Rich­mond, j’ai ren­dez-vous avec un ancien du ter­ri­ble pack blanc, un pénible mais telle­ment attachant, un spé­cial­iste des sail­lies et des rucks qui mar­quent. So… Let’s roll, folks.

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Tout un roman

On savait depuis longtemps où ça allait se dérouler : en Angleterre et à Cardiff. Main­tenant, depuis dimanche midi, on sait avec qui on y va. Mar­cous­sis était ver­rouil­lé comme un bunker à quelques min­utes de l’annonce des trente-et-un, et ce n’est pas dif­fi­cile telle­ment le CNR ressem­ble à un cen­tre de déten­tion. Le secret était bien gardé. Petit, le secret. Chioc­ci, Vahaamahi­na et Gou­jon allaient rejoin­dre leurs clubs respec­tifs pour la deux­ième journée du Top 14, cou­ru d’avance. Plus com­pliqué pour les deux autres. Même si Saint-André et Lag­is­quet n’ont pas eu beau­coup des doutes.
Gui­toune arrière-aili­er-cen­tre, Fick­ou et Fofana ailiers-cen­tres, Dulin et Huget arrières-ailiers… Rémi Lam­er­at a payé sa non-poly­va­lence, et son pro­fil iden­tique aux brise-lignes Bastareaud et Dumoulin. Ce qui fait buzz (on dis­ait débat avant l’existence des réseaux soci­aux), c’est surtout l’éviction de François Trinh-Duc. J’ai déjà don­né mon avis et étayé mes expli­ca­tions par ailleurs. Juste ajouter qu’il est le seul à avoir déçu con­séc­u­tive­ment deux coachs nationaux. Il y a donc bien quelque chose qui ne le rend pas indis­pens­able en bleu.
La vie de cette liste est un roman, désor­mais.* L’aventure peut com­mencer. Parce qu’une Coupe du monde, c’est une tra­ver­sée, avec ses tem­pêtes et ses mers d’huile, ses coups de gueule et ses coups de mou. Sept semaines où les car­ac­tères, même et surtout s’ils sont mau­vais, réveil­lent le groupe quand il est assoupi, trop sûr de lui ou tim­o­ré, selon. Il faut de fortes per­son­nal­ités, des lead­ers, des décon­neurs mais surtout des gros cœurs. Pour s’envoyer sur la ligne de front, ensem­ble, sol­idaires. Pour sus­citer de l’émotion, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’équipe. Des mecs qui veu­lent trans­met­tre.
En atten­dant, PSA est à l’heure au pre­mier ren­dez-vous qu’il avait fixé. Bat­tre l’Angleterre au Stade de France le 22 aout. C’est fait. 25–20. Soix­ante min­utes bleues, dix min­utes blanch­es et un petit remous au milieu. Beau­coup de stress sur la fin. Il ne fal­lait pas que ça dure une minute de plus. J’ai pris beau­coup de plaisir sur l’essai bleu. Pas­sage intérieur de Micha­lak – mon­sieur records -, jail­lisse­ment d’Huget dans le dos, cad-deb’, accéléra­tion, raf­fut et plon­geon. 
Il reste quelque chose de frus­trant – le mot est faible, mais je choi­sis le moin­dre – à l’issue de ce week-end et en atten­dant le prochain. En tant que Rochelais, emmail­loté de l’âge de 7 ans jusqu’à mes 18 ans, éduqué rug­bys­tique­ment par MM. Puy­four­cat, Bas, Courthès, Mabil­lon et Gal­lo sur le ter­rain annexe de Deflan­dre (du béton à l’automne, un bour­bier en hiv­er), puis à La Grenouil­lère. L’essentiel de ce que je sais sur le rug­by, je l’ai appris au Stade Rochelais.
Alors enten­dre ces tri­bunes sur lesquelles j’ai posé mes fess­es sif­fler leur équipe dès qu’elle a eu les cram­pons dans la vase, soit au bout des vingt pre­mières min­utes de la sai­son, puis l’ensevelir sous une énorme bron­ca après un naufrage à quar­ante points, ça m’a filé la honte. Honte d’être rochelais. Des pseu­dos sup­por­t­eurs que ceux-là. Sans par­ler d’une équipe avec seule­ment qua­tre gamins du cen­tre de for­ma­tion, un agglomérat mal joint qui a per­du l’ADN du club (com­bat, sol­i­dar­ité, pugnac­ité) durant l’été. Ça fait mal au belou de Laleu que je suis. Le Stade Rochelais serait-il devenu un club pro comme les autres ? En tout cas, je me pose trois ques­tions : il vaut mieux 7 000 pas­sion­nés et con­nais­seurs en ProD2 ou 15 000 voyeurs vocif­érants en Top 14 ? Au risque d’y per­dre son âme ? Et au final pour quel béné­fice, quel lien ? Faustien.
* «La vie de Liszt est un roman», remar­quable ouvrage écrit par Zsolt Harsanyi. Pour ceux qui appré­cient la lit­téra­ture et la musique clas­sique. Un de mes coups de cœur.

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Un poil trop court

Same­di c’était rug­by. Solide, ce quinze août. La tem­péra­ture monte et à qua­tre semaines du Mon­di­al, pour le coup, si les ten­dances se déga­gent elles n’indiquent pas toutes la même direc­tion. Que retenir ? Qu’une grande équipe ne com­met jamais deux fois la même erreur. Et qu’une nation de milieu de tableau est inca­pable de rééditer un exploit. C’est ce qui fait que les Néo-Zélandais et les Sud-Africains se retrou­vent en pole posi­tion. Ils n’ont pas course gag­née pour autant mais avoir quelques mètres d’avance, ça ne fait pas de mal, se dis­ent-ils.
Bat­tus par l’Australie et l’Argentine, All Blacks et Spring­boks ont su ren­vers­er la sit­u­a­tion et sor­tir de ce week-end en vain­queurs. Pas tant sur le score que sur le fond. Ils ont retrou­vé leur rug­by quand les autres pré­ten­dants ‑Aus­tralie, France, Angleterre – n’ont pas encore sécurisé, totale­ment ou par­tielle­ment, le leur. Ils ont su soign­er par­faite­ment les petits détails avant de s’emballer pour les grandes options. C’est ce que dis­aient Richie McCaw et Heyneke Mey­er la veille de leurs tests respec­tifs.
McCaw devait récolter des lau­ri­ers à l’issue de la Bledis­loe Cup, gag­née ou per­due. Il a ceint la couronne, le trophée dans les mains. A lui le record du monde des sélec­tions, de toutes sélec­tions, parce qu’on sait que les Anglo-Sax­ons aiment com­pli­quer les choses. Porter le mail­lot nation­al ne suf­fit pas, ils ajoutent aus­si les Lions bri­tan­niques et d’Irlande. Je pen­sais que George Gre­gan déte­nait le précé­dant record (139 appari­tions avec l’Australie) et bien non. C’est Bri­an O’Driscoll qui présen­tait l’addition (142 en comp­tant 8 match­es avec les Lions).
Mey­er, lui, en avait gros sur la patate. Traité de « raciste » par quelques mem­bres du Con­grès des syn­di­cats sud-africains, trahi par cinq de ses joueurs noirs et métis – on n’a pas cher­ché à avoir les noms -, jugé coupable de ne pas sélec­tion­ner selon la couleur de peau et de faire con­fi­ance à ses meilleurs joueurs au point d’aimer align­er son équipe type à (presque) tous les match­es, il a (dé)montré à ceux qui préfèrent sépar­er que réu­nir qu’il est pos­si­ble de vain­cre sans se renier, d’envoyer du jeu et d’assumer ses con­vic­tions.
Des con­vic­tions, je ne suis pas per­suadé que le XV de France, en pos­sède beau­coup après cette défaite, la énième, à Twick­en­ham face à une équipe anglaise bis expéri­men­tale. Du mus­cle ils en ont fait, les Tri­col­ores. Du gras ils en ont per­du. Pour ça, soulever de la fonte, frap­per du pneu, griller des calo­ries à vélo en allant chercher des watts comme Froome. Mais sur le bout des doigts, dans les mains, dans le regard qui précède la passe, dans la course sans bal­lon, la défense en bout de ligne, dans le plan de jeu, qu’ont-ils ?
Ce n’est pas en plaçant trois arrières en fond de ter­rain qu’on con­stru­it des relances et qu’on ver­rouille les espaces le long de la touche. Dulin a pris un cad-deb qui va le hanter longtemps, Fick­ou a défendu comme un cen­tre exilé et d’un petit par dessus les Anglais se sont ouvert la zone extérieure. Trois essais encais­sés, un seul mar­qué, en force et en supéri­or­ité numérique. « Le monde à l’envers », iro­ni­sait Start Barnes, l’ouvreur anglais de poche devenu com­men­ta­teur, ami du French Flair et curieux de nos bal­lons portés qui, s’ils ne sont pas ces hor­ri­bles bal­lons par terre, ressem­blent au rug­by de moisson­neuses anglais­es (Leonard, Richards, Skin­ner, Doo­ley, Ack­ford, Teague) mod­èle 1991. Cela dit, si ça peut nous envoy­er en finale con­tre l’Australie, hein ?

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L’origine du maul

Et c’est tou­jours en été. Le tour est passé, la fonte bouge. Le bal­lon ne cir­cule pas encore et c’est W qu’il faudrait lire. Un sou­venir d’enfance à la plage. Surtout si c’est à l’autre bout du monde. Le jeu se pré­pare aux biceps et au for­ceps dans le huis clos de Mar­cous­sis en suée. Jusqu’à la nausée. L’existentialisme ovale n’est pas (encore) un human­isme, con­traire­ment à. Il fau­dra atten­dre le coup d’envoi.
Juste­ment, pour patien­ter – moi, ce sera en car­lingue vers Dur­ban, puis entre le Cap et Johan­nes­burg -, vous sans doute en transat, je vous pro­pose un avant-goût de la French Touch en «pure laine vierge peignée», si l’on en lit l’introduction, et jamais mot ne fut mieux choisi. Un ouvrage sur le dopage dans le rug­by ? Dépassé. Sur les trafics d’influence, les magouilles finan­cières ? Ringard.
Le livre qui va faire par­ler, cet été – jusqu’au 21 sep­tem­bre, le lende­main de mon anniver­saire – est d’une autre saveur. Il aurait pu être pré­facé (si son auteur non dénué d’humour y avait pen­sé mais il n’est pas trop tard) par l’ancien deux­ième-ligne inter­na­tion­al basque Jean Con­dom telle­ment les allu­sions sont légères, les regroupe­ments vir­ils et, finale­ment, l’ensemble cor­rect. Une gageure compte tenu du sujet : le dégage­ment…
A la suite d’Henry Miller et de sa trilo­gie en «us» et en rose, bien après Max et les phago­cytes, Alain Gex, ancien de l’AFP, com­pagnon débridé de tournées et de Tournoi aujourd’hui retraité, livre un recueil bien allongé d’alcôves et de per­cées aux édi­tions Robert Laf­font. Le livre qui man­quait pour finir de désacralis­er les valeurs du rug­by. Le titre ? Ce n’est pas Ma mau­vaise répu­ta­tion (déjà bien pris par M. Boud­jel­lal), ni Totem et Tabou, même s’il faut par­fois pass­er par le divan.
Sexus Rug­bysti­cus paraî­tra le 7 sep­tem­bre. D’ici là, je vous en verserai quelques gouttes. Pre­mière sail­lie à mon retour d’Afrique du sud, le 18 août. Pour ce que j’en ai déjà lu – épreuves non cor­rigées, ce qui est un comble au don­jon – ils sont cités : mon frère Claude, l’oncle Sam, Pierre et Bernard, Jean-Pierre, Serge, le Duc et signé Furax… Mais pas qu’eux. Inter­na­tionaux, dirigeants, jour­nal­istes, spon­sors, sup­port­ers : tous voudront d’urgence savoir s’ils ont été sélec­tion­nés. Ce flo­rilège de libre pen­sée n’est pas un essai mais bien un débor­de­ment majus­cule. Et cha­cun de point­er dans l’en-but.
Un extrait bio pour patien­ter durant votre régime EPO (eau-pastis-olives) pen­dant que les Tri­col­ores de Dusautoir tran­spirent dans l’étuve puis se glacent au cryo avant de se sus­ten­ter de peu sans même avoir droit au bal­lon ? Allez, page 197 : «Sucette a ain­si reçu quelques trois cents con­nais­sances venues de l’Aude et des envi­rons. Philippe et sa suf­fragette, Erik, Lau­rent et Jean-Pierre (j’ai enlevé les noms, sait-on jamais, les épreuves ne sont pas cor­rigées, ai-je dit) ont donc savouré les spé­cial­ités du cru (nous sommes au Brésil) dans le cadre de l’option A (plage, cock­tails, tourisme et chur­ras­que­ria). Plus rares, mais davan­tage accros, les ama­teurs du plan B  (je vous laisse devin­er, nous sommes au Brésil, dont) ont pu fauss­er com­pag­nie à leur dul­cinée grâce au fal­lac­i­eux Tournoi des vétérans inti­t­ulé «Dans le cochon, tout est bon» que Sucette organ­ise avec le con­cours de (bip, car là, le prénom compte dou­ble), four­nisseur des pré­cieux équipements Adi­das, et qui a réu­ni un temps jusqu’à dix-sept for­ma­tions, dont cer­taines venues d’Espagne et d’Uruguay.»
D’ici là, vibrez plus grand. Tot weer­siens, wed­er­dom…

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Restez en quinconce

Vous con­nais­sez le posi­tion­nement en dia­mant, quand le por­teur a trois solu­tions pour pass­er son bal­lon : une de chaque côté et une der­rière. On appelle aus­si cette struc­ture le bloc. L’attaque à plat, lancée par la famille Peuch­lestrade à Auril­lac. Et celle en pro­fondeur qui date de René Cra­bos dans les années 20 d’un autre siè­cle. L’axe (y com­pris le pro­fond), le large, et même le «large-large», les rideaux (au nom­bre de trois)… Je vous laisse le soin de com­pléter cette géométrie.
Pour ma part, avant de rejoin­dre Valen­cia, via Sar­lat et Lan­nemezan, couper avec l’ovale avant de par­tir en Afrique du sud sur les traces du spring­bok, j’ai décou­vert le place­ment en quin­conce début juin. Dix inter­nautes regroupés autour de l’attaque du plat prin­ci­pal, avec un demi pour ouvrir le «je», vite devenu un «entre nous» sans jamais cess­er de rester ludique pour le plaisir de tous.
A l’ombre d’un bis­tot bor­de­lais place des Quin­conces, inter­nautes de ce Côté Ouvert à toutes les ini­tia­tives, inter­calés dans la ligne, prêts à la relance épis­to­laire, venus de (presque) partout pour (se) décou­vrir et partager anec­dotes et mets, ils étaient sor­tis avec un plaisir non dis­simulé du monde virtuel, celui des pseu­dos bémols, lequel trans­met trop de virus : har­céle­ment, découpe au fendoir ébréché, aigreur, jalousie, rumeur…
Landais, Pays, Lethio­phe, Le Boeuf, Georges, Tau­tor, Pomas­son, Eric, sans oubli­er Ben­ji et Benoit venus nous rejoin­dre en impact play­ers après le coup d’envoi, vous allez accom­pa­g­n­er et ali­menter à décou­vert ce blog jusqu’à mon retour, et avec vous Chris­t­ian (Badin), Antoine, Zarmou, Gob­e­twen (Gariguette), Chriseus, Philippe, Charles, Fab­re, Allan, Jan Lou, Ser­gio, François, Rémy, Béarn, Emmanuel, Kudekask, Odilon, Daniel, Boine, aus­si Bap­tiste, Mick­aël et tous les autres.
Ce blog est notre vil­lage, désor­mais. Il appar­tient à cha­cun et à per­son­ne. Je n’en suis que l’initiateur et l’animateur. S’il est de qual­ité, lu et appré­cié, vous y êtes pour beau­coup. Nous étions dix à Bor­deaux, sans doute serons nous davan­tage la prochaine fois. Où ? On ne sait pas. Nous ver­rons en temps utile. D’ici là, gardez la mai­son ouverte, l’oeil aus­si et le bon. Car l’heure est mal­heureuse­ment autour de nous à l’éthique étique.
Cet été sera Super Rug­by, Four Nations, rassem­ble­ment à Mar­cous­sis et stage en alti­tude. Paris a rem­porté le sien avec une jeune généra­tion rose ; Cler­mont s’est une nou­velle fois per­du avec une ossa­t­ure bleu-blanc-jaune. Vin­cent Etch­eto viré en cinq min­utes chrono, vengeance tar­dive, après avoir ven­dan­gé le bor­de­lais de la bouil­lie au mil­lésime. Une place à Toulouse, cen­tre ville, dédiée à Guy Novès. Le rug­by est à la fois en fusion et à marée basque. Vig­i­lance, donc. Heureuse­ment, comme l’écrivait Philippe Man­hes sur Twit­ter, «un homme azer­ty en vaut deux». Bonnes vacances.

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Ceux qui tombent

Same­di, soir de gloire, sacre des vain­queurs, des cham­pi­ons, des héros qui vont soulever le boucli­er et dormir avec. Same­di, soir de finale. De titre. En par­lant de titre (re)sort l’ouvrage de Denis Charvet, «La dernière passe», aux édi­tions du Bal­lon Car­ré. En sous-titre : «Aucun trophée, aucune médaille, ne valent une vie.» Il suf­fit de repenser à Geof­frey, cet aili­er d’Abadie issue d’une famille de pre­mières lignes, se jetant du haut de son immeu­ble. De penser à ceux qui tombent.
Le week-end dernier, à Bor­deaux, place de la Vic­toire, un autre aili­er du Stade Français, Raphaël Poulain, cheval de trait tail­lé comme un flanker, ani­mait des séances d’initiation au jeu pour les plus petits. Raphaël Poulain a lais­sé une épaule, un bras, un tes­tic­ule et un genou sur les ter­rains du temps de sa splen­deur, au début des années 2000, quand le rug­by est devenu pro­fes­sion­nel. Il a fail­li choisir d’abréger son exis­tence.
Denis et Raphaël ont eu la chance de sub­limer leur mal-être dans l’art : théâtre, ciné­ma, lit­téra­ture. Jean-Pierre Rives évoque la petite mort du sportif quand tout s’arrête et qu’il faut vivre avec soi-même quand les autres s’éloignent du bal­lon, qui n’est jamais que la métaphore rebondis­sante du vivre ensem­ble qui se dégon­fle par­fois. On pour­ra lire l’ouvrage signé Bastareaud, «Tête haute», lui aus­si pub­lié ces jours-ci ‚qui évoque la dépres­sion, l’alcool, le sui­cide. Ou celui de Christophe Domini­ci, «Bleu à l’âme», tombé avant lui. Met­tre en per­spec­tive l’arrêt de car­rière de Geof­froy Messi­na et sa crainte d’avoir à utilis­er un fau­teuil roulant. Se sou­venir surtout de Marc Cécil­lon, livré à ses démons jusqu’à com­met­tre l’irréparable pour les autres et pour lui.
Ce qui car­ac­térise le rug­by, sur le ter­rain, c’est le sou­tien. Celui qui sera le pre­mier à pro­téger un parte­naire qui tombe au sol, l’aider à con­serv­er le bal­lon, gardera la maîtrise du jeu. C’est trans­pos­able hors du ter­rain, et c’est ce qui donne plaisir à se revoir une fois cette jeunesse ter­minée. Pour tout ce que l’on a partagé. Et sou­vent sans avoir joué ensem­ble. C’est aus­si pour cette rai­son, le sou­tien, que le Stade Français part avec un avan­tage sur Cler­mont, same­di. Pour l’emporter comme en 1998. Geof­frey est sur la pho­to d’équipe. Allongé devant le boucli­er. Il ne s’en est pas relevé.
Depuis deux ans, Raphaël Poulain, redressé, se bat pour trou­ver un finance­ment à hau­teur de 50 000 euros. C’est le salaire men­su­el d’un inter­na­tion­al de rug­by. Cela lui per­me­t­trait de tourn­er le doc­u­men­taire qu’il porte en lui et dont le titre est : «Les héros meurent jeunes». Il cherche juste un dif­fuseur. Son idée ? Tra­vers­er la France du rug­by, de Mar­cous­sis à Cap­bre­ton, de l’usine à cham­pi­ons jusqu’à la tranchée des grands blessés, pour recueil­lir des témoignages et adress­er le sien. Vital.
Il m’a dit : « Ce n’est pas vend­able parce que doc­u­men­taire dérange.» Il dérange parce qu’il par­le de blessure, au sens de fêlure, celle de Fitzger­ald en cram­pons ; de faib­lesse, «d’aveu de faib­lesse» Et ça ne branche pas «un milieu qui fan­tasme les héros» avec chars romains, bal­lon descen­du du ciel, syl­phides soyeuses et coloss­es huilés pour hon­or­er Bren­nus mul­ti-dif­fusé. Mais rien de trébuchant pour soutenir un doc­u­men­taire sur l’enfer de ce décor.
Cha­cun pleure les dis­pari­tions, pré­maturées, d’êtres chers. Mais qui regarde autour de lui et se place au sou­tien des détress­es ? Qui pour étay­er avant que quelqu’un tombe ? Com­bi­en de burn-out ovales ou autres fau­dra-t-il avant qu’une loi se penche sur l’après plutôt que sur le pen­dant du sportif pro­fes­sion­nel ? Que dire aujourd’hui à Raphaël et à tous ceux qui sont tombés et n’ont trou­vé que quelques mains sec­ourables pour les relever ? Que le rug­by n’est qu’un sport sans pro­longe­ments ? Que les héros aux idées noires doivent néces­saire­ment par­tir jeunes, quand bien même ils ne se prénom­ment pas Geof­frey ou Jer­ry ?
En marge des grandes mess­es ovales dans des stades gigan­tesques situés en zones indus­trielles béton­nées, au son de fan­fares pré­fab­riquées, sous des écrans géants qui don­nent l’impression que le réel se vir­tu­alise, le rug­by ne s’aperçoit pas qu’il est à la croisée de son his­toire. Passe encore que mille crétins sif­flent Bakkies Botha pour sa der, qu’un quar­teron d’irascibles twit­tos en mal de recon­nais­sance har­cèle tout ce qui dépasse et surtout les dépasse. On s’en accom­mode.
Mais quand chutent les idol­es, quand ceux qu’on envoie plein fer, tête bais­sée, mus­cles sail­lants, com­mo­tion assurée sur cette ligne de front qu’on appelle d’avantage per­dent trop, trop vite, trop jeunes ; quand les sig­naux clig­no­tent ensem­ble, coïn­ci­dence trou­blante le week-end dernier, il est temps d’aller au sou­tien plutôt que de rester spec­ta­teur. Nous aurons très vite à répon­dre à cette ques­tion, et pas seule­ment pour le rug­by : qu’avons-nous fait alors que nous savions ?

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