Seuls contre tous


Cette pre­mière ligne est facile à écrire dans la mesure où elle traite de la mêlée. Il y a deux façons d’aborder le prob­lème en ver­sion bleue, secteur de jeu que l’on a vu lour­de­ment sanc­tion­né dans ce Tournoi. Par la face frontale, à l’impact, pour ten­ter de faire fléchir l’IRB. Ou par des voies plus sub­tiles, moins pénal­isantes pour le pack du XV de France.
Yan­nick Bru, l’adjoint tri­col­ore chargé des avants, se grat­te la tête et avec lui le staff, les joueurs et une par­tie du pub­lic, celle qui a poussé un peu, mis des coups de tronche et s’est fric­tion­né le dos au Dolpic. Il y a de quoi s’interroger, effec­tive­ment. Com­ment peut-on pass­er d’une mêlée dom­i­na­trice face l’Angleterre en début de Tournoi à l’obligation de sor­tir son pili­er gauche à la mi-temps, sous la men­ace d’un car­ton jaune, face à l’Irlande, same­di dernier ?
Car enfin, c’est une pre­mière ! Domin­go rem­placé par Debaty, déci­sion prise dans le ves­ti­aire pour ne pas ris­quer l’expulsion tem­po­raire, l’infériorité numérique, tout ça parce que l’arbitre, M. Walsh, a prévenu le cap­i­taine Papé qu’à la prochaine mêlée écroulée, il allait sévir… Incroy­able. L’arme fatale tri­col­ore, celle d’Alfred Roques, de Robert Paparem­bor­de et de Jean-Pierre Garuet, soumise par le règle­ment, som­mée de s’incliner à force de pouss­er plus bas que l’adversaire.
Un siè­cle de tra­di­tion, de sueur et de côtes fêlées, de boss­es sur le front et d’arcades ouvertes, de reins pilés et d’épaules en tra­vers, de posi­tions des pieds et de vertèbres tassées mis à mal parce qu’il fau­dra, désor­mais, que cette épreuve tech­nique, ce com­bat col­lec­tif, cette zone d’affrontement, devi­enne une sim­ple remise en jeu limpi­de. En édul­co­rant ce qu’il y a de plus rugueux, le rug­by s’avance encore un peu plus vers le sport spec­ta­cle, vous pour­rez dire : «Je l’ai vu, c’était lors du Tournoi 2014 !»
Il s’est passé la même chose en touche en 1995 au sor­tir de la Coupe du monde quand le sou­tien aux sauteurs a été autorisé, l’ascenseur validé, les trip­tyques con­stru­its dans l’alignement. Cette phase de jeu brouil­lonne et par­fois totale­ment anar­chique est dev­enue claire. Le com­bat, sou­vent vio­lent, dif­fi­cile à arbi­tr­er, est mon­té à trois mètres de haut, sor­tant de la fon­drière. Tout le monde, aujourd’hui, y trou­ve son compte.
La mêlée, sans doute, va devoir vivre sa révo­lu­tion. Si le XV de France souf­fre aujourd’hui d’une forme d’incompréhension, la solu­tion passera par ses clubs d’élite. Début avril s’avancent des quarts de finale. Les mêlées de Toulouse, de Toulon et de Cler­mont en Coupe d’Europe, mais aus­si celles de Brive et du Stade Français en Chal­lenge européen, vont être scrutées, c’est à pari­er.
Epaules hautes, intro­duc­tion droite, poussée rec­tiligne, talon­nage rapi­de, éjec­tion immé­di­ate : la mêlée est désor­mais en phase de nor­mal­i­sa­tion. Con­sid­érés irré­ductibles, les Français auraient tort de croire qu’ils peu­vent lut­ter face à un mou­ve­ment inter­na­tion­al qui tend, depuis vingt ans, à polir petit à petit les sur­faces rugueuses et abra­sives du com­bat col­lec­tif. Peut-on avoir rai­son, seul con­tre tous ?

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Succès à effacer


Il ne reste plus que l’Irlande pour nous redonner le sourire. L’Irlande, oui, mais seule­ment en cas de vic­toire. Et encore, ce n’est pas cer­tain. Regardez ce qui tombe sur l’équipe de France après sa vic­toire à Edim­bourg. Etriquée, mirac­uleuse, mais vic­toire quand même. J’en con­nais, des inter­na­tionaux français de renom, qui auraient pour­tant bien aimé l’emporter, même petite­ment, sur la pelouse boueuse de Mur­ray­field.
Mais ain­si va le rug­by. Un pub­lic peut se lever pour une défaite et râler après un suc­cès. Le score reste sur les tablettes quand tout est ter­miné depuis longtemps mais il ne racon­te rien, finale­ment. Ou si peu. Il n’est pas oblig­a­toire­ment ce que l’on vient chercher en match inter­na­tion­al. Il ne génère ni pas­sion ni ent­hou­si­asme, sauf peut-être s’il s’agit d’une finale de Coupe du monde.
Bat­tre les Anglais à la dernière sec­onde par un essai grand style, se débar­rass­er des Ital­iens en douze min­utes et l’emporter à Mur­ray­field, voilà qui aurait fait, sans aucun doute, le bon­heur de nom­breuses équipes de France qui virent leurs Tournois se ter­min­er dans les affres. A com­mencer par le XV de France ver­sion 2013 enfon­cé, l’année dernière, dans un Six Nations de sables mou­vants.
Le résul­tat n’est pas tout, donc. Ain­si, on ne joue pas pour gag­n­er. Pas tou­jours, en tout cas. C’est vrai, je l’avoue, il n’y a pas grand-chose à garder d’Edimbourg. Une inter­cep­tion et une dernière action, bonifiée par un but de pénal­ité. Juste assez pour l’emporter. Mêlée, touche, attaque, défense, ani­ma­tion, jeu au pied ? Rien. Mis à part, allez, soyons mag­nanime, une relance, un grattage et un ruck, le dernier.
En 1982, le XV de France, tout aus­si exsangue que celui-ci, à court d’idées et de puis­sance, bat­tu partout – à Cardiff, puis par l’Angleterre au Parc des Princes et l’Ecosse à Mur­ray­field – un XV de France pour­tant fort de Blan­co, Rodriguez, Rives, Din­trans, Dubro­ca, Joinel, un XV de France entraîné par Jacques Fouroux, allait dis­put­er son dernier match à Paris face aux Irlandais pour s’éviter une cuil­lère de bois, lesquels hommes en vert s’avançaient, eux, pour décrocher le Grand Chelem dans le sil­lage de leur ouvreur-buteur Ollie Camp­bell.
Pour s’opposer aux vieux guer­ri­ers, Fouroux avait rap­pelé ses briscards : Revailler, Paparem­bor­de, Dospi­tal et Imber­non devant ; der­rière, Gaber­net, Mes­ny, Fab­re et Berbizier, du solide, du mus­clé. Pour l’emporter, 22–9, mar­quer deux essais à décoif­fer James Joyce et ren­voy­er McNeil, Kier­nan, O’Driscoll (déjà), Slat­tery, Leni­han, Keane, McLough­lin, Fitzger­ald, Orr et tous les pénibles de la verte Erin vers Par­nell Square en express.
On voit mal, en cette époque de groupe des trente, PSA con­vo­quer dans l’urgence d’un match à gag­n­er Mor­gan Par­ra et François Trinh-Duc pour reformer une charnière au nom de l’union sacrée et de la patrie en dan­ger, sor­tir Lionel Nal­let et Sébastien Cha­bal de la rou­tine de leur ProD2 le temps d’un hymne et appel­er hors de leurs retraites Aurélien Rougerie, Julien Bon­naire et même William Ser­vat – qui pigeait il y a peu pour Toulouse. Sans par­ler d’Imanol Hari­nor­do­quy, Romain Mil­lo-Chlus­ki, Fabi­en Bar­cel­la, Frédéric Micha­lak, Jean-Bap­tiste Poux, Fab­rice Este­banez, Arnaud Mela, Lionel Beaux­is, Dim­itri Yachvili, Julien Puri­cel­li et toute la com­pag­nie des glo­rieux.
Non, il a juste retenu le tou­jours un peu blessé Dim­itri Szarzews­ki, l’ex-convalescent Bernard Le Roux et le puni Louis Picamoles. Cela dit, ami(e)s inter­nautes, que faire de plus et de mieux quand votre troisième-ligne cen­tre rem­plaçant, Antonie Claassen, décide en plein Tournoi qu’il est préférable de pos­er une semaine de RTT pour se mari­er en Afrique du sud plutôt que de se faire pour­rir la vie à Mar­cous­sis, qui plus est en cham­bre dou­ble ?
Le rug­by d’aujourd’hui ne laisse aucune place à l’épique. Imag­inez un instant cette vic­toire à Mur­ray­field com­men­tée par Roger Coud­erc, mag­nifiée ensuite par Denis Lalanne. Et pas de vidéo pour repass­er les pas­sages à vide. L’interception d’Huget aurait les accents de Bayard ; la dernière action, celle du but de pénal­ité la beauté d’un chant de cygne, dés­espéré, se muant en suc­cès. Je sais, je m’égare. L’ère est au sms, au twitt, au clic ; à l’instantané et au replay ad lib. Un suc­cès à Mur­ray­field ? Ctrl. Alt. Sup­pr.

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Quatre nuances de bleu

Oui bien sûr ça ne marche pas fort en ce moment. Au classe­ment mon­di­al, la France n’émarge qu’à la dix­ième place, der­rière les Samoa, l’Argentine, le Cana­da et le Kenya, talon­née par le Pays de Galles. Son bud­get de fonc­tion­nement ? 4 mil­lions d’euros. Soit dix fois plus qu’à l’époque où elle brico­lait gen­ti­ment sous la souri­ante férule de Thier­ry Janeczek. Et pour les mêmes résul­tats sportifs.
Ah par­don, je n’ai pas pré­cisé mais vous l’aviez com­pris, il s’agit de l’équipe de France de rug­by à 7. A deux ans des Jeux Olympiques de Rio, où cette dis­ci­pline sera pour la pre­mière fois invitée, l’écart sem­ble impos­si­ble à réduire entre ces Tri­col­ores-là et les ténors que sont les Néo-Zélandais, les Sud-Africains, les Fid­jiens et les Anglais, lesquels se partageront au Brésil, c’est cer­tain, les trois médailles mis­es en jeu.
Les 22 et 23 mars, les coéquip­iers de Vin­cent Deni­au seront au Japon, pour la six­ième étape du cham­pi­onnat du monde, l’IRB Sev­ens. On pour­rait com­mencer à con­naître leurs noms et il y en a de fameux : l’ailier inter­na­tion­al Julien Can­de­lon, Jean-Bap­tiste Gob­elet, Vin­cent Ini­go, Julien Saubade et Paul Albalade­jo, qui porte un sacré patronyme. Mais comme ils ne gag­nent pas, ils peinent à exis­ter et sont repoussés à la marge des médias, juste à la rubrique résul­tats.
En revanche, il y en a deux, des XV de France, qui gag­nent : les féminines et les moins de vingt ans. Vic­to­rieuses de l’Angleterre (18–6) puis de l’Italie (29–0), les coéquip­ières du talon­neur (de la talon­neuse?) Gaëlle Mignot ont pour­suivi leur marche en avant face au Pays de Galles, 29–0. San­drine Agri­cole, Coum­ba Dial­lo, Marine De Nadaï et Marie-Alice Yahé – vous avez au moins une fois enten­du par­ler d’elles – sont à deux suc­cès d’un pos­si­ble Grand Chelem qui devrait être scel­lé le 14 mars, à Pau, face à l’Irlande. A l’heure de la par­ité, peu de cas est fait de leur épopée.
Pis, la Coupe du monde fémi­nine, qui mar­quera l’histoire des Bleues, se dis­put­era au mois d’août dans l’intimité de Mar­cous­sis, sur des ter­rains qui ne seront pas tous bor­dés de tri­bunes. L’Essonne en août ? Un désert. Pas l’endroit idéal pour val­oris­er des Tri­col­ores qui gag­nent, quand des mil­liers de sup­por­t­eurs poten­tiels en vacances au bord de mer, à Biar­ritz, Bay­onne et Saint-Jean de Luz, Mont­pel­li­er, Nîmes, Nar­bonne ou Per­pig­nan, La Rochelle, Roy­an, les Sables d’Olonne ou Nantes, auraient eu l’occasion de les encour­ager.
Sans bruit, au CNR, un man­ag­er fait son nid. Fabi­en Pelous encadre les moins de vingt ans. Vingt-deux heures après le fias­co du Mil­len­ni­um, les Bleuets ont bat­tu les vice-cham­pi­ons du monde, 19–10. Ils sont invain­cus, eux aus­si. Et visent, là encore, un Grand Chelem. Le demi de mêlée bor­de­lais Bap­tiste Serin, le talon­neur biar­rot Romain Ruf­fe­nach, le deux­ième-ligne cler­mon­tois Jean-Bap­tiste Singer, le troisième-ligne aile toulou­sain Yacou­ba Cama­ra et son coéquip­i­er François Cros, cap­i­taine de la sélec­tion, s’illustrent dans l’antichambre.
Alors plutôt que de fustiger la for­ma­tion à la française, de croire qu’il n’y a rien à tir­er du mod­èle fédéral, d’assurer que les petits por­teurs de casque ont des œil­lères et de penser à jeter le bébé avec l’eau du bain parce que la bande à Papé est passée à tra­vers à Cardiff – ce n’est pas la pre­mière fois qu’un XV de France se fait piétin­er sur l’air de Land of my Fathers, n’est-ce pas Jean-Pierre Rives ? – j’ai envie bien pass­er par Galashiels et Bon­nyring.

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Affiche complet


Nous ne sommes pas oblig­és de choisir entre l’orgie et le plaisir. Même si je vois mal com­ment il est pos­si­ble d’associer les deux, du moins en ce qui con­cerne la forme qui nous occupe ici, à savoir la balle ovale. Si vous par­venez à savour­er d’affilée et par­fois ensem­ble douze ren­con­tres en quar­ante-huit heures chrono et presque non-stop, en com­mençant par Galles-France ven­dre­di 21 h pour finir par Pau-Tarbes, dimanche, à 20h30, s’il n’y a pas trop d’arrêts de jeu, je serais curieux de savoir com­ment vous avez pra­tiqué.
Tournoi des Six Nations, Top 14 et ProD2 addi­tion­nés sur l’écran, voici l’occasion de repren­dre ici l’idée d’un inter­naute venu com­menter sur ce blog, et de partager quelques sen­sa­tions. Pas d’analyse savante, non, juste l’envie d’évoquer du jeu, d’élire la et les équipes en fonc­tion d’une grille de lec­ture trop sou­vent oubliée : celle qui ne cal­i­bre rien et ne par­le que d’émotion.
Alors qui, de l’Irlande, de l’Angleterre, de la France ou du Pays de galles va nous égaler, ven­dre­di et same­di ? Ital­iens et Ecos­sais vont-ils lâch­er les fauves à Rome ? Le jeu sor­ti­ra-t-il vain­queur de ces joutes, troisième journée du Tournoi, moment charnière qui fait bas­culer les uns vers quelques som­mets et tomber les autres du haut de la roche Tarpéi­enne ?
Mont­pel­li­er et Cler­mont, deux façons abouties et pas si éloignées de mag­ni­fi­er les pass­es, auront-ils assez de ressources pour pro­pos­er same­di en début d’après-midi la fête des sens atten­due ? Bor­deaux et le Stade Français que l’on n’attendait pas si vite sur une telle ligne d’attaque peu­vent-ils con­tin­uer, en début de soirée, à mon­tr­er le vol­ume ?
Ce sera Sat­ur­day Night Fever à Pierre-Antoine ? Ce duel frat­ri­cide entre le cham­pi­on de France et celui qui col­lec­tionne les titres se des­sine en creux, car il y a de quoi com­pos­er une équipe de France avec les absents, sélec­tion­nés, des deux côtés, mais il peut faire vibr­er une région. Pour peu que se libèrent les ten­sions à la lec­ture du classe­ment.
Dimanche, c’est fer­mé, dis­ent les Anglais. Chez nous, c’est ouvert. Du moins on l’espère. Toulon se déplace à Jean-Dauger. Rien que le nom du stade incite à l’offensive. Jean Dauger, l’icône, le père du jeu à la main, l’inventeur du cadrage-débor­de­ment, ren­con­tré un jour de 1984 au gym­nase Lau­ga, en con­tre­bas. Toulon avec Giteau, sans doute Mer­moz, Wilko, Smith, les Armitage, Mitchell : il aurait aimé, Manech, les voir s’envoyer, libérés, éman­cipés de tout car­can tac­ti­co-stratégique…
Last but not least, Mont-de-Marsan con­tre Lyon à Guy-Boni­face – là aus­si une légende – puis refer­mer ce week-end de fous par Pau-Tarbes au Hameau. Par­lons-en, juste­ment, de la Pro D2, avec Agen, La Rochelle et Nar­bonne : elle sonne vin­tage, un peu mieux chaque journée qui passe.

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Bhashtag


Etait con­sid­éré comme fameux (on dis­ait plutôt faire sa vedette) à l’époque où le bal­lon était en cuir avec deux bouts noirs celui qui pou­vait chanter (même faux, n’est-ce pas Jo Maso ?) dans une émis­sion de télévi­sion ani­mée par Jacques Chan­cel, aux côtés de Hugues Aufray, John­ny Hal­l­i­day, Mar­cel Amont et Sacha Dis­tel, impact-play­ers des troisièmes mi-temps rue Princesse.
Lorsque le sport français a con­quis la planète en mon­dovi­sion porté par une généra­tion dorée, il fal­lait tout le panache blond de Jean-Pierre Rives, et même un peu plus, pour faire – une pre­mière dans le rug­by – la cou­ver­ture glacée des mag­a­zines peo­ple et tenir son rang dans le cœur du grand pub­lic, à l’égal d’Alain Prost, de Yan­nick Noah et de Michel Pla­ti­ni, excusez du peu.
Puis c’est en s’improvisant man­nequin et défi­lant pour divers cou­turi­ers de renom que Frédéric Micha­lak a repoussé les fron­tières de la notoriété ovale. Il est allé là où per­son­ne n’avait osé marcher avant lui, por­tant dia­mant à l’oreille, enreg­is­trant ses pro­pres com­po­si­tions à la gui­tare, sou­tenant des opéra­tions car­i­ta­tives.
Survint ensuite l’ère Sébastien Cha­bal, celle d’internet, des mon­tages vidéos sur sites sat­urés de métal hurlant. Plus de trois mil­lions de vis­ites pour deux claques assénées aux All Blacks lors d’une tournée grand guig­nol. Cha­bal devenu l’icône de la ménagère de moins de cinquante ans, égérie de la Coupe du monde 2007 retrans­mise par TF1, cette chaîne qui «vend du temps de cerveau humain disponible», dix­it M. Le Lay, son ex-directeur.
Nous sommes aujourd’hui dans la péri­ode Twit­ter, cet infra-mes­sage de 140 signes bal­isé de hash­tag – ça ne se fume pas. Dimanche, Math­ieu Bastareaud a été détourné en idole de la blo­gosphère par la grâce d’une passe allongée sor­tie de son con­texte, trans­for­mé en serre-livre, en toréador, en danseur de cla­que­ttes, en joueur de harpe, en astro­naute, série en cours. Drôle et rafraîchissant.
La veille de France-Ital­ie, après le petit déje­uner, il s’est lais­sé pren­dre au jeu et en pho­to dans le couloir de Mar­cous­sis, devant sa cham­bre, oubliant l’interdiction faite aux joueurs du XV de France de twit­ter pen­dant leurs séjours dans l’Essonne. A la fin du match, gag­né, au moment de célébr­er le trophée Garibal­di, vingt kilos de fer­raille sculp­tée par Jean-Pierre Rives, si, si, celui qui posait pour Paris Match avec un coq dans les bras en 1981, il a remis ça.
Dimanche, chaque fois qu’il a touché le bal­lon – à sept repris­es – Bastareaud a été salué d’un râle. Le Stade de France a voté, pouce levé : il le veut en bleu pour le voir fon­cer droit et emporter deux adver­saires, par­fois trois, au jeu de cul­boto, qui s’apparente de loin au rug­by. Sur l’une de ces charges, Fofana a ramassé preste­ment le bal­lon pour s’en aller mar­quer. Sur les six autres, il ne s’est pas passé grand-chose, à part que l’attaque française s’est arrêtée – là où Bas­ta est tombé – avant de repar­tir, molle­ment.
Pen­dant ce temps, Gaël Fick­ou piaf­fait en tri­bune. Il n’est entré en jeu qu’à la 73e, une fois l’équipe de France réduite à treize. Fick­ou-Fofana. Cette asso­ci­a­tion de cen­tres, j’en rêve. Je ne suis pas le seul. Alors si les geeks mobilisent la tech­nolo­gie con­tem­po­raine au ser­vice d’un mange-bal­lon, il serait peut-être temps que les amoureux du beau jeu se fassent enten­dre. Par quel moyen, quel sup­port, quel réseau social ? Je n’en sais fichtre rien. Mais au moins faire écran.

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French Flair

Ça n’a pas man­qué. Dès le lende­main de France-Angleterre, j’ai eu droit à mon petit ser­mon matuti­nal sur la per­ti­nence de ressor­tir dans L’Equipe (n°21 750, page 5) l’expression French Flair. Car il y a bien, dans le rug­by, deux univers qui se côtoient mais se sépar­ent au pre­mier cadrage-débor­de­ment : ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Comme chez Aragon.
Plus seg­men­tant que la con­tro­verse de Val­ladol­id vous trou­verez le French Flair. Cer­tains athées peu­vent, éventuelle­ment, se laiss­er aller à con­sid­ér­er l’existence du divin – « au cas où, sait-on jamais ? » – dans un moment de doute en fin de vie mais con­cer­nant le French Flair, rien de cela. La dichotomie fait office de pesée. Il existe ou pas. Et il n’y a rien entre les deux.
Euclide écrivait : « Ce qui peut être affir­mé sans preuve peut être nié sans preuve ». Une tournée du XV de France en Nou­velle-Zélande ou en Afrique du sud avant l’ère de la toute-puis­sance télévi­suelle, par exem­ple, ne recèle d’épopée que sous la plume gorgée de souf­fle d’un Denis Lalanne et il faut boire cette encre, ce que nous sommes nom­breux à avoir fait, pour nour­rir notre imag­i­na­tion sans laque­lle rien ne vaut d’être vécu ni rêvé.
Sans remon­ter au 14 juil­let 1979, Bastille Day à l’Eden Park et com­men­taire Bala-Coud­erc, tout le monde n’était pas à Twick­en­ham en 1991, à Auck­land en 1994, à Twick­en­ham encore (décidem­ment) en 1997 et en 1999, à Johan­nes­burg en 2001, au Cap en 2006, à Cardiff en 2007, à Dunedin en 2009 ; autant de stades où l’attaque tri­col­ore s’enflamma, autant d’années grand cru et cousu main. Mais aujourd’hui, avec You Tube, il suf­fi­rait d’additionner les séquences pour se ren­dre à l’évidence.
2014, au Stade de France, comme 1994 à l’Eden Park, est un mil­lésime à boire sans mod­éra­tion. Pour quelle raisons ? Parce qu’un essai est venu mod­i­fi­er en toute fin le cours défa­vor­able d’un match. Parce qu’il s’agit d’un orgasme de jeu, gou­teux, quelque chose de stri­dent, d’inouï, d’impossible à nom­mer autrement que par cette expres­sion effec­tive­ment passe partout : French Flair.
Inven­tion d’un jour­nal­iste anglais du début des années 60, quand la France dom­i­nait le Tournoi des Cinq Nations, que Bala et Boni en bonne com­pag­nie don­naient aux Ros­b­ifs le tour­nis. Caté­gorie utile pour ranger tout ce qu’ils ne com­pre­naient pas, les Anglais, ce lan­gage des mains et des hanch­es tel que sub­lime­ment exprimé par le cen­tre varo-toulou­sain Gaël Fick­ou, same­di soir, en bout de ligne.
Moi, j’y crois. Parce que je l’ai vu. Et nous sommes nom­breux dans ce cas. Le French Flair appa­rait régulière­ment à qui suit le rug­by. C’est une inspi­ra­tion col­lec­tive faite d’angles brisés, de cours­es ren­trantes, de regards perçants, de pass­es huilées. Une fresque rougeoy­ante nour­rie par le feu roulant ; une idée par­tie d’un bal­lon tombé et com­mu­niée.
Ce brasi­er des pas­sions, c’est pour lui et par­fois rien que pour lui que j’aime ce sport, même, encore plus et surtout quand il est mal­heureuse­ment vic­time de son temps. Pour l’instant de magie qu’il pro­cure, par­tie immergée des valeurs – sol­i­dar­ité, engage­ment –  sans lesquelles il n’y a pas d’équipe. Il est érup­tion et irrup­tion. Irrup­tion du tal­ent, érup­tion de joie quand tout sem­ble fini, quand Nyan­ga sur­git, que Szarzews­ki perce et fixe, quand Fick­ou aplatit. C’est beau comme un same­di de Tournoi à Saint-Denis.

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De justesse

Enfin, c’est arrivé ! Depuis qu’ils ont accep­té de devenir les adjoints de Philippe Saint-André auprès de l’équipe de France, Patrice Lag­is­quet et Yan­nick Bru se sont sen­tis entraîneurs. Ça leur était déjà un peu arrivé, m’a avoué le Biar­rot, dimanche dernier, à Mar­cous­sis. Lors de la tournée de juin 2013 en Nou­velle-Zélande. A l’occasion d’un ou deux entraîne­ments. Mais jamais dans la con­ti­nu­ité.
Pour la pre­mière fois, donc, au Canet-en-Rous­sil­lon, lors du stage d’avant-Tournoi, Bru et Lag­is­quet ont bossé comme ils en avaient l’habitude avec Toulouse et Biar­ritz. Avec cette exi­gence qui les car­ac­térise, ils ont pu faire tra­vailler leurs joueurs sur les détails qui font le sel du très haut niveau. Pour ne pren­dre qu’un exem­ple, les trois-quarts tri­col­ores ont touché – enfin – du doigt une forme d’absolu.
Chronomètre en main, Patrice Lag­is­quet leur a demandé d’acheminer le plus rapi­de­ment pos­si­ble le bal­lon en plein course. Du demi de mêlée à l’ailier. Après quelques répéti­tions, les attaquants tri­col­ores sont par­venus, d’après leur coach, à assur­er des pass­es sèch­es dans le berceau des mains, cours­es ren­trantes et buste haut. En me dis­ant cela, «Lag­isque», vol­u­bile, avait le sourire.
Justesse. Tel est désor­mais le cre­do des entraîneurs du XV de France ! Ils ont vu défil­er telle­ment de pass­es approx­i­ma­tives, de place­ments erra­tiques, de coups de pieds dévis­sés, de rucks au plon­geoir et de com­bi­naisons bafouil­lées en 2013 que cette année, l’accent – grave – est porté sur la qual­ité tech­nique. En con­férences de presse, PSA, Lag­is­quet et Bru ne cou­vriront plus, désor­mais, les défail­lances indi­vidu­elles de leurs joueurs.
Jamais un groupe France n’a eu autant à con­sacr­er à un match du Tournoi. Deux semaines non-stop à effec­tif com­plet, mis à part la par­en­thèse des sept ren­voyés le week-end dernier dans leurs clubs. Il n’y aura donc aucune excuse en cas de défaite, same­di, au Stade de France, face à l’Angleterre. Les Tri­col­ores, joueurs et staff, jouent gros d’entrée. Heureuse­ment, pour une fois, la pré­pa­ra­tion a été à la hau­teur du chal­lenge.
Nous regarderons donc à la lumière des exi­gences iden­ti­fiées le con­tenu de ce Crunch, «le match le plus impor­tant depuis que je suis entraîneur de l’équipe de France», pré­cise PSA. En espérant que de Thomas Domin­go à Brice Dulin, les Tri­col­ores sachent et puis­sent enchaîn­er qua­tre-vingt min­utes durant les gestes justes à pleine vitesse. Ce qui fait la force – «posi­tion, pos­ses­sion, pace» – des All Blacks
«Pace». Autrement dit rythme. Plutôt que vitesse. Cette notion induit un tem­po col­lec­tif main­tenu, une chaîne de cours­es sans bal­lon et de pass­es, de place­ments et de prise de la ligne d’avantage. Ce qu’on appelle l’art d’attaquer. Un savoir-faire que le staff tri­col­ore – qui a été très tolérant pen­dant deux ans – exige désor­mais.

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Mots, maux, émoi


Les équipes obéis­sent à une dynamique de groupe qui dépasse la sim­ple mise en place d’un plan de jeu ou d’une organ­i­sa­tion tac­tique. On a pu le con­stater le week-end dernier à la lumière des per­for­mances des clubs français en H‑Cup, com­péti­tion miroir pro­posée à notre réflex­ion dans laque­lle se mirent forces et faib­less­es.
Ecar­tons Rac­ing-Métro, Per­pig­nan, Cas­tres et Mont­pel­li­er qui s’ébrouaient sans enjeu – mais non sans envie – pour con­cen­tr­er le pro­pos sur les trois gros à la table des quarts. Com­ment analyser la pro­duc­tion de ces équipes expéri­men­tées et gorgées d’internationaux ? Com­ment représen­ter à l’aide de mots la per­for­mance min­i­mal­iste de Toulon, euphorique de Cler­mont et celle, tétanisée, de Toulouse ?
Le pre­mier regard se porte vers la com­po­si­tion. Par­ti­c­ulière­ment sur deux asso­ci­a­tions : la paire de cen­tres et la troisième-ligne. Ces cinq joueurs-là ne con­duisent pas le jeu – c’est le boulot de la charnière – ils l’articulent. En mode majeur s’ils assurent les liaisons, créent les vari­a­tions, mod­u­lent les fugues. En mode mineur s’ils se lim­i­tent au défi frontal, repiquent à l’intérieur, con­ser­vent le bal­lon.
Par et avec eux s’alourdit ou s’accélère le jeu, selon qu’ils choi­sis­sent, ou pas, la clé de sol, ce pas­sage à terre qui per­met à la défense de se replac­er à par­tir du ruck ini­tié par le por­teur du bal­lon, bref moment qui tape, certes, mais ralen­tit un tem­po. Après avoir imag­iné les fruits que peut porter le mariage des cen­tres et de la troisième-ligne, con­sid­ér­er leur atti­tude au con­tact per­met de dis­tinguer assez net­te­ment le des­sein tac­tique d’une équipe.
Pour la troisième lec­ture en direct d’un match, j’utilise l’analogie avec les douze sons de la gamme. Non pas que Arnold Schoen­berg soit mon maître d’écriture mais j’aime assez l’idée que chaque son puisse être unique, noté sans altéra­tion, avec sa pro­pre vie, sans être obligé d’exister dans une tonal­ité fixée. Ain­si la lib­erté est lais­sée à chaque joueur d’apporter son tal­ent, sa vista, sa griffe.
Neuf reg­istres étab­lis­sent le tex­ture d’une équipe: pili­er, talon­neur, deux­ième-ligne, flanker, numéro huit, demi de mêlée, ouvreur, cen­tre ou aili­er-arrière. Le nom­bre de mau­vais choix indi­vidu­els, de fautes de mains, de pénal­ités con­cédées, de place­ments erra­tiques et d’impacts subits affaib­lit la per­for­mance col­lec­tive. A con­trario, une inspi­ra­tion, une impul­sion, la justesse tech­nique, la vivac­ité, le place­ment judi­cieux et le gain de la ligne d’avantage tirent le reste de l’équipe vers le haut. Cette util­i­sa­tion du bémol et du dièse per­met d’évaluer com­bi­en de joueurs d’une équipe sont en dessous ou au-dessus du niveau req­uis.
Pour écrire s’effectue en per­ma­nence l’aller-retour du col­lec­tif vers l’individuel, de la par­ti­tion d’ensemble vers l’exécution tech­nique. Comme dans toute œuvre – et un match de rug­by en est une – s’impose la nou­veauté, l’innovation, voire la créa­tion qui pla­cent une équipe en avance sur son temps. Ce peu­vent être une poignée de com­bi­naisons inédites, des options tac­tiques osées. Ou alors la ren­con­tre est affaire de coups de sif­flets, de buteurs et de gain de ter­rain, le genre rebat­tu, trem­pé dans le for­mol et sopori­fique. Une œuvre de suiveurs, pas d’acteurs.
Ce week-end dernier, Toulon s’est réfugié dans son reg­istre col­lec­tif le plus con­ser­va­teur, Toulouse, de son côté, oubliant que la justesse tech­nique prélude à toute option tac­tique. Seul Cler­mont, d’entre les clubs français en lice, a su alli­er les reg­istres – men­tal, physique, tech­nique, tac­tique ; chaque joueur appor­tant ce dièse qui éclaire les grands match­es.
Résumer une ren­con­tre ou une per­for­mance indi­vidu­elle, c’est rad­i­calis­er le pro­pos, ou alors rien ne s’impose, sinon la léthargie, auquel cas 140 signes suff­isent pour un court bilan. Pas con­cili­er mais plutôt recon­naître les aspects mar­quants, les aspérités, ce qui ressort et nous touche. Steve Coogan, scé­nar­iste de Philom­e­na – long métrage sur la foi et le par­don – attaqué par des extrémistes à l’issue de la pro­jec­tion, a dit : « Il est impor­tant que les intolérants n’aiment pas le film. Car il n’est pas pour eux.» Je fais mienne cette for­mule. Elle tape sur les lignes de mes comptes ren­dus.

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L’élite se délite

J’aurais aimé écrire, cette semaine, sur le choix judi­cieux et per­ti­nent de la LNR de remet­tre en jeu il y a un mois l’appel d’offre des droits télévi­suels, mais c’est au con­traire une inter­rup­tion de procé­dure de com­mer­cial­i­sa­tion qui sec­oue aujourd’hui le PAF, avant que cet appel d’offres, jugé illé­gal, ne s’écroule de lui-même. Au final, cette passe d’armes débouchera sur une reprise atten­due des négo­ci­a­tions avec Canal +, comme si de rien n’était.
J’aurais aimé évo­quer avec vous la déci­sion con­jointe des comités d’éthique de la FFR et de la LNR d’interdire aux entraîneurs et man­agers en activ­ité auprès des équipes de France, dans le Top 14 et la ProD2 d’être con­sul­tants, rémunérés, à la télévi­sion, à la radio et pour la presse écrite. Mais mal­heureuse­ment, le don d’ubiquité médi­ati­co-tech­nique est tout à fait sol­u­ble dans le rug­by d’élite.
J’aurais aimé soulign­er le haro immé­di­at et unanime à l’encontre de ce coach du RCT coupable d’avoir, à deux repris­es, insulté un arbi­tre, de son pas­sage d’urgence devant la com­mis­sion de dis­ci­pline et des quinze match­es de Fédérale qu’il aura à arbi­tr­er d’ici la fin de la sai­son pen­dant que son équipe dis­put­era le Top 14, phase finale incluse. Mais je suis encore dans l’attente de sa con­vo­ca­tion.
J’aurais aimé vous par­ler des per­for­mances, bluffantes, de Clé­ment Poitre­naud, Jean-Mar­cellin Buttin, Rémi Lam­er­at, Ibrahim Diar­ra, Math­ieur Babil­lot, Rémy Grosso, Sébastien Tillous-Bor­de et Alexan­dre Lapandry…  Sept hommes en forme. Mais à quoi bon frap­per un coup d’épée dans l’eau : il y a peu de chance qu’ils attirent l’attention des sélec­tion­neurs, occupés à peaufin­er le stage de pré­pa­ra­tion du Tournoi, à Canet-en-Rous­sil­lon.
J’aurais aimé not­er dans ce blog la prime don­née aux jeunes pouss­es du rug­by français à l’occasion des match­es sans enjeux du week-end prochain, mais la con­ver­sa­tion tourne tou­jours autour du recrute­ment prochain de Sean O’Brien, Leigh Half­pen­ny, Gio Aplon, Zac Guil­ford et Fran­cis Saili. Sans oubli­er l’arrivée d’un pré­para­teur physique anglais sur la Rade. Le cast­ing du prochain Top 14 fait déjà les gros titres alors que l’actuel Cham­pi­onnat attaque tout juste sa phase retour.
J’aurais aimé con­clure sur un rug­by français qui marche tête haute et buste droit, du présent aux mains de com­pé­tences, d’un sport qui fait de ses valeurs immarcesci­bles une plate-forme éclairée, de ce sil­lage ouvert par quelques vision­naires, d’un avenir où le sens com­mun l’emporte sur les intérêts par­ti­c­uliers. Mais j’ai plutôt l’impression, con­fuse, en ce début d’année 2014, que l’ovale – devenu d’élite – se délite.

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Plein nord

L’épicentre du rug­by se trou­ve main­tenant au nord, très au nord, si l’on con­sid­ère les critères ovales his­toriques qui ne pren­nent pas vrai­ment en compte le fait que la région parisi­enne est un creuset majus­cule. Et si on veut être encore plus pré­cis, il suf­fit de par­courir la liste des trente joueurs appelés en stage fin jan­vi­er par Philippe Saint-André pour con­stater que le pre­mier rebond bleu tombe à Jean-Bouin.
Le pili­er Rabah Sli­mani, 24 ans ; le deux­ième-ligne Alexan­dre Flan­quart, 24 ans ; l’ouvreur Jules Plis­son, 22 ans ; l’arrière Hugo Bon­neval, 23 ans. L’avenir du XV de France en culotte courte s’ébroue Porte de Saint-Cloud, c’est une évi­dence. Encadré par un éter­nel espoir, Antoine Bur­ban, 26 ans, et l’ex-capitaine tri­col­ore, Pas­cal Papé, 33 ans, fig­ure tutélaire.
Il n’y a pas de bons becs qu’à Paris, reçoit-on de province. C’est sans doute pour ne pas froiss­er ceux qui s’expriment en langue d’oc que le staff tri­col­ore, présidé par le cata­lan Jean Dun­y­ach, installera ses quartiers d’hiver à Canet-en-Rous­sil­lon. His­toire aus­si d’éviter que trois semaines à Mar­cous­sis, du 19 jan­vi­er au 9 févri­er, se trans­for­ment en roupil­lon.
Alors, François Trinh-Duc, là-dedans, me direz-vous ? Et bien si vous voulez voir du jeu, allez à Mont­pel­li­er. C’est ce que dis­ait le Tar­nais Lucien Mias quand on lui par­lait de Lour­des dans les années 50. Le héros de l’Hérault n’entre pas dans les plans de PSA. Ou alors pour un plan de départ à la retraite anticipée. Pro­mu par Lièvre­mont pen­dant trois saisons con­tre l’avis de tous, puis dégradé lors du Mon­di­al 2011 alors qu’il était à l’acmé de son tal­ent, le voilà cru­ci­fié par Saint-André après un an d’essai. Ca ressem­ble fort à un désaveu.
Sans remon­ter à Dédé Boni et Jo Maso, les grands parias du Quinze de France ont tou­jours fini par s’imposer comme des évi­dences, que ce soit Lau­rent Cabannes, Alain Penaud, Fabi­en Galth­ié ou Frédéric Micha­lak. Il fau­dra juste, con­cer­nant François Trinh-Duc, qu’il arrête dans un pre­mier temps de se faire inter­cepter ses pass­es et qu’il con­tin­ue d’inscrire en club des buts de pénal­ité dans le mon­ey-time.
Il y a sans doute aus­si autre chose, une dif­fi­culté à s’inscrire dans le jeu bleu tel que voulu par Patrice Lag­is­quet, cette inca­pac­ité à ras­sur­er ses parte­naires et par­fois à les trou­ver à ses côtés, l’impression, sans doute fausse, qu’il donne de se plac­er au-dessus des con­tin­gences. Rien de réd­hibitoire quand ça gagne. Sauf que l’équipe de France a besoin de cer­ti­tudes à la charnière, c’est his­torique, pas de solistes, aus­si géni­aux soient-ils.
Ronald Poul­ton-Palmer, le plus bril­lant ouvreur anglais d’avant l’ère mod­erne (Barnes, Andrew, Wilkin­son), s’étonnait de ne pas être le pre­mier choix de ses condis­ci­ples de l’université d’Oxford. Quand il leur posa la ques­tion de savoir pourquoi il n’était pas tit­u­laire, il s’entendit répon­dre : « Tu es sans aucun doute le meilleur d’entre nous, mais nous jouons mieux sans toi. » C’est aus­si ce que Pierre Berbizier, qui con­nait ses clas­siques, avait rétorqué à Penaud, au début des années 90.
En rug­by, sport col­lec­tif, une équipe n’est pas la somme de tal­ents. Il y a des liens qui comptent, des affinités qui pèsent. On se sou­vient de la Ber­jal­lie (Bon­naire, Papé, Nal­let, Par­ra) prenant le pou­voir du jeu et des tripes lors du Mon­di­al 2011. PSA, en appelant une nou­velle vague très parisi­enne (j’ajoute Kayser, Bastareaud, Szarzews­ki, Le Roux, Machenaud, Fofana, dont les racines ou les ailes sont fran­cili­ennes), tisse, début 2014, une nou­velle fibre. Cap­i­tale.

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